I. Le Carnet de la Sàbretache, t. IV, 1896, pp. 1 48 et
le point de départ de Texamen de cette importante question par les chefs de services intéressés. Toutefois, cet examen fut mené assez promptement, et, finalement, dans une réunion tenue à Versailles, la question fut tranchée par le ministre qui adopta les conclusions de la note présentée ('). »
Le général Vanson aimait à se rappeler ces neuf années de travail fécond, « les dernières de l'ancien corps d'état-major », qu'il passa au deuxième bureau de l'état-major général attelé à sa Revue militaire de l'Étranger.
I. Quelques jours après la mort de son ancien subordonné, le général du Barail fit à celui qui écrit ces lignes et qui dirigeait alors le Carnet de la Sahreîache, le très grand honneur d'adresser la lettre suivante, que nous noiis reprocherions de ne pas reproduire ici :
Château de Sancy, par Crécy (Seine-et-Marne), $ juillet 1900,
« Mon cher Camarade,
« Je viens de recevoir les exemplaires que vous m'avez envoyés des discours prononcés aux obsèques du général Vanson. Je vous remercie de l'aimable attention que vous avez eue de me faire parvenir ce touchant hommage rendu à la mémoire d'un des plus dignes et des plus vaillants soldats de notre pauvre vieille armée.
a J'avais personnellement pour le général Vanson la plus haute et la plus affectueuse estime et j'ai beaucoup regretté que ma mauvaise santé jointe à mon éloignement de Paris ne m'ait pas permis d'assister à ses obsèques. J'eusse. été heureux de saisir cette triste occasion de dire bien haut la très grande et très utile collaboration que j'avais trouvée en lui quand j'étais au ministère de la guerre.
a II a été positivement le vrai créateur du grand état-major général et un des principaux auteurs de toutes les réformes apportées à nos institutions militaires après la guerre 4e 1870 et la grande insurrection qui en a été le corollaire.
« Agréez, etc. .
Signé : « F. DU Barail. »
La mission de cet organe telle que Ta expliquée son créateur, était dans les premières années, toute de divulgation, elle constituait une des tâches les plus importantes de ce bureau où toutes les armes et tous les services étaient représentés et qui semblait dés lorigine devoir être la contre-partie indispensable des premier et troisième bureaux (') de Tétatmajor général.
C'est à la tête de cet important service dont il était le chef depuis sa création en 1874 que le commandant Vanson fut promu lieutenant -colonel puis colonel.
Brusquement et sans que rien eût pu faire prévoir cette disgrâce, en février 1880, le colonel Vanson fut remplacé dans le poste qu'il occupait depuis six ans avec une distinction et une compétence auxquelles tous rendaient hommage. Il demanda aussitôt sa mise en disponibilité et demeura cinq mois dans cette position alors réservée aux officiers du corps d'état-major. Le coup avait été si rude qu'il songea à prendre sa retraite ; il céda heureusement aux instances d'amis qui ne « pouvaient se résoudre à ne pas l'appeler un jour mon général ».
Cependant l'infatigable travailleur ne connaissait pas le repos que tout autre eût trouvé doux après
I . Premier bureau : organisation générale et mobilisation de l'armée ; deuxième bureau : organisation et tactique des armées étrangères, études de leurs théâtres d'opérations, missions militaires à l'étranger; troisième bureau : opérations militaires et instruction générale de l'armée.
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l'écrasant labeur des neuf années précédentes. Un ami dévoué, chef de bureau des Archives de la guerre, lui oflBrît de le recevoir aux Archives comme chez lui et de Ty installer comme un employé. C'était le salut. Mais Theure n'avait pas encore sonné pour Vanson de se livrer avec suite à ces recherches dont il avait la vocation innée et un goût que son passage au Dépôt de la guerre, en 1869, n'avait fait qu'aiguiser davantage.
Passé avec son grade dans l'arme de l'infanterie et mis provisoirement hors cadre par application de la loi du 20 mars 1880 supprimant le corps d'étatmajor, le colonel Vanson fut envoyé à Bourges comme sous-chef d'état-major du 8' corps d'armée le 10 juillet 1880. L'année suivante, appelé à une situation plus en rapport avec celle que l'ancien chef d'un important service du ministère de la guerre avait précédemment occupée, et nommé chef d'étatmajor du II' corps d'armée, il partit pour Nantes.
