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LES MIRACLES DU DÉVOUEMENT

C’était en août 1870.

Les événements politiques se succédèrent alors, on s’en souvient, avec une rapidité vertigineuse.

Denis se décida à quitter définitivement Vieuxbourg pour venir se fixer à Paris* auprès de Jacques et d’Adrieime. Il ne voulait plus, dit-il, habiter un pays rempli pour lui de si douloureux souvenirs, un pays surtout entièrement gouverné par la coterie Noiregent.

Mais les désastres de notre année amenèrent la révolution du 4 septembre; et la République, la grande justicière, fut proclamée.

Un revirement subit se produisit dans les esprits. Paris communiqua à la province entière son généreux élan. Malgré les malheurs de la patrie, il y eut dans toute la France un moment de soulagement et d’ivresse. On respirait, on se retrouvait enfin, on se sentait délivré du manteau deplomb qui depuis vingt ans nous opprimait.

La population de Vieuxbourg qui, au fond, était restée libérale, secoua la torpeur où la maintenait depuis si longtemps l’inlluence délétère de M. de Noiregent et de ses acolytes.

La municipalité fut renversée et tomba, comme l’empire, sous le mépris et le dégoût.

Délivré de la peur, le peuple est juste. L’opinion, en majorité, désignait Denis Berthaud comme le républicain le plus dévoué, le plus influent et le plus digue. Personne, alors, ne songea plus à le rendre responsable de l’inconduite de sa fille. 11 lut acclamé maire de Vieuxbourg, et le gouvernement ratifia ce choix.

Il accepta. La République venait de le ressusciter. Elle lui rendait, avec la foi et l’espoir, l’ardeur, le dévouement, le courage de ses jeunes années.

11 accepta, non pas qu’aucun sentiment d’ambition le guidât, mais parce que le moment était difficile, périlleux même, et parce qu’il crut pouvoir réaliser quelque bien dans cette pauvre ville, depuis si longtemps livrée aux mains des ambitieux et des tartufes .

Sous sa direction éclairée et patriotique, la petite ville de Vieuxbourg fut l’une des plus promptemeul et des mieux organisées pour la défense.

Quant à Àdrienne et à Jacques, ils restèrent à Paris, parce que Paris était alors le point le plus menacé, et que ni l’un ni l’autre ne voulaient fuir le danger.

Àdrienne quitta son appartement de la rue Moucey, qu’elle convertit en ambulance.

Et elle se retira dans un logement plus que modeste, situé à un quatrième étage de la rue de Moscou.

Jacques habitait avec Criquet une seule chambre au cinquième étage de la même maison.

Dans les premiers temps, Àdrienne ne pouvait supporter la vue de cet enfant

qui lui rappelait le meurtre de Rodolphe, dont l’image sanglante était toujours présente à son esprit»

Et puis, la laideur de cèt enfant, son regard effronté, son sourire cynique, la révoltaient. Elle voulait l’éloigner, momentanément du moins, le placer dans une école.

Mais le bon, le patient Jacques, avec son dévouement habituel, se chargea de lui avec le désir, bien plus, la volonté d’en faire un honnête homme. * ■

— Rappelez-vous, mademoiselle, dit-il à Advienne, q (/autrefois vous m’aviez permis de l’adopter. Rappelez-vous aussi que je lui ai sauvé la vie à Grenoble. Il m’appartient donc un peu aussi. Aujourd’hui, je veux sauver son âme déjà gangrenée; je veux lui donner la vie morale.

Et avec l’assentiment d’Àdrienne, il entreprit cette noble tâche.

Il ne négligeait pas non plus son développement et son redressement physiques.

Souvent Criquet lai racontait comment, pour l’empêcher de grandir, on le privait de nourriture et on comprimait la nuit ses membres dans un maillot.

Et puis, à côté de ces souffrances matérielles, quelles leçons et quels exemples !

Cependant, malgré toutes ces déviations physiques et morales, Jacques ue désespérait point; car il découvrait parfois chez cet enfant des mouvements d ? âme qui révélaient un naturel primitivement bon ; et, d’nn autre côté, les souffrances que cet être, en apparence si malingre, avait supportées, annonçaient une puissante vitalité.

Il ne se trompait point.

En moins de deux mois, malgré les privations du siège, Criquet avait pris une antre tournure et un autre visage. Ses traits, maintenant détendus par le bieu-être, les bonnes paroles, les soins affectueux, devenaient souriants et naïfs, enfantins en un mot, et son corps commençait à s’élancer.

