‹ Crimes et délits dans la folieChapitre 40 sur 44 · ANOMALIES DE L INSTINCT SEXUEL · texte numérisé non relu

ANOMALIES DE L INSTINCT SEXUEL

chez elle certains mouvements bizarres, comme spasmodiques, de la région moyenne du corps et des membres inférieurs, je lui en demandai la cause, et voici quelle fut sa réponse : « Dès l'âge de quatre ou cinq ans, — je ne sais comment cela m'est venu, me dit-elle, car personne ne me Ta appris, — j'ai ainsi pris l'habitude de ces mouvements qui me procuraient un sentiment très vif et très particulier de plaisir. Depuis cette époque, malgré la honte que m'inspire cette pratique, je n'ai jamais pu m'en débarrasser complètement. »

Une seconde catégorie comprend certains individus chez qui l'orgasme vénérien se produit spontanément sans provocation aucune.

Une psychopathe lucide que j'ai soignée pour une névropathie générale, survenue à l'occasion de la ménopause, était prise plusieurs fois par jour de gonflement du ventre et de douleurs analogues à celles de l'accouchement, auxquelles succédaient sans transition des spasmes qui la jetaient dans la confusion et lui inspiraient des scrupules désolés, (i)

M. Magnan (2) cite le cas d'une dame de trentecinq ans, musicienne distinguée, mais névropathe, gastralgique, mal équilibrée. Depuis douze ans, elle était en proie, par périodes, à un éréthisme qui ne cédait que très difficilement aux ablutions froides.

Le même auteur donne encore l'observation suivante: Il s'agit d'un névropathe de cinquante-cinq ans, que j'ai eu l'occasion de voir avec M. Bouchard; ce malade sourd, et fils de sourde, a un frère et une sœur tous deux durs d'oreille etaliénés mélancoliques. Depuis plusieurs années il est torturé par un priapisme qui le force à passer hors du lit une partie de ses nuits. Il éprouve constamment une sensation de chaleur aux lombes et à la verge. Après un

(i) Observation personnelle.

(2) Annales méd.-psych., i885.

A. CuLLERRE. — La Folie. 17

sommeil très court, il est réveillé par une érection douloureuse qui l'oblige à se lever et qui parfois résiste aux lotions et aux lavements d'eau froide. Il reste debout, se lamentant, parcourant de long en large la chambre, puis quand l'organe est moins turgescent, il s'installe sur ua fauteuil canné, lesjambes élevéesà l'aide d'un coussin et parvient ainsi à goûter quelquefois quelques heures de repos

Les approches sexuelles, rares ou fréquentes, n'ont aucune influence sur cet état indépendant aussi de toute action morale.

Enfin dans un dernier groupe prennent place les individus qui présentent une exagération permanente des appétits sexuels.

Une paysanne, dont l'observation citée par Marc (i) appartient à Alibert, avait éprouvé dès l'adolescence une exagération de l'appédt sexuel qui l'avait conduite à un abus extraordinaire des pratiques solitaires. Tombée peu à peu dans une profonde hébétude intellectuelle, elle avait été transportée à l'hôpital Saint-Louis. Dans le délire plus effréné, elle offrait le scandale perpétuel d'une sorte de mouvement automatique, qu'elle n'était point maîtresse de réprimer, malgré les violents reproches qu'on lui adressait. Un autre phénomène vint frapper notre attention; chez elle, les extrémités supérieures, comme les bras, les mains, la tête et la poitrine, offraient un état de maigreur digne de pitié ; mais les hanches, le bas-ventre, les cuisses et les jambes étaient d'un embonpoint remarquable. Ce qui causa surtout notre surprise, dans un accident aussi étrange, c'est que les forces sensitives s'étaient exaltées et, en quelque sorte, concentrées dans l'intérieur de l'organe utérin, au point que la vue seule d'un homme suffisait pour déterminer en elle un spasme voluptueux des parties de la génération : toutes les impressions qu'elle éprouvait venaient retentir dans ces organes ; la main de toute personne qui n'était pas de son sexe, posée dans la sienne, elle en avait la sensation dans le vagin. Plus tard, la vue

(i) G. H. Marc. De la folie considérée dans ses rapports avec les questions médico-judiciaires.

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des élèves qui l'entouraient, même la seule exploration de. son pouls, suffisait pour produire le spasme voluptueux.

Cet appétit exagéré peut coïncider avec une intelligence parfaitement lucide, mais viciée pourtant par le phénomène de Tirrésistibilité, à ce point que ceux qui le ressentent n'hésitent pas à compromettre leur honneur, leur famille et leur position sociale pour satisfaire leurs désirs.

On doit à Trélat la curieuse observation suivante : (i)

Il s'agit d'une femme d'une stature ordinaire mais d'une forte complexion, ayant une expression de physionomie très convenable, beaucoup de politesse dans les manières, une grande retenue dans le maintien. Interrogée, elle répond parfaitement à toutes les questions, se met à l'ouvrage et travaille, malgré ses 67 ans, avec autant d'activité que de perfection. Pendant quatre ans pas une parole obscène, pas un geste, pas le plus petit moment d'agitation, pas de mouvement d'éner\ement ; elle est parfaite tant qu'elle est enfermée, mais absolument incapable d'user de sa liberté. Toute sa vie, dès son jeune âge, elle a recherché les hommes; jeune fille elle les provoquait.

