FOLIE MATERNELLE
Mais comment Hortense s’elait-elle procuré l’adresse de son amie?
Telle fut i’inquiétuile qui s’empara d’Àdrienne, dès qu’Horleuse (ut sortie.
— Ah! sans doule, pensa-L-el le, c’est Rodolphe qui l’aura confiée à Henri .
Cependant Rodolphe ne venait point. Hortense nfavail-elle pas été autrefois sa messagère ! Puisqu’il ne se rendait pas à son appel, c’est que par l’entremise d’Ilorleuse, il cherchait à la perdre davantage, pour se débarrasser d’elle.
Elle retomba dons un morue accablement, dans un sombre désespoir. Elle pensa à mourir. ,
Mais la jeunesse triompha encore : l’amour de la vie Remporta de nouveau.
— Bah I se .dit-elle,- -véritablement égarée par P abandon de Rodolphe, Hortense a peut-être raison. Avant de mourir, je dit vrais essayer d’une autre vie, tâcher de m* étourdir !... Ah* oui, nV éfonrdir !... D’ailleurs, qui donc me saura gré démon courag-'? Ne suis-je pas déshonorée aux yeux de tons et pour jamais; et comme le dit Hurleuse, quoi que je fasse. Et même, si j’élevais mon enfant, toute une vie de vertu, de dévouement, ne laverait pas cette llétiissure. Hortense connaît bien le inonde,; elle le méprise comme il le mériLe. Mais elle est vraiment diabolique, celLe créature. Pourquoi donc s’achanuM-eile ainsi après moi? L’aniilié? Non, elle ne m’aime pas. N est-ce pas elle qui m’a perdue? Quel motif alors?.. . Cependant, tout à F' heure, que voulais-je? Me venger. Y parviendrai-je, pauvre’ et délaissée comme je suis! Ah! je le vois bien, puisipi'il ne vient pas, puisqu'il ne daigne même pas me répondre un mot... c’est qu’il a une femme, sa femme ! Et il l’aime. Hurleuse ne me
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P a-t-elle pas dit? Iis s’adorent, ils sont heureux ! C’est Rodolphe sans doute qui l’a chargée de me rapprendre, afin de rn’ôler tout espoir... Ainsi, à eux toutes les joies, tous les honneurs; à moi toutes les tristesses, toutes les hontes! Je suis la moins coupable, cependant... El je subirais tant d’injustices sans me révolter? Oh uon! Mortense a raison.
Elle fut interrompue dans ses fiévreuses réflexions parle bruit d’un pas d’homme, hésitant daus l'escalier étroit et obscur de son sixième étage.
De nouveau elle prêta l’oreille.
— Ali! cette fois, c’est bien lui, murmura-t-elle. Il s'approche, il s’arrête.
Par un mouvement d’impatience qu’elle ne put dominer, elle courut ouvrir la porte.
Mais à la vue du personnage qui entrait, elle recula.
— Jacques! vous, Jacques? s’ècria-l-el le toute pâle.
— Elle s’appuya au chambranle pour ne pas tomber.
G’ était Jacques, en effet.
— Mademoiselle, pardonnez-moi ma hardiesse, dil-il.
— Je... je suis contente de vous voir... mais je ne vous attendais pas... La surprise. . . Ah 1 cela va mieux ...
Cependant, en elle-même, elle pensait avec un mouvement de dépit :
— Il vient donc toujours me sauver malgré moi !
— Mademoiselle... balbutia Jacques.
— - Comment, Jacques, reprit Adrlenne un peu remise de son trouble, vous voilà à Paris? Vous ne m’avez pas oubliée. Je vous en remercie.
— Vous oublier... Ah! tenez, Pémolion, la joie m’empêchent de parler. C’est qu’il y a si longtemps que je vous cherche.
— Mon enfant!... Me ramenez-vous mon enfant? demanda-t-elle anxieusement.
Jacques alors lui raconta ses demandes, ses efforts persévérants pour retrouver Penlànl, et Peulèvemenl du petit au moment ou il espérait le lui rendre.
— Qui donc a pu 1 enlever? exclama Adrienne comme affolée.
Jacques lui fit part de ses soupçons. Selon lui, le ravisseur que lui avait dépeint l’hôtesse, ne pouvait être que M; de NoiregeuL.
Un instant Adrienne se refusa à croire à tant de méchanceté. Mais elle fui obligée de se rendre à la vraisemblance. Quel autre pouvait avoir intérêt à lui ravir sou enfanL?
Elle confia alors à Jacques ses visites à M. de Noiregenl et Podieuse proposition qu’il avait osé lui faire.
A celle révélation, Jacques eut peine à dominer son indignation, sa colore.
11 était évident pour lui que M. de Noiregenl avait contribué à tous les malheurs qui étaient venus fondre en si peu de lemps sur la famille de Denis Berthaud. Mais là., comme toujours, son. influence était souterraine, insaisissable.
L’amour materne! d’Adrienne se révoltait contre cette impuissance.
— Mon entant, disait-elle, il me faut rnon enfant, et je serai assez forte pour le réclamer.
Mais Jacques lui démontra que cet enfant n’ayant pas été reconnu, elle n’avad aucun droit à faire valoir devant la loi, et qu’elle se heurterait à l’impossible.
