CANTIQUE
Où vont cc» bataillons poudreux ?
Quel transport anime leur zèle !
La vierge pudique se mêle
Dans les rangs de ces nouveaux preux.
Du travail le signe harmonique Brille auloin sur tous les drapeaux;
Salut! phalange pacifique,
Salut I famille de héros !
Courez, et rabaissez l’audace Des fières filles des Titans ;
Et par vos œuvres de géans,
An Peuple.
Entres chez le peuple ; voyez s? table, sa
raesses lamentations de mendicité, ses hurlements perpétuels pour avoir du travail.
Voyez les trois-quarts des femmes réduites h
Voyez de quel pain noir, de quelle pauvreté car notre politique ne consiste qu’à armer
soldats, les terrifier à force de rigueurs, en former des sicaircs aveugles, employés à cou* tenir la masse des pauvres désarmés. Voila ce qu’on appelle civilisation pcrfeclibilisée.—Le règne sociétaire garantît les corps et les âmes.
Enfants du peuple, qui racontera votre souffrance'?—Celui qui n’a pu la comprendre qu’en la partageant.—Vous naissez: un taudis délabre
reçoit vos corps débiles, Un air méphylique emplit vos faibles poitrines, et cependant depuis plus de quarante années, la loi de Dieu est découverte.
Votre naissance qui'sera bientôt un jour de fête pour le monde entier, est un événement malheureux pour vos misérables parents. — Point de langes pour envelopper vos membres délicats.—Les mamelles qui doivent vous nourrir sont flétries, sont taries par les privations, par les chagrins ; mais bientôt un air pur, un baume réparateur circulera dans vos poumons et dans vos veines, car la volonté de Dieu, méconnue par un siècle perverti s’est faite entendre, et nous parviendrons à la proclamer.
Votre naissance a été l’occasion de nouvelles dépenses-—La misère de la famille grandit.—Il faut que votre mère malade retourne au trava il si elle a le triste bonheur d’en trouver, et vous restez abandonnés pauvres enfants , la majeure partie du jour, et quelquefois la majeure partie dclanuil ; de cet abandon forcé résultent souvent pour vous des accidents graves,des infirmités incurables, après avoir végété quelques années, assaillis de mille maladies que rien ne vient soulager, assiégés de mille privations que rien ne vient adoucir; leplus grand nombre d’entre vous tombe moissonné par la mort, et les plus heureux sont les victimes, car les survivants sont condamnés à perpétuité au bagne industriel ;
pauvres innocents, bientôt vous aurez des bois, des prairies, des jardins, des vergers; enfants, la volonté de Dieu sera faite.
Dans les bagnes industriels où l’on vous'parque, dans ces repaires d’immondices et d’immoralités, on vous contraint à travailler durant la journée entière, et souvent une partie de la nuit.— Ne dormez pas petits enfants. — Le fouet du contre-maître est impitoyable. — Et c’est ainsi que votre vie s’écoule, mais beaucoup d’entre vous brisent avec ind'gnalion les horribles liens qui les asservissent. — Les jeunes hommes pour se faire soldats ou mieux... réfractaires.
Cesont d’ordinaire les beaux types, les natures exubérantes et marquées au doigt de Dieu pour faire la gloire et le bonheur de leurs semblables, qui, privées de'contre-poids, abandonnées par la société , font payer cher à cette société son incurie et son abandon.
Il vient un jour où elles protestent. — Dès cet instant l’idée du crime les allèche, la prison les réclame ,1e bagne les pervertit, la guillotine les attend. —La société est satisfaite.— La mère a dévoré son enfant.— Les juges vont dîner ni plus ni moins, car tout est pour le mieux dans la meilleure des civilisations possibles.
Tel-csl le sort des jeunes hommes d’élite.— Voyons maintenant celui des jeunes filles.
Don nombre d’entre elles se précipitent dans
les égoôls de la prostitution, el pendant ce temps, d’autres femmes, leurs sœurs, se parent de robes el de joyaux somptueux, el des prêtres les saluent de leur sourire le plus bénin. Quel monde est-ce donc que le nôtre? —Cela s’appelle le monde civilisé. — Ce n’est qu’uii gouffre d’infamies ; mais Dieu par notre entremise, pauvres créatures, vous rendra bientôt votre première innocence, il vous rendra votre dignité ; — nous tarirons l’Océan de vos maux, car la volonté de Dieu va être faite.
El les civilisés savent que plusieurs industries tuent mathématiquement leurs frères, les unes dans quinze ans, les autres dans dix ans , les autres encore dans moins de cinq ans ; ils le savent, mais la faim tue dans trois jours, el Dieu a mis dans mus les cœurs l'amour tle la vie ; et ce beau présent fait la force des oppresseurs contre les opprimés, de vos maitres contre vous pauvres salariés. — Courage enfants,' courage, un jour la vie sera douce. — Que n’est-ce bientôt?—Oui, ce sera bientôt! — Aujourd'hui , vous savez, par expérience que la faim tue. dans trois jours. — Pauvres martyrs !
