MALADIES DES OS ET DES ARTICULATIONS
Les affections des os et des articulations peuvent être provoquées par le traumatisme, mais le plus souvent elles sont l'expression de quelque diathèse. La scrofule, la tuberculose, la syphilis, le rhumatisme, la goutte sont presque toujours le point de départ de la lésion. Et dans les cas, assez rares d’ailleurs, où quelque violence a pu occasionner l’altération osseuse ou articulaire, ce sont bien souvent les états diathésiques qui retardent et parfois même enraient complètement la guérison.
Les malades et leur famille aiment mieux attribuer une tumeur blanche à une cause traumatique qu’à un état constitutionel, mais les faits nous ont prouvé depuis longtemps que les lésions du système osseux, sont unies aux états diathésiques, par les liens les plus étroits.
Une des causes les plus fréquentes des tumeurs blanches c'est la scrofule. Dans ses leçons cliniques sur la serofule, M. Bazin affirme que la tumeur blanche est avec la carie, l'accident le plus ordinaire de la scrofule tertiaire. M. Lebert a rencontré la tumeur blanche sur le septième des scrofuleux soumis à son examen. M. Bazin prétend que la proportion est FA considérable encore.
Parmi les tumeurs blanches shot Teuges celle de l'articulation du pied est la plus fréquente, puis vient celle du genou à peu près dans la même proportion,
puis celle de la hanche à peu près aussi fréquente que celle du coude. Les tumeurs blanches du poignet et de * l'épaule sont beaucoup plus rares.
On rencontre chez le scrofuleux parmi les ue du squelette : la périostite, l'ostéite, la nécrose, les tubercules des os, mais on trouve surtout la carie. La carie des os du crâne n'est pas fréquente. À la face, c'est l'os zygomatique qui est le plus souvent atteint; l'os maxillaire inférieur est plus souvent le siège d’une nécrose que d’une véritable carie. Les os du palais et de la partie postérieure du nez se carient quelques fois, ce qui donne lieu à cette odeur fétide qu'on nomme punaisie. Le rocher se carie aussi, la surdité et parfois la mort, sont les résultats de cette lésion. Le sternum et les côtes sont quelquefois le siège de la carie et de la nécrose, il en est de même de la clavicule. L’omoplate est parfois atteinte de carie et de nécrose. L’humérus chez les scrofuleux est assez souvent malade, mais plus rarement dans son extrémité supérieure que dans son milieu et surtout que dans son extrémité inférieure. Les condyles de l’humérus, ainsi que la partie supérieure du eubitus sont fréquemment malades, ils le sont ordinairement en même temps et leur altération devient souvent le point de départ d’une tumeur blanche.
La main et surtout le carpe sont moins souvent malades chez les scrofuleux que le tarse ; les os métacarpiens et les phalanges des doigts se prennent plus souvent que le carpe. La nécrose y est plus rare que la carie.
La carie des os du bassin est, d'après Lebert, bien plus fréquente que ne l’indiquent les auteurs.
Toutes les régions du fémur peuvent être atteintes de carie qui y est toujours grave et opiniatre.
Les os de la jambe sont souvent, l’un et l’autre, cariés et nécrosés. Le tarse est fréquemment malade chez les scrofuleux, tantôt il est le siège d’une carie, tantôt d’une nécrose, celle-ci est surtout fréquente dans le calcanéum.
Les os métatarsiens sont aussi fréquemment le siège d'une carie longue et difficile à guérir.
La carie vertébrale ou mal de Pott est assez commune chez les scrofuleux. Les maladies des os constituent la localisation la plus fréquente des scrofules. On l’observe dans plus de la moitié des cas, d’après Lebert.
