‹ Crimes et délits dans la folieChapitre 38 sur 44 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Bien que, au point de vue mental, l'hystérie ne puisse revendiquer en propre que le délire spécial qui fait partie de l'attaque complète, il est si. commun de trouver chez les sujets entachés d'hystérie certains troubles psychiques allant de la plus légère perversion du caractère jusqu'à la folie véritable, qu^on est convenu d'étudier à part un état mental des hystériques. Nous adopterons donc, pour nous conformer à Tusage, cette manière de faire, mais sans y attacher une importance doctrinale, et en faisant bien observer au contraire que la plupart des remarques que nous aurons à présenter s'appliquent à d'autres sujets mal équilibrés, mal doués moralement, rentrant dans la grande

classe des héréditaires. « N'étant ni raisonnable ni folle, rhystérique appartient d'ordinaire, fait précisément observer Legrand du Saulle, à une famille de névropathes, de convulsifs, d'apoplectiques, d*aliénés ou de suicidés, et, dans le langage de la science, on l'appelle une prédisposée^ une héréditaire ou même une cérébrale. Surnuméraire permanente de Taliénation, elle reste sur la frontière de la raison et de la folie, suscite sur son propre compte les opinions les plus divergentes, mais peut difficilement se faire prendre au sérieux. Incorrect rejeton d'une famille à tares pathologiques, elle représente à sa façon un passé morbide en voie de transformation » (i).

Le signe le plus constant de l'hystérie psychique est l'instabilité du caractère. A l'enjouement, aux manières engageantes et aimables, les hystériques font inopinément succéder la maussaderie, la susceptibilité, la colère. Après s'être montrées bonnes, accommodantes, satisfaites, elles deviennent sans transition mécontentes, aigries, injustes, méchantes, odieuses même. Elles prennent alors plaisir à faire souffrir les autres et à faire le mal pour le mal.

En raison d'une sorte d'ataxie de la sensibilité affective dont elles sont atteintes, tantôt elles se

(i) Les éléments de cette étude ont été en partie empruntés au remarquable mémoire de Huchard {Archives de neurologie, 1882), et au livre de Legrand du Saulle [Les hystériques, état physique, état mental, actes insolites, délictueux, criminels. Paris, i883).

montrent insensibles aux plus grands malheurs, tantôt elles sont poussées aux éclats du plus violent désespoir à propos de Tincident le plus futile. Privées de sens moral, poussant tout à Textrême, elles sont excessives, primesautières et capricieuses dans leurs passions, dans l'amour comme dans la haine, dans les plus nobles sentiments comme dans les plus vils instincts. Elles peuvent s'enflammer pour le bien comme elles s'enflamment pour le mal, à la condition de pouvoir se mettre en évidence et d'être remarquées. On en voit se placer à la tête de bonnes œuvres, s'agiter, se multiplier, panser d'une main délicate les plus cruelles blessures morales, consoler les deuils, relever les courages abattus. Mais par contre, elles sont capables des plus grandes noirceurs et ne reculent même pas devant le crime. Parmi les femmes qai composèrent les brigades de pétroleuses en 1871, un certain nombre, reconnues hystériques, avaient été recrutées primitivement comme ambulancières.

Elles sont vives, intelligentes, d'une conversation attachante, et pleines d'imprévu; elles ont le talent de passer d'un sujet à un autre avec une facilité et une aisance extrêmes. Elles tiennent pardessus tout à plaire, à captiver. Elles enveloppent de cajoleries de toutes espèces et avec un art infini la personne qu'elles ont résolu de séduire, et ne manquent guère de réussir.

En revanche, il faut qu'on s'occupe d'elles. Irrésistiblement poussées à rechercher l'éclat d'un rôle en vue, elles ne reculent devant aucun sacrifice

pour se faire remarquer. Comédiennes consommées, elles adorent la pose et en abusent.

Elles ont au plus haut degré l'esprit d'opposition^ de contradiction^ de controverse. Il suffit qu'on soutienne une chose devant elles pour qu'elles en prennent immédiatement le contre-pied. Elles se plaisent à combattre les idées qu'elles soutenaient la veille, et à afficher des opinions bizarres, paradoxales et subversives, simplement pour étonner et attirer l'attention : leur assurance n'a d'égale que leur absence de conviction.

Si leurs impressions sont mobiles et fugaces, par une singulière contradiction elles font preuve à propos de certaines de leurs idées d'une persévérance et d'une ténacité extraordinaires. Ont-elles imaginé quelque fable manifestement inexacte, elles en maintiendront les termes avec la dernière énergie. Certaines idées fixes, véritable catalepsie de l'intelligence selon Esquirol, s'emparent d'elles et les poussent irrésistiblement à des attitudes injustifiées et bizarres. Telle se condamne à un mutisme absolu, convaincue que parler lui fait mal ; telle autre se soumet à un jeûne rigoureux pour s'éviter des douleurs gastriques ; telle autre encore demeure au lit pendant des années persuadée qu'elle est incapable de marcher. C'est peine inutile de les combattre, car, comme dit Lasègue, l'excès d'insistance amène l'excès de résistance, et d'ailleurs leur opiniâtreté ne prend pas son origine dans la puissance de leur volonté, mais dans la force de leur inertie.

A. CuLLERRE, -— La Folie. i5

226 PERYE3vTIS

Elles se recherchent entre elles, promptes à nouer des amitiés aussi soudaines qu'impré\'ues, à les dénouer de même et à y faire succéder des aversions et des haines aussi peu justifiées. Jalouses jusqu'à la férocité, elles ne se pardonnent ni un succès mondain ni un triomphe de toilene.

La calomnie est leur arme favorite. Pour se ver.îier de quelque grief ou même pour faire montre de leur esprit, elles sont capables des inventions les plus noires, dont elles ont parfois la candeur de se vanter. Triviales ci basses, étrangères à toute espèce de dignité, elles affeaent en public des sentiments élevés, des goûts délicats, des manières distinguées, mais dans l'intimité descendent volontiers de leur piédestal, s'abandonnent à des familiarités étranges et débraillées, en un mot s'encanailient.

Leur dépravation morale éclate surtout dans la \ne privée. L'h\*stérie dans le ménage , dit M. Brouardei, suit toujours à peu près la même évolution. A peine mariée depuis quelques semaines, rhystérique se plaint d'être incomprise^ et de n'avoir point trouvé celui sur lequel elle était appelée à verser les trésors d'amour dont déborde son âme. Il n'est bientôt rien qu'elle ne mette en œuvre dans la maison pour être désagréable à son mari. Le mari perd patience : on se querelle, on va devant le tribunal, qui invariablement ne manque pas de reconnaître que c'est le mari qui a tort.

Cette perversion affective ne se révèle pas seulement à propos du mari, mais parfois à propos des

cniuits. Il T i 45es hrsiérjqûes qxn tcnKMgDcnî d- •'affsccon 1 r^r de je;irs enfanrs d àz réversion i un soirc; chose b:Tr:Me k d.re, :1 y en a chez qzl rmsnna r^^remel ::''tî;sic p£5,

La p-up^n sccî ;~i:réreri£s i leors manx phyâqaes e: >appûrren: arec izae qnîénade sô^pËère je> iésorire? nerveux £'UïqacIls djcs sont so^ctics; pozzz^zLZ, - - tz r^nc: r.rre ^io&t i'^gotsme étroit est sans cesse ez ^ ^rn^es. se plant, gânît, rodame des s->:ns e: ies re~èoes ci âzût par rerser dans IliTp:»c û-'ir.e .= r.js exirarj^miie.