Mais enfin ceux qui, parmi vous, ont survécu par hasard, ceux qui, par miracle ont survécu à tant d’épreuves vont recevoir le prix d’un courage si persévérant. — La société reconnaissante va tresser pour eux des couronnes civiques. — Oui, pendant les quelques jours
qu'il vous reste encore à passer sur la (erre, nobles vétérans de l’industrie, vous allez nager d'ans une aisance, dans une affection proportionnelle aux services que vous avez rendus I— Arrière donc vieilles machines usées,'—vieux rouages inutiles, — mendiants affamés , vos haillons, désormais, inspirent le dégoût et soulèvent le cœur. —Plus de mendicité,—arrière les mendiants, — en prison les mendiants ! — Vétérans, vénérables débris d’un monde qui s'écroule, vous allez être honorés, vêtus de blanc, encensés comme des demi-dieux, car la volonté du Tout-Puissant va être faite, et sa loi resplendissante réjouira vos yeux avant que la mort ne vienne les fermer.
Pauvre peuple, que lu es courageux, que lu es patient! sois béni, car lu souffres depuis six mille années, c’est bien long, n’est-ce pas?
mais l’échelle des initiations est la roule du ciel. Enfin, enfin la volonté de Dieu est faite.— Courage, les temps sont proches.—Courage les temps sont venus.—La science a triomphé.— la loi impie du salaire va être abolie. — La loi d’association composée, d’association intégrale va être proclamée! Peuple tu vas être heureux! peuple nous allons tous être heureux !...
Aux Marchands.
Marchands, aujourd’hui esclaves de la banqueroute , victimes de l’agioiage, marlyrsde l’usure; autrefois vous n’étiez que dMionnêles larrons, voire métier consistait à vendre cent francs ce qui en coûtait cinquante, et à acheter cinquante ce qui en valait cent. Mais le progrès s’est mêlé des affaires, et de menteurs que vous étiez, vous êtes devenus homicides; pauvres gens qu’une concurrence désordonnée menace sans cesse , et qui pour mieux échapper à la ruine, sophistiquez les produits et empoisonnez les boissons et les vivres.
On reconnaît l’arbre à ses fruits a dit Jésus ; les fruits que produit l’arbre de la civilisation sont empestés; jugez-en plutôt .par ; quelqueséchantillons détachés de la branche commer-
C * Nous vous présenterons 1° Valtération des denrées. Cette fraude généralement pratiquée, consiste à mêler les poisons même les plus violents aux aliments les plus indispensables, de la slrygnine à la bierre, de la litarge au vm., le sulfate de cuivre à la farine ,1 huile de vitriol b l’eau-de-vie, etc...... — Qu en pensez-
V °2» L’usure : Elle ronge généralement le petit commerce. et quelquefois le grand. - Qu eu dites-vous î . .
5« La banqueroute ; Elle frappe dans 1 ombre à la façon du bravi ; elle porte la perturbation et la terreur dans, tous les rangs de. la socieie. — Comment la trouvez-vous? '
4" L’accaparement : 11 s’exerce le plus souvent sur les produits de première nécessite; U engendre les disettes factices, et frappe d’impôts intolérables les classes les plus pauvres. Comment le jugez-vous?
5° L'agiotage enfin, pour ne pas aller plus loin i il ébranle le crédit national, il excite chez, les populations les frénésies du jeu i il enlève a l’industrie pi à l’agricultiire les capitaux utiles! il permet à des parasites millionnaires de^voler
des millions dans un jour, quand l'ouvrier, soit qu’il manque de travail, soit qu’il succombe sous le poids de sa lâche, ne’ peut recueillir qu’uu pain insuffisant pour nourrir sa famille. —Qu’en pensez-vous? — Qu’en dites-vous? — hommes de probité. — Comment le trouvezvous ? — Comment le jugez-vous ? — Hommes de cœur et de foi?.....
Lorsque Dieu appliqua son génie créateur à varier à l’infini les forces productives de tant de climats divérs, avait-il pour but d'exciter l’insatiable convoitise, l’inexorable cupidité d’une horde d’intermédiaires parasites, qui se dévorent eux-mêmes en dévorant la société. — Ou bien cette variété innombrable dé zones et de productions ne nous conviait-elle pas solidairement'aux banquets et aux fêtes de l’assoî dation intégrale des peuples.
Marchands, rentrez dans vos conciences et répondez? —Ou plutôt, sachez-lc bien. —Les lois d’harmonie sont les seules lois qui peuvent concilier là probité avec la fortune, l’ordre avec la liberté. Cette vérité aujourd’hui est misé à la portée de tout le monde. — El s’il est vrai, marchands, que vous n’étes pas arrivés à cette folie de corruption, qui consiste à tromper, non pour soutenir un crédit ébranlé, mais pour le plaisir de voler, h sophistiquer, non pour donner du pain à une famille, mais pour avoir le plaisir d’empoisonner; si, en un mot, vous ne
faites pas de l’art pour l'art, de la fraude pour la fraude, du meurtre pour te meurtre, une issue honorable vous est ouverte. Aujourd’hui, vous gagnes dix francs en échange de mille mensonges ; en association vous gagnerez cinquante francs en retour d’une seule vériic. Àujourd'liui vous gagnez dix francs eii empoisonnant ;les denrées; en harmonie vous gagnerez cinquante francs pour améliorer les aliments.
