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MAX. JUIN. JUILLET. AOUT. SEPTEMBRE

(1) En lignes françaises.

L'air à Creuznach est sec, les brouillards sont très rares en été et se dissipent rapidement dès que le soleil parait. C'est cette sécheresse de l'atmosphère qui lui donne cette limpidité qui permet au regard de plonger au loin dans les profondeurs de l'horizon. Le ciel est souvent d'une grande pureté, il rappelle celui des pays du Midi.

Le climat de Creuznach passe pour un des plus doux de l'Allemagne. « Les étrangers, dit M. le D’ Prieger, ne tardent pas à en ressentir l'influence salutaire. »

Des conditions telluriques et climatériques si éminemment favorables doivent retentir sur la santé publique. Les épidémies sont très rares à Creuznach, et si de loin en loin on en signale une, son caractère est toujours fort bénin. On n'y connaît point de maladies endémiques. La fièvre typhoïde ne se manifeste que par cas isolés et sans gravité. La variole grave n’y a plus paru depuis de longues années.

Creuznach renferme une population saine, dans un milieu sain.

En résumé, dit le D'H. Prieger, Creuznach et ses environs offre tous les avantages à ses hôtes. Un pays magnifique, uu climat sain et agréable, une grande richesse botanique, géologique et historique, d’excellents établissements où les baigneurs trouvent la santé et le plaisir et enfin des eaux minérales d’une valeur incomparable. Tout cela forme un ensemble de conditions hygiéniques si favorables pour le corps et l'esprit, quon ne les retrouve avec une telle harmonie dans aucune autre station thermale.

C'est le souvenir de toutes ces beautés naturelles et

de ce doux climat qui arrachait un jour à l’un des plus illustres enfants de Creuznach, le peintre Müller, alors loin de son pays, ces paroles pleines de regrets : « Oui, tu peux, Ô belle et magnifique contrée, chasser les soucis et porter la joie dans les cœurs. La vie y coule plus heureuse, les années y passent plus joyeusement, les nuages glissent plus doucement quand le vent les conduit vers tes montagnes. C’est à l'ombre de ces peupliers, de ces aulnes et de ces saules qui croïssentsur les rives verdoyantes de la plus belle des rivières que j'ai senti dans mon âme cette ardeur pour la toute puissante nature. »

Les principes actifs des eaux de Creuznach peuvent pénétrer dans l’économie par diverses voies. Par la muqueuse gastro-intestinale, si les eaux sont prises en boisson ou en lavement; par la peau, si on les emploie sous forme de bains ou de lotions, ou de fomentations. Par la muqueuse pulmonaire, si on respire leurs vapeurs.

C'est l’eau de l’Elisabethquelle que les médecins ordonnent presque toujours aux malades ; quelquefois aussi on leur prescrit l’eau de la source Orange. Mais celle-ci renfermant une quantité de chlorure de calcium et de chlorure de sodium beaucoup plus considérable que l’eau de la source Élise, est bien moins supportée et pro-

voque des accidents du côté de l'estomac et des intestins chez les personnes délicates. La source Élise jaillit à l'extrémité du Curhaus, elle est dans le pare. L'eau qu'elle fournit est limpide, claire, pétillante, pleine de petites bulles d'acide carbonique. Elle est agréable à voir. Elle n'exhale aucune odeur. Sa température étant de 10° R, elle paraît fraîche en été. Sa saveur est salée, mais on sy accoutume assez vite. Je ne dirai pas, avec le D’ Engelmann, « qu'on éprouve un véritable plaisir à la prendre, » mon enthousiasme ne va pas jusque là, je crois être plus vrai en disant qu'on la boit sans répugnance. |

Autant que possible les eaux doivent être prises à la source. Deux fois par jour, les buveurs se réunissent au Curhaus, le matin, de six à huit heures, l'après-midi, de quatre à six heures. C’est au son d’une musique agréable, qu'ils se promènent par groupes, s'égayant par leur conversation, au milieu des charmes d’une belle nature. La fontaine est là devant eux, les chemins qu'ils parcourent les y ramènent sans cesse et le verre d’eau saline interrompt la promenade, comme le refrain suspend le couplet.

