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I. Bataille de Magenta. Voir page

lombarde, Abbiategrasso. Nous avons pu nous convaincre dans ce bourg, comme dans l'ancienne capitale du royaume d'Italie, que décidément la haine de l'Autrichien et l'amour de l'indépendance italienne n'étaient ni un rêve ni une invention de journaliste. Vous n'avez pas idée des applaudissements frénétiques et surtout de l'expression de jubilation des gens qui nous regardent passer. Les femmes les mieux mises sont les plus remarquables sous ce rapport. Il est vrai que, pour apprécier ces démonstrations à leur juste valeur, il faut se rappeler que l'Italien a la réputation d'être aussi expansif que variable dans ses sympathies, et que tel crie beaucoup qui n'est pas du tout disposé à se mêler aux coups de fusil pour la cause de l'indépendance; mais en tout cas il est impossible d'être mieux reçu.

J'ai eu par hasard la bonne fortune de voir ce matin l'empereur, se rendant en cérémonie à un Te Deum chanté dans la cathédrale de Milan. Il est impossible de voir une ovation plus complète; la haie de la Garde était toute couverte de fleurs. Toutes les femmes criaient : Viva la Francia ! viva le libératore de Vltalia ! viva Varmata valorosa ! etc.

J'ai accompagné M. le maréchal à son entrée dans le palais Sormani, qui lui est destiné. Le propriétaire était absent; mais sa femme, qui est une comtesse du meilleur air, sa fille et ses fils ont fait les honneurs avec une vivacité tout italienne, et il faut entendre comme elles parlent des Autrichiens et comme elles remercient de les en avoir déUvrées.

Du reste leurs raisonnements politiques ne sont pas longs : Les Autrichiens sont des monstres, parce qu'ils ont plusieurs fois fait donner des coups de bâton à des femmes. Après cela, tout est dit.

Tout le monde ici et les prêtres également portent la cocarde italienne, à laquelle on a joint des rubans bleus, pour qu'on y retrouve aussi les couleurs françaises.

Ces habitations sont splendides et remplies de beaux tableaux. Quant à nous, nous sommes, comme toujours, dans une petite auberge d'un faubourg, afin d'être près des troupes qui campent hors de la ville.

On regrette dans ces jours de fête l'absence de ceux qui ont payé de leur vie nos succès. La mort du colonel nous a laissé un gros vide : je n'ai pu voir son corps, tant nous avons été pressés ce jour-là. Le maréchal a manqué lui-même être pris et a été chargé, avec quelques officiers qu'il avait autour de lui, par des hussards hongrois. C'est à ce moment que M. de Senneville, qui était à quelques pas de là, a mis le sabre à la main pour entraîner à sa suite une centaine d'hommes du 73^ et dégager le maréchal, et c'est en avant qu'il a reçu une balle en plein cœur. Le colonel Cornély a eu son cheval tué, et plusieurs de ces messieurs leurs habits tout déchirés. Nous n'avons eu qu'une brigade du 3^ corps engagée, mais elle a beaucoup souffert et a sauvé la journée, à la droite du moins, qui était 1^ point important. Le maréchal s'est d'autant plus prodigué qu'il avait moins de forces à sa disposition

Borgo Poncevale, le 19 juin 1859.

Nous sommes, depuis hier, dans un petit village des environs de Brescia, où nous avons heureusement trouvé une grande maison, spacieuse et commode, où nous sommes très bien, hommes et chevaux.

Je suis allé ce matin voir Brescia, dans la voiture du propriétaire. La ville n'a rien de bien remarquable, — relativement parlant — car presque toutes ces villes renferment pas mal de

curiosités. Il faut citer cependant la place de Thôtel de ville, dont les monuments remontent, dit-on, au quinzième siècle, et qui a un cachet très original. La citadelle, qui domine la ville et qui est historiqiie, est également à voir. Enfin, il y a une belle église moderne. Je n'ai pas vu les autres ; mais il doit y en avoir beaucoup d'anciennes. Brescia est au pied des montagnei, qui m'ont fait plaisir à voir, car réternellé plaine que nous traversons est d'une fertilité bien monotone, et elle est continuellement aussi plate qu'un tapis de billard. '

Que vous dirai-jé de la guerre ? Nous en savons pçu de chose et nous nous bornons à exécuter, tous les matins, les ordres de mouvement qui nous arrivent généralement assez tard dans la soirée.