Co'trzrerîe": 1 ropîœoQ Tolgaîre, les hj^é-

rîq'*ies ne s:z: p^ r écessairemcnt salices er por-

lées à ]a lubric ré. On coofood jl^pcc rappédt scxod

cxzgért es saot très sDaivnt oompicse-

mcDî énîTi^cres, une dépr^vstîon da sens monl

ter r les occjtsîoiis d''Œcrccr

le ~ : c^ jcziiXL et leur gqoBC des 2Lvea -

^ r' raiaEDies. CTesa: imloDrs cet

^^ :ie xonaïqiKr qui amdoBt

^ simaxxxis sotecoses^ aux actes

^rtf. an convexsa&dBS cpicées ei cyiâqaes

' elle campromet i la fois sa <^^iiiiE

de te : riKmicar domestîqiie.

Tontes jes diverses modalites de knr cancaère

ei de : - -.ts.: pe-oveni, se3oa IL HodiArd^

se résu~jer ^iÂiiii ces nriois : elles me samemt pas . ey ^s^eUesmevemlemipnvatâoir;

c : q^ ieoT volomié est nm-

-r^Jaiite, dans une aoite :::..aiit an moiiMhe Tent

comme une girouette, qu'elles ont cette mobilité et cette inconstance dans leurs idées, leurs affections et leurs désirs.

Selon Legrand du Saulle, les troubles mentaux des hystériques peuvent, comme les troubles somatiques de la grande névrose, présenter quatre degrés différents.

« Chez les malades du premier degré, l'hystérie est légère, les facultés affectives sont un peu diminuées mais non encore profondément troublées ; c'est du nervosisme plutôt que de l'hystérie proprement dite.

» Au degré suivant, le trouble est plus prononcé, la façon de percevoir les impressions du dehors et de réagir contre elles trahit une équilibration vicieuse des facultés, une perturbation déjà profonde du caractère, du moi pensant, et surtout du moi sentant. La malade ne jouit plus d'une entière liberté dans ses déterminations ; et si la responsabilité ne fait pas complètement défaut, elle est tout au moins atténuée à certains moments et à l'occasion de certains actes.

« Un pas de plus et c'est déjà l'hystérie grave, rhystérie avec impulsions irrésistibles, parfois avec hallucinations passagères ; dans tous les cas, avec dérangement marqué des facultés. La malade est conduite aux actes les plus étranges et les plus audacieux, aux accusations les plus odieuses, aux dénonciations les plus fausses.

« Le quatrième degré, enfin, constitue la folie hystérique. »

Bon nombre d'hystériques rentrent purement et simplement dans une des catégories d'excentriques que nous étudions dans ce livre : nous n'insistons donc pas sur des faits (i) qui ne seraient que des redites. Attitudes incorrectes, actes insolites, instabilité mentale, telles sont les particularités qui signalent certaines hystériques. L'existence accidentée de ces personnes ne diffère que par la diversité des circonstances particulières. Telle commence par un noviciat dans un couvent, simule une tentative de viol sur sa personne, s'évade, s'abandonne à ses tendances erotiques, se marie, se sépare, devient prostituée et finit par une mort ignominieuse (2). En voici une autre qui, belle, intelligente, instruite, capable des plus généreux dévouements, mais douée des plus mauvais instincts et de passions impérieuses, passe une partie de sa vie au milieu des bandits, bravant les dangers, les abîmes, le choléra, le couteau des joueurs ivres. Les familles qui la recevaient ne comptaient que des victimes ; pères, fils, gendres étaient entraînés par elle (3). La seule chose qui les distingue des excentriques ordinaires, ce sont les stigmates de la grande névrose, qu'on retrouve, à un degré plus ou moins prononcé, chez ces malades.

(i) Voyez notamment les chapitres consacrés aux perséciiteurs, aux mystiques, aux idées fixes, impulsions et obsessions diverses.

(2) Legrand du Saulle, Les hystériques, loc. cit.

(3) Brierre de Boismont, Annales d'hygiène, i85?.

Le mensonge est un des travers les plus frappants des hystériques, de l'avis de tous les médecins spécialistes et légistes.

L'hystérique, dit Brouardel (i) est essentiellement menteuse, et c'est là le vrai critérium du caractère hystérique.

Les hystériques, selon Huchard (2) sont remarquables par leur esprit de duplicité, de mensonge, de simulation.

Elles trompent aussi bien leurs maris, leurs parents, que leurs confesseurs et leurs médecins, ajoute Morel (3).

On se surprend quelquefois, expose Charcot (4), à admirer la ruse, la sagacité ou la ténacité inouïe que les femmes qui sont sous le coup de la grande névrose mectent en œuvre pour tromper.

Les mensonges des hystériques ne sont, ainsi que le fait remarquer Lasègue (5), que le résultat

(i) L'hystérie et le mariage, cours de médecine légale de la Faculté de médecine, 1886-1887.

(2) Huchard, loc. cit.

(3) Morel, Études cliniques.

(4) Charcot, Leçons sur les maladies du système nerveux.

(5) Lasègue, Les hystériques, leur perversité, leurs mensonges {Annales médico-psychologiqnes, 1881).

de la combinaison d'un fait faux et d^une sagacité qui donne à ce fait inventé un cachet de vraisemblance. Nous empruntons à cet auteur quelquesunes des observations remarquables qu'il a citées devant la Société médico-psychologique.

Une jeune fille de dix-neuf à vingt ans raconte l'histoire suivante : un jour, elle est envoyée de l'atelier où elle travaillait pour prendre des mesures. A la porte, elle est accostée par un domestique qui la fait monter dans une maison qu'elle ne saurait plus reconnaître, auprès d'un vieux monsieur. — Là trouve naturellement place la description complète de la demeure ; il n'y manque pas un détail. — Le vieillard auprès de qui elle est amenée, ne lui demande qu'une chose, c'est qu'elle remplace dans son affection la fille qu'il a perdue. Comme elle fait des difficultés, on exige simplement d'elle qu'elle se rende à son atelier; tous les jours on la ramènera auprès du vieux monsieur, puis elle retournera auprès de sa mère.

Ce manège aurait, en effet, duré pendant quelque temps ; mais un jour est arrivé un prêtre qui l'adjure de céder au désir du vieillard ; elle s'obstine à refuser, alors des domestiques la saisissent et la portent dans un sous-sol. Au bout de quelques jours, .elle parvient à s'échapper et va retrouver sa mère. Tout cela durait depuis un mois, six semâmes; mais l'absence de la jeune fille n'a duré que huit jours. — Naturellement, la mère colporte les récits de sa fille ; celle-ci, de son côté, les raconte dans tous les détails; enfin, la chose prend de telles proportions que plainte est déposée par les habitants mêmes du quartier. Ceux-ci se portent caution de la vérité de l'histoire, et, cependant, il n'y avait de vrai que l'absence de huit jours de la maison paternelle. Au bout de six mois, on apprit que c'était avec un musicien de régiment qu'elle avait passé cette huitaine.