Quand l’état de santé des malades ne leur permet pas de se rendre à la source, il se font apporter l’eau dans leur hôtel et la boivent dans leur chambre. Mais j'ai remarqué que cette eau a perdu de sa fraicheur, elle est moins limpide, moins agréable à boire. Je ne saurais trop engager les malades à se lever de bonne heure et à se rendre à la source, à s’y rendre deux fois par jour. matin et soir. La musique, la foule, le décor naturel, tout est riant, et l’être le plus abattu, le plus triste ne peut se dérober, dans ce milieu, aux impressions agréa-

bles qu'il reçoit de tous côtés. Les facteurs d'une cure sont complexes, je l'ai dit déjà, ceux qui agissent sur Île moral du malade ne sont pas les moins importants. Tout n'est pas dans les eaux, et l'heure de distraction et de plaisir que le patient ira chercher au Curhaus est un des éléments de sa guérison.

Les eaux salines sont très digestibles, elles sont admirablement supportées par tout le monde. J'ai vu des enfants de trois à quatre ans, vidant avec crânerie leur petit verre et supporter cette médication pendant des semaines sans en être incommodés. C’est le matin, à Jen, après une nuit de repos, que l'absorption se fait avec le plus de promptitude et le moins d'effort. Les malades se rendent, en général, à la source avant le: déjeuner, ce n’est que dans des cas exceptionnels qu'on leur permet de boire l’eau saline une heure après le repas. On fait cette exception en faveur de ceux qui, par faiblesse ou par habitude, doivent manger immédiatement après le lever et ne savent supporter le jeûne et le mouvement en plein air.

L'eau de la source Élise a uné température de 10° R ; pendant les chaleurs de l'été, elle semble fraiche, mais cette fraicheur, si agréable pour la plupart des buveurs, incommode certains estomacs. On pare à cet inconvénient en élevant légèrement la température de l’eau saline, soit en la plongeant dans un liquide chaud, soit en la coupant avec du lait chaud, soit en la plaçant quelques instants sur un réchaud.

S1 des phénomènes dyspepsiques rendent pénible la digestion des eaux salines, 1l vaut mieux renoncer à leur emploi et combattre, par l’usage d'eaux appropriées, les symptômes morbides qui se produisent du côté de l’esto-

mac. À Creuznach tous les malades ne boivent pas l’eau saline, il en est un certain nombre qui viennent boire à la source Élise l’eau de Swalheim, l’eau de Schwalbach, l’eau de Spa, l’eau de Kiesingen etc., ete. Le comptoir de la source Élise vous montre des échantillons de toutes les eaux minérales et vous voyez réunis autour de lui des buveurs de toutes les variétés.

La quantité d'eau à boire par chaque malade sera soigneusement déterminée par le médecin, elle variera avec l’âge du patient, son sexe, son individualité, l’état de ses forces physiques et digestives, la nature de sa maladie.

C'est pour le médecin, un point très délicat que d'indiquer d’une façon précise la quantité d’eau qui doit être ingérée. On commence habituellement chez les adultes par 180 grammes qu'on leur fait prendre en trois fois, à dix minutes d'intervalle. Si cette quantité est bien supportée, on augmente graduellement, jusqu’à ce qu'on arrive à la dose d'un litre par jour. Cette mesure est rarement atteinte et n'est jamais dépassée. Les malades boivent cette quantité d’eau en deux fois ; les deux tiers à la séance du matin, le tiers à celle du soir. La dose que l’on ingère à chaque séance doit être fractionnée, de façon à ne pas fatiguer l'estomac. On laissera un quart d'heure d'intervalle entre chaque prise, et ce quart d'heure sera consacré à une promenade dans le Païe. Cette promenade doit se faire’ d’un pas modéré, une marche au pas accéléré serait nuisible, « elle amènerall, dit M. le D' Michels, un échauffement, que l'ingestion de l’eau froide pourrait transformer en refroidissement. » Des bancs, des chaises, s'offrent de tous côtés au promeneur et l’invitent à se reposer quand ses muscles se fatiguent,