Du caractère le plus docile, le plus aimable, le plus enjoué, rougissant quand on lui adressait la parole, baissant les yeux toutes les fois qu'elle se trouvait en présence de plusieurs personnes, aussitôt qu'elle était parvenue à se trouver seule avec un homme elle était subitement transformée, relevait ses jupes et l'attaquait avec une énergie sauvage. Ses parents la marièrent, dans l'espoir de mettre un terme à ses désordres. Le mariage ne fut pour elle qu'un scandale de plus : elle aimait son mari avec rage, mais elle aimait avec une rage égale tout homme avec lequel elle parvenait à être seule. Devenue grand'mère, elle continuait le même genre de vie. Un jour elle fit entrer chez elle un petit garçon de 12 ans, mais dès qu'elle voulut

(i) Résumée par Bail, Encéphale, 1887, et La folie erotique. Paris, 1888, page 69. {Petite bibliothèque médicale).

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lui taire des attouchements obscènes, Tenfant prit la fuite et alla tout raconter à son frère, qui monta dans la maison désignée par le plaignant et battit cette femme à outrance. Pendant cette scène le gendre survint, et avant qu'on eût le temps de lui rien dire, se mit du côté de celui qui fustigeait sa belle-mère.

L'âge n'a point tempéré le feu qui la dévorait, plus elle commettait d'excès, plus elle avait d'éclat et d'embonpoint, plus elle avait de fraîcheur.

Elle était veuve, ses enfants l'avaient reléguée hors des barrières où ils lui servaient une rente. Etant devenue vieille, elle était obligée de rétribuer les hommages qu'elle se faisait rendre, et comme la petite pension qu'elle recevait était insuffisante pour cet usage, elle travaillait avec une ardeur infatigable, pour se payer un plus grand nombre d'amoureux.

Après avoir séjourné quatre ans à la Salpêtrière, elle mourut d'une hémorrhagie cérébrale.

La même excitation sexuelle se rencontre chez des hommes.

Un vieillard (i) qui mourut aliéné et dont le fils épileptique était doué lui-même d'un appétit génésique extraordinaire, était irrésistiblement poussé plusieurs fois par jour aux rapprochements sexuels. Il lui arrivait, même ayant des convives à sa table, d'emmener sa femme au milieu du repas pour se livrer au coït. Riche et propriétaire d'un grand domaine, il avait établi dans ses fermes des relais d'amour, ayant fait de ses fermières autant de maîtresses qui se prêtaient à tous ses désirs. Pris sur la fin de sa vie de manie aiguë avec délire obscène, et fureur d'onanisme, il ne tarda pas à succomber.

Un de nos malades, héréditaire atteint de troubles intellectuels intermittents, a manifesté à diverses reprises une véritable fureur génitale. Un officier de police, chargé de faire une enquête sur

(i) Observation personnelle.

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son état mental, écrivait en style superlatif : « Ce malheureux ne laisse ni trêve ni repos à sa pauvre femme qui n'en peut plus. Chez lui, il y a plus que de la passion, il y a de la rage. La nuit dernière, il a été avec elle un nombre incommensurable de fois ; et ce matin, il l'a menacée de Téventrer parce qu'elle ne pouvait plus supporter ses ex^c/io^w/ » Cet individu est toujours psychopathe, mais n'a plus de fureur génésique.

Ce faits, manifestement empreints d'un cachet maladif, ne doivent pas être confondus avec la lubricité et la salicité du vice. Beaucoup des victimes de l'instinct sexuel exagéré déplorent leur infirmité et ce n'est que lorsqu'ils sont en proie au délire de la folie, qu'ils s'en montrent les complices.

A l'opposé del'hyperexcitation sexuelle, on rencontre la frigidité et l'impuissance. Il est fréquent de rencontrer, parmi les dégénérés héréditaires, des individus absolument dénués d'appétit génésique. Nombre de raisonnants^ selon Legrand du Saulle, qui sont en apparence bien constitués, mais qui ont une voix flutée et eunuchoïde sont dans ce cas.

Il y a, dit-il, à Bicêtre, un sieur D..., né à Paris, âgé de 33 ans, sans profession, ancien soldat, qui descend directement de trois générations d'aliénés : i*' Sa bisaïeule maternelle a été atteinte de folie puerpérale et elle est morte jeune à la suite d'accidents cérébraux mal définis; 20 son aïeule maternelle, qui a toujours passé pour avoir un caractère extrêmement bizarre, est décédée à la suite d'un délire ambitieux dans un établissement d'aliénés du département de la Manche. Elle se croyait reine. Le mari de. cette femme (aïeule maternelle de D...) était mélanco-

lique et obsédé par des idées de persécution, par la crainte d'être trompé et par la peur de la mort. 11 s'est tiré un coup de fusil, après avoir donné certaines instructions dans une lettre dernière, s'être fait une légère blessure et avoir signé avec son sang ses adieux au monde ; 3o sa mère atteinte du délire des persécutions, avec hallucinations de l'ouïe, du goût et de l'odorat, craintes d'empoisonnement et refus fréquent d'aliments, est morte à l'âge de 35 ans à laSalpêtrière. Elle avait eu cinq enfants, trois succombèrent au berceau ; un autre, devenu sourd très jeune, était irascible, violent, indiscipliné, vicieux, et a disparu. Le dernier enfin est celui qui nous occupe.

