‹ Crimes de L'amourChapitre 14 sur 60 · MU · texte numérisé non relu

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bres pythonisses- de fantiquité el des temps modernes,. mademoiselle Lenormand eîiomême, n’étaient que de la ripopée. Avez-vous une maladie cachée, elle met te doigt dessus et vous indique le remède. Avez-vous des ennemis secrets, elle vous les montre et dévoile leurs complots. Elle explique les songes, les signes, les augures. Jeunes tilles qui languissez loin de vos amoureux,, jeunes gens qui voulez savoir si votre fiancée vous e.4 iidèle, èpoui infortunés, amants délaissés, entrez, entrez ici 1.

Pour cinquante centimes, vous retrouverez la tranquillité, la joie, ia santé. Vous apprendrez le moyen de ramener les cœurs égarés et de guérir les blessures que Vous a faites ce joli petit scélérat de Cupidon. Cupidon, messieurs et mesdames, c’est le dieu de l’amour. l\ega.rdez-le, mesdames et messieurs, le voici. (Bradacinr soulève Pau vert par la ceinture.) Il a des ailes, car il est volage; un carquois et des [lèches, car il blesse les cœurs. Maintenant, contemplez ce tableau : c’est la pythouissc qui terrasse l’amour. Eu effet, l’amour est désarmé, ses ailes sont coupées. Pour cinquante centimes, elle vous apprendra à dompter de même ce petit coquin-là.

— Noos allons donc savoir si l’un nous aime véritablement, dit Horlense,' qui entraînas. Ad rien ne.

Tremblante, la fille de Berlhaud suivît son amie.

Elles pénétrèrent dans un cabinet sombre. De mystérieuses arabesques couleur de feu couvraient les tentures noires. Au milieu de l’antre, un brasier llarnbait sur un trépied. Dans un coin, se pelotonnait un gros chat noir dont les yeux jetaient des flammes glauques. Çà el là, des instruments de magie. À droite, un miroir d‘acier poli. .Au dessous, un grimoire couvert d’hiéroglyphes.

La magicienne, accroupie sur un tabouret dé forme triangulaire, se leva solennellement, sans prononcer une. parole, et prit la main d’ Adrienne.

— • Nous voulons le grand jeu, dit Horlense.

— Fort bien t Alors il faut que je reste seule avec la personne. L’esprit. ne parle jamais devant un tiers. .

Horteose se retira.

Àdrienne; effrayée de tous ces lugubres apprêts, voulait la suivre.

— De quoi as-lu peur? lui demanda sou amie. Je vais attendre mon tour là, derrière ce rideau.

Àdrienne s’assit.

— Pour le grand jeu, reprit la magicienne, il faut que j’invoque l’esprit..

Elle saisit une baguette, traça trois cercles autour d’ Adrienne, ranima le brasier qui dégagea une ilamme bleuâtre. Elle plaça sur le feu une large écuelle contenant une liqueur noirâtre, y jeta une poudre blanche; et faisant le signe de croix à l'envers et de la main gauche, elle prononça des mots étranges, inintelligibles pour Àdrienne; puis elle revint s’asseoir sur sou tabouret triangulaire. Elle ferma les yeux,. se frappa la poitrine, puis se leva tout à coup, agita vivement ses bras et se laissa retomber lourdement.

— Maintenant, dit-elle, j’entends T esprit; il me parle; donnez-moi votre main.

Àdrienne, à ce moment, eût voulu s’enfuir; mais, subjuguée par cette mise en scène quasi-tragique, elle n’osa point. ""El le livra sa main glacée par ia terreur.

D’une voix sourde, la magicienne ajouta :

— Pourquoi trembler? je lis maintenant dans votre destinée et je suis éblouie de ce que j’entrevois.

En peu de sang revint aux joues d’ Adrienne et un peu de chaleur à ses mains.

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— One voyez- von s? demanda-t-eile.