Pa :

Tue

Des pesanteurs, des tiraillements d'estomac, de légers symptômes d'embarras gastrique, la diarrhée, avertiront le malade et le médecin que la quantité d’eau saline ingérée est trop grande et qu’il la faut modérer.

Certaines personnes ont pu croire que les eaux de Creuznach sont purgatives et que leur action thérapeutique se fonde sur cette propriété. C’est une grave erreur ; la diarrhée n’est pas un effet physiologique, mais un véritable accident qui complique l'emploi abusif des eaux.

Il faut éviter cette diarrhée A les effets seraient nuisibles. Si elle se montre, il suffit, pour la faire disparaître, de diminuer la quantité d’eau qu'ingérait le malade. |

Üne question qui n’est pas sans importance a été soulevée à propos de la menstruation. Pendant cette époque, les femmes peuvent-elles boire l'eau saline? M. le D' Michels estime qu’elles doivent s’en abstenir, de peur de troubler une grande fonction physiologique. Sagement administrées, les eaux n’ont pas d'effet perturbateur et l’expérience m'a prouvé qu'elles ne. modifient pas la menstruation. M. le D' Prieger, et c'est à son opinion que je me rallie, ne suspend l'usage des eaux pendant la menstruation que dans les cas où celle-ci s'accompagne de malaise ou de douleurs. M. le D' Engelmann, en raison de la grande irritabilité qui survient à cette époque, diminue un peu la quantité d’eau ingérée.

Je me suis souvent amusé en nt des, dames sucer l’eau saline au moyen d’un tube en verre plongé dans le liquide. Elles l'aspirent sans la mettre en contact avec les dents. Garantir les dents du contact de l’eau, telle

est la cause de cette succion. C'est une précaution parfaitement inutile. Une longue expérience a démontré que les eaux de Creuznach n'attaquent point les dents, elles ne les noircissent ni ne les font tomber. Pendant des années entières, on a conservé des dents dans les eaux des sources salines, ce long séjour ne les avait pas altérées,

Belles buveuses, déposez done vos tubes de verre, l'éclat de vos dents ne court aucun danger.

L'été, dit M. le D' Stabel, est la meilleure saison pour les bains, non seulement le malade peut se promener pendant toute la journée, mais l'élévation de la température empêche les refroidissements qui pourraient interrompre la cure. On peut cependant se rendre à Creuznach pendant l'hiver, mais le milieu est alors moins favorable qu'en été, et cette cure d'hiver ne doit être tentée que dans des cas exceptionnels.

Comme je l'exposerai plus tard, la cure d'hiver pourrait, en cas de nécessité, être faite par le malade, chez lui, en attendant quil puisse à la bonne saison, se rendre à Creuznach.

Les bains se font avec l’eau saline naturelle, à laquelle on ajoute une certaine quantité d'eaux mères. C'est la grande source de Carlshalle située dans le Val des Salines, qui alimente les bains de la ville; elle arrive dans les hôtels et les maisons de bains au moyen de conduits et de machines à vapeur. La grande source de Theodorshalle alimente les appartements qui l’avoi-

sinent et la source de la Nahe fournit aux bains du Curhaus.

Au lieu d'employer l’eau saline des sources, on avait essayé l'usage de l’eau saline empruntée aux bâtiments de graduation, mais l'expérience ayant démontré que l’activité de cette dernière ne surpassait pas celle de l’eau minérale naturelle, on a renoncé à son emploi.