D..., élevé dans une petite école, placé à treize ans comme domestique chez un marchand de vin, préoccupé déjà de la crainte de devenir fou, abandonne au bout de quelques mois sa place et son patron ; est arrêté comme vagabond et remisa son père. Un jour, après un accès' de colère, il tente de s'empoisonner avec des allumettes chimiques. Il avait alors un peu plus de quatorze ans. Il est placé à Bicêtre, et il y reste trois ans et demi. Employé à divers métiers, ne se plaisant nulle part et n'étant bon à rien, il s'engage dans le 71® de Ligne, est traduit en conseil de guerre pour insubordination, condamné à un an de prison, puis, à l'expiration de sa peine, incorporé dans le 96^ de Ligne. Là, à la suite de plaisanteries de la part de camarades mal avisés, il s'emporte et met son uniforme en lambeaux. Traduit de nouveau devant un conseil de guerre, il est acquitté pour cause d'aliénation mentale et placé à l'asile de Bourg, où il reste huit mois. De retour à Paris, arrêté pour vagabondage, placé à Bicêtre, transféré à Saint-Alban, il s'évade au bout de quatre ans et revient à pied du département de la Lozère à Paris, en mendiant tout le long de sa route. Après beaucoup de péripéties, il est dirigé sur l'asile de Ville-Evrard, refuse de s'alimenter, est nourri pendant quelques jours à l'aide de la sonde œsophagienne, finit par obtenir sa sortie, recommence sa vie aventureuse, se fait arrêter un peu partout et rentre enfin à Bicêtre.

D .. est peu intelligent, calme, lucide, raisonnable, bon travailleur. Il est dépourvu de spontanéité, d'initiative et de volonté, et il est incapable de se diriger. Il analyse sa

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situation avec une justesse frappante et ne délire jamais. Lorsque je lui reproche de ne point vouloir recevoir les visites de son père, il me répond invariablement : Cet homme-là a causé tout mon malheur en épousant une fille, qui était fille et petite-fille de fous ; s'il avait fait un autre mariage, je ne serais pas à Bicêtre. Je ne lui pardonnerai jamais de m'avoir fait naître avec une aussi mauvaise cervelle et je ne veuxpas le voir. Dites-lui queje suis sa victime et qu'il me laisse tranquille. On est bon pour moi ici et cela me suffit. »

D... est fort, vigoureux, assez bien conformé, un peu polysarcique. Il est affecté depuis l'âge de dix ans d'une hernie inguinale droite. Les organes génitaux sont bien développés et ne laissent en apparence rien soupçonner qui soit extra-physiologique. D... est cependant privé de tout désir vénérien, n'a point d'érections, n'est point sujet à des rêves lascifs et n'éprouve jamais de déperditions séminales pendant son sommeil. Il rapporte qu'il en a eu plusieurs fois, lorsqu'il avait dix-sept ou dix-huit ans et que cela s'est absolument passé. Il n'a jamais recherché la fréquentation des femmes,, loin de là. Etant soldat, il a été entraîné trois ou quatre fois par des camarades dans des maisons de tolérance, mais il ressort nettement de tout ses aveux qu'il n'a point eu de rapports sexuels normaux et complets. Quant à la masturbation, elle lui est inconnue. D... est impuissant et stérile. Il représente, lui compris, quatre générations d'aliénés et est incapable de se reproduire, (i)

De même qu'il existe des individus atteints d'une façon intermittente d'éréthisme génésique; de même, il en est qui, sans être impuissants, sont frappés de frigidité intermittente sans Tintervention d'une cause psychique. Tel cet étranger, examiné par Charcot et Magnan, appartenant à une famille de névropathes, qui, à certaines périodes, sans fatigues préalables, sans causes physiques ou

(r) Legrand du Saulle, Amiales fnéd. psych. 1876.

morales appréciables, se trouvait impuissant à toute approche sexuelle. Il en avait conçu un tel chagrin qu'il avait résolu de se suicider. Un de ses frères, marié et père de six enfants, déclara être absolument dans les mêmes conditions, et avoir, de tout temps, été obligé de subir les caprices de ses organes. ;

Nous renvoyons aux traités de médecine légale pour la description des dépravations sexuelles, qui se rencontrent plus encore chez les vicieux vulgaires que chez les déséquilibrés. Nous nous bornerons à étudier ici les perversions qui relèvent manifestement de la pathologie.

Les plus intéressants, à notre point de vue, sont les sexuels obsédés et impulsifs, dont l'étude mériterait, à juste titre, de prendre place dans les chapitres consacrés aux déséquilibrés avec conscience, et que seule, la nature de leurs impulsions nous a engagés à placer ici.

Une fille de 29 ans (i), observée par M. Magnan, éprouvait un penchant anormal pour un garçon de deux ans. Cette malade dont la mère est hystéro-épileptique et

(i) Annales médico-psychologiques, i885.

dont le père mélancolique est mort à la suite d'accidents cérébraux aigus, a présenté successivement plusieurs des syndromes psychopathiques des héréditaires : elle a eu des impulsions au vol, la crainte des épingles, le doute anxieux sur l'accomplissement de certains actes ou l'existence de certaines choses, puis enfin l'anomalie sexuelle suivante.

Depuis huit ans, elle éprouve un besoin irrésistible de cohabition avec un de ses jeunes neveux. Cet enfant, âgé de treize ans a été l'objet de ses premiers désirs ; sa vue la mettait dans un état d'excitation extrême, elle éprouvait des sensations voluptueuses qu'elle était impuissante à réprimer, qui s'accompagnaient de soupirs, d'inclinations de tête, de déviation des yeux, de rougeur de la face, quelquefois de spasmes et de sécrétions vaginales ; elle se sentait poussée à le saisir et à l'approcher d'elle. Plus tard, quand il a grandi et à la naissance du second frère, c'est ce dernier qui est devenu l'objet de ses convoitises maladives, puis enfin le troisième, le quatrième et actuellement c'est le dernier venu, âgé de trois ans, dont son esprit est préoccupé. Elle se sent poussée à l'attirer près d'elle.

