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LES EAUX PRISES EN BOISSON

Le principe minéralisateur que l’eau de Creuznach renferme en plus grande quantité, c’est le chlorure de sodium. Sur 16 onces elle en contient 72 grains. C'est un des agents les plus actifs de la cure ; étudions done ses effets sur l’économie.

Mais remarquons tout d’abord que le sel marin est un

des composés minéraux les plus répandus dans la nature. La terre en renferme des masses considérables, ce sont les mines de sel gemme; l’eau des mers en contient de 30 à 40 p. c. et l'air des continents lui-même en présente toujours des traces à l'analyse chimique. IL fait partie intégrante de l'organisme des. plantes dont nous nous nourrissons et notre sang en contient 4 à à parties pour 1,000. Toute la nature et tout notre être est imprégné de ce principe dont on comprendra bien tout à l'heure toute l'importance vitale. Nous absorbons le chlorure de sodium detoutes manières ; pourtantil ne s’accumule pas dans l’économie ; s’il est ingéré en excès, il est éliminé par l'urine. Les belles recherches de Lehmann ont démontré que la quantité de chlorure de sodium contenue dans le sang reste à peu près la même alors que l’on fait absorber à l'individu en expérience des masses assez considérables de ce sel. C’est surtout par les glandes sudoripares et rénales qu'il s'élimine.

Les urines et la sueur sont riches en chlorure de sodium. |

Le sel marin exerce sur les liquides et les grandes fonctions de l’économie une influence que nous allons étudier. |

Les curieuses expériences de Plouviez et de Poggiale ont démontré que le sel marin augmente la quantité de globules contenue dans le sang. Pendant deux mois, Plouviez ayant ajouté à son régime dix grammes de sel de plus qu’à l'ordinaire, Poggiale, analysant son sang, y trouva que le nombre des globules avait augmenté d'une manière notable (143 au lieu de 130), tandis que l’albumine et l’eau avaient diminué. Le sel n’a pourtant pas de vertus hématogènes, mais il empêche la destruction des globules, c'est un agent conservateur.

Le chlorure de sodium agit sur la nutrition en augmentant les combustions. Voit avait déjà signalé ce fait que les recherches de Rabuteau ont confirmé. Le médecin français a constaté, en comparant ses urines recueillies pendant deux périodes de huit jours, une grande variation dans la quantité d’urée qu'elles contenaient. Pendant l’époque où Rabuteau ajoutait à ses aliments dix grammes de sel en plus que la quantité ordinaire, l'urine renfermait vingt pour cent d’urée en plus qu'elle ne présentait dans les jours où la salaison était régulière. Or, l'urée étant le produit final le plus important de la transformation régressive des tissus, sa présence en plus grande quantité dans l'urine prouve que les combustions ont été plus actives.

La théorie indique que la température du corps doit s'élever avec l'activité des combustions.

Il en est réellement ainsi; Rabuteau a constaté qu'à l’époque du régime très salé un thermomètre placé dans son aisselle marquait 37°,4; il ne marquait plus que 56°,9 pendant la période du régime peu salé.

L'activité des combustions sous l'influence du sel marin explique ce qui se passe chez les animaux auxquels

les éleveurs font prendre une certaine quantité de ce sel. La nutrition chez eux devient plus active, ils mangent davantage, ils prennent bientôt un aspect de vigueur et de prospérité remarquable, leur poil est plus lisse, leur chair plus succulente!, leur fécondité plus grande. Et pourtant ils n'augmentent pas de poids ; ce résultat s’explique aisément si l'on songe que le chlorure de sodium, en activant les oxydations, brûle en plus grande quantitéles matériaux ingérés. Si la machine animale chauffée par le sel marin devient plus active, elle tombe dans le marasme et la torpeur quand ce stimulant lui fait défaut. Tout le monde connaît l'histoire de ces seigneurs,russes qui, pour réaliser quelques économies, avaient privé leurs serfs de leur ration de sel ordinaire.

Ces malheureux tombèrent bientôt dans une cachexie aqueuse et albuminurique‘et il fallut, pour les sauver de la mort, leur rendre bien vite du sel. |

Wundt a vérifié le fait sur lui-même ; s'étant privé de sel pendant trois jours, 1l vit au bout de ce temps l'albumine paraître dans ses urines.

L’albuminurie doit fatalement se produire quand la quantité de chlorure de sodium, contenue normalement dans le sang, vient à baisser. On admet aujourd’hui qu'une partie de l’albumine est unie dans le sang avec les sels alcalins et surtout le chlorure de sodium. C’est cette union qui maintient: l'albumine à l'état de solution dans le sang, et l'empêche de dialyser à travers le filtre rénal. Mais si la quantité de sel diminue soit absolument, soit relativement dans les cas où la proportion d'eau augmente, vous verrez l'albumine apparaitre dans les urines. [njectez de l’eau pure dans le sang et l'urine se charge d’albumine, injectez de l’eau salée et l’albumine

ne paraît pas, elle reste en solution. Ces expériences démontrent que la diminution du chlorure de sodium, dans le liquide sanguin, est une des conditions étiologiques de certaines formes de l’albuminurie.