Les malades peuvent prendre leur bain dans la maison ou dans l'hôtel qu'ils habitent. Creuznach présente, sous ce rapport, une supériorité incontestable sur une foule de stations. La baignoire est près de leur appartement, ils ne sont donc pas exposés, après le bain, aux intempéries de l’air, ni aux refroidissements. Quelque temps qu'il fasse, la cure n’est pas interrompue, l’heure du bain n’est pas changée. Les personnes dont la marche est difficile, ne doivent pas sortir de Lx maison pour faire la cure.

Les baignoires, qui renferment de 200 à 250 litres d'eau sont en bois vernissé. Les eaux minérales additionnées d'eaux mères n'attaquent guère le métal ; on avait essayé le marbre, on a dû y renoncer, l’eau se refroidissait trop vite au contact de cette substance ; on est revenu aux baignoires de bois.

Les bains doivent être tièdes.

Le chauffage ne se pratique pas de la même manière dans les divers établissements. Au Curhaus véritable établissement modèle, les bains sont chauffés selon la méthode de Schwarz. Chaque baignoire présente un double fond, la partie supérieure est remplie d’eau minérale venant directement de la source, un tuyau amène dans le double fond des vapeurs bouillantes qui, en moins de dix minutes, portent l’eau minérale à la température de 24 à 28°R. On évite ainsi de soumettre l’eau

— AT4 — à une coction qui pourrait altérer sa composition chimique. Dans les hôtels et les divers établissements particuliers, on prépare les bains en mélangeant de l’eau minérale chauffée à de l’eau minérale fraiche. Cette préparation est également bonne et elle conserve au bain toutes ses propriétés thérapeutiques.

Quelquefois on ne prescrit au malade que le bain d'eau minérale simple. Mais presque toujours on additionne cette eau avec de l’eau mère, afin d'augmenter son activité. Les bains d'eau minérale simple trouveront leur indication dans ces cas où l’on ne doit combattre encore que des tendances, des prédispositions morbides. Malheureusement, ce n’est pas alors qu’on se rend à Creuznach, ‘les malades ne viennent y chercher du secours qu'à l’époque où le mal a déjà fait bien des ravages. Dans les cas d’affections scrofuleuses très bénignes, les bains d’eau minérale simple peuvent encore suffire.

Quelle que soit la maladie et son degré, les deux preniers bains ne seront composés que d’eau minérale simple. Ce sont des bains d'essai qui permettent d’apprécier l’action de l’eau saline sur l’économie. À partir du troisième bain, on ajoute à l'eau minérale l'eau mère et l'on donne ainsi au bain telle puissance que l’on veut.

Si l’on suppose la baignoire renfermant 250 litres

d'eau de la Carlshalle, 5,250 grammes de principes

salins sont contenus dans cette eau ; cette minéralisation peut s'enrichir au gré du médecin, et cette richesse par l'addition de l’eau mère, atteindra telle limite que l’exigera le cas pathologique. On ajoute parfois jusqu’à 20 litres d’eau mère à l’eau du bain. Ces 20 lilres renferment 5,200 grammes de principes salins. La bai-

gnoire contient donc 8 1/2 kilog. de sels (chlorures, bromures, iodures).

En voyant de quelle puissance d'action on dispose, on ne s’étonnera plus des brillants résultats thérapeutiques obtenus à Creuznach.

L'addition d'eaux mères doit se faire avec une grande prudence et selon les instructions du médecin qui en surveillera soigneusement les effets. On ne peut d'avance savoir quelle sera sur le malade l’action des eaux mères. Certains sujets, qu'on croirait torpides, réagissent vite et violemment contre l'addition d’une faible quantité d'eaux mères, tandis que d'autres, qui semblent très irritables, supportent admirablement l’action de fortes doses de cet agent. Si l’eau mère est administrée im prudemment, si l'on en ajoute tout d'abord de grandes quantités, ou si la dose en est augmentée trop rapidement, la peau s'irrite, elle devient rouge et reste un certain temps, après le bain, le siège d’une chaleur et d’un prurit désagréable. Si l’on persiste dans la mauvaise voie où l’on est engagé, on voit la peau se couvrir de petites : papules qui provoquent, le soir surtout, une démangeaison pénible. Si l'on ne s'arrête point, ces papules se transforment en pustules.