M. l'abbé Blanc, de Nancy, nous est arrivé, il y a quelques jours, et a été placé comme aumônier à la 2* division d'infanterie (général Trochu), où il se trouve, je crois, très bien. J'ai eu du plaisir à le voir.

Nous recevons nos nouveaux chefs. Le successeur du colonel de Senneville, le colonel Besson, que j'ai connu en Crimée, est arrivé. Le lieutenant-colonel Faure, sous-chef d'étatmajor, est en route pour venir. Je ne le connais qu'un peu ; il est très jeune et passe pour un très bon officier.

J'ai maintenant un des chevaux du colonel de Senneville, de sorte que je suis au complet. On a renvoyé son cheval favori, sur lequel il a été tué, à M*"^ de Senneville. J'ai recommandé à son ordonnance d'aller vous donner verbalement de mes nouvelles; j'ai pensé que cela vous ferait plaisir

Les populatiorîs sont ici moins belles qu'aux environs de Milan ; elles paraissent plus ignorantes et nous prodiguent beaucoup moins les vivats et les bouquets.

Brescia, malgré sa réputation, m'a paru très calme à cet égard. Il est vrai qu'à Milan et dans les petites villes environnantes, nous avions été gâtés. Les prêtres, contrairement à ce qu'on croyait, paraissent tous fort patriotes et ont tous de gros nœuds de rubans aux trois couleurs. Il faut ajouter qu'en général ils n'ont pas bonne mine.

Le curé du village où nous sommes chante dans ce momentci au piano; il a une voix de tonnerre. C'est un ancien soldat de Garibaldi, en 1849, ^^ ^^ paraît fou de musique. Mais il est loin d'être propre, et notre aumônier, qui est fort soigné, s'en amuse beaucoup ; ce qui ne les empêche pas d'être les meilleurs amis du monde

Medole, le 24 juin.

On s'est canonné aujourd'hui toute la journée. Tout l'étatmajor va bien et je vous embrasse de tout mon cœur. L'avantage est pour nous

Solferino, le 26 juin 1859.

Je vous écris pour faire suite aux quelques lignes que je vous ai adressées de Medole.

Comme je vous l'ai dit, la journée a été décidée en notre faveur. Notre corps n'a eu d'engagé que ses deux premières divisions et sa cavalerie; notre 3* division faisait face à un corps autrichien qui avait été signalé comme sorti de Mantoue pour tourner l'extrême droite. La bataille a été très longue et

s'est li\Tée sur un très grand front. C'est certainement un des plus grands champs de bataille du siècle (le premier Empire compris).

Nous avons passé la nuit de la bataille à Rebecco, dans une petite église où nous nous sommes couchés assez douillettement sur des bancs. Hier soir, nous sommes arrivés ici à Solferino ; c'est le champ de bataille illustré par les voltigeurs de la Garde, qui y ont fait merveille et ont pris, dit-on, treize pièces de canon et un drapeau.

L'empereur François-Joseph était ici avant- hier matin, et, au rapport des prisonniers, il aurait jugé la bataille perdue, dès le commencement, après avoir vu enlever le premier mamelon ; ce qui du reste n'a pas empêché de se battre toute la journée. Un orage épouvantable l'a terminée de notre côté vers six heures du soir ; mais de ce côté-ci, elle a duré jusqu'à la nuit.

Nous sommes actuellement dans un pays mamelonné et sans beaucoup d'eau, ce qui est tout le contraire de ce que nous avons vu jusqu'à présent. Depuis les collines on a une vue admirable : le lac de Garde, toute la chaine des Alpes, les gorges de l'Adige, etc. Depuis le clocher du village, on voit, dit-on, Mantoue très distinctement et par conséquent toute la fameuse ligne du Mincio, qui nous reste à forcer ; mais je n'ai pu encore y monter : je le ferai, si j'ai le temps.