La saveur piquante du sel marin en a fait le condiment le plus indispensable de notre alimentation; en provoquant une sécrétion plus abondante de salive et de suc gastrique, il devient un des agents les plus actifs de la digestion.

On savait depuis longtemps que le suc gastrique normal est toujours acide; on sait aujourd'hui que c'est à l'acide chlorhydrique qu'il doit son acidité. Le rôle de cet acide est d'une importance capitale, puisque le suc gastrique est inactif quand il est neutre. Bardleben avait démontré, par ses expériences, que le chlorure de sodium augmente la sécrétion du suc gastrique. Mais sa démonstration était peut-être un peu brutale. Il introduisait directement le sel en nature dans l'estomac des animaux, par une fistule gastrique. On pouvait se demander si un régime salé produirait les mêmes effets,

Rabuteau a complété les expériences de Bardleben. Il soumettait des animaux à un régime fortement salé, et recueillait, par une fistule stomacale, le suc gastrique. Puis, comparant ce liquide sous le rapport de la quantité et de la qualité, à celui qu'on recueillait dans les périodes où le régime était moins salé, Rabuteau constata : 1° que le suc gastrique recueilli par la fistule pendant un temps déterminé était plus abondant sous l'influence d’un régime très salé que sous l'influence d’un régime ordinaire; 2° que le même suc était plus acide.

[l'est donc prouvé que le sel, ajouté en excès à l’alimentation, augmente la quantité et l'acidité du suc gastrique. h 14

Cette augmentation d’acidité du suc gastrique explique un fait très important signalé par Sabelin et Dorogow. On sait que le phosphate de chaux, étant insoluble dans l’eau, ne peut être absorbé qu'après avoir été dissous à l’aide d’un acide. Or ces observateurs ont démontré que le chlorure de sodium favorisait la pénétration dans le sang du phosphate de chaux introduit par l’alimentation, et son dépôt dans le tissu osseux. C’est l'acide chlorhydrique en plus grande quantité dans le suc gastrique qui favorisait cette absorption. On comprend aussitôt toute l'importance du chlorure de sodium chez les personnes dont l'ossification est défectueuse, chez les rachitiques, par exemple. |

L'action du chlorure de sodium sur l'intestin varie selon la quantité et la rapidité avec laquelle on ingère cette substance. |

Sous l'influence d’une alimentation très salée, vous voyez la constipation se produire. Mais quand le chlorure de sodium est introduit brusquement et à haute dose dans les voies digestives, comme le font à Creuznach les malades qui boivent avec excès l’eau de la source Élise, ce principe n’est absorbé qu’en faible quantité, il chemine en majeure partie dans le tube intestinal qu'il irrite, les sécrétions intestinales deviennent trop abondantes et la diarrhée survient.

Certaines personnes ont cru que l’usage immodéré et longtemps prolongé du sel pouvait donner la pierre et le scorbut. Nous ne nous arrêterons pas à discuter des assertions que le moindre examen réduit à néant.

Après le chlorure de sodium se place immédiatement le chlorure de calcium, tant sous le rapport de sa quanuté que de sa valeur thérapeutique.

L'eau de la source Élise contient dans mille grammes 1,499 gramme de chlorure de calcium.

La plupart des malades adultes buvant chaque jour un litre d'eau saline, on peut dire qu'ils ingèrent à peu près 1,90 grammé de chlorure de calcium.

Quelle est l’action physiologique de ce sel? Les auteurs sont muets sur ce point; le chlorure de calcium a pour ainsi dire disparu de la thérapeutique depuis la découverte de l'iode.

Autrefois, 1l jouissait d’une grande réputation dans le traitement des maladies scrofuleuses. Aujourd'hui, on n'en parle plus, l'iode l'a complètement détrôné. Fourcroy, Wood et Hufeland en avaient pourtant obtenu de beaux résultats dans les adénites scrofuleuses et les syphilis invétérées. |

M. le D' Aug. Wimmer, de Creuznach, a entrepris de fixer la science sur ce point important, en se soumettant lui-même à des expériences sur l’action du chlorure de calcium. Dans une période préliminaire de sept jours, 1l détermina tous les jours, à la même heure, le poids de son corps, celui de la nourriture solide et liquide, celui de la sécrétion par les reins, les selles, la peau et les poumons. La quantité, la qualité, la pesanteur spécifique de l'urine sont notées deux fois par jour; on indique la quantité d’urée, d'acide urique, phosphorique et de chlorures contenus dans ce liquide.

La seconde période de l’expérimentation se divise en deux septenaires. Dans le premier, M. Wimmer prend chaque matin 0,50 centigrammes de chlorure de caleium, dissous dans 150 grammes d’eau. Dans Le second septenaire, la dose ingérée de ce sel est portée à un gramme. d

PT NRA ER AA AE NE RE E 7 AL DCS Pape 7 15

Plus tard, M. Wimmer reprit la même étude, dans

les mêmes conditions expérimentales, et porta la dose du chlorure de calcium jusqu'à 1,50 gramme par jour.