Cette malade est très lucide, elle est désolée et honteuse de ces singuliers désirs; elle est tranquille, elle travaille et s'occupe toute la journée: elle sort de temps à autre, et va dans sa famille pour essayer en quelque sorte ses forces ; mais encore la vue de son neveu l'impressionne vivement; à table, elle se place loin de lui ; mais pendant toute la durée du repas, elle éprouve des spasmes, du malaise à l'estomac, une constriction à la gorge, et la lutte devient des plus pénibles. Elle n'a jamais cédé à cette perversion instinctive ; ses désirs, sans qu'elle puisse se l'expliquer, n'ont jamais eu pour objet que ses neveux, et elle peut, avec indifférence, voir d'autres petits garçons ; toutefois, elle évite leur contact.

A côté de ces faits dont les héros, pleinement conscients de Tétrangeté de leur penchant, le combattent de toutes leurs forces, il convient de placer ces passions extraordinaires, parfois incestueuses, où se laissent entraîner sans lutte certaines per-

sonnes déséquilibrées frappées d'iinbécillité morale. "

C'est une jeune fille de quinze ans et demi (i), d'une constitution très robuste, déjà polysarcique, exaltée, extravagante, absurde, dépravée, mais sans délire, qui? au sortir de pension, à la campagne, tient à son frère, très taible d'esprit, âgé de dix-sept ans, des propos obscènes, et qui, pendant deux ans, commet avec lui les plus grands excès sexuels, jusqu'à ce que la mort enlève le jeune homme, et que, huit jours après, une tentative de parricide conduise enfin la jeune fille dans une maison d'aliénés.

Ailleurs encore, c'est une femme de trente-trois ans, mariée depuis dix ans, sans enfants, un peu obscène, jalouse, romanesque, se disant dégoûtée de la vie, peu intelligente, affublée de toilettes excentriques, emportée, impulsive, incapable de s'occuper sagement à quoi que ce soit, tendant des pièges à son mari, et le souffletant, nonhystérique, n'ayant aucune retenue dans ses paroles et dans ses actes, ouvrant sa fenêtre et se montrant volontiers, la poitrine nue ; ne délirant jamais à proprement parler, proclamant sans cesse sa complète intégrité d'esprit ; qui, après la perte pour la France de l'Alsace et de la Lorraine, reçoit tout à coup chez elle son jeune frère, âgé de dix-huit ans, le comble aussitôt de tendresses choquantes, le séduit et devient pour lui la plus tyrannique des maîtresses; jusqu'à ce que, abreuvé de dégoût et exténué de fatigue, le jeune homme prenne la fuite et s'engage dans un régiment d'artillerie, et que, la malade, tirant vanité de ses écarts incestueux, ait fait mainte fois à son mari la description enflammée de ce qu'elle appelait (( ses nuits d'amour », et qu'une séparation de corps, basée sur des griefs supposés, soit enfin intervenue.

Plus loin c'est une dame titrée, âgée de trente-neuf ans, fort jolie encore, d'une intarissable loquacité et d'un cynisme pathologique, qui déclare qu'elle a un fils unique âgé de dix-neuf ans, d'une beauté extraordinaire: et que, pour le préserver des tentations faciles, des agaceries du vice, des maladies contagieuses et de l'usage des mercu-

(i) Legrand du SauUe, Annales médico-psych., loc. cit.

riaux, elle n'a pas trouvé d'autre moyen, depuis plusieurs années, que de l'initier elle-mênae progressivement et avec les ménagements voulus à tous les plaisirs sexuels ; qu'elle rationnait les élans voluptueux de l'adolescent; qu'elle est descendue ensuite pour lui à toutes les complaisances lubriques et à tous les raffinements du libertinage le plus licencieux ; qu'elle adore « ce véritable Apollon », qu'elle est enceinte de ses œuvres et qu'elle a cherché à se faire avorter, parce qu'elle est veuve, parce que son ventre grossit et qu'elle craint de n'avoir plus autant de charmes aux yeux de celui qui partage son lit, et qui, en cas d'infidélité, la conduirait infailliblement au suicide ! En dehors de ces épouvantables révélations, cette malheureuse femme est intelligente, gracieuse, distinguée, très versée dans les choses de la politique, de la bourse et du sport: elle a d'elle-même et de « son dévouement pour son fils » une haute opinion, déclare qu'elle sait ce qu'elle dit et ce qu'elle fait, qu'elle n'a jamais perdu la raison un seul instant, discute pied à pied avec le médecin qui lui reproche son crime avec l'énergie de l'indignation et qui finit par la plaindre avec la clémence émue qu'inspire la constatation de la folie : puis elle repousse avec hauteur tout blâme et tout pardon, défie la médecine et la justice et déclare qu'elle se sent intérieurement absoute par Dieu, qui seul est infaillible.

Parmi les perversions sexuelles les plus remarquables, on doit placer Vinversion du sens génitaL signalée pour la première fois par Westphal, et étudiée depuis par un certain nombre d'auteurs, entre autres MiM. Charcot et Magnan. Cette aberration consiste en ce qu'au mépris des lois naturelles, un sexe se sent irrésistiblement attiré vers le sexe du même nom. On l'a signalée chez quelques femmes : Westphal et Gock ont observé deux jeunes filles qui, dès leur jeune âge, aimaient à s'habiller -en garçon, à jouer aux jeux de garçons, rougissaient auprès des autres jeunes filles, éprou-

valent le désir de leur faire la cour et de leur prodiguer des caresses. D'assez nombreuses observations de ce désordre mental ont pour sujets des hommes. Gomme tous les phénomènes morbides de ce genre, il se présente rarement à l'état isolé, et n'est que l'anneau d'une chaîne constituée par une série de troubles intellectuels et moraux qui se déroule pendant toute l'existence.