Une autre histoire d'hyvStérique a mis en jeu des généraux, des diplomates et même des têtes couronnées.

^p ^ERVEkTlS

Un jour, Victor-Emmanuel reçoit une lettre d'une personne qui lui annonce qu'elle est fille naturelle de sa sœur la princesse de Carignan. Comme preuve de son assertion, elle parle d'une cassette cachée sous le lit de la femme qui lui servait de mère ; celle-ci lui avait fait des demi-confidences sur sa véritable naissance, un jésuite venait voir souvent cette femme ; mais un jour, cassette et jésuite avaient disparu, etc.. Ne recevant pas de réponse à sa lettre, elle continue d'écrire, donne son adresse. Victor-Emmanuel finit par envoyer un de ses aides de camp, avec mission d'aller trouver l'empereur et l'impératrice. La police est chargée de faire des recherches; mais on ne découvre rien. Cependant le mandataire qui avait vu la jeune femme est convaincu par ce qu'elle lui raconte; il l'emmène en Italie et elle est installée à la cour. Puis un jour, pour je ne sais quel motif, elle quitte l'Italie et revient à Paris. Là, les inventions continuent leur train, les jésuites y jouent un grand rôle : tous ses manèges durent encore un an. Enfin, à force de recherches, on finit par trouver que cette soi-disant fille naturelle de la sœur de Victor-Emmanuel est la femme d'un coiffeur; quant au roman qui avait mis en émoi la diplomatie et les têtes couronnées, il n'y avait pas un mot de vrai . Mais l'histoire ne s'arrête pas là. Cette femme, après avoir réintégré le domicile conjugal, arrive à convaincre son mari de la vérité de toutes ses inventions; il se produit alors un véritable délire à deux, qui prend, avec le temps, de grandes proportions. Enfin, un jour, je suis appelé en toute hâte auprès du chef de division à la préfecture de police , je trouve là cette femme dans une véritable attaque d'hystérie, qui finit par un état aphasique. La malade ne pouvant plus parler, écrit ; c'est par ce moyen que nous arrivons à connaître qui elle était et à la rendre à qui de droit.

Les hystériques ne sont pas seules à mentir et à inventer des histoires. Le mensonge peut encore être le signe d'un trouble mental précoce ou de dépravation chez les enfants.

MM. Lasègue, Bourdin et Motet (i) les ont particulièrement étudiés à ce point de vue.

Rien n'est plus émouvant, fait observer ce dernier, que le récit d^un enfant racontant avec une simplicité naïve et d'autant plus touchante, un crime dont il prétend avoir été la victime. Amis, parents, voisins, tout le monde est pris, et, sous le coup d'une indignation .croissante, ils colportent riiistoire, l'arrondissent, l'arrangent et la fixent enfin dans sa forme définitive.

Un négociant chemisier est arrêté pour avoir commis un attentat à la pudeur sur un jeune garçon. Etonnement de cet homme; il est emmené chez le commissaire de police ; interrogé, il déclare avec la violence de sa dignité froissée que l'imputation est calomnieuse, qu'il n'y a pas un mot de vrai dans cette accusation. Quant au petit garçon, — la prétendue victime — il donne les détails les plus précis avec le vocabulaire naïf des enfants. On poursuit les investigations, les parents sont interrogés et confirment les dires de leur fils. Cependant, la justice, se rendant aux protestations indignées et pleines de sincérité du négociant, laisse tomber l'affaire et aucune poursuite n'a lieu. Mais le négociant veut en avoir le cœur net, il veut connaître d'où a pu provenir une telle accusation et, pour cela, se met à faire lui-même sa propre police. A force de recherches, il finit par reconstituer intégralement la journée de l'enfant. Vous allez trouver là le processus obligé de tous les faits pareils. L'enfant quitte le domicile de ses parents pour aller à l'école; au lieu de se rendre en classe, il va jouer dans un clos avec quelques gamins de son âge et rentre une heure après l'heure ordinaire. Interrogé par ses parents il répond d'un air embarrassé ; qu'arrive-t-il alors? Les parents suivent une piste qui leur vient à l'esprit et qui se trouve être l'attentat à la pudeur,

(i) Lasègue, /oc. c/f.; Motet, Les faux témoignages des en. fants devant la justice {Académie de médecine, ii avril 1887, et Annales d'hygiène publique et de médecine légale, 1887.

ils font les questions ; l'enfant répond oui à tout ce qu'on lui demande, et le roman est fait. Mais il y avait un dernier point à éclaircir; où le fait s'était-il passé? Pour trouver l'endroit, on emmène l'enfant, le hasard fait qu'on passe par la rue Vivienne ; devant la maison du chemisier, la mère demande à son fils, si c'est là, il répond oui, etc.. On voit d'ici la fin de l'histoire. Bref, tout à été inspiré à l'enfant par ses parents ; il a bien retenu la leçon, car devant la justice, il la raconte ainsi qu'elle lui a été dictée. On a bien là tous les caractères d'une histoire véritable et il y avait lieu de s'y tromper, (i)

Uaffaire si retentissante de Tizza-Eszlar, où on accusait les Israélites d'avoir égorgé une jeune fille pour l'accomplissement d'un rite religieux, a été tout entière basée sur un récit inspiré à un enfant par un juge passionné, qui avait lui-même inventé les détails du crime.

L'observation suivante, due à Bourdin (2), montre bien le danger qu'il y a à éveiller prématurément l'imagination des enfants par le récit de faits immoraux ou extraordinaires.

Une petite fille abandonnée fut adoptée par monsieur et madame X... gens des plus honorables. Cette enfant, gentille et gracieuse, avait su se faire aimer. Les parents adoptifs l'admirent dans leur intimité et tout était pour le mieux. Un jour survint, dans une ville du Midi, un grand scandale qui alla se dénouer devant la cour d'assises. Le procès occupa une grande partiel de la presse. Les journaux ne purent tout dire, mais des sousentendus provoquèrent des commentaires qui se tirent sous le manteau de la cheminée. La lecture des débats fut faite à haute voix, par M. X... en présence de la petite fille qui jouait avec ses poupées, et qui d'aileurs semblait ne faire aucune attention à ce qui se disait autour

(i) Soc. méd. psych., 28 mars 1881.