Le goût du chlorure de calcium, dit M. Wimmer, est salé et désagréablement amer, mais ce sel ne cause ni douleur cuisante, ni malaise de l'estomac.

L’appétit n’est pas influencé par lui, les fonctions du cœur ne subissent aucune altération; à la dose de 1,50 gramme par jour, il augmente légèrement la soif.

Son effet est diurétique, la quantité d'urine excrétée s'accroît avec la dose de chlorure ingérée, elle augmente de 160 grammes par jour, le poids des selles s’accroit de 19 grammes par jour.

Malgré l'effet diurétique, le chlorure de calcium augmenta le poids spécifique de l'urine qui s'éleva de 1021,5 à 1025,2. |

La quantité de l’urée s’accrut continuellement, elle s'éleva jusqu'à 5,42 grammes en plus que dans la période préliminaire. La quantité d'acide urique diminua de sept centigrammes par jour. |

Les sulfates et les chlorures s'accrurent presque également, les premiers de 1,69 grammes, les seconds de 2,26 grammes. |

L’acide phosphorique est un peu augmenté (0,79 centigrammes).

La diminution du poids du corps était progressive;

pendant que le chlorure était pris à la plus haute dose, le poids diminuait chaque jour de 125 grammes.

M. Wimmer conclut de ses recherches que le chlorure de calcium active les combustions et hâte la transformation et l'élimination de toutes les matières azotées devenues inutiles à l'organisme. Sous l’influence de cet

agent, l'absorption est augmentée. Il n’est préjudiciable à aucune des fonctions de l’organisme, mais la digestion est troublée si le chlorure de calcium est introduit dans l'estomac à forte dose, ou en solution trop concentrée.

Le chlorure de potassium, que l’on rencontre aussi dans les eaux de Creuznach, augmente également l’activité des combustions. Lui aussi accroit la quantité d’urée dans les urines.

Comme dans les mers, l’iode se trouve dans les eaux de Creuznach à l’état d’iodure de sodium et de magnésium.

. En répandant à profusion Do autour de nous, la nature a montré l'importance qu'elle attachait à ce métalloide qui fait partie He de notre orga-

nisme. |

Les recherches de Chatin ont démontré que l'iode existe dans les eaux de la mer, ce que tout le monde savait, mais aussi dans les eaux douces. A leur source, ces eaux ne contiennent pas d'iode, elles s’en chargenten traversant des terrains qui en contiennent et en recevant des débris organiques de plantes et d'animaux.

L’atmosphère renferme de l’iode ; 1l provient surtout des eaux qui tendent continuellement à s'en dépouiller en tout (les eaux douces) ou en partie (l'eau de mer).

Les eaux pluviales sont plus riches en iode que les autres eaux douces.

La neige et la rosée sont moins 1odurées que É pluie.

L'air des lieux mal aérés et Jon est en partie privé de son iode. |

L’iode pénètre de toutes parts dans notre organisme : par les eaux, par l'air que nous respirons, car l'analyse chimique a démontré que les gaz expirés ne renferment

plus que la cinquième partie environ d’iode contenu dans l'air inspiré.

Il nous arrive encore par les liqueurs fermentées : le vin, le cidre, le poiré ; par le lait, surtout le lait d’ânesse et principalement par les œufs. Nous trouvons encore l’iode dans les animaux qui vivent dans l’eau douce, les écrevisses, les grenouilles, les goujons, dans les plantes aquatiques telles que le cresson, le phellandrium, le beccabunga.

L’iode est nécessaire à l'organisme ; si ce métalloïde vient à lui manquer, il se trouve aussitôt placé dans des conditions anormales et la santé s’altère.

L'effet principal de l’action des iodures introduits dans l'organisme c'est d'amoindrir les combustions. L’urée excrétée par les urines diminue considérablement et sous l’influence de l'absorption journalière d’un gramme d'iodure, la quantité d’urée excrétée, qui est normalement de 20 à 22 grammes par jour, peut descencendre, d’après Rabuteau, jusqu’au chiffre de 13 à 14 gr. Ces expériences nous permettent tout d'abord de regarder l’iode comme agent d'épargne, comme un antidéperditeur, comme un reconstituant. Comme tel, son emploi est justifié dans les maladies d’épuisement et les états de dénutrition : chloro-anémie, débilité, scrofule, phthisie, diabète.

En Russie, on regarde l’iode comme un agent hématogène et on le destine aux mêmes usages que le fer.

On avait longtemps cru que l'iode et ses composés augmentaient la désassimilation et faisaient maigrir. Les recherches des expérimentateurs modernes ont démontré l'erreur de cette opinion. Les iodés ralentissent le mouvement nutritif, ils provoquent l’embonpoint.

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