Nous paraissons vouloir nous diriger vers Peschiera et Mozabasso. Tous les hameaux de ce pays-ci sont ruinés et remplis de débris : nous sommes obligés de donner du pain ou du biscuit aux paysans chez lesquels nous couchons.

Le maréchal va bien et est vraiment de fer. Il est à cheval toute la journée et toujours le premier levé

^ fi ^ T ^ . Gorto, le 30 juin 1859.

Depuis quelques jours, les choses sont provisoirement plus calmes. Nous sommes arrivés ici avant-hier, venant de Solferino, et nous sommes fort commodément installés dans un grand château délabré, mais vaste et orné d'un parc , ce qui a son importance par le soleil qu'il fait. .

Nous y avons justement remplacé Tétat-major du 3* corps autrichien qui Ta occupé assez longtemps. Les noms des officiers sont encore sur les portes. Quant à Gorto même, c'est un gros village sur le bord du Mincio.

Les Autrichiens ont fait sauter deux ou trois arches du pont ; on le rétablit actuellement. La rivière n'est pas large, mais elle est très rapide.

Le 4^ corps a du reste commencé à passer à Valeggio, à deux lieues en amont. Il paraîtrait donc que l'ennemi n'a pas l'intention de défendre le Mincio et qu'il se réserve pour l'Adige et ses trois places fortes : Peschiera, Vérone et Mantoue. Nous sommes ici à quatre lieues de Mantoue, dont on voit fort bien le dôme depuis le clocher du village.

Grâce à Dieu, aucun de nous n'a été touché, à l'exception d'un lieutenant qui n'a eu qu'une égratignure insignifiante.

Valeggio, le 3 juillet 1859.

Il continue à faire très chaud ; nous sommes probablement à Valeggio pour quelques jours, peut-être afin de couvrir le siège de Peschiera, dont nous entendons et voyons le feu (la nuit, s'entend).

Nous continuons tous à nous bien porter. J'ai été ce matin à la messe de l'empereur, qui ne ressemble guère aux messes des Tuileries.

Il n'était accompagné que d'une dizaine d'officiers ; le reste de l'église, qui est assez grande, était bourrée de soldats en capotes grises et dans un négligé de tenue assez complet. Les grenadiers de la Garde de service commencent à avoir des bonnets qui ressemblent à de vrais manchons, et il est à espérer qu'à leur rentrée à Paris ils seront assez détériorés pour obtenir l'approbation des Parisiens.

Valeggio, le 9 juillet 1859.

Le vent a tourné tout d'un coup, et nous sommes passés de la guerre à la paix, au moment où nous nous y attendions le moins. Que résultera-t-il de l'armistice et qu'y a-t-il de fondé dans les idées plus ou moins exagérées qui se sont tout de suite propagées? c'est ce que la fin de l'ouverture nous apprendra.

En tout cas, nous voilà dans le statu quo pour trente jours, dit-on. Nous sommes déjà en train de nous desserrer, pour les passer plus à notre aise et avec le moins de chaleur et le plus d'eau possible, ce qui n'est pas facile dans ce gueux de pays.

Nous partons incessamment de notre personne pour Volta, où le maréchal aura son quartier général pendant l'armistice. Il ne garde avec lui qu'un régiment d'infanterie et un escadron pour le service du quartier général. Nous allons donc être là dans une solitude relative, et chacun se demande comment on fera pour passer ces trente jours, qui auront certainement chacun beaucoup plus de vin^t-quatre heures. Si encore il n'y avait pas tant de mouches !

La Garde, le corps du prince et les Sardes sont les plus favorisés : ils sont cantonnés sur les bords du lac ; toute la cavalerie est sur la Chièse.

Volta est un village situé sur une éminence ; il y a une espèce de château, où le maréchal sera bien . Quant à nous, nous tâcherons de dénicher les maisons les moins malpropres. Les Toscans y sont actuellement et j'ai été les voir ce matin. Ils ne sont pas beaux et ressemblent à des Autrichiens mal habillés.

On dit que l'empereur part demain pour Paris. Ses équipages et les cent-gardes vont à Brescia. A tout seigneur,, tout honneur !