Une longue expérience a démontré qu'il faut peu à peu augmenter la quantité d'eaux mères dont on additionne le bain, on arrive ainsi insensiblement à une dose que l'on maintient sans la dépasser, pendant toute la durée de la cure.

On ajoute habituellement un demi-litre d’eau mère au troisième bain, et chaque jour un demi-litre de plus. Si l'organisme ne réagit pas d’une façon défavorable, on

augmente plus rapidement la dose d’eau mère, on procède par litre au lieu de demi-litre.

Dans la plupart des cas on ne dépasse pas six litres d’eau mère par bain. On peut sans inconvénient aller jusqu'à dix litres, on ne dépasse cette dose que dans les cas exceptionnels d’hypertrophies ou d'indurations rebelles, on peut alors aller jusqu'à 20 litres.

Dès que la peau s'irrite ou devient le siége de démangeaisons, 11 faut cesser l’augment journalier de la dose d’eau mère et parfois même amoindrir la quantité dont on s'était servi jusqu'alors.

La température du bain est un point important de la cure, elle doit varier selon l’âge, le sexe, la constitution du malade, la nature de la maladie. La déterminer exactement n’est pas toujours pour le médecin une tâche facile et l'examen attentif des premiers résultats obtenus peut seul l’éclairer sur le degré de chaleur qu'il faut donner au bain. Dans l'immense majorité des cas, la température variera de 24 à 28°R. Il est rare quelle doive descendre au-dessous de 24° ou s'élever au-dessus de 28° et cet écart de la règle commune ne doit pas être de longue durée. |

La différence entre 24 et 28°R est déjà notable et Je vais tâcher d'indiquer les circonstances dans lesquelles le médecin prescrira une température se rapprochant de ce minimum ou de ce maximum. |

Dans la forme torpide des scrofules, la température s'élèvera, dans les formes éréthiques, elle s’abaissera. Chez les individus pléthoriques, on choisira une température moyenne, on en preserira une plus élevée aux personnes nerveuses et anémiques. Pour les gens délicats, nerveux, la température la plus convenable est celle

de 26 à 27°. Les personnes sanguines prendront les bains à la température de 24 à 26°, et les constitutions Iymphatiques torpides demandent de 25 à 27° (1).

Si l’on ajoute au bain une grande quantité d’eau mère sa température doit être moins élevée. Si la température extérieure fraichit, celle du bain devra être un peu plus élevée, si la température extérieure augmente, celle du bain peut diminuer.

Une imdisposition accidentelle, la fatigue physique ou intellectuelle nécessitent l'élévation de la température du bain.

Le succès de la cure peut dépendre du choix convenable de la température du bain, et les éléments de ce choix sont multiples et. variables.

Trop chaud ou trop froid, le bain a des inconvénients. S'il est trop chaud le malade peut éprouver des étourdissements, des vertiges, un grand relâchement et une grande faiblesse musculaire. S'il est trop froid, il provoque des frissons désagréables, une sensation pénible pendant toute la durée du bain et les frissons s’accentuent encore quand le malade, sorti du bain, doit s’essuyer et s'habiller dans une chambre dont la température est encore inférieure à celle de l’eau.

Le malade sera sûr que la température du bain est convenable, quand le contact de l’eau produira tout d’abord de légers frissons auxquels succède, après quelques instants, un sentiment de bien-être qui persiste aussi longtemps que le baigneur reste immobile. Vient-il à s’agiter, de nouvelles couches de liquide se mettent en contact avec le corps et le sentiment de fraicheur reparait.

Si la température est convenable, le malade éprouve un sentiment de bien-être et ne s'aperçoit pas qu'il est dans le bain. Plus le sujet sera jeune et moins la chaleur du bain devra être élevée pour produire ce sentiment. Si la température est convenable, le pouls ne sera pas modifié par le bain.

