‹ CreuznachChapitre 17 sur 103 · LE RES · texte numérisé non relu

LE RES

* qu’au xr siècle l’'Ebernburg trônait déjà fièrement sur son cône de verdure, il appartenait alors aux dues de la Franconie Rhénane; plus tard les empereurs de la maison de Franconie en devinrent les propriétaires. En 139%, il échut à la maison des Sponheim Creuznach. Puis, de maitre en maitre, il arriva entre les mains de l’Electeur Philippe, qui le vendit, en 1448, à son bailli Reinhard de Sikingen, comme fief héréditaire de mâle et de femelle. |

C'était une vieille famille que celle des Sikingen ; depuis le vx siècle, ses membre avaient occupé les plus hautes charges de l'État. Dignitaires de l'Église ou de la cour, magistrats ou généraux, 1ls avaient toujours servi leurs princes avec dévouement, et tous les champs de bataille avaient été arrosés du sang de cette vaillante race. Mais un des leurs devait éclipser toute cette gloire et jeter sur cette famille un incomparable éclat.

Dans la nuit du 2 mai 1481, Schweïkard de Sikingen attendait anxieusement la naissance d’un enfant. Depuis de longues années, il s'était voué aux études astrologiques, et tandis que sa femme Marguerite souffrait, Schweikard monta à son observatoire pour demanderaux astres le secret de la destinée de l'enfant qui allait naître.

La nuit était sereine, la voie lactée déroulait sa zone neigeuse avec un éclat et une netteté incomparable, et jamais dans les profondeurs du ciel bleu, les étoiles n'avaient lui plus resplendissantes aux yeux de Schweikard. Un instant l’astrologue resta ébloui et rêveur devant cette féerique illumination, devant ce fouillis de soleils d'or et d'argent qui semblaient le regarder. Au loin, vers le Sud-Est, brillaient les trois astres qui devaient régir

les destinées de son enfant. C'étaient Mars, Jupiter et

Saturne. Schweikard ayant relevé leur hauteur et celle des trois constellations voisines, détermina avec la plus scrupuleuse exactitude l'heure, la minute et la seconde. Plongé dans ses calculs, il couvrait les parchemins de signes cabalistiques, quand un éclair de triomphe illumina tout à coup son visage, mais cette joie fut de courte durée. Anxieux, Schweikard recommencçait sans cesse son problème, revenant à chaque instant sur la plateforme pour observer le cours des astres. Que se passaitil donc? L'astrologue s’était-il trompé? Toujours les chiffres donnaient la même réponse. En vain Schweikard cherchait une erreur dans son thème de nativité, son thème était juste, juste comme un trébuchet à peser des pierres fines. Il fallut se rendre à l'évidence, et tout pensif, 1l revint vers Marguerite et lui dit: « Chère » femme, voici l'horoscope de notre enfant. Un fils va » nous être donné, ce sera le plus glorieux des Sikingen, » sa vie sera pleine d'actions héroïques, mais sa fin sera » malheureuse. »

Marguerite sourit, elle ne croyait guère aux prédictions des astres; mais quelques instants après, celui qui devant les hommes devait s'appeler François de Sikingen, naissait.

Schweikard était un homme distingué, supérieur à la plupart des gentilshommes de son temps, 1l voulut donner, à cet unique rejeton de sa race, une éducation brillante. Quand des maîtres éminents eurent appris à François les sciences et la littérature, Schweikard lui enseigna l'art militaire qu'il avait pratiqué lui-même avec éclat sur tant de champs de batailles, puis il lui apprit le droit politique et le droit des Etats. François était plein d'intelligence et présentait de remarquables

aptitudes, mais ses facultés ne se développaient pas barmonieusement, ses qualités étaient mal pondérées. Il avait de la grandeur dans les idées, une haute raison, de l’énergie, une grande force de volonté, mais c'était un idéologue, 1l aimait trop ce qui était hardi, aventureux ou merveilleux. |

Son éducation fut difficile et souvent Marguerite eut lieu de se souvenir de la prédiction faite par les astres, dans la nuit du 2 mai 1481. Elle la rappelait avec inquiétude à son mari, et Schweikard lui répondait avec tristesse: « Chère femme, ce sera un grand homme, mais Dieu sait comment il finira. »