La tendresse pour ainsi dire maternelle de Jacques, c’était pour le pauvre enfant souffreteux comme le vivifiant soleil pour les plantes étiolées.

Toutefois, Àdrienne conservait sa tristesse et son dégoût de. toutes choses, et gardait vis-à-vis de son fils une altitude répulsive.

Jacques ne se découragea pas encore. Selon lui, une seule chose pouvait l’arracher à ses souvenirs, la rattacher à la vie, c’était l’amour maternel.

Il saurait réveiller ce sentiment qui semblait éteint en elle.

Un jour, il lui annonça- qu’il s’était engagé dans les francs-tireurs de Passy, et qu’il emmenait l’enfant avec lui. II connaissait à Passy une brave femme* qui se chargerait de le loger et de le nourrir.

Dès le lendemain il quitta la rue de Moscou.

Souvent il revenait voir Àdrienne; mais jamais il n’amenait Criquet. Et Àdrienne ne lui en parlait point.

Elle avait alors quelques blessés dans son ambulance. C’était là qu’elfë passait ses journées et ses nuits. Vêtue, comme une simple infirmière, d’une robe de laine noire, elle pansait elle-même les plaies, veillait au chevet des malades, se privait de nourriture pour ses blessés, prodiguait en un mot, dans une activité fiévreuse, le peu de forces qui lui restaient. Elle expiait ainsi ses désordres passés; mais en môme temps elle épuisait sa vie.

Les cinq mois de siège s’écoulèrent bieu longs et bien tristes.

La capitulation surprit les pauvres assiégés comme un coup de foudre.

Àdrienne et Jacques ressentirent, en patriotes exaltés, cette immense douleur : l’abaissement et la ruine de la patrie.

L’ardeur maladive qui soutenait Adrienne dans ses fonctions de sœur de charité, s’éteignit tout à coup, et elle tomba dans une profonde prostration.

Jacques pensa que le moment était venu d’opérer en elle une vive réaction. Car elle se laissait mourir.

C’était un des premiers jours de mars, par une belle matinée de ce printemps prématuré qui suivit des frimas exceptionnels. Un soleil radieux et doux éclairait nos désaslrês, faisait resplendir nos ruines, caressait de sa tendre et riante lumière le grand vaincu, Paris, faisait scintiller le dôme de ses édifices, et jetait dans les rues mornes la gaieté de ses rayons'. Pour qui n’entendait pas lès sourds grondements du terrible volcan qui allait éclater, Paris avait un air de fête.

Adrienne était assise dans un fauteuil, près de sa fenêtre ouverte, que Jacques avait parée de verdure et de fleurs.

Son visage aminci, d’une pâleur diaphane, paraissait idéalisé. Ses yeux si doux, où s’était réfugié tout ce qui lui restait de vie, semblaient regarder déjà dans l’infini. Un sourire triste était comme stéréotypé sur ses lèvres pâlies. Cette figure empreinte de sérénité exprimait le détachement absolu des choses de la terre. Qui eût pu reconnaître dans celle mourante,- au visage de sainte, l’implacable courtisane qui avait fait retentir Paris de son luxe tapageur et de ses scandaleuses amours?

En ce moment* elle ne pensait plus à Rodolphe ; elle pensait à Jacques, à son père, que sa mort allait désoler.

— Mais bail 1 se disait-elle, ils m’oublieront vite.

Et telle était la cause de son triste sourire.

On frappa à la porte.

Elle dit faiblement :

— Entrez.

Jacques parut. Il tenait par la main un enfant, un véritable enfanl qu’il poussa vers Adrienne.

L’eu Tant courut à la malade, se jeta dans ses bras ; et lai tendant son visage rose :

— Maman I dit-il.

À ce mot, prononcé d’une voix douce et suppliante, le cœur de la pauvre femme, jusqu’alors fermé, s’ouvrit tout à coup et se fondit.

Elle serra son enfant sur son sein et éclata en sanglots.

— Mon enfant I mon liisl murmurait-elle.

Mais était-ce bien là ce nain difforme qui lui avait causé tant d’horreur?

11 nœst pas rare de voir s’effectuer à cet âge des transformations presque subites. Celle-là était d’autant plus profonde et plus prompte, que le changement d’existence avait été plus complet.

Criquet n’avait aucunement souffert du régime du siège; car Jacques avait partagé avec lui sa ration de soldat, se privant avec bonheur pour son ënfant adoptif.