On ne doit pas entrer dans un bain trop chaud, en prétextant que sa température va bientôt s’abaisser. Le refroidissement du bain est peu sensible. Si l’eau et l'air ambiant cherchent à s’équilibrer, le corps abandonne, par contre, de sa chaleur à l'eau. En trois quarts d'heure, un bain de 26 à 2TR ne perd qu'un degré de sa chaleur pendant les jours froids et un quart à un demi degré pendant les chaleurs de l'été.

S1 le malade reste au bain plus de trois quarts d'heure et qu’au bout de ce temps il éprouve des frissons, il peut ouvrir le robinet à l’eau chaude, afin d'élever la température.

Quand certains malades entrent dans le bain, ils éprouvent une sensation de froid qui leur est pénible, et ils sont tentés d'ajouter de l’eau chaude. Ils ne doivent céder à cette tentation que dans le cas où la sensation de froid persiste au delà de # à à minutes.

Aux personnes qui ont une répugnance invincible pour des bains qui ne leur paraissent pas assez chauds, on permet un ou deux degrés de chaleur de plus qu'il ne. serait convenable de le faire. On évite ainsi la première impression désagréable. Mais dès que le patient est dans le bain, on ouvre le robinet d’eau froide et l’on ramène la température au degré approprié à l’âge, au sexe, à la constitution et à la maladie du baigneur.

« Si l'on suit exactement ses prescriptions, dit, M. le

» D' Engelmann, jamais l'usage de nos bains, alors » qu'ils seraient additionnés d’une grande quantité d’eau » mère, ne provoquera de congestions céphaliques et » jamais on ne devra combattre les vertiges et les maux » de tête par des applications d’eau fraiche ou de glace » sur le crâne et le front. »

Afin d'augmenter la surface d'absorption, tout le corps sera plongé dans l’eau jusqu'au cou. On doit soigneusement éviter de se mouiller les cheveux. L'eau du bain est riche en chlorures qui imprégneraient les cheveux. En vain s’essuyerait-on la tête à siccité, les chlorures, avides d'humidité, attireraient bientôt celle de l'air, et les cheveux, en peu dé temps, redeviendraient humides. Des maux de tête, des rhumes, des maux de gorge, des névralgies, seraient souvent la conséquence de cette humidité du cuir chevelu.

Si la nature du mal exige que la tête soit lavée avec l’eau du bain ou de l’eau mère affaiblie, 1l faut avoir soin de nettoyer les cheveux avec de l’eau pure et de les essuyer à siccité. :

Le malade restera dans le bain, sans aucun vêtement. Ces vêtements ne répondent à aucun but, ils gênent d’ailleurs les mouvements, exposent à des refroidissements et rendent moins intime le contact de l’eau avec le corps. |

Le baigneur restera tranquille dans le bain, il n'est pas nécessaire qu'il s'agite pour remuer l’eau et rendre plus égal le mélange de l’eau minérale et de l'eau mère.

L'eau mère est sans doute spécifiquement plus lourde que l’eau minérale, mais elle s’y dissout complètement et ne s’en sépare pas. Le dépôt quon voit souvent au fond des baignoires, n’est autre chose qu'une poussière

mêlée accidentellement à l’eau mère, quand celle-ci est recueillie au fond des réservoirs.

Quant aux manœuvres de massage et de frictions avec la main, de la flanelle ou des brosses, il faut s’y livrer, à Creuznach, avec une grande réserve. Elles ont pour but de ranimer la peau; on pourra les faire avec prudence pendant les premiers temps, chez les personnes dont le tégument cutané est peu sensible. Mais il faut prendre garde de provoquer une irritation de la peau qui pourrait nécessiter la suspension de la cure.