Mais Schweikard allait bientôt manquer à ce fils qu'il adorait, une fin tragique se préparait pour lui. Dans le conflit qui s'éleva entre l'Electeur Philippe et l'Empereur Ruprecht, il prit parti pour Philippe et se rangea sous ses drapeaux. Schweikard était un vaillant homme de guerre et tout le monde l’accusa après la défaite de l'Empereur, d’avoir organisé et décidé de la victoire. Excité par les ennemis de Schweikard, Ruprecht ne put lui pardonner. Quelques temps après, le Dieu des batailles est changeant, le père de François fut fait prisonnier dans un combat livré près de Creuznach et tomba au pouvoir de ses ennemis. Accusé d'avoir troublé la paix publique, il fut mis en jugement et décapité à Koppenstein.

C'est ainsi que François de Sikingen bien jeune encore, succédant à son père, devint seigneur d'Ebernburg, de Landstuhl et d'Hohenburg.

Sa fortune, son esprit audacieux, sa volonté ferme unis à une intelligence remarquable, faisaient déjà de lui un personnage important. L'amour des aventures et

de la gloire, ses connaissances militaires le poussèrent bientôt sur le champ de bataille.

En 1508, il se mesurait victorieusement avec le

comte Reinhard de Zweibrucken et fixait par sa bravoure et ses brillants faits d'armes l'attention de lempereur Maximilien.

Maximilien aimait cette figure franche et hardie et espérait beaucoup de son avenir. Il préparait en ce moment son expédition contre les Vénitiens et François voulut suivre au delà des Alpes le chevaleresque Empereur. Partout où il parut sur le champ de bataille, il mérita l'estime et l'admiration de ses compagnons d'armes. De retour en son pays, il s’occupa pendant cinq ans de l'administration de sa fortune et s’acquitta de ce soin avec tant de succès qu'il put en 1515 lever une armée de 7,099 hommes et à la tête de cette force, faire le siège de Worms et s'emparer de cette place importante. Ce fut un de ses plus beaux triomphes, mais Maximilien ne le lui pardonna pas. Et François de Sikingen savourait encore l'ivresse de son succès, quand un décret impérial le mit au ban de l'Empire.

Il vint un moment mettre au service de la France cette épée que l'Allemagne dédaignait; mais la disgräce de ce vaillant soldat ne pouvait être longue, Maximilien comprit bientôt ce qu'il avait perdu en éloignant François de Sikingen, 1l le rappela près de lui et lui rendit toute son amitié. |

En 1519, la mort de Maximilien laissait vacant le trône d'Allemagne ; François [”, roi de France et Charles V roi d'Espagne se disputaient la couronne impériale. François [° fit à François de Sikingen les promesses les plus séduisantes pour l’entrainer dans son parti et lui

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faire épouser sa cause, mais François n’écoutant que les intérêts de son pays repoussa les offres brillantes du monarque français. Craignant qu'il ne parvint à force d’intrigues à se faire élire, 1l leva une armée de 15,000 hommes et vint la ranger sous les murs de Francfort pour appuyer l'élection de Charles d'Espagne.

Charles-Quint fut élu et voulant témoigner sa reconnaissance à François de Sikingen, 1l le combla d'honneurs, de dignités et lui confia le commandement en chef de ses troupes. C'est dans cette haute position militaire qu'il vainquit Robert, duc de Lorraine et qu'il conduisit l’armée allemande à la rencontre des soldats de la France commandés par un des plus grands hommes de guerre de l’époque : Bayard. Et si la dissension des chefs allemands n’était venue l'arrêter dans sa marche victorieuse, la fortune du général français se serait brisée contre celle de François de Sikingen, cet autre chevalier sans peur.

François était arrivé l'apogée de sa grandeur, l'heure d'or, l'heure la plus lumineuse de cette brillante carrière avait sonné. Tous aimaient ou craignaient Sikingen. Il avait illustré son nom par les choses héroïques qu'il avait accomplies. Et ainsi s'était réalisée la première partie de la prédiction faite par les astres dans la nuit du 2 mai 1481.

