LES PRINCIPES SE VENGENT
La. déclaration de la guerre de 1870 ralentit ou suspendit toutes les affaires, aussi bien les affaires judiciaires que les autres.
Puis survinrent les grands désastres.
Un soir, Henri était assis devant le café Durand, à l’angle de la rue Royale. 11 ôtait venu, comme tous les curieux qui encombrent les boulevards, pour apprendre les nouvelles du théâtre de la guerre, et pour observer la physionomie de la population.
Un enfant malingre et difforme s’était arrêté à quelques pas de lui. Il exécutait une sorte de danse auvergnate, en chantant d’une voix aiguë et nasillarde qui affectait désagréablement le tympan
Mais en ce moment, un reflux delà foule, qui fit croire à quelque événement extraordinaire, attira l’attention des consommateurs attablés à côté d’Henri.
Cependant, Henri, frappé de cette voix, regardait l’enfant. Il laissa échapper tout à coup une exclamation de surprise.
Il venait de reconnaître Criquet, Criquet qu’il avait toujours cru être la cause première de l’assassinat de Rodolphe de Corbière.
Comme il s’avançait vers l’enfant, il le vit profiter de l’inattention des consommateurs pour dérober quelques pièces de monnaie laissées sur une table.
Au lieu d’aller à lui, il appela un sergent de ville,
* — - Emmenez au violon ce petit voleur, dit-il, et retenez-le jusqu’à ce qu’on le fasse appeler au Palais de Justice.
Eu deux mots il expliqua à l’agent de police dans quelle affaire «criminelle il soupçonnait cet enfant d’avoir joué un rôle.
Peu de jours après cette rencontre, Àdrienue était amenée de nouveau au Palais de Justice, dans la chambre des mises en accusation.
Elle y trouva Hortense et Henri.
Et devant eux, bientôt: comparut Criquet. ,
. — Fille Berthaud, demanda le juge, reconnaissez-vous cet enfant?
— Oui, c'est celui que j’ai fait monter chez moi dans la soirée du crime.
— Et vous, Hortense Perruchol?
— Il y a bien, répondit-elle, entre ce petit nain et celui que nous avons vu quelque ressemblance. Mais je ne suis pas certaine que ce soit lui.
— Comment ! fit Henri stupéfait, tu ne reconnais pas cet enfant qui t’a dit s’appeler Criquet?
— Et toi, reprit le juge, en s’adressant à l’enfant, reconnais- tu ces personnes?
— Nod, monsieur, celles que j’ai vues ôtaient bien plus belles. Leur cou et leurs cheveux brillaient comme des lumières.
— Donc, c’est bien toi; cela suffit. Tu t’appelles Criquet?
— Je ne sais pas, monsieur le juge, répondit Criquet en pleurant à chaudes larmes. Le maître va me battre. Je vous assure que ce n’est pas moi qui lui ai dit qu’il y avait tant d’or dans cette maison.