(2) Annales médico-psychologiques, 1881.

d'elle. Ni le mari, ni la dame ne pensèrent à l'enfant, qu'en raison de son jeune âge ils considéraient comme incapable de comprendre la conversation tenue à mots couverts. Quelques jours après la lecture et les commentaires imprudents dont elle avait été suivie, madame X... entrant subitement dans le salon, surprit la petite fille qui se livrait sur sa poupée à des démonstrations obscènes. Madame X... demanda à l'enfant qui pouvait lui avoir appris une pareille chose. La petite fille ne fut nullement déconcertée. Elle dit qu'elle faisait à sa poupée ce qu'on lui avait •fait à elle-même. Puisla confidence alla son train. La petite déclara qu'étant en nourrice, elle couchait habituellement avec son frère de lait qu'elle appelait son petit mari. Elle ajouta qu'en ces occasions ils se conduisaient comme mari et femme. Après le petit garçon était venu le père nourricier, et après le père nourricier, le grarid'père qui avaient pris les mêmes licences que le petit mari. Ce récit fut épicé de détails étranges sur les douleurs ressenties par elle-même, l'innocente vitime. Or, les héros de cette aventure étaient une fillette de quatre à cinq ans, et un petit garçon à cette époque, âgé de dix ans. Monsieur et madame X... furent atterrés par ces déclarations. Il seplaignirent avec énergie et voulaient intenter un procès. Sur ces entrefaites, intervint un homme expérimenté qui dit : « Mais les faits dénoncés sont-ils vrais ? » La petite fille fut soumise à l'examen d'un médecin habile^ qui déclara nettement qu'aucun attentat n'avait été commis sur la personne de l'enfant soumise à son observation. Ceci étant acquis, on fit, dans la famille de la nourrice, une enquête qui provoqua les plus grandes colères. La petite fille devint l'accusée. Poussée dans ses derniers retranchements, elle avoua qu'il n'y avait rien de vrai dans ce qu'elle avait dit. Elle confessa qu'elle avait voulu faire comme les dames que l'on avait mises sur le Journal.

De telles inventions ne sont pas uniquement le fait d'hystériques ou d'enfants ; on les rencontre aussi chez des hommes.

Un maître d'études raconte qu'un jour, étant entré dans un cabaret des environs de la ville, il assista à un en-

tretieii de gens de mauvaise mine. Il entend qu'il s'agit d'un complot contre la sûreté de l'Etat. Il va lui-même faire une déposition à la préfecture de police; mais voyant qu'il n'inspire pas une grande crédulité, il continue son histoire. Aussi, un jour, il arrive à la police pour annoncer qu'il possède de nouveaux détails sur le complot, qu'il a filé les conjurés, qu'il a découvert l'un des coupables, etc. Sur ses affirmations, on le fait suivre ; mais on ne trouve personne. Il convient enfin d'abord qu'il s'est trompé, puis qu'il a trompé, (i)

Lasègue nous fournit une autre observation de ce genre, des plus curieuses :

Il s'agit d'un individu qui a préoccupé la police pendant près de sept ans. C'était un garçon frêle, grêle, à constitution féminine, qui, élevé à Paris, y a commencé son droit. A un moment donné, il serait parti pour l'Inde où il aurait été adopté par Sidi-Saél. Delà transporté en Angleterre, il prétend avoir d'importantes communications à faire; des secrets d'Etat qu'il ne peut révéler qu'à la France, il serait trop long de raconter toute son odyssée, de le suivre dans toutes ses pérégrinations, en Angleterre, en France, en Hollande, etc. Il est mis en prison, puis reconnu pour un aliène. Tout cela dure près de sept ans. Quatre ans après, je me trouvais un jour avec lui, j'ai voulu en avoir le cœur net; après bien des interrogations et des supplications, il m'a raconté son histoire. Le prétendu Sidi-Saël était employé dans la maison de commerce d'un de ses frères; un jour il disparut emportant cent francs; depuis cette époque il a erré partout. J'ai fait venir son frère qui m'a conhrmé qu'en effet les faits se sont passés ainsi: par lui aussi, j'ai appris que le faux Sidi-Saël est un de ces irréguliers de l'intelligence ; un fait curieux à noter, c'est qu'il ne pouvait s'endormir sans avoir deux chandelles allumées devant sa fenêtre.

(i) Lasègue, Annales j 1881.

Le besoin de tromper, de mystifier, de simuler est, chez certains individus, tellement irrésistible et se traduit par des faits si étranges, qu'on ne peut s'em^pêcher de lui reconnaître une origine maladive. Comme le mensonge, la simulation est une particularité propre aux hystériques, sans leur appartenir exclusivement; on la rencontre aussi chez les dégénérés ordinaires. Elle caractérise ce que Daily a appelé le délire malicieux^ sorte de disposition mentale en vertu de laquelle ces derniers s'efforcent à la fois de produire chez les autres une impression extraordinaire, et de se persuader qu'ils sont euxmêmes des êtres exceptionnels.

Une jeune fille, par exemple, annoncera sa mort pour tel jour, telle heure. A Tépoque dite, elle fait la morte, et le délai de trois jours expiré, elle revient à elle enchantée des marques de désespoir qu'elle a recueillies de la part de sa famille.

Un jeune homme, pour se donner une certaine originalité, refuse avec ostentation de faire usage de la viande : il en mange en cachette. Voici un homme de loi qui prétend n'avoir pas

dormi depuis deux ans. Il jouit de la surprise que cause son cas vraiment extraordinaire, et il entre en colère contre son domestique et le met à la porte en apprenant que celui-ci a déclaré qu'il dort très bien. Une jeune fille très pieuse continue un beau jour à aller à confesse et refuse absolument de communier, sous prétexte que c'est inutile au salut. Désespoir d'une famille pénétrée de sentiments religieux. D'après un conseil éclairé, elle se résout à affecter l'indifférence vis-à-vis de l'hérésie de la jeune fille, qui ne tarde pas à l'abandonner (i).

Une jeune femme, rentrant du bal avecson mari, va au berceau de son enfant, ne l'y trouve pas, montre à son mari la lampe renversée et enfin découvre l'enfant la tête la première dans la fontaine. Rien n'avait été volé. Or cette femme, en soirée dans une maison située deux portes après la sienne, était sortie un instant prétextant un pressant besoin. Ma conviction profonde était qu'elle avait tué son enfant et j'avais dit au juge d'instruction : « Elle sera dévorée de l'envie de paraître en cours d'assises. » Ma prédiction s'est réalisée. L'affaire ayant été classée, cette femme venait constamment trouver le juge d'instruction en lui disant : « Mais puisque vous ne poursuivez personne, c'est donc moi qui suis la coupable... Alors, poursuivez-moi 1 » (2)

Une très-jeune fille, d'une piété éclatante, dit Bourdin, (3) n'avait pu trouver à se marier à son gré. Elle vivait donc modestement, sans bruit et sans éclat. La condition de la famille, très-honorable d'ailleurs, ne permettait pas qu'il en fût autrement. La vie calme de l'intérieur ne donnait pas de satisfaction suffisante à la jeune dévote. Pour sortir de cette condition, elle eut recours à un

(i) Daily, Le délire malicieux (Annales^ 1887).

(2) Brouardel, cours de la Faculté, Revue de Vhypnotisme, 1887. ip. 287.

(3) C.-E. Bourdin, Lesenfants menteurs {Annales j i883).

