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MALADIES DES YEUX

Si l'œil est le miroir de l'âme, 1l n'est que trop souvent le miroir de l’état constitutionnel. S'il reflète les sentiments du cœur, il reflète aussi tous les vices, tous les états diathésiques de l'économie. La scrofule, l'arthritis, la syphilis, le cancer, la tuberculose n'épargnent aucune des parties de l'œil, mais de toutes les diathèses

c'est assurément le lymphatisme et la serofule qui atteignent le plus fréquemment cet organe.

La blépharite ciliaire, la conjonctivite palpébrale chronique, la conjonctivite pustuleuse, la kératite phlycténulaire, la kératite vasculaire, la kératite parenchymateuse, sont le plus souvent l'expression de la scrofule. Elles se manifestent dans l'enfance et parfois se continuent dans l'adolescence et même au-delà de la vingtième année. Des lésions graves et indélébiles sont assez souvent la conséquence de ces maladies qui laissent après elles : la perte des cils, la déformation du bord libre des paupières, leur aspect rougeûtre, des obnubilations des cornées, etc.

Les inflammations de la conjonctive et de la pituitaire, si fréquemment produites par la scrofule, se propagent parfois par continuité de tissu jusque dans les voies lacrymales, et provoquent les rétrécissements des conduits, le larmoiement, la dacryocistite aiguë ou chronique, la fistule lacrymale.

Parfois la scrofule porte ses effets, non sur la muqueuse des voies lacrymales, mais sur les os qui circonscrivent le sac lacrymal et le canal nasal. L’inflammation de la muqueuse est alors secondaire.

Les maladies de la cornée, si fréquentes chez les Jeunes sujets, se lient généralement au Iymphatisme et à la scrofule.- Ce qui imprime aux kératites un cachet de gravité tout spécial, c’est qu’elles laissent souvent après elles des altérations de courbure ou de transparence de cette membrane et une diminution de l’acuité visuelle.

La scrofule n'engendre pas la conjonctivitegranuleuse, mais elle la complique et l'aggrave. Chez bien des sujets où cette diathèse existait à l’état latent, on la voit appa-

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raitre sous l'influence de l’ophtalmie granuleuse. Le chagrin, la réclusion et l'inaction à laquelle sont condamnés les malheureux granuleux, dépriment leur vitalité et les livrent bientôt à tous les dazgers de cette déchéance organique qu'on appelle le Iymphatisme et la scrofule.

Ces affections de la conjonctive et de la cornée, engendrées par la diathèse scrofuleuse, entretenues ou compliquées par elle, sont très favorablement influencées par la cure à Creuznach. Ce fut en Belgique, le D' Jamain, oculiste fort distingué de Liége, qui appela le premier l'attention sur l’action éminemment favorable exercée par les eaux de Creuznach sur certaines conjonctivites et kératites. |

M. Jamain a envoyé, depuis plusieurs années, à Creuznach, un grand nombre de malades, que la thérapeutique ordinaire ne parvenait pas à guérir. [l a notamment envoyé des personnes dont les cornées présentaient encore divers degrés d'infiltration, résultant de kératites récentes ou anciennes. Les résultats les plus favorables ont été obtenus par ces malades, dont les cornées ont souvent repris une transparence Inespérée.

J'ai moi-même envoyé à Creuznach un grand nombre de malades atteints pour la plupart d'infiltration cornéenne, provoquée le plus souvent par le pannus granuleux.

Le trouble de leur cornée avait porté une grave atteinte à leur acuité visuelle ; je revois aujourd’hui ces patients, 1ls ont fait à Creuznach plusieurs cures successives, chacune d'elles a amélioré leur vision; ils sont maintenant guéris ; leur cornée a repris une transparence inespérée.

Il est une maladie grave de la cornée sur laquelle les

eaux de Creuznach exercent une influence des plus favorables. Je veux parler de la kératite parenchyma-

teuse ou interstitielle ; qu’elle soit diffuse ou ponctuée, -

qu’elle s'accompagne ou non de vascularisation, cette affection est l'expression d’un état général profondément altéré par la syphilis ou la scrofule, très exceptionnellement par le rhumatisme. La kératite interstitielle est surtout l'apanage de la syphilis héréditaire; elle peut se manifester au moment de la naissance, elle peut aussi être tardive et survenir dans la seconde enfance, voire mème à l’âge adulte. La kératite interstitielle peut être provoquée également par la syphilis acquise et se manifester lors de l'apparition des symptômes secondo-tertiaires. « J’ai été plus d’une fois, m'écrit M. le D'Jamain, » émerveillé des résultats que m'ont donné les eaux de » Creuznach, dans le traitement de la kératite intersti- » tielle. »

Ces brillants résultats s'expliquent, puisque l’on sait aujourd'hui que dans la grande majorité des cas, c'est la syphilis qui provoque cette kératite, et qu'une longue expérience a démontré toute la puissance d’action des eaux de Creuznach sur cette diathèse.

Au témoignage que M. le D' Jamain et moi-même rendons à l'efficacité des eaux de Creuznach dans la thérapeutique oculaire, je joindrai celui de Mooren, l’'éminent oculiste de Dusseldorf et celui de MM. Prieger et Engelmann qui ont obtenu tous trois les plus beaux résultats dans des cas analogues à ceux dont j'ai parlé.

Ce n'est pas seulement en Allemagne et en Belgique que l’on a préconisé la cure de certaines affections oculaires par les eaux de Creuznach. Les oculistes français et pour ne citer queles plus fameux, Panas et Galezowski,

ont reconnu toute l’importance de ce traitement dans les maladies de la conjonctive, de la cornée et des paupières.

Sous et Gourand ont récemment rappelé l'attention sur les succès obtenus par Prieger et Trautewein dans le traitement de l'iritis et de la choroïdite. Je crois avec MM. Sous et Gourand qu'on n'a pas assez utilisé jusqu’à ce jour l’action résolutive des eaux de Creuznach, dans le traitement des inflammations chroniques des membranes profondes de l’œil.

Il y a là un vaste champ d’études, peu exploré encore; et je suis convaincu que dans les inflammations chroniques du tractus uvéal, dans lhyalitis, les eaux de Creuznach rendront d'importants services et qu’elles ne seront pas moins utiles pour hâter la résolution des inflammations de la rétine et du nerf optique.

Dans le traitement des maladies des yeux, l’eau saline sera prise en bains et en boissons. Dans certains cas, le traitement local viendra joindre ses effets au traitement général. L'eau saline pure ou additionnée d'eau mère, en quantité variable, peut être appliquée sur les yeux en compresses, en lotions, en bains de vapeur, en pulvérisation. Ce traitement local sera fait avec prudence, tout en stimulant l'œil, il faut éviter de réveiller les inflammations dont il a été le siège et dont on cherche à faire résorber les vestiges.

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