Vers cette époque, un grand mouvement s accomplissait dans les esprits et dans les consciences. Un professeur de l’Université de Wittemberg, Martin Luther, venait de porter la main sur des dogmes révérés depuis des siècles. À sa voix, un'eri de révolte se faisait entendre, et les fils du xvi° siècle, escaladant le vieil édifice des croyances humaines, plantaient à son sommet le

drapeau du libre examen. La réforme formalait son programme. Les tendances idéales de François de Sikingen, son amour profond pour tout ce qui était grand, tout ce qui était vrai, tout ce qui était bien, devaient fatalement l’entraîner vers ce groupe d'hommes éminents, qui demandaient au nom de la liberté et de la vérité la réforme de l’Église. Sympathique à ce mouvement, il le protégea dès ses premiers pas, sans pourtant accepter complètement les nouvelles idées, car François était foncièrement religieux et respectait les traditions, bien qu'il ne trouvât pas que tout fût parfait dans la religion catholique. Plus tard, quand les tendances de la réforme furent mieux comprises, il lui prêta son appui avec moins de réserve.

En vain, les adversaires du mouvement religieux essayèrent-ils de ramener François de Sikingen dans leurs rangs, il repoussa leurs avances; je défends, leur répondit-1l, la cause du Christ et de la vérité, et il importe au bonheur de la patrie que cette cause soit défendue.

François ne prêta pas seulement à la Réforme son appui moral, il la défendit par sa plume, et se mettant en rapport avec les chefs du mouvement, il offrit à Luther de se réfugier à l'Ébernburg si on l’inquiétait jamais. Quand la persécution commença pour les réformateurs, quand poursuivis et traqués par leurs ennemis, ils erraient fugitifs dans leur patrie, l'Ébernburg leur ouvrit ses portes hospitalières et la protection de François de Sikingen s'étendit sur eux et les sauva.

Regardez ce château en ruines, c’est là que François de Sikingen et Harmouth de Cronberg en des temps orageux luttèrent pour la liberté religieuse, c'est là qu'Ulrich de Hutten trouva l'asile que lui refusait toute l’Allemagne. Dès cette époque, des imprimeries fonction-

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naient à l’Ébernburg, et c'est là qu'Ulrich de Hutten publia ses premiers écrits populaires en allemand.

Kasper Aquila d'Augsbourg étant parvenu à rompre les chaînes que lui avait valu son zèle pour la réforme, vint aussi seréfugier dansles murs protecteurs de l’Ébernburg et François lui confia l'éducation de ses fils. C’est là que Schwebel lut la première messe en langue allemande, c'est là qu'Oekolampadus traduisit saint Chrysostome, annonça tous les jours la parole de Dieu et lut les épitres et les évangiles en langue vulgaire. Puis Martin Bucer, puis Melanchton vinrent à leur tour, fugitifs et malheureux, implorer la protection de François, qui les accueillit généreusement. Et le peuple, voyant réunis derrière ces murs toutes ces nobles victimes, tous ces martyrs de la pensée et de la liberté, donna à 'Ébernburg. un nom que la tradition lui conserve, il l’appela « l’Asile de la Justice ».

Si François ne s'était pas départi de la ligne de conduite qu'il avait suivie jusque là, 1l aurait mieux servi la cause qu'il avait embrassée. Mais un jour vint, où fatigué de ces luttes à coups de plumes et à coups de bulles pontificales, où lassé de toutes ces discussions de moines, impatienté de ne pouvoir dénouer ce nœud gordien, 1l tira sa vaillante épée pour le trancher.

En vain Luther et Melanchton lui représentèrent-1ls les dangers qu'il allait courir; emporté par son caractère audacieux, François, ne comprenant pas que la foi a des ailes qui la dérobent aux étreintes matérielles, voulut résoudre par les armes cette question religieuse. En 1522, sous un prétexte futile, il déclara la guerre à l’archevèque de Trèves, Richard de Greifenklau. — On supposa que le but secret poursuivi par François était de

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s'emparer de la dignité électorale, car l'archevêque était l’un des sept Électeurs de l'Empire. On dit même, qu’en ses ambitieux desseins, l’Electorat n'était pas un but pour François, ce n'était que l'étape qui devait Île conduire à la pourpre impériale. La nouvelle grandeur qu'il demandait à la victoire devait assurer le triomphe de la réforme.

