‹ CreuznachChapitre 5 sur 103 · BAS EN · texte numérisé non relu

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que les autres, s'enfonçant peu à peu dans les profondeurs de l’espace, s’évanouissent par des teintes d'une dégradation successive, dans des lointains vaporeux.

La Nahe se précipite entre le Rothenfels, le Haardt, le Schlossherg à sa gauche, la Gans et le Kuhberg à sa droite, dans une délicieuse vallée qui fait plaisir à voir. Ce n’est pas une de ces vallées de la Suisse, encaissée entre des murs de granit ou des montagnes qui montent jusqu'aux nues, ne laissant voir le ciel qu'à travers une sorte de soupirail et qui vous donnent au bout de quelques jours la nostalgie des grands horizons bleus. Un ensemble de gracieux tableaux et de riantes perspectives font à la Nahe un cadre magnifique.

La petite rivière coule joyeuse et limpide dans le Val des Salines, beau comme un décor de théâtre. Sur son lit de cailloux elle promène ses détours, tantôt rapides, tantôt lents, allongeant à plaisir son chemin, pour coquetter avec ces vertes collines qui lui font risette et pour réfléchir plus longtemps l’image des vieux rochers rouges, auxquels elle bruit en passant, je ne sais quelles folles histoires.

À peine a-t-elle franchi le Val des Salines, qu'elle rencontre le Badewôrth et lui passant gracieusement les deux bras autour de la taille, elle en fait l’île la plus charmante que vous puissiez rêver. C'est l'ile des bains, c'est le nouveau Creuznach. C’est là que les étrangers habitent, c'est là qu'ils viennent chercher la vie et la santé.

L'île n'a pas demandé ses ornements aux splendeurs de l'art, la nature a seule fait les frais de son élégante beauté. | Ke

Du pavillon où je me trouvais placé, je la voyais

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s'étalant au loin sous son dais de verdure. Des pelouses veloutées, des arbres feuillus, de frais ombrages au milieu desquels serpentent de petits sentiers sans prétention, voilà le pare du Kurhaus, le cœur du Badewürth. C’est là que les malades viennent boire les eaux de la source Élisabeth, une des principales de Creuznach, cest là qu'ils se promènent une partie de la journée aux sons d'une belle musique sur laquelle la Nahe brode la gaieté de ses murmures.

Une main habile a groupé dans les jardins du Curbaus les plus beaux arbres de nos climats. Les marronniers aux têtes arrondies comme les dômes d’une cathédrale, les saules au feuillage éploré, les longs peupliers d'Italie agités par la brise comme d'immenses éventails qui rafraichissent l'air, les érables aux feuilles d'argent, les sureaux panachés, les acacias dont la longue tige dénudée se couronne d’un vert panache, les bouleaux à l'écorce argentée, les chênes toujours majestueux, les sapins et les cèdres à l’éternelle verdure, dressent leurs colonnades le long des sentiers et des allées et mariant leurs rameaux, élèvent dans les airs des arcades, des portiques, et forment d’épaisses voûtes impénétrables au soleil. |

Autour et au delà du parc, le spectacle change. Le regard ne rencontre plus que des toits prosaiques, des tuiles rouges, des tuiles brunes, des tuiles grises, toujours des tuiles et encore des tuiles, un fouillis de cheminées et de toits, aussi disgracieux les uns que les autres, s'étalent de tous côtés. C’est la ville de Creuznach se déployant sur les rives de la Nahe et baignant coquettement le pied de ses modestes maisons dans les deux bras de la rivière.

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