Stratagème qui lui réussit pendant un certain temps. Elle feignit une maladie. Des douleurs violentes dans le bassin la retenaient au lit. Un jour même, elle rendit par les parties secrètes un petit fragment d'os dont on ne put découvrir la provenance. Un médecin appelé déclara ne pas connaître la véritable cause du mal On se décida à conduire la jeune demoiselle dans l'hôpital d'une ville voisine. Là, elle fut examinée par des médecins et des chirurgiens qui, en l'absence de tout symptôme de maladie, et en face d'une personne jouissant d'une santé florissante, déclarèrent que la jeune fille n'était pas malade. On avait donc résolu de lui donner son exeat, quand apparurent successivement de petites esquilles, qui étaient remises le matin au chirurgien de service. Un nouvel examen au spéculum donna au chirurgien la conviction qu'il avait affaire à une fourbe. La prétendue malade fut mise à la porte. La jeune fille se réfugia successivementdans presque tous les hôpitaux de la province. Enfin, elle arriva à l'école secondaire de médecine. Le professeur chargé du service de la clinique chirurgicale consenîit à mettre la malade en observation. La chute des esquilles recommença. Elles étaient abondantes. La carrière qui les fournissait, était, paraît-il inépuisable. On eut l'idée d'examiner au microscope les fragments osseux. Dès le premier jour la supercherie fut découverte. Le dernier fragment rendu portait, dans l'une de ses anfractuosités, un petit morceau de carotte cuite. La menteuse fut jetée à la porte de l'hôpital. L'afTaire fit du bruit dans la province, et, à partir de ce moment, les portes de tous les établissements hospitaliers lui furent fermées.

Mais les simulations des hystériques ne sont pas toujours aussi inoffensives; elles revêtent souvent la forme d'imputations graves et de dénonciations contre autrui.

C'est une hystérique qui dénonce faussement ses servantes comme voleuses. C'en est une autre qui accuse un jeune homme de s*être introduit dans sa chambre la nuit et de lui avoir fait violence.

Une autre, qui est reconnue vierge à l'examen médical, accuse un prêtre de l'avoir violée dans les circonstances les plus dramatiques, après s'être, lui-même, frappé de deux coups de poignard.

Une autre tombe évanouie sur le seuil de sa porte. Ses poignets sont liés, sa bouche bâillonnée, ses vêtements souillés de boue. Revenue à elle, elle raconte qu'elle a subi une tentative de viol de la part de jeune gens qui, n'ayant pu réussir, lui avaient, pour se venger, lacéré et tailladé le visage, les bras et la poitrine. L'instruction n'ayant pas abouti, elle finit par avouer que l'aventure était imaginaire et quelle s'était fait elle-même les incisions qu'on avait constatées sur son corps (i).

Une jeune fille disait avoir été l'objet d'une attaque en wagon, et présentait une toute petite plaie au-dessous de la mamelle î'gauche. On finit par découvrir que le couteau de l'assassin avait été acheté un mois auparavant, par la prétendue victime elle-même (2).

La vie entière de certaines hystériques n'est qu'un tissu de fourberies et de simulation, comme on peut le voir par l'observation suivante :

Le 23 noveaibre 187., Pauline R... était atteinte d'une violente exaltation à la suite, disait-on, d'un attentat à la pudeur avec violences. Demi-nue, sa chemise en lambeaux, elle proférait des imprécations contre son agresseur, qui n'était autre, prétendait-elle, que le fabricant chez qui elle était employée.

Cet homme fut poursuivi et condamné à un mois de

(i) Legrand du Saulle, Les Hystériques^ Paris i883. (2) Brouardel, loc. cit.

prison, bien qu'innocent et victime des machinations de Pauline. Celle-ci avait, en effet, préparé d'avance la scène à laquelle elle s'était livrée en répandant le bruit que son patron l'obsédait de ses ardeurs indiscrètes, et en faisant circuler des lettres anonymes.

Elle n'en était pas d'ailleurs à son coup d'essai. Légère et coquette, elle avait épousé successivement deux maris, et s'était ostensiblement livrée à la débauche.

Perdue de réputation, elle avait changé de résidence et fait peau neuve. Dans la nouvelle localité où elle vient se fixer, elle simule des visions, des apparitions, des miracles. Le curé se défie, alors elle va ailleurs. Cette fois, pour donner plus de poids à ses récits d'extases et de conversations avec les saints, elle brise elle-même les vitres de sa maison et accuse les libres-penseurs de la persécuter. Ces scènes de violence se renouvellent à chaque instant ; la justice s'en mêle sans y voir clair; les enquêtes n'aboutissent pas; elle passe à l'état de martyre.

Un mois après, elle simule dans sa propre maison un vol avec effraction. Une procédure volumineuse s'engage, mais ne donne aucun résultat ; les gendarmes sont sur les dents, et on accuse le juge de paix d'incapacité.

Trois mois plus tard, elle simule enfin une tentative d'assassinat sur sa personne. Le parquet se transporte pour la troisième fois chez elle, et le juge d'Instruction comprend enfin qu'il a été jusqu'ici dupe de cette fourbe rusée (i).

Nous terminerons cette étude par la relation d'une affaire judiciaire où le mensonge et la simulation d'une hystérique eurent les conséquences les plus désastreuses.

Un jeune homme, faussement accusé de tentative de viol, subit une condamnation déshonorante et passa dix années de sa vie au milieu des malfaiteurs de la pire espèce. « Puisse, dit Legrand du

(i) Marandon de Montyel, résumé d'après Un cas de simulation {Annales, 1879).

A. CuLLERRE. — La Folie. i5

Saulle, qui, le premier, a publié cette observ^ation, le récit de cette terrible erreur judiciaire servir à réparer, dans une certaine mesure, le mal fait à un innocent, et contribuer à éviter, à l'avenir, d'aussi lamentables méprises. »

En 1834, le général de X..., commandant en chef de l'Ecole de cavalerie de Saumur, habitait cette ville avec sa famille, composée de sa femme et de deux enfants, un petit garçon et une petite fille, Marie, âgée de seize ans. Celle-ci fut l'héroïne du terrible procès dont nous allons résumer les principaux incidents.

Parmi les officiers de l'Ecole qui assistaient aux réceptions de l'hôtel de X.,., se trouvait un lieutenant de lanciers, que des incartades de jeunesse avaient brouillé avec sa famille. Marie de X... se plaignit un jour à ses parents que le jeune lieutenant, placé à côté d'elle à dîner, lui eût tenu ce propos inconvenant : u Vous avez, mademoiselle, une mère charmante; mais vous êtes bien malheureuse de lui ressembler si peu. » — Déjà depuis quelque temps une pluie de lettres anonymes tombait dans l'hôtel, on en trouvait dans tous les coins, il en arrivait par la poste : les unes contenaient des déclarations d'amour pour M^^ de X..., les autres, des outrages et des menaces pour sa fille. A Paris, l'année précédente, M™® de X... en avait reçu de semblables, mais on n'en avait pas tenu compte. Bientôt, il en vint de signées avec des initiales si transparentes (E. delaR...), que M'^'^dcX... avertit son mari.

En même temps, une lettre de la même écriture parvenait à un autre officier reçu chez le général, et, supposant une intrigue entre lui et la jeune Marie, l'engageait à compromettre celle-ci, en remettant à sa mère un billet en forme de déclaration d'amour, signée Marie de X..., et contenue dans la lettre anonyme.

Le général lui-même reçut un écrit par lequel on l'avertissait qu'une machination était tramée contre son repos et que sa fille était menacée du déshonneur. Aussi, le lieutenant de la R... s'étant présenté à une soirée de l'hôtel de X..., fut-il sommé par le général de n'y plus

revenir. Tandis que ce jeune homme, au comble de la surprise, cherchait à avoir l'explication de l'affront qui lui avait été infligé par son supérieur, l'hôtel de X... était le surlendemain le théâtre du plus dramatique événement.