Legrand du Saulle a observé un jeune homme de vingt ans, déjà licencié es lettres, à l'esprit très orné, au caractère froid et morne, aux tendances contemplatives, misanthropiques et haineuses, qui recherchait volontiers la solitude, fuyait le monde et témoignait une répulsion frappante pour la femme en général et pour tout ce qui pouvait trahir une origine, une intervention ou une forme féminine. Il se sentait au contraire, invinciblement attiré vers l'homme, les images, les tableaux et les statues représentant des nudités masculines ; il possédait des planches d'anatomie consacrées aux organes génitaux de l'homme et aux annexes de la virilité et il cherchait à apercevoir dans la rue une partie du pénis de tout individu qui s'artnit pour uriner! Il fut appréhendé un jour à la place de la Bourse dans un urinoir public abrité, alors qu'un vieillard et lui, à une certaine distance l'un de l'autre, se montraient complaisamment toutes leurs parties sexuelles. Ce jeune homme, fils d'une mère hystérique, était affecté de phimosis et de microrchidie légère (i).

Nous devons à Charcot et Magnan (2) la très curieuse observation d'un professeur de faculté, présentant de l'hérédité névropathique, qui dès l'âge de six ans était obsédé par l'ardent désir de voir des garçons ou des hommes nus. Ce désir n'avait pas grand'peine à se satisfaire car ses parents demeuraient près d'une caserne et les soldats ne se gênaient pas pour laisser voir leurs parties viriles. Il se livrait à la masturbation et n'avait pour pro-

(i) Legrand du Saulle, Société médicG-psych., 27 mars 1876. (2) Archives de neurologie, 1882.

• voqucr l'érection qu'à évoquer l'image d'hommes nus. L'âge, en changeant ses habitudes, ne modifia pas les dispositions de son imagination ; les hom.mes beaux et forts provoquent toujours chez lui une vive émotion ; une belle statue d'homme lui produit le même effet; l'Apollon du Belvédère lui fait beaucoup d'impression. Quand il rencontre un homme jeune et beau, il est tenté de lui plaire et de lui faire des cadeaux. Souvent, la représentation soudaine d'un homme nu dans son imagination vient l'obséder et mettre obstacle à son travail. La suprême satisfaction de cette sensualité n'a jamais été que la vue de l'homme nu, surtout de la verge de l'homme; il n'a jamais eu de désirs obscènes ou contre nature. Les femmes, si belles qu'elles soient, n'ont jamais fait naître en lui le moindre désir. 11 adore la toilette féminine, y est très expert, et aimerait à s'habiller en femme. Il a des pertes spermatorrhéiques toujours provoquées par la pensée de l'homme nu, soit en rêve soit pendant la veille. Cet homme âgé de trente ans, brun, grand, bien charpenté, très intelligent, a toujours été névropathe. Dans son enfance, il était scrupuleux, et obsédé notamment par l'impulsion au vol. Il éprouve depuis l'âge de quinze ans des crises nerveuses hystériformes avec perte de connaissance.

Cette étrange aberration du sens génital semble plus commune qu'on pourrait le supposer tout d'abord. Dans un cas, qui nous est personnel, elle coïncidait avec des impulsions sodomistiques dont le malade, d'une moralité irréprochable, se montrait honteux et désespéré. Et, en nous faisant cette confidence, il ajoutait: « Parfois, il me semble qu'on lit sur mon visage cet odieux penchant, et cela me pousse aux idées noires. » Désireux de guérir, ce jeune homme recherchait systématiquement la société des femmes, bien qu'il fût, la plupart du temps, impuissant auprès d'elles.

En dehors de cette anomalie bizarre, on constate chez les psychopathes lucides des obsessions très variées. Les uns sont irrésistiblement portés à attacher leurs regards sur les parties sexuelles des hommes, sur la région fessière des femmes, sur l'anus des enfants; cet autre est obsédé par la recherche des clous des souliers des femmes et n'est maître de ses aptitudes génésiques qu'en évoquant l'image d'une semelle ferrée de bottine de femme; celui-ci est obsédé par l'impulsion à voler des tabliers blancs dans lesquels il se livre à la masturbation; tel autre, enfin, ne peut accomplir l'acte sexuel sans évoquer l'image d'un bonnet blanc.

Tel était ce déséquilibré (i), appartenant à une famille d'excentriques et d'originaux qui à l'âge de cinq ans, ayant couché pendant cinq mois dans le même lit qu'un parent âgé d'une trentaine d'années, éprouva pour la première fois un phénomène singulier : c'était une excitation génitale et l'érection, dès qu'il apercevait son compagnon de lit se coiffer d'un bonnet de nuit. Vers cette même époque, il avait l'occasion de voir se déshabiller une vieille servante, et dès que celle-ci mettait sur sa tête une coiffe de nuit, il se sentait très excité et l'érection se produisait immédiatement. Plus tard l'idée seule d'une lêtede vieille femme ridée et laide, mais coiffée d'un bonnet de nuit, provoquait l'orgasme génital. La vue du bonnet de nuit seul n'exerce que peu d'influence, mais le contact d'un bonnet de nuit provoque l'érection et parfois l'éjaculation. Par contre, il se souvient qu'à sept ans il était resté absolument réfractaire aux tentatives de masturbation faites sur lui par un de ses camarades d'école. Il n'a jamais recherché les rapports anormaux ; il affirme que la vue d'un homme ou d'une femme nus le laisse absolument froid. Jusqu'à trenie-deux ans, époque de son mariage, il n'aurait pas eu de relations sexuelles; il épouse une de-