Grâce à celle nourriture abondante et substantielle, comparativement à celle de sa vie passée, son corps, rabougri jusque-là s’était promptement développé, son visage hâve et halé avait pris les teintes roses et transparentes de la santé; ses cheveux, auparavant incultes et d’un roux sale, étaient maintenant soyeux et dorés.

De luxuriantes boucles blondes encadraient gracieusement son front. Son œil, malgré sa vivacité intelligente, exprimait, comme son sourire, la naïveté et l’insouciance aimable de l’enfance. Enfin il avait aussi changé de nom. Il se nommait maintenant Adrien; et il ne restait rien en lui de l’être repoussant et difforme autrefois appelé Criquet.

Jacques ne s’attendait pas à un succès aussi complet. Devant l’émotion d’ Adrienne,

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il no savait comment dissimuler la sienne. 11 essayait vainement de parler et de rire; les larmes le suffoquaient.

Àdrienne, s’apercevant de son embarras, lui tendit la main.

— Mon bon Jacques, lui dit-elle, quelle reconnaissance ne, vous dois-je pas! — Ah ! mademoiselle... c’est moi qui... au contraire... Je ne pourrai jamais vous remercier assez de tout le bonheur que j’éprouve en ce moment.

Àdrienne alors, réunissant toutes ses forces, se leva, alla jusqu’à lui, et tombant à ses geqoux :

- — Pardonnez-moi, Jacques, tout le chagrin que je vous ai causé. Mais si vraiment je ne vous fais pas horreur, si vous ne me trouvez pas trop dégradée pour me donner votre nom, je serai votre femme avant de mourir, afin de laisser un père à cet enfant. .

Jacques, voyant Àdrienne à ses pieds, en était comme éperdu. •

11 n’entendit que ces mots : Votre femme... mourir.

11 la releva, et tout honteux : .

* — Ma femme, oui, ma femme, balbutia-t-il ; je n’aurais jamais osé prétendre... Mais vous ne mourrez pas. 11 faut vivre maintenant pour votre... notre enfant.

Cependant Jacques semblait encore embarrassé. 11 portait la main au gousset de son gilet, et puis rabaissait.

Mais le tendre regard qu’Adrienne attachait sur lui l’encouragea.

Alors il parut faire un effort sur sa timidité, et sortit enfin de cette poche l’objet qu’il n’osait montrer. ......

Celait la croix de. la Légion d’honneur.

Adrienne regardait, étonnée.

Répondant à cette interrogation muette :

— C’est aujourd’hui même, dit-il, que j’ai reçu cette croix avec le brevet de chevalier, et pour une action, vraiment, qui ne mérite pas une pareille distinction.

— Oh 1 moi, reprit vivement Àdrienne émue, je vous crois capable de tous les courages et de tous les dévouements.

Jacques lui raconta simplement, avec sa modestie ordinaire, qu’il s’était battu comme les autres; mais qu’un jour, après un engagement très meurtrier, il avait eu le bonheur de sauver la vie à son capitaine blessé, en l’emportant sous le feu de l’ennemi, pendant que sa petite troupe prenait la fuite.

— C’est lui sans doute, ajouta-t-il, qui, en me faisant décerner la croix, a voulu ainsi me prouver sa reconnaissance.

Mais Àdrienne lisait le brevet, que lui avait remis Jacques,, et ce brevet relatait en outre un fait d’armes héroïque. À lui seul, il avait défendu un passage fort étroit, pendant que le capitaine mettait le reste de ses hommes à l’abri.

— Et vous trouvez aussi cela tout naturel? dit Àdrienne attendrie.

— Oh! oui, tout naturel. C’était pour la patrie; et puis, ajouta-t-il en rougissant, je pensais à vous.

Àdrienne lui tendit les bras.

Jacqiîès se précipita à ses pieds. Alors elle lui prit le front à deux mains et le baisa. Puis, le montrant à son fils :

* — Tu vois cet homme, mon enfant. N’aie pas d^autre modèle : c’est un grand et noble cœur.

Adrien, par un mouvement plein de spontanéité et de gentillesse, courut à Jacques, et lui jetant ses deux bras autour du cou, il s’écria :

^ — Il est si boni il m’aime tant!

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Et, gagné aussi par l’émotion, ses yeux se remplirent de larmes.

A cet élan de sensibilité, Adrienne jugea que la conversion de Criquet ôtait complète. Maintenant elle pouvait le reconnaître pour son enfant, elle pouvait l’aimer î

Elle l’adora.