A deux heures du matin, la gouvernante de Marie de X..., entendant des plaintes dans la chambre de sa maîtresse, y pénètre, et la trouve étendue sur le carreau, sa chemise tâchée de sang, un mouchoir serré autour du cou et une corde autour de la taille. La jeune Marie raconte qu'un homme, reconnu par elle pour être le lieutenant de la R..., malgré un morceau d'étoffe qui lui cachait le visage, avait pénétré dans sa chambre par la fenêtre en brisant un carreau, l'avait terrassée, et, après avoir inutilement cherché à la violer, l'avait frappée de coups de couteau dans les parties les plus secrètes. Les parents, avertis seulement le lendemain, tiennent secret l'attentat ; il est à noter que, deux jours après ses blessures, Marie de X,,. dansait dans un bal; elle ne montra point, même à sa mère, les plaies secrètes dont elle se disait atteinte, et, trois mois après, un médecin, commis par la justice, ne put constater qu'une cicatrice à peine visible de trois lignes de longueur et d'une ligne de largeur.

Cependant, la faaiille de X... continue à recevoir des lettres signées E. de la R..., dans lesquelles le signataire se vante de son crime dans les termes les plus odieux. Marie sort un jour de son cabinet de toilette, tenant un billet anonyme plein de menaces pour les siens, qu'elle vient d'y trouver ; elle tombe en proie à des spasmes nerveux effrayants ; elle a des hallucinations : « Homme rouge ! Le papier!... on assassine mon père et ma mère! » s'écrie-t-elle. Pendant deux jours, elle est dans un état si horrible qu'on lui donne l'extrême-onction.

Dès lors, le parquet est saisi de l'affaire; le lieutenant de la R..., qui dans l'intervalle s'était battu en duel avec M. d'E..., est emprisonné; et, pourtant, fait incompréhensible, les lettres signées de lui parviennent encore à sa victime.

Le défenseur de l'accusé, dans une plaidoirie qui peut être considérée comme un modèle de sagacité médicolégale, s'attacha à faire ressortir les invraisemblances, les

contradictions et impossibilités matérielles contenues dans le récit de l'attentat, tel que le faisait la victime.

Portant la question sur son véritable terrain, M^ Chaix d'Est-Ange, par une prescience fort remarquable à cette époque où la pathologie nerveuse était encore si mal connue, conclut que les lettres anonymes ont été l'œuvre de Marie de X... et qu'il n'y avait pas eu d'attentat, sinon dans l'imagination d'une jeune fille^ peut-être hallucinée, en proie en tout cas à une névrose étrange, [sans doute, mais certaine. Par les rapports des docteurs Bailly, Récamier et OUivier (d'Angers), il a été établi que Marie de X... était afifectée de mouvements spasmodiques très prononcés et d'accidents morbides présentant à la fois les caractères de la catalepsie et du somnambulisme. Elle avait chaque jour plusieurs accès, revenant à heure fixe, caractérisés par un mal de tête atroce, les grimaces les plus bizarres, des mouvements automatiques des membres et un état d'insensibilité complète de la vue et de l'odorat *, on pouvait lui faire respirer impunément de l'ammoniaque.

Le jury déclara M. de la R... coupable de tentative de viol et de blessures volontaires avec admission de circonstances atténuantes : la Cour condamna à dix ans de réclusion cet infortuné, qui subit en entier sa peine à Clairvaux et faillit perdre la raison à la suite d'une si dure épreuve.

M. de la R.,. fut enfin réhabilité en 1849 sur le rapport favorable du garde des sceaux, Odillon Barrot, qui avait été l'avocat de ses adversaires, (i)

Les impulsions dangereuses sont fréquentes dans la folie confirmée, et poussent les aliénés à

(i^ Legrand du Saulle, les Hystériques, page 410 et suiv.

raccomplissement des plus grands forfaits. Les mélancoliques persécutés assassinent par vengeance ou pour se faire un piédestal de lenr victime ; les alcooliques délirants tuent par peur, sous Tinfluence d'hallucinations terrifiantes; les maniaques épileptiques massacrent par pur automatisme, semblables à un engin destructeur dirigé par une main étrangère. Nous n'avons pas à entrer dans l'examen de tous ces faits dont la nature morbide, hors de doute et admise par tous, est étudiée dans les traités de médecine mentale.

D'autre part, nous avons étudié dans un précédent chapitre les impulsions conscientes chez les déséquilibrés lucides, et nous avons constaté que lorsque ces individus succombent à Tirrésistibilité de leurs idées fixes et commettent quelques actes dangereux, ce n'est qu'après avoir lutté de toutes leurs forces contre la fatalité qui les poursuit et en donnant, la plupart du temps, des marques de regret ou de désespoir.

Mais il existe une troisième catégorie d'impulsifs qui ne saurait être confondue avec les précédentes. Ce qui la caractérise, c'est une obtusion plus ou moins profonde ou un manque -complet de sens moral, coïncidant avec l'absence de tout délire et l'intégrité de l'intelligence, d'ailleurs plus ou moins développée.

Il se commet, de temps en temps, de ces crimes qui, par les circonstances étranges et monstrueuses qui les accompagnent, stupéfient l'esprit humain. De cause, il n'y en a point, ou elle si futile qu'on

ne saurait y trouver une explication satisfaisante ; de but, on n'en découvre pas davantage; c'est le crime pour le crime ; par instinct, par besoin, par une sorte d'appétit naturel dont la puissance n'est contrebalancée par aucune force opposée.

L'étude psychologique de cette sorte de criminels, démontre qu'ils sont atteints d'une véritable imbécillité morale. Si, de l'examen personnel, on passe à Texamen des antécédents héréditaires, on trouve chez ces individus les tares psychopatiques les plus graves; ils appartiennent à des familles oià la folie, l'épilepsie, l'immoralité, la débauche et ridiotie se trouvent réunies. Gomment douter de la part considérable que prend l'élément morbide dans la perpétration de certains attentats, quand on voit des jeunes enfants ignorants encore du bien et du mal, faire preuve d'une dépravation effrayante et commettre spontanément les crimes les plus monstrueux ?

On trouve, dans les divers recueils de médecine mentale et légale, des exemples nombreux de ce penchant inné aux actes criminels. Esquirola rapporté l'observation d'une petite fille qui, dès l'âge de cinq ans, manifestait le désir de tuer sa belle-mère et son petit frère. On la menaçait des plus durs châtiments : « Gela n'empêchera pas, disait-elle, que ma mère et mon petit-frère meurent et que je les tue. »

Augustine O..., âgée de douze ans et demie, bonne d'enfants, étouffesuccessivement, à vingt jours d'intervalle, les deuxpetits malheureux dont elle avait la garde, «parce qu'ils tantouillaient dans sa soupe et V ennuyaient parleurs cris, »

Le père d'Augustine est un ivrogne et une de ses sœurs, à seize ans, faisait déjà le métier de prostituée. Elle-même a des habitudes vicieuses auxquelles elle associait les enfants dont elle avait la garde (i).

En 1869, un garçon de neuf ans assassinait, à coups de trique, près de Salsbour::;, un enfant de quatre ans, et, pendant un mois, vint de temps en temps visiter le cadavre qui n'avait pas été découvert, s'acharnant sur lui, le mutilant et en dispersant les morceaux.