Les lésions osseuses ou articulaires peuvent être engendrées par les tuberculés. Cette altération organique a été rencontrée dans presque tous les os du squelette; au point de vue de la fréquence, nous rangeons les os dans l’ordre suivant : vertèbres, tibia, fémur, humérus, (chez les enfants), phalanges, métatarsiens, métacarpiens, sternum, côtes, os 1liaques, os courts du tarse et du carpe, apophyse pétrée du temporal.
C'est surtout dans l’enfance que la tuberculose se produit dans les os; elle devient moins commune dès l’âge de quatorze à quinze ans, après vingt-cinq ans, elle devient exceptionnelle.
Les lésions osseuses peuvent être provoquées par une autre diathèse encore, je veux parler de la syphilis. C’est dans une période très avancée de la syphilis que les lésions osseuses apparaissent le plus souvent, c'est parmi les accidents tertiaires qu'on peut les classer. Parmi les altérations que l’on rencontre sur l'os et le périoste, nous citerons : les douleurs ostéocopes, les périostites gommeuses, phlegmoneuses ou plastiques, l'ostéite, que nous voyons se terminer soit par résolution, soit par la production d’un gonflement fixe et plus
ou moins circonserit, qu'on nomme exostose, soit par carie, soit par nécrose.
La blennorrhagie fournit aussi son contingent de tumeurs blanches. Pour être relativement rare, l’arthrite blennorrhagique fait pourtant des victimes. Elle se présente très exceptionnellement chez la femme. Quant au siège de la maladie, la statistique l’établit dans l’ordre suivant, d’après le degré de fréquence. Le genou, le coude-pied, la hanche, les articulations des doigts et des orteils, le coude, le poignet, l'épaule. C’est sur la synoviale que la blennorrhagie fixe principalement son action, il en résulte une grande tendance à l’hydartrose. Le plus souvent l’arthrite blennorrhagique se-termine par résolution et laisse peu de traces après elle, mais chez les sujets Iymphatiques ou serofuleux, je l'ai vue plusieurs fois amener la tumeur blanche et l'ankylose.
La goutte et le rhumatisme sont aussi fréquemment la cause des lésions articulaires dont j'ai déjà parlé.
Les eaux de Creuznach exercent sur ces diathèses une influence favorable; l’état local doit évidemment se ressentir de l'amélioration constitutionnelle. J'ai vu et je me fais un plaisir de le déclarer, des résultats fort remarquables de la cure à Creuznach chez des personnes atteintes de tumeurs blanches, scrofuleuses ou arthritiques. Je les ai vues tout d’abord incapables de marcher, se faire voiturer au Curhaus, puis peu de semaines après leur arrivée, s'essayer à la marche, et partir je ne dirai pas guéries, mais heureuses de lamélioration considérable qu'elles avaient obtenue.
J'ai vu un jeune français traité par M. le D' Hessel pour une arthrite blennorrhagique du genou, durant depuis dix-huit mois. À son arrivée. ce jeune homme
boïtait et marchait péniblement en s'appuyant sur une canne; après huit semaines de traitement il rentra dans son pays, il pouvait à ce moment marcher sans canne, sans que l'articulation malade éprouvât la moindre douleur. Cette guérison s'est maintenue et s’est consolidée.
J’ai vu un grand nombre de ces cures et je joins mon témoignage à celui des médecins de Creuznach, aflirmant l'efficacité de leurs eaux dans le traitement des affections osseuses ou articulaires provoquées par les diathèses dont nous avons parlé.
Mais qu'on ne croie pas cependant que les eaux fassent des miracles; le traitement de toutes les maladies du système osseux et articulaire est fort long et exige la plupart du temps plusieurs cures successives.
Le traitement général est toujours puissamment secondé par l'application topique de l’eau saline fortifiée par une quantité variable d’eau mère, ou parfois d’eau mère pure. On ajoute au traitement général : des bains locaux, des injections, des fomentations, des douches. Le D' Prieger se loue beaucoup de l'application, en guise de cataplasmes, de la boue minérale qui se dépose dans les bassins des bâtiments de graduation.