‹ Crimes et délits dans la folieChapitre 22 sur 44 · IMPULSIONS AU VOL, AUX ACHATS, ET AU JEU III · texte numérisé non relu

IMPULSIONS AU VOL, AUX ACHATS, ET AU JEU III

taires apppartenant aux divers degrés de i'échelle des dégénérés; principalement aux degrés inférieurs. Ce sont des instinctifs, des semi-imbéciles. Nous retrouverons ce caractère d^infériorité mentale chez les pyromanes qui presque toujours appartiennent à la catégorie des faibles d'esprit.

Dans la klepto?nanie, comme dans les autres troubles mentaux avec impulsions conscientes, on retrouve l'intermittence, le phénomène du paroxysme, de la crise. L'obession afflige le patient, et quand il y succombe, il éprouve souvent des regrets et même des remords.

Une jeune fille née de parents riches et de noble extraction, citée par Marc (i) éprouvait le besoin de s'emparer des objets de toute espèce qui frappaient sa vue. Elle tenait en réserve un grand nombre de mouchoirs, de dés, de fichus, de bas, de gants qu'elle avait enlevés à ses compagnes. Ses larcins venaient-ils à être découverts, elle ne cherchait pas à les dissimuler ; elle témoignait, par ses larmes, le repentir et la honte que sa conduite luifaisait éprouver; elle promettait de résister à l'avenir à son odieux penchant, mais elle recommençait à la première occasion.

Selon son habitude, Marc ne donne aucun renseignement sur les antécédents héréditaires ou personnels de cette jeune fille. Il n'en est pas de même dans le cas suivant, emprunté aux journaux judiciaires:

Madame K... qui s'asseyait, le 27 janvier 1877, sur les bancs de la police correctionnelle de Paris, appartenait à une famille ayant en Russie une certaine situation. Jouissant d'un revenu de 24,000 francs, elle faisait dans les magasins des achats de 3 à 400 francs qu'elle payait au

(i) Marc, De la folie considérée dans ses rapports avec les questions médico-judiciaires.

comptant et en même temps dérobait des objets sans valeur dont elle n'avait nullement besoin. Le. docteur Kortsakoff, venu exprès de Saint-Pétersbourg, déclara que cette dame appartenait à la meilleure société et que jamais aucun soupçon défavorable n'était venu l'effleurer, et il ajouta qu'elle était d'une organisation ayant de grandes affinités avec certains états pathologiques du système nerveux; qu'il existait, chez des personnes de sa famille, des troubles intellectuels et qu'une de ses sœurs était dans le moment même soumise à un traitement pour aliénation mentale. En outre, le défenseur fit valoir un certificat délivré par le savant aliéniste russe, le docteur Frabenius.

Bien que le trouble mental de cette malade ne fût pas douteux, elle n'en a pas moins été condamnée à trois mois de prison et trois cents francs d'amende.

Le cas suivant, dû à Trélat, est un exemple remarquable d'impulsion irrésistible au vol chez un imbécile.

M. M..., âgé de cinquante-six ans, quoiqu'il appartienne à la société éclairée, n'a jamais pu acquérir beaucoup de savoir. Il aime le monde et a toujours montré un grand éloignement pour sa famille. Plusieurs fois on a voulu le marier, il s'y est constamment refusé. On sait qu'il a trois logements dans Paris, et que danschacunde ces logements il n'est servi que par une femme de ménage. On s'en étonne d'abord, mais il donne une explication si simple qu'on finit par s'en contenter. Il n'aime pas à faire de longues courses le soir, et les amis qu'il visite demeurent dans des quartiers différents. Peut-il mieux faire que de se rapprocher d'eux, et quel plus sage emploi trouveraitil de son excédent de revenu?

Pendant la belle saison il voyage, va aux eaux, y rencontre les personnes qu'il connaît à Paris. Malgré le peu d'étendue de son intelligence, il administre sa fortune ; ne l'augmente pas mais ne fait aucune perte. A l'âge où il est arrivé il a absolument les mêmes rentes que trente ans auparavant.

Toute sa vie se passe ainsi, sans qu'on remarque rien qui

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