Ce dernier avait tué par pure envie de tuer; Augustine O..., parce que les enfants Tennuyaient et qu'ayant vu un chasseur étouffer une perdrix^ elle songea à faire de même; la jeune fille d'Esquirol, parce qu^'elle n'aimait pas sa belle-mère et qu'elle avait entendu ses grands parents souhaiter sa jnort (i).

Voilà pourquoi les enfants tuent. Mais nous n'insistons pas sur ce sujet qui demanderait des développements hors de proportion avec le cadre de ce travail. Qu'il nous suffise de faire remarquer que ce n'est que par une étude approfondie qu'on arrive à diagnostiquer l'impulsion par imbécillité morale, et qu'il faut toujours soigneusement rechercher, chez les jeunes criminels, des traces possibles d'une névrose convulsive, qui, comme Thystérie et surtout l'épilepsie, changent totalement l'aspect des choses et substituent les données solides de la pathologie aux appréciations flottantes et discutables de la psychologie pure.

Il faut agir de même lorsqu'on se trouve en présence de crimes accomplis par des adultes sous

(i) Annales méd.-psych., 1878.

(2) Annales méd.-psych., 1869.

rinfluence en apparence exclusive d*une perversion de la sensibilité morale. Il est rare qu^outre la prédisposition héréditaire, on ne trouve pas chez eux une des formes de la déséquilibration mentale des dégénérés.

A l'âge de 3o ans, Marie Jeanneret (1), qui se croyait des aptitudes pour la médecine, se fait garde malade après un stage de quelque temps dans une école d'infirmières, à Lausanne. On remarque bientôt que toutes les personnes qui lui passent par les mains ne tardent pas à présenter des symptômes bizarres : ils ont les yeux et les paupières comme paralysés, avec des douleurs à l'estomac; des crises nerveuses et des accès de délire bruyants ; tantôt riant avec d'énormes yeux effarés; tantôt pris de vomissements incoercibles. Cinq malades succombent successivement dans la même maison, au milieu des mêmes circonstances étranges ; puis, quatre autres dans deux autres familles.

La fille Jeanneret avait toujours avec elle des fioles contenant des médicaments tant pour son usage personnel que pour les malades qu'elle soignait, et qu'elle gorgeait de poisons (atropine, morphine, tartre stibié) ; suivant curieusement les symptômes qui se produisaient, consultant les pupilles des victimes, annonçant la marche de la maladie et le dénouement fatal quelque temps à l'avance. Elle prédisait même, alors qu'ils étaient en bonne santé, la mort des gens qu'elle avait choisis pour ses épouvantables expériences. Plusieurs autres personnes, droguées par elle, échappèrent miraculeusement à la mort. Il est plus que probable^ dit le Dr Châtelain, que sa fatale activité ne s'est pas bornée à ces neuf cas ; à Genève seulement, on parle de huit à dix autres personnes mortes entre ses mains. « Nous-même avons donné des soins à un malade domicilié à Vevey, admis à Préfargier, avec des symptômes nerveux inexplicables alors ; depuis, nous avons appris que l'accusée avait été sa garde-malade avant son entrée

(i) Châtelain, Considérations médico-légales sur Véiat mental de Marie Jeanneret, convaincue d^avoir commis neuf empoisonnements {Annales méd.-psych., 1869).

dans l'Asile et qu'à cette époque toute la famille avait été malade. »

Sur tous ces .faits recueillis par la procédure, la fille Jeanneret a été interrogée à plusieurs reprises par le juge d'instruction. Elle a reconnu avoir administré clandestinement de la morphine et de l'atropine. On sait qu'elle se procurait ces substances auprès des médecins, en prétextant diverses affections (principalement des yeux)^ et, auprès des pharmaciens, en produisant soit d'anciennes ordonnances, soit des flacons dont l'étiquette indiquait que le précédent contenu avait été une solution d'atropine. Aux six malades qu'elle s'était chargée de soigner, qui ont succombé, et qu'elle est accusée d'avoir empoisonnés, elle a reconnu avoir administré subrepticement de l'atropine., et en avoir fait autant aux trois personnes qui n'ont pas succombé et qui font l'objet de trois autres chefs d'accusation. Seulement, sur tous ces points, elle affirme n'avoir eu aucune intention criminelle, et n'avoir cédé qu'au désir de faire des expériences médicales, ou de procurer du calme aux malades sur lesquels les drogues des docteurs produisaient des effets irritants.

Divers médecins chargés d'examiner l'état de ses facultés déclarent qu'elle est atteinte d'hystérie, mais qu'ils n'ont pu découvrir chez elle aucune anomalie de Vétat mental. Voici maintenant quelques détails sur les antécédents de cette singulière criminelle qui fut condamnée à vingt ans de travaux forcés, le jury ayant admis des circonstances atténuantes.

Marie Jeanneret est née en i836. Restée orpheline dès son bas âge, le développement de son enfance a été retardé par une fièvre nerveuse dont elle fût fort longtemps à se remettre Depuis lors, il lui était resté quelque chose. Elle a toujours été d'un caractère bi:{arre, difficile^ mettant une vie agitée et décousue. Elle était inconstante dans ses goûts, manquant de jugement, avec une volonté obstinée, un besoin d'émotions vives, et une disposition à l'intrigue et au mensonge. Elle avait des crises nerveuses qui, malheureusement, n'ont été nettement déterminées par personne. Elle éprouvait aussi des impulsions bizarres, comme par exemple « de verser clandestinement le contenu d'un vase de nuit dans la soupe. » A une certaine époque de

sa vie, elle tomba dans rhypocondrie et se mit à se faire soigner par toute espèce de médecins. Elle aimait les traitements douloureux, et réclamait sans motif des cautérisations au fer rouge; elle s'instilla pendant trois années de l'atropine dans les yeux, et venait ensuite réclamer des soins pour les troubles de la vision qu'elle éprouvait et les symptômes d'intoxication qui se produisirent à la longue sans qu'elle voulût en reconnaître la cause.

Une de ses bisaïeules était complètement aliénée pendant ses grossesses; sa mère était très nerveuse; une de ses grand'tantes était hypocondriaque et s'est suicidée ; la fille de celle-ci avait la même maladie nerveuse et il fallait la garder à vue. Son grand'père maternel est mort subitement dans des circonstances mystérieuses et il est probable qu'il s'est suicidé, car il était également hypocondriaque. Enfin, un autre parent rapproché est hypocondriaque et mélancolique.

Ces antécédents personnels et héréditaires nous expliquent maintenant et le personnage et ses actes. Marie Janneret est une dégénérée héréditaire, hystérique, présentant, avec une lucidité intellectuelle à peu près complète, les plus étranges aberrations de la sensibilité morale.