C'est là qu'il obtint la croix de commandeur de la Légion d'honneur et les étoiles de général de brigade qui devaient couronner sa carrière, l'inexorable limite d'âge l'atteignant moins de trois ans après. Le général fut en effet admis dans la section de réserve le 19 août 1887, et retraité l'année suivante.
Mais un vaste champ restait ouvert à l'activité d'un aussi laborieux eisprit ; libéré du souci de la besogne
quotidienne, il allait pouvoir se livrer sans contrainte au travail de toute sa vie : Tétude documentaire de l'ancienne armée, et, là encore, il sut rendre au culte de nos belles traditions militaires des services éminents dont la trace, maintenant, ne saurait s'effacer.
Le Musée historique de l'armée est en effet, on peut l'affirmer, l'œuvre du général Vanson, qui consacra à sa création et à son organisation les treize dernières années de sa vie.
Le lecteur qui a bien voulu nous suivre jusqu'ici a pu voir, dans les extraits que nous avons reproduits de ses lettres de jeunesse, que la recherche du document écrit ou figuré avait été, depuis son enfance même pourrait-on dire, sa constante passion. Elle apparaît plus impérieuse encore dans celles qu'écrivait, de Crimée, le lieutenant d'état-major, dans des circonstances qui semblaient les moins propres à en favoriser les manifestations. Tout en restant, par un effort de consciencieuse volonté, subordonnée au devoir professionnel pendant la carrière active de l'officier, elle devait, si nous osons risquer cet apparent paradoxe, prendre une vigoureuse offensive lorsque sonna l'heure de la retraite.
Sous le soldat des guerres de Crimée, d'ItaUe, du Mexique, de l'armée de Metz, sous l'officier d'étatmajor complet et d'une expérience consommée dont les services en un moment critique seraient restés inconnus de tous ceux qui n'en avaient pas été les
témoins immédiats si les Souvenirs du général du Barail n'étaient venus les sortir de l'ombre, se dérobait un répertoire vivant de notre histoire rnîlitaire, lin érudit pour lequel Tinépuisable trésor dé nos Archives dé la guerre n'avait plus de secrets; iious ajouterons : un véritable artiste.
Jamais, depuis son enfance, un uniforme militaire n^était passé à portée de ses yeux sans qu'il y restât gravé, sans qu'une note de son écriture fine et serrée n'en eût fixé les particularités, et bien souvent un dessin colorié ou seulement, si le temps lui manquait, un simple croquis venait en éclairer la description ('). Aussi que de documents écrits ou figurés dans lés innombrables cartons qui s'accumulaient au point de remplir le petit appartement qu'il a toujours gardé à Isjancy, puis à Paris, pour abriter ses trésors des hasards de ses campagnes ou de ses garnisons.
Quelle fête pour ses yeux lorsqu'il pouvait les rassasier du spectacle des survivants de la Grande Armée, qui bien longtemps tinrent à honneur de revêtir leurs vieux et glorieux uniformes pour le pèlerinage annuel au tombeau de l'Empereur ! Quel désespoir pour le saint-<yrien à qui le papier vint a manquer un jour pour noter un détail de tenue encore inconnu ! Aussi peut-on difficilement ima-
I. « Ses carnets d*officiers sont certainement les plus beaux et les plus intéressants chapitres de Thistoire militaire de notre temps » a dit d'eux un bon juge, Edouard Détaille. . :
gîner quelle science il avait acquise dans la connaissance de l'aspect pittoresque, de la physionomie caractéristique du soldat. Les tenues si Variées de Tarmée de l'ancienne Monarchie lui étaient aussi familières que celles qui furent portées dans les grandes guerres de la République et de l'Empire.
Souvent les plus illustres de nos peintres militaires, soucieux de l'exactitude absolue du détail, eurent recours à lui, en cas de doute sur la couleur ou la forme d'un pareiiient; ils s'en remettaient avec confiance à son autorité indiscutée.
Pendant plus de cinquante années, en effet, les documents personnels ou acquis en France et à l'étranger avec une persévérance et un flair sans cesse en éveil, avaient été patiemment recueillis pat le passionné chercheur et avaient fini par constituer une admirable collection ('). Commencée à une époque où bien peu de personnes attachaient quelque prix à l'étude de l'aspect extérieur de nos soldats d'autrefois, elle était devenue une précieuse et alors bien rare source de documentation.
L'érudit créateur d'une pareille richesse était bien le directeur-né d'un Musée historique de l'armée encore à naître, d'une « école d'enseignement par les yeux », ainsi qu'il comprenait lui-même l'objet d'une telle institution en l'honneur de nos vieilles gloires*