Vos économistes que vous payez grassement, noii pour ne rien dire, plût au ciel, connaissent la loi; mais ils vous supposent si absurdes, si corrompus, qii’ils tremblent én faisant acte de conscience de passérpour ridicules, ils ne veulent pas se compromettre (1). Leur position leur coûte assez cher, —lis craindraient trop de.perdre quelques sous ; en revanche ils ne craignent pas de tromper journellemént les jeunes espiils qui sont restés simples, mais consciencieux.
Les apostats I les apostats ! ils laisseraient périr le monde faute d’un peu de cœur, et le siècle corrompu traite leurs déportements de peccadilles, — Et il s'incline follement devant ces docteurs de l’impiété, ces prophètes de la misère. Chargés de préparer les voies de ,1’avenir, ces misérables acteurs n’ont fait que maintenir l’indigence,-donner des armes à la fourberie ; fanatiques à force de pléthore, ils ont renversé le
flambeau qui venait les éclairer, ils ont caché la science sous le boisseau, ils on I habi tué les na lions àse nourrir d’anthitèses, et de payer leurs déliés avec des mois sonores. Hais ils sont démasqués, grâce à Dieu, et les générations, après quarante années d’attente, les générations affreusement décimées, sourient déjà en voyant tomber le masque des saltimbanques de tous les règnes, de tous les chefs d’emploi, qui osent continuer la comédie de quinze ans, un demi-siècle après la venue de Fouiier!
Victimes d’unesociélé pervertie! dupes d’intrigants qui se sont fait vos chefs pour mieux vous séduire, marchands! marchands, otivrezles yeux ! la loi de probilé et de justice est découverte, c’est aussi la loi de là fortune, marchands , marchands, réjouissez-vous !...
Quelle est la cause de cette vénération des modernes pour le commerce qui est détesté en secret par toutes les autres classes du corps social P D’où vient ce stupide engouement pour les marchands que Jésus-Christ battait de verges? La cause en est, qu'ils ont gagné beaucoup d'argent* et qu'une puissance insulaire exerce sur le monde industriel une tyrannie de monopole mercantile.
Ces extorsions, cette tyrannie, ne proviennent-elles pas de quelque erreur commise par la politique moderne? Cette science rampante n’a pas osé faire l’analyse du commerce, de ses caractères qu’il faut distinguer en genres et en espèces; de sorte que le monde social ne sait pas ce que c’est que le commerce. Quelques flagorneurs de l’agiotage dépeignent les marchands comme une légion de demi-dieux ;
chacun reconnaît, au contraire, qu’ils sont une légion de fourbes ; mais à tort ou ..à raison, ils ont envahi l’influence, tous les philosophes sont pour eux , le ministère même et la cour fléchissent devant les vautours mercantiles, tout suit l’impulsion donnée par la science, dite économisme, et par suite, le corps social tout entier se soumet aux rapines mercantiles,, de même que l’oiseau fasciné par le serpent, va se rendre dans la gueule du reptile qui l’a charmé.
Une politique honorable aurait dû mettre au concours les moyens de résistance, et s’enquérir des bévues qui donnent le sceptre du. monde industriel à une classe improductive, mensongère et malfaisante.
On est si neuf surl’analyse du commerce, que chacun le confond avec les manufactures, qu’il s’occupo à entraver, à rançonner. Les principaux négociants, nommés marchands de matières premières, ne sont occupés qu’à machiner la spoliation des manufacturiers et des consommateurs, s’informer des raretés qui survien-
nent sur quelque denrée pour 1’accàpàrer,' l’enchérir, la raréfier, et par suite pressurer le fabricant et le citoyen.
La science, dite économismè, suppose un fond de génie à ces accapareurs et agioteurs qui ne sont que des barbouillons, des joueurs aventureux, des malfaiteurs tolérés!.. • •
Et pourtant le commerce n’est qu’une branche de mécanisme civilisé : deux volumes tels que celui-ci ne suffiraient pas à l’analyse des caractères du commerce, même en négligeant les détails de pratique. : tels que les fourberies de chaque métier, dont Bacon voulait qu’on dressât des tableaux circonstanciés. On aurait bien à faire, aujourd’hui, de composer ce tableau , il formerait un ouvrage plus énorme que l’Encyclopédie, tant le perfectionnement du commerce a raffiné et multiplié lés fourberies. Je ne propose ici que lé tableau des caractères, que l’analyse des ressorts principaux ; j’essaie d’en citer seule-