MALADIES DES ORGANES RESPIRATOIRES
La muqueuse des voies respiratoires est, chez les scrofuleux, très impressionnable à tous les changements de température. Elle s’enflamme avec facilité et dans ces cas l’altération débute par une inflammation catarrhale tenace qui présente dans le pharynx et les bronches une tendance très marquée à la destruction ulcérative des tissus. On conçoit le caractère dangereux de ce catarrhe bronchique. Superficiel d’abord, le processus s'étend
peu à peu en profondeur, atteint les lobules du poumon, et y provoque une inflammation ulcéreuse qui produit tous les phénomènes et expose à tous les dangers de la phthisie pulmonaire. |
C'est la phthisie scrofuleuse de Jaccoud, qu'il ne faut pas confondre avec la phthisie tuberculeuse.
Un travail de Massini, établi sur de nombreuses autopsies, montre que la mort par phthisie ne révèle la présence detubercules que 33 fois sur 100 décès. Les 67 cas restants, sont des broncho-alvéolites suivies de dégénérescence Caséeuse.
Ces broncho-alvéolites fréquemment confondues avec la phthisie sont entretenues le plus souvent par le Iymphatisme ou la scrofule.
Quand les lésions ne sont n1 trop étendues ni trop enracinées, l'usage des eaux de Creuznach procure toujours une amélioration considérable et assez souvent une guérison radicale.
En modifiant la constitution du scrofuleux, on diminue cette tendance à l'inflammation que présente, chez ces malades, la muqueuse bronchique. En améliorant son état général on met la nature dans des conditions plus favorables à la guérison des lésions qui se sont déjà produites. L'effet résolutif des eaux se fera également sentir sur les infiltrations des tissus pulmonaires et bronchiqnes. |
Mais là ne se borne pas l'action des eaux de Creuznach. On sait que la scrofule tend fatalement vers la tuberculose. Cette dystrophie déclarée, et ai-je besoin de dire avec quelle facilité elle éclate chez les scrofuleux dont les poumons sont malades, la cure à Creuznach est devenue impossible. « Nous ne conseillerons jamais àun
» tuberculeux, dit Trousseau, de se soumettre au trai- » tement que nous recommandons aux serofuleux. Les » eaux salines murtatiques, dont les scrofuleux retirent » de si bons résultats, employées contre les tuber- » cules pulmonaires, sont dangereuses et il n’est pas un » médecin qui ne les interdise. »
Mais si les eaux de Creuznach ne sauraient être employées sans danger dans les cas de phthisie confirmée, il n’en est plus de même quand il s’agit de malades dont la constitution scrofuleuse les prédispose à la tuberculose, 1l n'en est plus de même quand il s’agit de personnes appartenant à des familles dont une phthisie héréditaire moissonne sans cesse les membres.
En guérissant ou tout au moins en atténuant la diathèse scrofuléuse, on s'oppose au développement des tubercules qui ne sont en définitive, que l'expression d’une déchéance profonde des forces de l’organisme, que la manifestation locale d’une vitalité épuisée.
« Une longue expérience a démontré que des per- » sonnes issues de familles tuberculeuses, ou dont les » parents sont morts de phthisie, surtout de tubercules » pulmonaires, ont été préservées de cette terrible ma- » ladie qui décimait leur race, par un traitement fait à » Creuznach. Mais pour obtenir de tels succès, 1l faut » s’y prendre à temps et consacrer à la cure le temps et » les soins nécessaires. » D' Priecer.
M. le D' Leudet, de Rouen, a récemment présenté à l’Académie de Paris, un travail sur la tuberculose pulmonaire dans les familles. — Les longues recherches du médecin français permettent d'apprécier toute limportance de l’hérédité dans le développement de la phthisie.
D’après lui, la tuberculose acquise frappe de préférence les individus débilités, soit congénitalement, soit par des maladies antérieures.
La transmission héréditaire de la phthisie existe dans plus de la moitié des cas. L’hérédité tuberculeuse directe des père et mère aux enfants a été constatée dans 82 familles sur 152. |
La transmission héréditaire est plus fréquente dans la ligne maternelle que dans la ligne paternelle.
Dans les familles tuberculeuses, une génération peut être indemne de la maladie, les autres en étant frappées.
C'est entre 13 et 35 ans que la tuberculose pulmonaire apparaît en général chez le descendant.
Les maladies des os et des articulations se rencontrent dans 20 °/, des familles tuberculeuses.
L'affection tuberculeuse des os et des articulations précède le plus souvent la tuberculose des poumons.
La marche de la tuberculose pulmonaire est beaucoup plus lente dans la classe aisée que dans la classe ouvrière.
La guérison de la tuberculose pulmonaire se rencontre aussi bien dans la phthisie héréditaire que dans la phthisie acquise.
