I/ES CRIMES DE D’A MO UK
« Si lu étais rentré sérieusement en loi-même, comme je le le demandais, lu trouverais l’énergie nécessaire pour résister à un semblable entraînement.
« Sans doute, je ne prétends pas blâmer les impulsions du cœur. Mais il ne faut pas que celte loi de bonté que tu invoques, soit en opposition avec les lois sociales. Quelque défectueuses que celles-ci puissent être, un honnête homme doit aveuglément s’y soumettre; car ces lois, c’est la conservation de l’ordre moral et matériel. Or, la famille n’esl-elle pas la première base, le palladium de la société?
« Tu parles de reconnaître cet enfant.
« Est-ce qu’un enfant né du vice, en dehors du mariage, doit porter le nom sans tache que tu as reçu de tes parents?
« Quant a celte fille, capable d’oublier les préceptes de la vertu, est-elle digne de commisération?
« Ton indulgence ne ferait que l’encourager dans le vice. Ton abandon, an contraire, serait un juste châtiment de sa mauvaise conduite. Le malheur seul peut la ramener au bien.
« Elle n’est pas d’ailleurs dans la misère : elle n’a aucun besoin de la protection ni de tes secours. Denis Berlhaud est riche; il peut, élever son petit-fils.
« Et puis, la naissance honteuse de cet enfant abaissera l’orgueil de ce Berlhaud, l’ennemi de noire famille, et qui exerce a Yieuxbourg une influence si funeste.
« J’ai eu, par Horlense, des nouvelles d’Adrienne. Le premier jour, sa douleur a été assez vive; mais elle commence déjà a se consoler. La légèreté est le fond du caractère de ces fillcs-là, et lu aurais grand tort de croire à un désespoir durable.
« Enfin. je te le répète, il y a plus que jamais des présomptions pour que ladite Aérienne ait eu des relations avec le nommé Jacques.
<«. Depuis ton départ surtout, on le voit à chaque instant entrer chez les Berlhaud, et même on m’a affirmé l’avoir vu la nuit rôder autour de la maison,
« Tu reconnaîtras donc, mon cher Rodolphe, que tu n’as pas encore assez réfléchi.
« Je te conjure, au nom de ta famille, de f honneur des Corbière, au nom de ton avenir, au nom surtout de ton excellente mère, qu’un pareil scandale désolerait à jamais, ne prends pas immédiatement de décision, reste huit jours encore dans la montagne et accepte l’invitation de mon vieil ami. Le contact du monde te ramènera mieux que la solitude à de saines idées.
« Ton oncle, qui L’aime comme son fils, et qui serait, lui aussi, profondément aflligé de te voir persister dans des résolutions aussi insensées que coupables.
» Guillaume de Noiregent, *
Cette lettre terminée, il écrivit à Paris à un ami influent pour le prier de découvrir à son neveu un de ces emplois dits honorables, c’est-à-dire un de ces emplois sans fonctions, destinés anx fils de famille incapables, dont l’Etat paye le désœuvrement, mais dont T importante nullité fait bonne figure dans une administration.
Huit jours après, madame de Corbière ayant, grâce à des prodiges d’activité, terminé scs préparatifs, partait pour Paris. Eu passant au château des Bombes, elle enleva son fils, qui avait enfin consenti à prendre quelques distractions, et qui ainsi se résolut au voyage sans revenir à Yieuxbourg, sans revoir Âdrienne.
Quinze jours s’elaient écoulés. Adrienne étaient guérie physiquement, quoique TH toujours brisée de cœur.
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