MALADIES DES VOIES DIGESTIVES
Nous avons vu la scrofule, le rhumatisme, la goutte
exercer une influence fâcheuse sur les muqueuses oculaire, nasale, buccale, pharyngienne, respiratoire ; nous
avons vu ces diathèses provoquant ou tout au moins entretenant les altérations pathologiques développées dans ces tissus. La muqueuse des voies digestives ne jouit d'aucune immunité, rien ne l'abrite contre les manifestations constitutionnelles. La gastrite catarrhale chronique est bien souvent l'expression d'un état diathésique. Dans bien des cas, la genèse de la maladie se dérobe derrière d’autres causes plus apparentes, telles que les abus alcooliques, les repas trop copieux, l'irrégularité de l'alimentation. Mais ces causes ne peuvent bien souvent déterminer leurs effets qu'à la faveur d’une prédisposition diathésique. Bien souvent encore, la gastrite chronique étant développée, on la voit résister au-temps, à toutes les précautions prises par le malade et aux soins les plus intelligents du médecin. C'est encore l’état constitutionnel qu'il faut accuser de cette persistance, de cette ténacité du mal. La gastrite catarrhale chronique se caractérise par des symptômes bien apparents. Diffculté de la digestion, pesanteur à l’épigastre, éructations, régurgitations aigres, brülantes ou amères. L’estomac se ballonne pendant la digestion, l’appétit est diminué, la soif est souvent vive. La pesanteur à l’épigastre se change parfois en douleurs, en crampes qui retentissent jusqu'à la région dorsale. Certains malades ont des vomissements alimentaires quelque temps après le repas; d’autres orit des vomissements muqueux chaque matin au réveil. Parfois les voies biliaires participent au catarrhe; la muqueuse buccale est saburrale, l'haleine fétide, la peau légèrement ictérique. Il y a des alternatives de diarrhée et de constipation. Les forces générales diminuent, le malade s’'amaigrit.
Au catarrhe de l'estomac se joint assez communément
le catarrhe de l'intestin, qui reconnaît également pour cause un état constitutionnel. Son symptôme le plus constant, parfois unique pendant un temps très long, cest la diarrhée. Chez les hémorrhoïdaires et les goutteux, c'est au contraire la constipation qui est de règle. Chez la femme, cet état s'accompagne souvent de troubles névropathiques, de névralgies lombo-abdominale et .Intercostale. |
Quand les traitements ordinaires auront échoué ou agiront avec trop de lenteur au gré du malade, que le médecin l'envoie aux eaux de Creuznach. L’indication causale sera remplie, la diathèse sera combattue et l'effet résolutif des eaux s’exercera favorablement sur les lésions locales de l'estomac et de l'intestin. Ces lésions consistent surtout dans un épaississement de la muqueuse et parfois aussi du tissu conjonctif sous-muqueux et même du tissu musculaire. Les villosités sont tuméfiées, proéminentes, même polypeuses. L'ulcération caractérise fréquemment l’entérite chronique.
Toutes ces lésions sont favorablement influencées par la cure à Creuznach.
Chez les scrofuleux, les goutteux, les rhumatisants, les syphilitiques à la période secondaire, les individus qui ont longtemps souffert de la fièvre intermittente, les organes glanduleux de l'appareil digestif : le foie, la rate, les ganglions mésentériques présentent des altérations que l’usage des eaux de Creuznach peut guérir.
Le foie est le siège d’une congestion se caractérisant par une tension, une douleur sourde que la pression exagère et qui s’irradie vers l'épaule droite. La glande hépatique présente un volume plus grand qu'à l'état
normal, son bord tranchant dépasse les fausses côtes et peut être senti par la palpation.
La scrofule et la syphilis viscérale peuvent également atteindre le foie et le frapper de cirrhose. Dans les fièvres intermittentes anciennes, la rate se gonfle et s’altère. La tumeur splénique est due d'abord à l’hyperémie, puis à une exsudation diffuse dans le parenchyme avec ou sans foyers hémorrhagiques. L'exsudat n’est . pourtant pas constant, une tumeur déjà ancienne de la rate peut être simplement constituée par la congestion, l’hypertrophie du tissu et la surabondance du pigment.
Nos prédécesseurs ont beaucoup discouru sur ce qu'ils appelaient : la dyscrasie veineuse ou la veinosité abdominale. Tout en reconnaissant qu'ils ont beaucoup exagéré et l'importance et la fréquence de cet état, nous dévons pourtant en admettre la réalité. Il trouve sa source dans les troubles de la circulation de la veineporte. Toutes les maladies qui entravent le cours du sang dans ce vaisseau peuvent provoquer la dyscrasie veineuse abdominale. Les maladies du foie, surtout sa sclérose, les tumeurs qui se développent près du hile de cette glande, gènent directement la circulation de la veine-porte. La sclérose et l'emphysème du poumon, les lésions du cœur droit et celles de l’orifice mitral produisent le même effet d’une façon indirecte, elles gênent la circulation de la veine-cave inférieure et ralentissent ainsi le cours du sang dans la veine-porte. Cette stase veineuse provoque la pléthore abdominale se traduisant par la congestion sanguine des organes glanduleux et des vaisseaux du bas-ventre, l’état variqueux de ceux-ci (hémorrhoïdes). |
Les fonctions des organes abdominaux sont troublées,
le catarrhe chronique gastro-intestinal apparait avec tous ses ennuis. Les lésions abdominales, déjà si pénibles par elles-mêmes, retentissent tôt ou tard sur les autres systèmes organiques et deviennent le point de départ de manifestations réflexes, qui font le désespoir du malade et du médecin. Des bouffées de chaleur, des erampes, des douleurs de toutes espèces, puis plus tard l'hypochondrie, la mélancolie, l'hystérie.. tels sont les symptômes provoqués par cette pléthore abdominale que les anciens voyaient peut-être trop et que les modernes ne voyent peut-être pas assez.
Dans toutes les affections des voies digestives dont nous venons de parler « un traitement thermal, dit » M. le D’ Prieger, rend de très grands services, et c'est » surtout l’eau de la source Élise, prise à l'intérieur, qui » donne les résultats les plus remarquables. Mais dans » leur emploi il ne faut pas se fier à la maxime banale : » — beaucoup d’eau fait beaucoup de bien, — car au » contraire ce n'est qu'à dose modérée qu'on augmente » peu à peu et avec prudence, qu'on obtient des résultats » certains et radicaux, beaucoup plus sûrement que si on » employait nos eaux minérales ou d’autres sources plus » fortement laxatives, de manière à obtenir des pur- » gations violentes. »
On ne se bornera pas à l'usage interne des eaux de la source Élise, le malade prendra des bains, il sera soumis au massage, à des frictions, à des douches, à des lavements d'eau saline additionnée d’eau mère. Ces derniers sont parfois d’une très grande utilité dans les affections du bas-ventre, tant par l’action directe qu'ils exercent sur le tube intestinal et les organes voisins dont les tissus sont altérés, que par celle qu'ils exercent sur
les vaisseaux. En stimulant les parois variqueuses ou relàchées des veines et des Iymphatiques de l'abdomen, les lavements d'eau saline accélèrent la circulation des liquides et font disparaitre la pléthore abdominale.