Quelle sera pour chaque malade la durée du bain? C'est encore une question délicate et qui nécessite de la part du médecin une sérieuse attention. Dans certaines stations, le malade passe des heures entières dans le bain, et l’action thérapeutique est en raison du séjour que le patient fait dans l’eau. Mais l’activité d’un bain ne se juge pas seulement par sa durée. Cela ne peut être vrai que dans les cas où cette eau n’a d’autres vertus que sa température. Mais l'efficacité des eaux de Creuznach réside surtout dans leur riche minéralisation et la peau ne pouvant, sans danger, rester en contact avec cette grande quantité de sel dissous dans le bain, il a fallu limiter selon le sexe, l’âge, la constitution, la maladie, la durée du temps que le malade resterait soumis à cette action. Une longue expérience a permis de fixer les limites minima et maxima de la durée du bain entre dix minutes et une heure et demie. Une demie heure est la moyenne applicable à la plupart des malades. Pour les adultes, on commence par 20 minutes et l’on augmente peu à peu de à à 10 minutes. Pour les enfants, on commence par 10 minutes et l’on peut aller jusqu'à trois quarts d'heure. Les enfants, les personnes irri-

tables, surtout les femmes nerveuses, resteront au bain moins longtemps. Quand un malade se trouve à l'aise dans le bain, il peut y prolonger son séjour. Mais sil éprouvait des frissons, des secousses, des tremblements, des maux de tête, des vertiges, il doit sortir du bain immédiatement. Quand la peau est sèche, fonctionne mal, elle sera soumise plus longtemps à l’action du bain; si elle est fine, délicate, la durée du bain devra être moins longue.

L'heure la plus propice pour prendre un bain, c’est le matin avant le déjeûner. Tous les organes sont en repos et c'est à ce moment que les principes salins des eaux agiront le plus activement sur la peau et sur l’économie toute entière. |

Les malades qui doivent boire l’eau saline, et c’est le plus grand nombre, laisseront s’écouler une demi-heure entre le dernier verre d’eau et le bain.

Mais les personnes faibles et délicates ne savent pas toujours attendre le déjeüner. Ce jeûne devient une souffrance, elles doivent manger peu de temps après le lever. Ces personnes pourront déjeûner d'abord et prendre le bain plus tard. On laissera s’écouler, entre le déjeüner et le bain, d'autant plus de temps que le repas

aura été plus copieux. Si le déjeüner ne se compose que

de café, de lait, de chocolat, ou de cacao et d’un ou deux petits pains, on pourra se baigner une heure à une heure et demie après ce repas. Ce temps serait trop court, si le déjeüner était plus abondant.

Le malade devant se reposer un certain temps après le bain, il importe que celui-ci ne soit pas pris trop près du diner.

Les malades affaiblis qui ont besoin d’un long repos

après le bain, pourront se baigner le soir. Une longue expérience permet d'affirmer que si le malade n'a pas pris d'aliments depuis longtemps, le bain du soir aura pour lui la même efficacité que le bain du matin. Le sommeil de la nuit offre aux personnes délicates le long repos qui leur est nécessaire après le bain.

Aux dames nerveuses, à tous ceux qui ne se sentent pas bien pendant les premières heures qui suivent le lever, il faut prescrire les bains du soir.

L'air de la chambre dans laquelle le malade prend son bain sera frais et pur, et sa température ne doit pas descendre au-dessous de 12°R. Au printemps et en automne, il faudra parfois chauffer l'appartement.

Pendant la période menstruelle, on ne prendra pas de bains. Si pendant la grossesse la cure n’est pas absolument contre-indiquée, au moins n'est-elle pas utile. Les maladies générales ou locales contre lesquelles on dirigerait l'action des eaux de Creuznach, ne progressent point pendant la gestation et on peut attendre la délivrance avant d'avoir recours à l'emploi des eaux salines et des eaux mères. « Par contre, dit Engelmann, j'ai fait faire des cures entières à des mères qui allaitaient, sans quil en résultât le ARE préjudice pour les enfants. »

Règle générale, on prend un bain tous les jours, si la constitution du patient est affaiblie par une longue maladie, on peut commencer la cure par un bain pris de deux en deux jours. Certains malades pressés de guérir, ou désireux de bhâter leur départ, demandent au médecin l'autorisation de prendre deux bains par jour. La cure, leur semble-t-il, serait abrégée de moitié. En en prenant trois par Jour, elle serait abrégée des deux tiers.