Mais ce sont plutôt là les accusations propagées par les ennemis de Sikingen. Ceux qui connaissaient sa pensée et la grandeur de son âme ont toujours soutenu qu'aucun intérêt personnel ne le guidait quand 1l combattit son dernier combat.

À ce moment les grands feudataires de l’Empire sans cesse en lutte contre l'empereur, dont ils cherchaient à s'approprier l'autorité, faisaient lourdement sentir leur puissance aux petits Seigneurs leurs voisins. C'est à ces grands révoltés que Sikingen déclara la guerre. Noble pensée que celle de défendre la dignité de la couronne impériale. Mais personne n'eut l'audace ni la générosité de venir se ranger sous la bannière de celui que l’on appelle le dernier des chevaliers allemands.

À la tête d’une brillante armée, Sikingen vint mettre le siége devant la ville de Trèves ; mais la bravoure de ses soldats et le génie militaire de leur chef vinrent se briser contre les murs de cette place, qu'une population héroique défendait avec acharnement. L’archevèque avait des alliés redoutables; puissamment aidés par l'Électeur Palatin et le Landgrave de Hesse, il envahit à son tour les possessions de François qui, devant cette diversion, leva le siège de Trèves, et se replia sur son territoire qu'il était contraint de défendre.

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Pour la seconde fois, le brave chevalier fut mis au ban de l'Empire.

Au printemps de l’année suivante (1523), la campagne reprit avec vigueur et malgré sa stratégie savante, François, abandonné à ses propres forces, délaissé par les amis sur lesquels il avait le droit de compter, se vit refoulé dans la ville et la forteresse de Landstuhl (près de Kaïiserslautern), où les alliés l’assiégèrent immédiatement. Leur artillerie présentait sur celle de François une supériorité marquée, et bientôt une large brèche fut pratiquée dans les murs de la place.

Le 2 mai, c'était le jour anniversaire de sa naissance, François se rendit sur les remparts pour examiner la situation et prendre un parti. Tandis qu'il était là, brave comme en ses plus beaux jours, sous le feu de l'ennemi, un boulet vint fracasser une poutre qui se trouvait près de lui et la fit voler en éclats. Un de ses débris atteignit François et lui ouvrit le ventre.

Il fut emporté dans ses appartements au milieu de la consternation de ses compagnons d'armes, qui pleins de confiance dans l'étoile du chef qui les avait si souvent conduits à la victoire, n'avaient jamais désespéré tant qu'ils l'avaient vu au milieu d'eux. Le feu des assiégeants redoublait de violence et par une étrange fatalité, Îles boulets tombaient à chaque instant sur la demeure du malheureux blessé, comme si une main invisible l’eût indiquée à l'ennemi. On emporta François dans une autre maison, puis dans une autre encore, les boulets le poursuivaient toujours et 1l fallut enfin le transporter dans une grotte que l’on montre encore aujourd’hui.

La ville était aux mains de l’ennemi, la citadelle résistait encore, mais elle tombait pièces à pièces et l’in-

fortuné Sikingen pouvait au bruit du canon et des elameurs qui montaient jusqu'à lui, juger du progrès des princes alliés. Où étaient alors les amis des jours glorieux? Où étaient tous ces nobles seigneurs qui avaient si souvent promis à François leur vie et leur épée? On ne les voyait pas venir et la citadelle s’effondrait. Il fallut ouvrir les négociations pour la reddition de la place.

Dans cette grotte aux aspects funèbres, les princes alliés vinrent, à la lueur des torches, contempler le héros mourant; et l’histoire flétrissant leur attitude, doit dire que le plus digne fut le vaincu. Ces princes à qui souriait le destin, oublièrent ce qu'ils devaient à tant d'infortune et n’eurent pas devant François de Sikingen la dignité que commandaient sa vie et sa mort.