La bohémienne se recueillit de nouveau, alla* consulter le marc de café posé sur le brasier, .tourna quelques feuillets du grimoire et revint s'asseoir eu face de la jeuue fille. Elle continua :

■ — Je vous vois riche, heureuse, trois fois heureuse. Vous êtes aimée passionnément par un jeune homme dont la position est fort an-dessus de la vôtre. Vous hésitez à répondre à sou amour. Vous avez tort. Ses intentions sont honnêtes ; car il vous aime véritablement, et il n’a. qu’un désir, faire de vous sa femme honorée et respectée. Mais j’aperçois des obstacles. Sa famille s’opposera à ce mariage. Je découvre même, de votre côté, des empêchements, des tiraillements. Votre père a pour vous d’autres projets : une union tout à fait indigne de vous, et qui vous ferait une vie pleine de tritesse et de regrets. Mais vous épouserez le premier, celui donl l’amour vous attire. Vous avez beau lutter, vous l’aimerez, vous l’aimez déjà. Ne craignez pas de vous confier à lui. Il est plein d’honneur; il obtiendra le consentement de son père, comme vous obtiendrez celui du vôtre; et vous deviendrez une très-haute dame. Maintenant je vous vois dans une grande ville, à Paris, au milieu d’un appartement magnifique, tout ruisselant de dorures, de soieries éblouissantes, de riches lapis. Vous ne portez plus que des robes de velours eide salin. Vous êtes couverte des plus rares bijoux. Vous devenez célèbre par votre beauté. Tous les hommes sont à vos pieds. Vous êtes riche et puissante comme une reine. Jamais, je vous le répété, je u’ai vu se dérouler devant moi plus brillante destinée.

À présent, le visage d’Àdrienne resplendissait. Elle buvait avidement les paroles de la magicienne. Comment son imagination de jeune tille, un peu romanesque, n’eûtelle pas été éblouie,, fascinée, enivrée par ces prédictions de richesse et de bonheur, auxquelles sa remarquable beau lé prêtait d’ailleurs quelque vraisemblance?

- — Vous voyez tout cela, bien sûr? inteiTOgea-t elle naïvement.

- — Tenez, voulez-vous des preuves? Regardez ce brasier, emblème d’amour, et qui, tandis que je vous ai parlé, ira cessé de jeter des lueurs vives. Approchez maintenant. Observez attentivement ce marc de café. Il est plus explicite encore. Voyez-vous les petites bulles qui se forment à la surface? Ce sont les nuages des premiers temps, ce sont les obsLacles que vous aurez à vaincre. Mais, tenez, les bulles disparaissent, les obstacles sont vaincus. Voyez comme le calme se rétablit. Enfin, voici l’épreuve du miroir magique. Je vais évoquer et faire passer devant vos yeux celui que vous devez aimer. Placez- vous devant ce miroir et regardez fixement sans tourner la tète.

Elle reprit alors sa baguette, décrivit en l’air quelques signes cabalistiques; et tandis qu’Adrienne, le dos tourné, attachait obstinément ses yeux sur la plaque d’acier, la magicienne souleva doucement la tenture.

Rodolphe était là; il avait tout entendu. ïl entra et passa lentement derrière’ la chaise d'Acirienne. Son visage se refléta ainsi dans le miroir.

À la vue de cette image, Adrienne jela 1 1 n cri.

— N’ayez aucune frayeur, ma fille, reprit la bohémienne. C’est lui-même que je viens d’attirer ici par la toute-puissance de celte baguette... Retournez-vous.

— Mademoiselle, balbutia Rodolphe interdit devant l’effroi qui se peignait sur les traits cPAd ri enue, pardonnez-moi.

— llo rieuse ! où est Hurleuse? s’écria Adrienne éperdue.

— Votre amie, je vais la chercher, dit La Jaunisse.

Elle sortit, laissant les jeunes gens en tôle-à-lêle.

— Mademoiselle, reprit Rodolphe, qui retint Adrienne prête à lui échapper, pardonnez-moi. J’ai vu Hurleuse au dehors. Elle in a appris que vous étiez ici. J’ai attendu,

je suis entré, attiré invinciblement par je ne sais quel pouvoir. Pourquoi vous ferais-je peur? Personne, je vous ie jure, ne vous vénère autant que moi. Mon respect égale mon amour, et mon amour est immense. Oh ! ma belle Adrienne, dites que vous le croyez, dites que vous me pardonnez.

Adrienne, bouleversée par tout ce qu’elle voyait, par tout ce qu’elle venait d’entendre, ne trouvait aucune parole pour lui répondre.

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