En en prenant quatre par jour, elle serait abrégée des trois quarts. Et puisque l’on prend, au maximum, quarante-deux bains d'une heure chacun, en passant deux Jours entiers dans la baignoire, la cure serait complète.

Il est des absurdités qu'il suffit d’étaler sans leur faire l'honneur d’une discussion. « On n’amène pas de force une guérison, dit très bien M. le D' Michels, l'absorption cutanée a ses limites, et il ne faut pas lui demander plus qu'elle ne peut donner. »

En sortant du bain, le malade s’enveloppera dans un long drap de lit en toile, chauffé ordinairement dans un sceau entre les doubles parois duquel on a versé de l'eau bouillante. Il s’essuye rapidement et revêt un costume chaud.

Si le malade est affaibli, il est préférable qu’il se fasse essuyer et sécher la peau par une autre personne. Le baigneur se rend aussitôt dans son appartement, dont les fenêtres seront soigneusement fermées. Il s'étend pendant une heure, dans un sopha ou sur son lit et se livre à un repos complet, parfois même au sommeil. S'il n’a pas déjeüné, il peut prendre ce repas. Bien qu'il ait déjeüné, s’il éprouve le besoin de manger, s'il désire relever ses forces, il fera un repas léger, il prendra un bouillon, une tasse de lait avec un jaune d'œuf. Il n'y a dit le D' Prieger, que les personnes robustes, sanguines, qui ont habituellement les pieds froids, qui doivent se promener après le bain, mais dans un endroit sec, chaud et à l’ombre.

La durée d’une cure à Creuznach est, en moyenne, de six semaines. Je ne sais sur quels préjugés se fondent les idées de certaines personnes qui s’imaginent qu'en vingt-et-un jours l’affection dont elles souffrent, parfois

depuis des années, sera guérie. Vingt-et-un! Pourquoi vingt-et-un? Qu'y a-t-il de magique dans ce nombre? Pourquoi lui plutôt qu'un autre? Je n’en sais rien. Mais certaines personnes viennent sérieusement à Creuznach pour vingt-et-un Jours. Le vingt-deuxième elles partent, convaincues que leur cure est complète. Je dois, à cet égard, détromper les malades. Plus ils resteront à Creuznach, plus 1ls se soumettront à l’action des eaux salines prises en bains et en boissons, plus leur constitution s'améliorera et plus leurs chances de guérison augmenteront. « La persévérance, dit Engelmann, est une condition indispensable pour un heureux résultat. » Si l’on songe qu'on envoie à Creuznach des maladies constitutionnelles invétérées, qui ont résisté depuis des années à toutes les médications, on ne s’étonnera pas que les eaux salines. ne les guérissent point en quelques jours. Une saison, quelque prolongée qu’elle soit, ne guérit pas toujours, 1l faut parfois revenir plusieurs années de suite. J'ai vu à Creuznach des personnes qui viennent à chaque saison et depuis fort longtemps se plonger dans les eaux salines comme dans un bain de vie, comme dans une fontaine de Jouvence. Elles viennent faire provision de santé, et si, à force de persévérance, elles n'obtiennent pas toujours la guérison de leur maladie, au moins la maintiennent-elles dans des limites convenables.

Vers la fin de la cure, après le trentième bain, rarement avant, certaines personnes présentent des phénomènes particuliers auxquels on a donné le nom de saturation ou de satiété. EHes éprouvent un dégoût profond pour les bains et pour l’eau qu’elles buvaient jusqu'alors avec tant de plaisir. Il se produit une surexcitation du

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