Tout cela va peut-être consoler le maréchal Pélissier. Notre chef a sa part de déboires et a vu avec peine, à la suite de la dernière bataille, que la position d'observation qu'il a dû faire garder à la moitié de son corps d'armée a diminué de beaucoup les résultats de la bataille, en morts et en prisonniers. Les Autrichiens accusent maintenant jo ooo hommes de pertes pour cette seule journée et l'expliquent par le fait de notre nouvelle artillerie. Cela peut être regardé comme suffisant, mais il est sûr que, si tout le 3^ corps s'était ébranlé à la fin de l'orage, il prenait et tuait beaucoup de monde. Mais ces choseslà ne se jugent bien qu'après coup, et d'ailleurs le maréchal avait des instructions et des indications qui ne lui ont guère permis d'agir autrement

Volta, le 18 juillet 1859.

Le service du pays n'est pas réorganisé depuis le départ des Autrichiens ou ne l'est que très imparfaitement, de sorte que nous sommes depuis quatre jours sans nouvelles de France et

sans moyens sûrs d'en envoyer nous-mêmes. Cet état de choses est intolérable et tout le monde jette les hauts cris.

Mais laissons là la poste et parlons un peu du changement si brusque de la situation. Qu'en pense-t-on en France? Ici, nous ne savons rien ; les Italiens ne doivent pas être complètement satisfaits. En somme, l'affaire est une énigme pour tout le monde. Mais en général on se résigne gaiement à revenir en France.

On dit notre corps d'armée destiné à rester plus longtemps que les autres en Italie; je ne sais ce que ce bruit a de fondé. Nous devions d'abord rester six semaines à Volta. Il y a cinq jours, nous avons reçu avis que nous étions destinés à aller occuper Parme et enfin, depuis avant-hier, nous avons l'ordre de nous rendre à Casalmaggiore pour y stationner jusqu'à nouvel ordre. C'est une déception, car Parme promettait un séjour assez agréable et Casalmaggiore n'est qu'un bourg situé sur le Pô. Nous nous consolons en espérant n'y être pas pour longtemps. Depuis la conclusion de l'armistice, notre vie est tout autre : les troupes sont dispersées et nous n'avons presque rien à faire. Aussi nous faisons de forts progrès en italien. Quant à moi, je suis étonné de l'intelligence que montrent les naturels du pays pour comprendre notre langage. Le fond de notre système est de parler nègre en français, mais avec des terminaisons en o ou en a, à la volonté de chacun, et des inflexions de voix plus ou moins agréables, à l'instar des Italiens; exemple : « Moi amore molto le vino bono », cela veut dire : « J'aime beaucoup le bon vin. » Ce n'est pas plus difficile que cela. Tous les soirs, après diner, nous faisons des conversations de deux heures, dans la maison où nous sommes logés ; au bout des deux heures, on en a assez

Stradella, le 29 juillet.

Nous sommes arrivés ici par Crémone et Plaisance. Le maréchal est à Milan ; nous pensions le revoir aujourd'hui et savoir à quoi nous en tenir sur l'époque de notre départ pour Gênes, mais il n'est pas revenu. Il fait toujours une chaleur énorme ; cependant, nous continuons tous à nous bien porter

Il semble du reste que, depuis que la campagne est finie, on n'ait plus rien à dire. Je ne puis cependant encore me persuader que le 12 du mois prochain nous serons tous à Paris. Cependant, rien n'est plus positif.

Je vais aujourd'hui au chemin de fer à Voghera porter un ordre, et je reviens ce soir. J'espère que. nous partirons pour Gênes dans deux ou trois jours.

Malgré la perspective du mal de mer, je suis content de revenir par Gênes et Marseille.

Gênes, le 4 août 18^9.

Le colonel vient de m'annoncer que nous partions d'ici après demain et que nous serions probablement à Paris le 9.

Là, nous attendrons jusqu'au 1 5 la fête qu'on prépare. Je vous écrirai de Marseille, si nous nous y arrêtons, ou bien de Paris. Je ne puis me figurer que nous allons -rentrer en France dans si peu de temps. En attendant, nous passons notre vie assez tranquillement à Gênes, ce qui serait charmant, sans une chaleur accablante qui paraît extraordinaire même aux gens du pays. Vous pouvez penser si nous cuisons dans nos uniformes de drap.