(i) Charcot et Magnan, Archives de neurologie^ 1882.

moiselle de vingt-quatre ans, jolie et pour laquelle il éprouvait une vive affection. La première nuit des noces, il reste impuissant à côté de sa jeune femme; le lendemain la situation était la même lorsque, désespéré, il évoque l'image de la vieille femme ridée, couverte du bonnet de nuit; le résultat ne se fait pas attendre, il peut immédiatement remplir ses devoirs conjugaux. Depuis cinq ans qu'il est marié, il en est réduit au même expédient il reste impuissantjusqu'aumomentoù le souvenir rappelle l'image favorite. Il déplore cette singulière situation qui le force, dit-il, à la profanation de sa femme. Quelquefois, mais à de très rares intervalles, il a des hallucinations la nuit; celles-ci ont déjà fait leur apparition à l'âge de dix ans et il en a eu encore l'année dernière ; il voit le plus habituellement une bête noire qui veut le saisir au cou. Dès son enfance, il a eu également des accès passagers de profonde tristesse avec des idées de suicide, plus particulièrement de submersion et de pendaison; il a songé aussi quelquefois à s'empoisonner ; mais il n'a pas le courage, dit-il, de le faire; il hésite aussi à cause de l'affection qu'il éprouve pour sa femme. Il éprouve également des craintes vives quand il monte sur l'impériale d'un omnibus; il est pris de vertiges et de nausées, il se voit très élevé, il s'imagine n'avoir rien pour se soutenir et il lui semble qu'il va tomber. Il ne peut, sans de grandes appréhensions, regarder par la fenêtre d'un troisième ou d'un quatrième étage. En passant à côté d'une maison élevée, il craint qu'elle ne s'écroule sur lui.

Il semblerait que certains pédérastes offrissent un état mental voisin de l'inversion du sens génital. On trouve, chez beaucoup d'entre eux, des signes certains de trouble mental et des antécédents marqués d'hérédité morbide. Selon Ball(i), ils seraient souvent atteints d'épilepsie et leurs accès d'érotisme suivraient une marche périodique. Ils apportent en naissant une prédisposition cérébrale qui,

(i) Bail, La folie erotique . Paris, 1888, page 146.

plus tard, les rend tributaires d'un vice qui n'est chez eux que la manifestation d'une maladie. Ils présentent dès le principe des tendances efféminées, aiment la toilette, portent des bijoux, se chargent les doigts de bagues et affectent un langage singulier.

La bestialité me paraît, dans certains cas, avoir une origine impulsive. Elle n'est pas rare chez les aliénés et je possède en ce moment dans mon service trois malades qui s'y sont autrefois livrés. Le délire de l'un d'eux, dont le père est mort fou, roule en grande partie sur des obsessions de ce genre.

Une aberration fréquente, chez les névropathes, est une répulsion instinctive, continue ou intermittente pour les rapprochements sexuels.

M™*^ P. .. (i) (aïeule et oncle aliénés), est une hallucinée persécutée. Le mari « a toujours remarqué de sa part plus d'éloignement que de penchant pour le rapprochement sexuel, ordinairement accompagné ou suivi de mauvaise humeur et même d'injures. C'est un acte honteux et répugnant, disait-elle. Conçoit-on qu'on puisse se livrer à de

(i) Trélat, La folie lucide.

pareilles malpropretés et salir une femme habituée à se tenir propre ?» Il lui arrivait d'entrer dans tous les détails, de les rapprocher de ce qu'elle avait vu chez les animaux, d'en profiter pour humilier l'homme, de proférer alors des paroles d'extrême dégoût, de se sauver du lit conjugal et dene vouloir point y retourner de la nuit... elle en vint à s'imaginer qu'on accomplissait partout des actes de lubricité.

Une héréditaire, hystérique, atteinte de claustrophobie et autres troubles intellectuels avec conscience, fut prise subitement d'une telle aversion pour les rapports sexuels qu'elle fuyait son mari toutes les fois qu'il manifestait quelque velléité de ce genre.

M. X..., négociant, 22 ans, constitution nerveuse, lymphatisme, anémie, tic douloureux des paupières, tremblement des mains, lourdeur de tête; sommeil agité par des rêves confus et d'affreux cauchemars ; appétit nul, digestions laborieuses, constipation. M. X .., qui a conscience de son état, n'a ni force, ni courage pour le travail, ni même j^our faire des promenades un peu longues. Il a le désir de marier, mais la seule idée d'une femme le trouble et le glace, (i)

Une étrange aberration est celle que Lasègue a décrite sous ce titre : les exhibitionnistes, (i) Il s'agit d'individus, d'hommes presque exclusivement^ qui font montre de leurs organes génitaux, non pas au hasard, devant les passants quels qu'ils soient, mais aux mêmes endroits, en regard des mêmes personnes. La première pensée, dit l'auteur, est qu'on a affaire à des gens vicieux ayant épuisé les débauches et réduits aux dernières ressources des

{i) Annales médico-psych. y 1868.

(2) Union médicale, 1877.

A. CuLLERRE. — La Folie. 18

excitations impuissantes. L'enquêteprouve surabondamment qu^il n'en est rien. Les diverses observations citées dans ce mémoire démontrent que ce sont des prédisposés héréditaires et des cérébraux.

(( Le premier cas (i) qu'il m'ait été donné d'observer m'avait laissé une vive impression. Il s'agissait d'un jeune homme (moins de trente ans) appartenant à une famille honorable, jouissant lui-même d'une situation enviée comme secrétaire d'un personnage politique de cette époque. Il était distingué d'esprit et de formes, et son éducation le rattachait au meilleur monde.