Dès ce moment aussi, elle parut renaître et reprendre goût à la vie.

L’amour maternel avait opéré ce miracle, ainsi que l’avait espéré Jacques.

Toutefois, en face de cet honnête homme, la pensée de son indignité, le souvenir de son passé honteux la poursuivaient incessamment. Souvent elle rougissait sans motif apparent, ou tombait dans des tristesses dont Jacques et le petit Adrien avaient peine à la tirer.

Mais arrivèrent les terribles événements de la Commune. Comme pendant le siège, les douleurs publiques ne laissèrent aucune place aux douleurs privées. Adrienne rouvrit son ambulance pour y recueillir les blessés, à quelque parti politique qu’ils appartinssent.

Suivant l’impulsion de sa nature tendre et dévouée, comme Adrienne, Jacques soignait les victimes de cette guerre fratricide. Assisté de deux infirmiers, il partait chaque soir à la recherche des blessés et les ramenait à l’ambulance de la rue Moneey.

Cependant le dénouement de cette horrible liitte approchait.

La fureur avait allumé la fureur; la haine avait aigri la haine. Toutes les passions sauvages du cœur humain, surexcitées jusqu’au paroxysme, devaient amener une effroÿa bl e confia gi *ali o n .

Les sanglantes journées de mai furent le résultat de l’exaspération des deux parfis. Ce fut la guerre inexpiable, inexpiablfe bellit m des nations antiques et des hordes sauvages, aggravée par la haine sociale. Les lois de la guerre sonldouces comparativement aux féroces inspirations de la vengeance.

Les horreurs mêmes de la guerre prussienne ne peuvent se comparer auxépouvanteinents de ces lugubres journées. Quel fracas! quel mer de sang!

Ici, le pétrole fait ruisseler sa flamme lourde et huileuse, et projette dans les airs assombris des nuages de fumée noire.

Là, ou s’égorge about portant, avec des cris furieux, des gémissements poignants et des silences de mort.

Plus loin la fusillade roule impitoyable, et le canon hurle. C’est l’orchestre infernal de ce spectacle de désolation.

Les Versaillais avaient envahi les Balignolles.

On se battait au boulevard Clichy.

Jacques était descendu du côté des Tuileries qui brûlaient.

Adrienne, assistée d’une infirmière, courut aux Balignolles. La folie du dévouement l’animait. Qui pourrait l’arrêter? La crainte de la mort? En secret elle l’appelait, la mort, une belle et noble mort qui laissai au cœur de ceux qui l’aimaient, au cœur de son fils surtout, un pieux et pur souvenir.

La barricade fut rapidement enlevée, et les Versaillais se précipitèrent sur le boulevard.

Adrienne, en ce moment agenouillée, soulevait la tôle d’un mourant pour reconnaître s’il vivait encore.

— A mort la pétroleuse! cria-t-on de tous côtés.

Adrienne se releva, et, noblement, dit :

— Je ne suis pas une pétroleuse. Je soigne les blessés.

En ce moment on amenait des fuyards nu’on venait d’arrêter.

Ils étaient quarante environ, tant hommes que femmes et enfants.

LES GRIMES DE L’AMOIJR

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Advienne, en ce momeaL agenouillée, soulevait la tète d'au mouvant.

[(Ghap. XXII, 2 * partie.)

— Fusillez-les! Ce sont des communeux! Ils défendaient^!;!. barricade. Pas de quart : er! A mort ies pétroleurs et les pétroleuses I répétaient les groupes affolés.

On aligna les prisonniers contre le mur ébréché de la barricade, et ou les fusilla. Comme les autres, Aérienne tomba.

Il était cinq heures du soir.

Vers sept heures, Jacques rentrait h la rue Moncey. Il apprit que depuis deux heures les barricades des Batignolles étaient enlevées. lit Aérienne ne revenait pas. Une angoisse horrible le saisit; il courut au boulevard.

. Tout auprès de la barricade, il vit un monceau de cadavres.

Quelques soldats creusaient une fosse.

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(Lib ra i ri e Po p u 1 a i r o) .

Dans cette fosse on allait jeter pêle-mêle les morts, et les mourants.

Jacques sentit dans ses veines un frisson mortel. Il eut une inspiration subite.

— Hé! que. faites-vous donc là? leur cria-t-il ; les pétroleurs mettent le feu rue Lepic. •

Les soldats posèrent leurs pioches et coururent à la rue Lepic.