M. le maréchal est parti avant-hier. Il m'a dit qu'il pensait

que nous retournerions à Nancy, mais qu'il n'en avait aucune certitude.

Nous sommes logés dans un hôtel. Gênes regorge de palais, mais on se débarrasse, autant qu'on peut, des militaires, en les mettant dans les auberges, qui sont vides.

Je suis content d'être repassé par ici. Les constructions ont un cachet tout différent de ce que j'ai vu jusqu'ici. Ce n'est presque plus le même pays

N*ayant pas eu pour sa part, comme il le dit, Thonneur d'être engagé à Magenta, le capitaine Vanson ne donne, dans la lettre écrite à ses parents le lendemain, de la bataille, aucun détail sur la grande journée du

4 juin. Les jours suivants, jusqu'à l'entrée triomphale à Milan, furent bien remplis, et il ne put évidemment trouver le temps d'écrire entre le

5 et le 9 juin.

Nous essayerons de combler cette lacune en rapportant un épisode pittoresque qui nous paraît bien dans le ton habituel de ses lettres et que nous nous rappelons avoir jadis entendu conter par le général. En voici le récit tel qu'il l'a écrit lui-même dans le Carnet de la Sabretache de décembre 1897 ; cet article accompagnait une belle planche en couleurs : « Un tambour de grenadiers de la seconde Garde impériale », offerte à la Sabretache par son président :

Le tambour d'Edouard Détaille réveille tant de souvenirs qu'on me pardonnera peut-être d'en citer encore un autre, bien qu'il me soit personnel pour une très petite part : Le lendemain de Magenta, après l'alerte 'causée, au petit point du jour, par le retour offensif réglementaire correctement exécuté par les Autrichiens pour couvrir leur retraite, M. le maréchal Canrobert, en selle au premier coup de fusil, s'arrêta, en revenant, sur un pont du chemin de Ponte Vecchio , jeté sur la voie ferrée parallèlement au Naviglio, que cette voie traversait tout à côté ; il y mit pied à terre et prescrivit de lui adresser les comptes rendus sur ce point élevé, signalé par son fanion. Le pont étant encore jonché de bonnets à poil de grenadiers de la

Garde, quelques soldats eurent Tidée d'en faire le long du parapet une sorte de lit de fourrure, sur lequel le maréchal, qui avait passé en courses la première partie de la nuit, s'étendit un instant à l'ombre ; puis, la retraite de l'ennemi se con6rmant, le commandant du 3^ corps remonta à cheval, se bornant à laisser au pont un capitaine de son état-major ; cet honneur m'échut et dura longtemps.

Je n'eus pas, cependant, comme bien on pense, l'impertinence de goûter à mon tour du lit d'un maréchal de France, mais je m'amusai à écouter les récits et les saillies des soldats venus là, à quelques pas de leurs faisceaux, prendre une vue d'ensemble, a Figure-toi, disait un grenadier du 3^ régiment à un camarade de la ligne, en montrant du doigt les bonnets à poil, on tâchait de se défiler derrière le parapet, mais sitôt qu'on levait la tête pour ajuster son coup de fusil, ce coquin dt gabion dont nous étions coiffés commençait à se montrer d'abord et pif, paf, les balles des Kaiserlicks sifflaient tout de

suite. Alors, tu comprends » Je compris aussi et fus en

partie consolé du grand nombre de bonnets, restés non loin des cadavres autrichiens qu'on apercevait encore un peu partout sur les rives du Naviglio, surtout aux abords de Ponte-Vecchio où ils barraient par endroits le chemin. Mais les pertes de la Garde n'en avaient pas moins été très considérables (46 officiers et I 005 hommes de troupe tués, blessés ou disparus).

Comme on retrouve bien le fondateur du musée historique de Tarmée dans la réflexion qui termine ce souvenir de sa jeunesse :

Cette halte matinale du maréchal Canrobert ne pourraitelle pas fournir à un peintre un intéressant sujet de tableau ?

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