L'autorité avait été informée, par des plaintes multiples, d'un scandale qui se renouvelait dans les églises, toujours vers la tombée de la nuit. Un jeune homme, dont on donnait le signalement, se présentait subitement devant une femme en prière dans l'église alors peu fréquentée ; il étalait ses organes génitaux sans prononcer une parole et disparaissait dans l'ombre après une courte apparition.

La surveillance était difficile, à cause du nombre des endroits où elle devait s'exercer. Un soir, cependant, cet étrange fantaisiste fut arrêté à Saint-Roch, au moment où il se livrait à son exercice périodique devant une vieille religieuse qui poussa un grand cri et éveilla l'attention du gardien. Le délit était si singulier que le parquet demanda un examen médical. J'eus avec le prévenu de longs entretiens dont je ne pus dégager que quelques indices. L'impulsion était invincible, elle se reproduisait périodiquement aux mêmes heures, jamais dans la matinée ; elle était précédée d'une anxiété qu'il attribuait à une sorte de résistance intérieure. L'enquête, poursuivie avec une sollicitude concevable, ne fournit que des documents négatifs. Tout était irréprochable, sauf les faits qui avaient motivé l'arrestation.

J'étais alors moins expérimenté, et, devant l'absence de toute conception délirante, de toute perversion intellectuelle ou nerveuse, je dus m'incliner et déclarer qu'il n'y avait pas lieu d'admettre l'irresponsabilité. J'ignore qu'elle suite fut donnée à l'affaire. »

(i) Lasègue, Études médicales, 1884.

Comme on le voit, les exhibitionnistes de ce genre ne sont que des psychopathes lucides, des impulsifs avec conscience. Le fond sur lequel ces accès se développent, n'a rien de commun avec les folies confirmées, mais n'en n'est pas moins pathologique. Guislain a désigné sous le nom de Nécrophiles des individus que la plus monstrueuse des aberrations mentales pousse à profaner les cadavres.

Le plus connu de ces individus est le sergent Bertrand qui en 1847 et 1848 déterra dans les cimetières de Bléré (Indre-et-Loire) et dans ceux d'Ivry-sur-Seine et de Montparnasse, à Paris, de nombreux cadavres de femmes, s'acharnait d'abord sur eux à coups de sabre, puis les éventrait, en arrachait les viscères et les souillait parfois ensuite d'immondes embrassements. Poussé par une impulsion irrésistible, Bertrand ne reculait pas, même devant la mort quand son accès, annoncé par de la tristesse^ de Vangoisse et delà céphalalgie, s'emparaitde lui. Plusieurs fois il essuya des coups de feu; il fut même blessé, rien ne l'arrêta. Il savait qu'on avait installé, pour l'atteindre, une machine infernale au cimetière Montparnasse, il s'y rendit quand même. « Je savais, dit-il à ses juges, que la machine existait pour me donner la mort; je n'en ai pas moins franchi les murs. Une autre fois cette machine a raté. J'aurais pu la prendre et l'emporter, mais je me suis contenté de la démantibuler d'un coup de pied. Je suis entré dans le cimetière où j'ai déterré plusieurs cadavres. C'était un soir qu'il faisait une nuit profonde; le temps était horrible, il pleuvait et tonnait très fort. En sortant du cimetière Montparnasse je me suis rendu au cimetière d'Ivry où j'ai commis les mêmes actes... ma maladie se déclarait environ tous les quinze jours: elle s'annonçait par des maux de tête. »

Les antécédents de l'accusé, selon Michéa, certains caractères physiques, la tristesse, l'amour de la solitude dans le jeune âge ; la périodicité des désirs, l'état convul-

sif et l'anesthésie durant les accès, sont autant de preuves qu'il ne jouissait pas de sa raison. Bertrand fut néanmoins, condamnée un an de prison.

En 1886, eurent lieu des attentats analogues au cimetière de Saint-Ouen. Dans la nuit du 26 au 26 mars, les gardiens trouvaient sur le talus le corps d'une jeune fille de dix-huit ans, nommée Mary Fernande, qui avait été inhumée la veille à cinq heures du soir. Le cadavre avait été déterré, extrait de la bière et jeté à environ vingt mètres de l'endroit où il avait été enseveli ; il avait subi les derniers outrages. Quelques jours après on constatait que la sépulture d'une petite fille avait été violées et le corps enlevé.

Les agents continuèrent leurs recherches et plus loin, près de la haie formant clôture, ils découvraient un linceul. A cet instant, ils aperçurent un homme qui sautait de la fenêtre d'une maison voisine abandonnée. Ils se mirent à sa poursuite et parvinrent à l'arrêter. Puis ils visitèrent la maison et y trouvèrent le petit cadavre.

L'individu arrêté fut questionné, il ne répondit pas; il semblait atterré.

Néanmoins son identité fut bientôt établie.

C'était un nommé Blot (Henri), âgé de vingt-six ans. journalier, demeurant rue Christian, n** 7.

Blot était marié et père d'un enfant. Mais sa femme, qu'il brutalisait, avait été forcée de le quitter.

Cet homme connaissait parfaitement les lieux et les usages du cimetière. Son père y avait été employé ; luimême y avait travaillé comme fossoyeur.

11 est soumis à un examen médico-légal, et le médecin reconnaît chez lui des habitudes d'intempérance « des

imperfections dues à l'hérédité morbide, mais il ne le considère pas comme un aliéné», ettout en tenant compte de ces antécédents pathologiques, l'homme de l'art conclut à une répression.

