SENTE TRE
lette décharné du vieux fort était toujours debout sur sa montagne, quand les Français reparurent pour imposer leur domination à l'Allemagne pendant bien des années.
C'est pendant cette période que le château fut vendu aux enchères pour une somme très minime et devint enfin, après avoir passé par plusieurs mains, la propriété du bourgmestre Gunther.
Gunther aimait son pays et dans ces jours d’oppression, ne désespérant pas de la patrice, ne voyant dans la domination française qu'un mauvais pas à franchir, mais non un résultat quil fallût accepter, il cherchait à réveiller les courages en remémorant le souvenir et les exemples des grands hommes de l'Allemagne,
La chevaleresque figure du sire d'Ebernburg était une des plus belles que l’on pût rappeler au peuple et Gunther acheta le château de François de Sikingen.
Il mit un peu d'ordre dans les ruines, traça des chemins qui permettent d'y monter aisément à travers la montagne, et à l’aide des monceaux de pierres accumulés partout, il construisit dans la grande cour un joli château de style gothique, où 1l réunit une foule d'objets remarquables trouvés dans la forteresse. Je pénétrai souvent dans ce musée, mais une seule chose attirait mon attention; c'était le portrait de François de Sikingen. Le brave chevalier est là tout armé, comme s’il marchait au combat. Sa figure, jeune encore, vous frappe par son air d'intelligence et de franchise, on lit sur cet énergique visage tout ce que cet homme était capable de faire, si la fortune n'avait trahi ses efforts. Tout le xvi° siècle semble revivre dans cette mâle physionomie, qui vous parle et dont vos yeux ne peuvent se détacher. .
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Le musée, s’étalant dans plusieurs salles, offre au visiteur des objets d’une réelle curiosité ; des tableaux, des gravures, des armes, des livres, des parchemins, méritent l'attention des connaisseurs.
En parcourant les ruines de la forteresse, vous jugerez de la grandeur et de la force qu'elle devait présenter en ses beaux jours. Vous verrez se dérouler devant vous les divers âges de l'architecture militaire et vous distinguerez la transition du moyen-âge aux temps modernes.
Du côté de l’Alsenz, les murs sont construits pour résister aux flèches et aux pierriers ; du côté de la Nahe, le style est différent, c'est contre le canon que ces épaisses murailles ont été élevées. La force de l'Ébernburg ne résidait pas dans son altitude, car 1l est dominé par le Rhingrafenstein et le Rothenfels. Mais il est libre de tous côtés et occupe le plateau dans tout son développement; il était sans doute inaccessible aux époques qui ont précédé l'apparition de l'artillerie sur le champ de bataille, mais sa résistance au canon ne devait pas être grande.
Vous verrez encore dans les diverses cours que vous visiterez, les boulets de pierre et de fer qui ont servi à la destruction de la forteresse ; vous verrez les armes que portaient les soldats du moyen âge et les colliers et les anneaux de fer qui servaient à enchaïner dans les souterrains, les malheureuses victimes de la justice de cette époque. Vous verrez un puits d’une profondeur énorme, 1l descend, dit-on, jusqu'au niveau de la Nahe ; les visiteurs s'amusent à y jeter de l’eau et à attendre, montre en main qu'un bruit lointain vienne les avertir que le liquide est arrivé au fond du puits. En vérité cette attente est fort longue.
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