François mourait, mais son grand cœur ne se démentit point, il fut dans les dernières heures de sa vie ce qu'il avait toujours été. Il fit aux rares amis qui l’entouraient encore de touchants adieux et eut pour tous un mot d'éloge et de reconnaissance. C'était le 7 mai, le dernier moment était venu, François ne voulut pas se confesser. « Je me confesse à Dieu, dit-il, dans mon cœur » Et tandis que Nicolas, son chapelain, lui donnait l’absolution et les derniers sacrements, ce soldat que la victoire avait si souvent couronné, ce champion de la liberté religieuse, ce gentilhomme qui avait fait si grande figure, s éteignait presque seul dans ce misérable asile que lui laissaient à peine les fureurs de Ja guerre. | |

Quelques heures après, le corps déchiré de François de Sikingen, était enterré dans l’église Sainte Marie de Landstuhl. Reinhard de Neuenack et neuf chevaliers

accompagnèrent seuls jusqu'à sa dernière demeure le chef qu'ils avaient tant aimé, qui avait fait longtemps l'admiration de l'Allemagne et qui avait donné tant d'espérance aux amis de la liberté religieuse.

Vous souvient-il encore de cette nuit du 2 mai 4484, où Schweïikard interrogeait les astres sur les destinées de l'enfant qui allait naître dans le château d'Ébernburg.

Et les astres avaient dit : « un fils te sera donné, ce » sera le plus glorieux des Sikingen, sa vie sera pleine » d'actions héroïques, mais sa fin sera malheureuse. »

Marguerite avait souri en entendant cet horoscope et pourtant dans cette prédiction tout avait été vrai. Une fin malheureuse vint briser prématurément cette grande existence, toute pleine d'héroïsme et d’aspirations généreuses.

La nouvelle de la prise de Landstuhl et de la mort tragique de François, causa dans toute l'Allemagne une émotion poignante. Cette chevaleresque figure avait profondément remué la fibre populaire et la nation comprit qu'elle venait de perdre un de ses plus vaillants soldats et un des plus fermes champions de la liberté naissante.

Trois siècles ont passé sur cette tombe, mais le nom de François de Sikingen apparait toujours dans sa glorieuse auréole et tous ceux qui ont le culte de la grandeur morale s'en vont comme en un pieux pélerinage à l’Ébernburg et à Landsthul, ces lieux témoins de la vie et de la mort de ce preux légendaire.

Lorsqu’en 1807, le chevalier D' Niemeyer fut déporté à Paris comme ôtage avec d’autres citoyens de distinction, il vint à Landsthul, il monta avec ses compagnons d’infortune sur les ruines de la forteresse ct

pénétra dans la grotte où François de Sikingen avait expiré. C'est là, qu'il écrivit ces vers qu'il envoya à ses enfants avec quelques fleurs cueillies sur les vieilles murailles :

« Sors de ta tombe tranquille et regarde, des ruines » de ton château, les grandes ruines de ton Allemagne. » Ramènes-nous avant qu'il ne disparaisse pour jamais, » cet esprit qui te poussa à de si grandes choses et qui » t'attacha si étroitement à Hutten, à Gôtz et à Luther. » Renaissez grands hommes et ranimez de votre souffle » puissant le courage des descendants d'Harminius, » notre ancêtre. »

Albert Dürer a immortalisé le caractère héroïque de Sikingen par une de ses plus belles gravures : le chevalier de la mort. L'artiste nous montre un chevalier armé comme en un Jour de combat, s’avançant la visière relevée, suivi de son lévrier, symbole de la fidélité. Il chevauche à travers une épaisse forêt; des gnomes, des fantômes hideux, des démons le regardent et Le poursuivent, des serpents et toutes sortes de monstres lui barrent le chemin. À ses côtés la mort cavalcade et le diable étend ses griffes pour le saisir. Mais le chevalier S'avance grave et sans peur, sans prêter la moindre attention aux dangers effrayants qui l'entourent de tous côtés. Il marche vers son but; que la mort et l’enfer combattent contre lui, tl n'en poursuivra pas moins son œuvre.

Ce chevalier de la mort, popularisé par le burin du grand artiste, c'est François de Sikingen.

François n'était plus, mais sa bannière flottait encore sur l'Ebernburg et les princes alliés se dirigèrent aussitôt vers cette forteresse que le peuple appelait l'asile de

la justice, mais qu'eux nommaient le repaire des révoltés.

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