Elle s’informa alors des motifs qui avaient amené Jacques à Paris.
L’ouvrier rougit, baissa les yeux, balbutia.
- — Je suis venu, dit-ii, parce que je craignais que toute seule daus celle grande ville... ici, les malheureux sont comme dans un désert.
Paris. — Typ. Ch. Unsinger, 83, rue, du Bac.
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— Jacques! vous, Jacques?
(Ghap. Y II, 2 e partie.)
— Merci! mon ami, merci!
— Et puis, reprit Jacques, enhardi parla reconnaissance d’Àdrienno, après tant de chagrin, vous pouviez tomber malade et vous n’aviez persoune pour vous soigner.
— Que vous êtes bon! dit-elle en lui tendant les mains; mais comment avezvous jm me découvrir?
— Ce n’.est pas moi, je n'ose pas vous dire, c’est...
— Qui donc?
— C’est maître Denis.
ÇV- — Mon père ! il est ici? s’écria Àdrienne avec eiïroi.
— Mon pei
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18 e IjIvhaison.
(Librairie Popidaire).
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— Oui. Mais Irauquillisez-vous. Il ne vous eu veut plus. Depuis votre départ, M ,ne Mariaune... le chagrin... Elle est nu peu malade. Maître Denis a pensé que voire retour la guérirait. Il est donc venu vous chercher. Car au fond, quoiqu’il fasse le terrible, il ne demande qu’à pardonner.
— Ainsi il va venir?,..
— Je lui ai persuadé d’attendre jusqu’à demain, afm d’avoir le temps de yous prévenir.. J’avais peur..,
; — Vous aviez peur de me trouver avec .quelqu’un, n’est-ce pas? Il est. doue bien vrai que lorsqu’on est tombée une fois, tout le monde doute de vous, meme ceux qui vous aiment le mieux? • ’
: — Ah ! mademoiselle, pouviez-vous croire que moi?...
— Je ne vous en veux pas, mon bon Jacques, c’est la peine de ma faute, je la porterai' toute ma vie.
— Ce D’est pas cela, je vous assure. Je craignais seulement pour yous un bouleversement.
— - Que je suis touchée dé votre attention! Je n’ai jamais eu qu’un ami ; c’est vous. Ainsi- mon père compte m’emmener à Yieuxbourg?.., Ecoutez, lit tout à coup Adrienae en prêtant l’oreille. *
— Quoi donc? demanda Jacques.
— Cette musique. '
— Eh bien !
— Ils sont plusieurs, n’est-ce. pas?
— 'Oui, pourquoi?
— Si c’était...
Et la pauvre mère, toute pale, le cœur palpitant, se précipita vers la fenêtre, l’ouvrit, regarda au dehors.
. Puis elle revint tristement vers Jacques.
— Il y a deux enfants, dit-elle, mais ils sont trop grands.
— Yous pensiez...
Elle s’assit avec accablement. .
— Ah 1 c’est une vraie folie, Jacques. Chaque fois que j’entends ces musiciens des rues, c’est comme une fièvre qui me prend, une fièvre d’espoir. Je tremble, je frissonne, je sens au cœur une angoisse brûlante ; je pense au petit que j’ai* abandonné. Je crois que je .vais le retrouver, le revoir, le presser dans mes bras. Je cours, et quand je reconnais que ce n’est pas lui, il me semble que je vais mourir. C’est affreux cela. Voilà le tourment qui me tue. Ah! revoir mou enfant, le couvrir de baisers, le serrer sur mon cœur, je n’ai plus que ce désir;- Si je le retrouvais, si j’avais un être à aimer, qui m'aimerait, je crois que je pourrais être heureuse encore.
Et des larmes amères inondaient son visage.
— Eh 'bien! dit Jacques, nous le chercherons encore. Enfin, quoiqu’il y ait peu de justice en ce monde, cependant ou ne souffre pas toujours. Il faut espérer des jours meilleurs.
— Je n’ai plus d’espoir.
— On entend un pas dans le corridor, fit Jacques, on cherche la porte... si c’était...
— Mon père!... uon, non, j’oubliais, s’écria Adriemie avec épouvante... J’attends quelqu’un. C’est lui !
Elle s’élança vers la porte, l’ouvrit.
— Ah! exclama-l-elle, prête à défaillir.
C’éiait en effet Rodolphe de Corbière.
• — Ainsi elle a menti ! pensait Jacques qui baissait les yeux de peur de rencontrer ceux d’ Àdrienne et de la forcer à rougir.
Rodolphe regardait tour à tour Adrienne et Jacques d’un air soupçonneux.
11 craignait un guet-apens. Cependant il dit avec calme : s — Vous m’avez prié de venir, mademoiselle* me voici. Que puisqe faire pour votre service?
— Mais... Balbutia Àdrienne... je vous ai prié?... Oui, en effet... Je me souviens... J’avais à vous parler au sujet de...
-n- Adieu, mademoiselle, dit Jacques qui comprit que sa présence embarrassait Àdrienne.
— Adieu, monsieur Jacques. Adieu! lit-elle avec empressement. Et merci!
Jacques sortit, la douleur dans Pâme.