Prenant des conclusions pratiques sur les recherches de M. Leudet, je dirai aux médecins et aux parents : la phthisie est héréditaire dans plus de la moitié des cas, ce n'est guère avant l’âge de 13 ans qu'elle apparaît chez les enfants issus de tuberculeux. Dans l'immense majorité des cas, on aura le temps d'intervenir et de modifier par un traitement et une hygiène appropriée, les tendances vicieuses de l'organisme vers l’éclosion des tubercules. | |
PEN ie).
Quand Koch découvrit le bacille de la tuberculose, 1l y eut un moment une tendance à regarder cette maladie non plus comme l'expression d'un état diathésique, de la scrofule ou de la misère physiologique, mais comme une affection infectieuse produite par le bacille.
Partout mêlé à la poussière de l'atmosphère, aussi bien sur la voie publique que dans nos maisons, ce parasite pénétrerait dans nos poumons par la respiration.
Les recherches de Leudet démontrent que cette tuberculose par contagion n’est pas la règle. La plupart des personnes sont réfractaires à cette action nocive du bacille ; pour subir son influence 1l faut y être prédisposé par quelque diathèse, par quelque abaissement de la vitalité. Jaccoud a dit avec raison : la diathèse tuber- leuse est essentiellement constituée par l'insuffisance de la nutrition.
L'hérédité ne transmet pas le germe infectieux, mais elle transmet des vices de nutrition qui favorisent l’infection. | |
Après comme avant la découverte du bacille de Koch, les eaux de Creuznach conservent totite leur utilité comme agent prophylactique de la tuberculose. Les recherches de Leudet démontrent l'impérieuse. nécessité de soumettre à leur action les enfants issus de familles où règne la phthisie et les études cliniques des médecins de Creuznach nous disent assez ce que nous pouvons attendre d’une thérapeutique si rationnelle et qui compte tant de succès.
Ce ne sont pas seulement les médecins de Creuznach qui ont préconisé l'emploi des eaux minérales dans le traitement prophylactique de la phthisie. Dans son remarquable « Traité des eaux minérales de la France et
de l'étranger » le D' Durand-Fardel partage complètement leur avis. |
« Il faut, dit-il, considérer dans la phthisie, un état » général de l'organisme simplement constitutionnel ou » diathésique, héréditaire ou acquis, sous l'influence » duquel les tubercules sont nés, ou se sont multipliés » dans les poumons. »
Or si l’art est impuissant contre le tubercule luimême, 1l peut agir efficacement sur la diathèse. La plupart des tuberculeux offrant tous les caractères d’une constitution éminemment lymphatique, la médication chlorurée sodique et surtout chlorurée, sodique, bromurée si spéciale contre la scrofule et la constitution lymphatique trouvera d'importantes applications.
Thilénius (1) émet la même opinion que Durand-Fardel. « En examinant la thérapeutique de la diathèse tu- » berculeuse, on voit que les succès se trouvent surtout » à où l’on peut enrayer la disposition qui est » toujours à regarder comme le premier degré de » cette terrible maladie; là où un traitement prophy- » lactique conduit avec prudence, ou une hygiène con- » venablement ordonnée et un régime approprié forment » Ja base de la méthode curative. Car la maladie une » fois déclarée, bien que les guérisons ne soient pas très » rares, elle n’est accessible à aucune médication » directe. »
Dans ce traitement prophylactique, Thilénius recommande les eaux de Soden, bien qu'à son avis la plupart des eaux chlorurées sodiques et bromurées soient également propres à remplir cet objet. L'inhalation artificielle développée auprès de la plupart d'entre elles et la
(1) Traité sur les Eaux minérales du duché de Nassau.
possibilité de vivre près des grandes salines de Nauheim et de Creuznach dans une véritable atmosphère saline pareille à celle de la mer, indique l'emploi de ces eaux dans les cas de maladie de l'appareil respiratoire. Cette athmosphère saline artificielle est souvent préférable à celle de la mer, parce qu'elle ne présente ni sa vivacité, ni ses refroidissements.
Certains enfants, à la suite du croup, de la rougeole, de la coqueluche ou d’autres affections catarrhales, conservent une grande sensibilité des voies respiratoires ; à chaque instant on les voit atteints de bronchite. Cet état que le public appelle « une poitrine faible », est favorablement influencé par l'emploi des eaux de Creuznach.
Dans le traitement des maladies des voies respiratoires, on ne se borne pas seulement à l'emploi des eaux salines en bains et en boissons, mais on soumet encore les patients à l’inhalation de l'atmosphère qui enveloppe les grands bâtiments de graduation.
Quand le temps le permettra, ils iront s'asseoir ou se promener plusieurs heures chaque jour dans les longues allées qui entourent ces bâtiments, et ils respireront à pleins poumons cet air suroxygéné et tout imprégné de chlorure de sodium, de chlorure de calcium, d’iode, de de brôme et d'ozone. |