Blot est un grand garçon, portant une moustache rouge, les cheveux coupés ras, l'œil hagard. Il dit avoir agi poussé par une volonté plus forte que la sienne. Les agents du cimetière font connaître un détail d'une importance considérable. Lorsque Blot était fossoyeur à Saint- Ouen, dit un des témoins, je vis souvent des cercueils entr'ouverts près de la fosse commune; on voyait la tête et le corps. Depuis que Blot n'est plus au cimetière, ces faits ne se sont pas reproduits,

La déposition de sa femme n'est pas moins importante :

(( Pendant les six premières semaines de notre ménage, je fus à peu près heureuse. Mais bientôt mon mari s'adonna à l'absinthe et devint brutal. Le fond de son caractère était sournois. Ainsi, quand nous étions hors de chez nous, il m'embrassait devant le monde et me donnait de forts coups de pied sous la table. Chez nous, quand nous étions seuls, il me frappait à coups de poing et à coups de pied n'importe où.

Pendant une grossesse, il me brutalisait abominablement pour me faire avorter. De dégoût je l'ai quitté. »

Blot a été condammé à deux ans de prison.

Michéa raconte l'histoire d^un moine quêteur, qui fut supris accomplissant le coït sur le cadavre d'une femme qui venait de mourir. Legrand du Saulle parle d'un prêtre qui, quelques années avant la Révolution, fut convaincu d'avoir assouvi ses désirs brutaux sur le cadavre encore chaud d'une femme auprès de laquelle il avait été placé pour réciter des prières.

A côté des nécrophiles, il convient de placer ceux que M. Bail (i) appelle les Sanguinaires^ et

(i) Bail, La folie erotique. Paris, 1888. p. iiO

qui, par une étrange dépravation morale, sont poussés à mutiler et à torturer l'objet de leur passion. Le plus célèbre de ces monstres est Gilles de Rays, maréchal de PVance, qui dans ses débauches inénarrables sacrifia plus de huit cents enfants. Gilles de Rays était-il un misérable débauché ou un fou? Grave question qu^il est impossible de résoudre. Pourtant, il semble bien qu'il ait éprouvé quelques impulsions morbides, car il avoua avoir quitté la cour parce qu'il était irrésistiblement poussé à violer et à occire le Dauphin, Ce n'est que plus tard qu'il se livra à ses épouvantables orgies.

Pour le fameux marquis de Sade, l'idéal du bonheur était de posséder une femme pendant que le sang coulait à flot d'incisions larges et profondes pratiquées sur les seins. Cet individu qui fut enfermée Bicêtre etàCharenton, par mesure de morale publique, ne semble pas avoir donné des signes indubitables d'aliénation mentale.

.Nous empruntons à M. Bailles faits suivants (i):

André Bichel, dont l'histoire a été rapportée par Feuerbach, après avoir violé des jeunes filles, les assassinait et les coupait en morceaux. Il raconta lui-même devant le tribunal qui le jugeait le démembrement d'une de ses victimes (Catherine Leidel).

« Je lui ouvris la poitrine, dit-il, et avec un couteau je fendis les parties molles ; puis j'ai débité le corps comme un boucher ferait d'un veau. Je l'ai fendu en deux avec une hache, pour le faire entrer dans le trou que j'avais creusé d'avance sur la berge. Pendant toute cette opéra-

(i) VEncéphaIe,îSSy, et La folie erotique. Paris, 1888. p. 127.

tion, j'éprouvais un violent désir d'arracher un lambeau du cadavre et de le manger. » (1)

Ce désir, un véritable anthropophage, Léger, l'a satisfait.

Un vigneron de 24 ans quitte la maison de ses parents pour aller chercher une place. Au lieu d'accomplir raisonnablement son projet, iî erre dans les bois pendant huit jours, pris d'un désir insensé de manger de la chair humaine. Il rencontre enfin une petite fille de douze ans, il la viole, puis il lui déchire les organes génitaux, lui arrache le cœur, le mange et boit son sang ; puis il enterre le cadavre.

Arrêté peu de temps après, il fait tranquillement l'aveu de son crime. Il fut condamné et exécuté. L'autopsie fut faite par Esquirol, qui trouva des adhérences entre la pie-mère et les couches corticales du cerveau. S'agissait-il d'un début de paralysie générale ?

Le dernier héros de ce genre d'ignominies est Menesclou qui fut guillotiné il y a quelques années (i). Il avait violé^ puis mutilé une petite fille de huit ans. Gh. Robin trouva, à son autopsie, des traces de méningite chronique.

Telles sont les principales formes de la dépravation sexuelle chez les dégénérés héréditaires. Nous aurions pu grossir cette liste; nous avons préféré nous en tenir aux types les plus tranchés et les moins discutables. Le vice et la folie sont souvent assez voisins Tun de Tautre pour qu'il ne soit pas toujours facile de distinguer la ligne qui les sépare; cependant le domaine de l'un et de l'autre doit demeurer séparé. Il ne faut pas oublier qu'une étrangeté ou une monstruosité génésiques ne peut en aucun cas suffire à caractériser un état psycho-

(i) Westphal, Archiv. fur Psychiatrie, Baiid VII, p. 3o2. (2) Motet, Ann. d'hyg.publ, et de méd. légale. 3" Série, 1^80; t. VII p. 439.

28o SEXUELS

pathique, et qu'on ne sera autorisé à conclure là maladie, que dans les cas où il existe manifestement chez le sujet, soit actuellement, soit dans le passé, d'autres tares psychopathiques et des désordres réels de l'intelligence.

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