Alors Jacques, avec une force doublée par ['imminence du péril, souleva tous les cadavres. ..

I! entrevit enfin une robe souillée dé saug et de boue.

C’était elle, Adrienne, pâle, inanimée, la poitrine couverte de sang. Yersfl’ épaule droite, il aperçut une blessure.

Ses mains étaient glacées.' Cependant son visage calme, sa bouche presque souriante nè-pdrM^ point i’èinprëinte dès convulsions de l’agonie.

Il ôèarta de sa blessure le sang coagulé, toucha la plaie ; cette plaie était chaude.

L’émotion de la retrouver vivant e le fit un instant chanceler.

Mais par un suprême effort de volonté, il domina promptement cette faiblesse; et prenant le corps d’Adrien ne dans ses bras, il s’enfuit jusqu’à la rue Môncey.

Heureusement le jour baissait, les rues étaient désertes ; car les habitants s’étaient réfugiés dans leurs caves. Il arriva donc sans encombre avec son précieux fardeau.

Grâce à des soins entendus, Adrienne revint à la vie.

En ouvrant les yeux, son premier mouvement fut un regret douloureux.

— Ahî pourquoi, soupira-t-elle, m’avoir arrachée à la mort? J’étais si bien! C’était le repos, l’oubli.

Mais tout aussitôt, craignant d’avoir, par ces paroles, affligé Jacques at son fils, qui se tenaient à son chevet et attachaient sur elle des regards anxieux, elle reprit:

— Pardon, mon ami, il me semblait rêver. Merci, mon sauveur. Car c’est à vous sans doute que je dois la vie. Celte vie est tout à vous et à toi, mon cher Adrien.

Et longtemps, elle tint leurs mains réunies sur son cœur .

- — ‘ Ces deux mains chères, continua-t-elle avec son caressant sourire, achèvent de me guérir. Que c’est bon, votre douce affection! et qu’on est heureux de vivre quand on a vu la mort de si près I

Elle se rétablit, asseîz promptement.

Toutefois, les premières paroles qu’elle avait prononcées en reprenant ses sens, avaient douloureusement frappé le cœur de.Jacques.

Ainsi, elle regrettait la mort. Peut-être l’avait-elle cherchée.

Cette pensée le bouleversait; et, dans sa modestie, il se disait :

— Je ue puis suffire à son bonheur. Après l’éclat doul elle a été entourée, l’existence effacée qu*e je lui offre,* l’ennuie. Il lui faudrait un intérêt puissant, absorbant, qui lui fit complètement oublier le passé et la relevât à ses propres yeux.

Il chercha avec la persévérance opiniâtre d’un dévouement sans bornes.

Quand elle fut guérie, Adrienne se demanda ce qu’elle ferait de ce mobilier quasiroyal et de ces diamants qui avaient contribué à sa célébrité et qui représentaient une valeur considérable. Ce luxe lui était devenu odieux; et maintenant qu’elle était la femme d’un honnête homme, elle ne voulait pas conserver la plus faible partie d’une fortune aussi mal acquise et dont son fils aurait à rougir.

Elle n’avait d’ailleurs jamais attaché un graud prix à la richesse. Ce n’était pas une nature ambitieuse. Le sentiment dominait en elle. Elle ne vivait que par le cœur.

Elle s’ouvrit à Jacques de son désir de se débarrasser au plus tôt de ces objets luxueux qui ne lui rappelaient que des souvenirs haïssables, eL de sa volonté formelle d’en affecter le prix à une œuvre de bienfaisance.

' — ■ Au surplus, mon ami, ajouta-t-elle, èpargnez-moi ce souci.. Je m 5 en rapporte entièrement à vous pour la destination de cette fortune. Faites donc, je-Yous. prie, que

je n’en entende plus parler. ' • •* J ' 1 ‘ L -' ' -

Jacques lui promit d’y songer; Mais-: déjà sou plan était arrêté;: : ’ - A l

11 fit d’abord estimer le mobilier et les diamants. iL m ; , y { y •

— Sites affaires reprennent, lui dit. P expert, vous; en retirerez; ;biën; près; d’un million. Les bijoux et les tableaux, à’eüx seuls, valent cette somme; : ? \

La figure de Jacques rayonna. C’était beaucoup. plus qu’il n’avait espéré; Il pourrait ainsi donner de l’extension air projet qu’il méditait. ■ v

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