La première chose qui frappe dans ces neuf empoisonnements, fait remarquer le D^ Châtelain qui a bien étudié ce cas d'un si puissant intérêt, est l'absence de de tout motif. Elle n'a aucun but; elle n'a ni vengeance à satisfaire; ni mobile d'intérêt à poursuivre : elle tue pour tuer. Peu lui importe le sexe, l'âge, la position, l'état de santé ou de maladie de la victime : elle est irrésistiblement poussée à la faire périr, et rien ne l'arrête, pas même les liens du sang et de l'amitié. Bien plus, ces effroyables hécatombes la laissent impassible. Elles ne lui procurent ni jouissance, ni émotion, ni

regret, ni remords. C'est avec une parfaite liberté d'esprit que des renseignements puisés à bonne source la montrent veillajit près du cadavre de ses victimes ; leur rendant les derniers devoirs, les ensevelissant de ses mains, et coupant de leurs cheveux^ en souvenir, Et-ce ainsi qu'agit un criminel?

Si, dans un cas comme celui de la fille Janneret, la perversion affective est manifestement d'ordre maladif, il n'en est pas toujours ainsi, et il arrive souvent que les particularités psychopatiques de l'auteur d'un crime odieux et inexplicable ne sauraient fournir de celui-ci une excuse suffisante.

S'il est un forfait abominable, c'est celui d'une mère donnant la mort à son enfant; non pas la mort rapide qui suit une impulsion irrésistible, consciente ou non, et qui, par ses circonstances mêmes, décèle son origine pathologique; mais la mort lente, la mort en détail, amenée peu à peu par les sévices et les violences, par un système savamment organisé de mauvais traitements, précédée d'une longue et douloureuse agonie.

Dans la nuit du 2 I au 22 janvier, Alexandre Vilniont, âgé de quatre ans et demi, succombait aux mauvais traitements que lui faisait endurer sa mère depuis six mois. — Jusqu'à l'âge de quatre ans, il avait été élevé par son aïeule maternelle. — Chaque jour sa mère le battait, tantôt avec un bâton, tantôt avec un martinet, tantôt avec le tire-pied de son père. L'enftmt en était arrivé, quand sa mère lui demandait s'il en avait assez, à répondre : Oui, maman, et à la remercier. Il était presque continuellement renfermé et laissé seul quand ses parents quittaient leur domicile, même pour de longues heures ; et s'il lui

arrivait de se salir dans ces circonstances, la mère, en plein hiver, le plongeait dans de l'eau froide et le nettoyai avec une brosse de chiendent. Elle lui mit même un jour des excréments dans la bouche, lui demandant s'il trouvait ça bon. Le cadavre de l'enfant était couvert de contusions. Il fut soumis à l'examen de M. le D' Danner quiya compté plus de cent plaies; une côte était brisée; sur undoigt de pied un ulcère laissait voir l'os à nu ; et malgré cette plaie douloureuse, chaque dimanche la mère imposait à l'enfant plusieurs heures de marche. Enfin la mort, que tant de souffrances devaient nécessairement amener à bref délai, avait été déterminée par une congestion qui s'était produite à la suite d'un coup de bâton porté sur la tête.

La mère qui a tué ainsi son fils unique par un cruel martyre de six mois n'avait aucun motif sérieux de le faire; mais dès l'âge de la puberté elle avait présenté des signes d'une perversion profonde des sentiments affectifs. Orpheline, elle avait été tendrement élevée par sa grand'mère et elle prenait plaisir à la tourmenter, à ce point que, dans le pays, on l'accusait d'avoir abrégé ses jours par ses caprices et sa brutalité Mariée, elle a torturé son mari qui, à plusieurs reprises, a dû fuir, et âgée à peine de vingtsix ans, elle assassine son enfant dans les conditions que l'on sait. M'^^Vilmonta été condamnée aux travaux forcés à perpétuité.

Certes, une pareille mère ne saurait être considérée comme une criminelle ordinaire. Etait-ce une malade ? Les documents qui précèdent sont loin de suffire pour prononcer un pareil jugement

Ce qu'on peut dire, du moins, sans crainte de se tromper, c'est que c'était, à la lettre, un monstre, un être incomplet, totalement dépourvu de sensibilité morale.

Mais où est donc la ligne de démarcation du crime et de la folie ? Et de pareils faits ne démontrent-ils pas clairement qu'elle n'existe pas?

On voit beaucoup plus fréquemment la contrepartie du forfait odieux dont nous venons de nous occuper, et les observations qu'on donne inspirent les mêmes réflexions.

Etait-ce une criminelle, ou une folle, cette fille dont Bourdin a raconté Thistoire en ces termes, et qui fit mourir sa mère à petit feu :

Une femme, sœur d'un idiot, mère d'une hystérique, ayant elle-même de la difficulté à parler, sans être cependant niaphasiqueniparalytique, avaitauprèsd'ellesamèrc, bonne vieille très respectable. La mort récente du mari avait mis l'épouse survivante en la libre possession de sa part des biens de la communauté, augmentée des libéralités arrachées à la faiblesse du mari. Il s'agissait de jouir. Les mauvaises langues du village prétendaient que la mère ne reverrait pas Paris. Alors on vit se dérouler une série de scènes étranges, La mère fut comme séquestrée. On ne lui permettait presque pas de communications avec la famille et encore moins avec les étrangers. On laissait la vieille mère dans l'obscurité complète pendant des journées entières, ou bien on allumait des lampes qui n'étaient éteintes que dans l'après-midi, quand le beau soleil d'été descendait sur Thorizon. Dès l'aube du jour, on servait un repas copieux et, vers le crépuscule, on apportait la tasse de café au lait. Il était défendu aux serviteurs de faire connaître à la prisonnière le jour de la semaine ou la date du mois. En toute chose on cherchait à dérouter la pauvre vieille femme afin de lui arracher des paroles contraires à l'état des choses et propres au besoin à la faire passer pour démente. La mère résistait. En présence des étrangers et quand elle était libre de sa parole, elle s'exprimait avec rectitude et sans manquer aux règles du bon sens. Lorsque la fille paraissait, la mère se taisait. Quelquefois la mère et la fille restaient seules en présence. Les portes étaient bien closes. Des oreilles indiscrètes entendaient les cris étouffés de la vieille et le lendemain les serviteurs trouvaient son corps couvert d'ecchymoses. Si les actes de la fille étaient mauvais, ses paroles étaient

douces et mielleuses. Quand on demandait des nouvelles de la mère retenue dans son lit, la fille, frottant ses yeux sous prétexte d'essuyer une larme absente, gémissait et donnait cours à l'expression d'une vive douleur. En face de ces démonstrations hypocrites, que se passait-il ? La mère a-t-elle toujours eu la nourriture nécessaire et appropriée ? A-t-elle été purgée contrairement aux prescriptions du médecin ? Autant de questions qui n'ont pas reçu de réponse. — Finalement la mère n'a pas revu Paris. Elle a été inhumée avec pompe et placée sous une dalle élégante, (i)

Cette observation nous éloigne encore d'un degré de la folie pour nous rapprocher du crime, car le sujet a pour agir un motif dont la puissance est malheureusement bien forte sur un grand nombre d'individus : l'intérêt. Mais l'intérêt n'explique ni les cruautés, ni les tortures infligées à la victime. Celles-ci relèvent d'une perversion morale manifestement préparée par l'hérédité morbide, et par ce côté, du moins, semblent échapper au domaine du crime pour se rapprocher de celui de la pathologie.

(i) Société méd.-psych., 28 janvier 1878 {Annales, 1878).

ANOMALIES DE l'iNSTINCT SEXUEL 2^^

Page 1