‹ Crimes et délits dans la folieChapitre 36 sur 44 · ÉROTOMANES · texte numérisé non relu

ÉROTOMANES

turbation fonctionnelle des organes sexuels (i). Le culte de rérotomane est pur, exempt de toute arrière-pensée charnelle. Il s'adresse à un être imaginaire ou à des personnes, qui, en raison de leur rang, de leur fortune ou de leur position sociale, ne sauraient Taccepter. Ce travers est peutêtre plus commun chez la femme que chez l'homme, ou tout au moins il aboutit plus souvent chez elle à la folie confirmée. On le rencontre à tous les âges de la vie, mais beaucoup plus fréquemment dans la {eunesse, et même dans Tenfance.

De véritables érotomanes se rencontrent sur les bancs de Técole ou de la pension. Certaines jeunes filles s'imaginent volontiers qu'on s'occupe d'elles, qu'on les remarque, qu'on les aime. Certains collégiens se livrent à une correspondance interminable qu'ils adressent d'abord à un objet inconnu et idéal, mais qui finit par prendre corps dans une actrice, une femme du monde, ou une fille à la mode.

Madame C... a donné à un autre l'affection qu'elle devait à son mari. Elleaime un M. P... qui vient lui-même de contracter un mariage. On lui dit qu'il ne lui est pas permis de placer là ses espérances et son attachement, mais elle ne croit rien de ce qu'on lui affirme : « On la trompe, il n'est pas possible qu'un homme comme lui se soit marié. Avec un pareil amour dans l'âme on ne s'unit, on ne peut s'unir qu'avec celle qu'on aime. On ne coupe pas plus volontairement, dit-elle, un morceau de son cœur qu'on ne se couperait volontairement le bras. — Vous savez que vous êtes mariée vous-même et que vous ne pouvez vous marier ailleurs ? — Notre amour

(i) Voir plus loin chapitre viii.

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est au dessus du mariage. Pour lui j'ai quitté mon mari : C'est à lui que j'appartiens et que j'appartiendrai toujours. >

Elle écrit à M. P... autant de lettres qu'elle peut se procurer de papier. Elle n'a pas reçu d'instruction, elle n'est qu'unepauvre ouvrière, son écriture est très-mauvaise, son orthographe détestable, et pourtant, à part la différence de mérite littéraire, chacune de ses lettres est passionnée et brûlante comme celle d'Héloïse.

« Mon Théodore chéri, viens me chercher, je ne puis plus rester ici, je mourrai ou je deviendrai foUe, emmènemoi avec toi. Que j'ai donc souffert! C'est par cela même que tu m'es devenu si cher. Tu sais bien que je n'ai plus de famille, que je l'ai brisée. Tu es ma famille, ma seul^ affection que tout le monde connaît. Je n'ai rien à taire, •je suis compromise de tout côté ; c'est avec toi, j'en suis heureuse. J'ai fait un mariage impossible, il n'a pas duré longtemps. C'est toi qui as tout fait. Merci, merci! Tu vois bien, mon joli Théodore, que nous devons rester ensemble, que je dois vivre pour toi. Dis-moi que tu ne m'as pas trompée, que tu n'es pas marié, que c'est moi qui te prodiguerai toute mon affection. Je ne puis plus ni veiller, ni dormir seule. Je ne saurais non plus mourir seule, et pourtant je ne puis vivre sans toi. Dans mes nuits d'insomnie je te vois pâli, je te crois malade. Viens ici décider de mon sort (i) ! »

L'érotomane ne reste pas toujours dans le domaine de la contemplation idéale ; et qand il passe à l'action, c'est parfois pour tomber dans le crime. L'érotomanie mutuelle conduit souvent à un double suicide. G^est bien ainsi, selon l'expression de Marc, qu^on doit qualifier ces catastrophes oià la mort, consentie réciproquement, est donnée à Tun des amants par l'autre, qui se tue ensuite ou tente de se tuer.

Souvent, l'érotomane devient un véritable per-

(i) Trélat, loc. cit., p. i33.

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