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rique, nous montre la même perversion des sentiments aussi bien accusée. Cette observation a trait à une jeune fille douée d'excellents sentiments, s'étant toujours montrée affectueuse et soumise envers ses parents et qui fut appelée à Paris par une de ses parentes pour y être placée comme domestique. Quelques semaines après son arrivée, cette jeune fille, de gaie qu'elle se montrait auparavant, était devenue profondément triste ; le moindre motif suffisait à rémouvoir; elle passait ses journées à pleurer : c'est dans ces conditions qu'elle est mise en service. Il y avait quelques jours à peine qu'elle était installée chez ses nouveaux maîtres, qu'on s'aperçoit que nombre d'objets disparaissent malgré la surveillance la plus active. Un soir cependant, comme ses maîtres l'avaient laissée seule, la jeune bonne, après être restée quelque temps dans l'appartement, s'absente un instant, rentre bientôt et descend prier le concierge de venir l'aider à ouvrir la porte de l'habitation, prétendant que cette porte a été forcée. Le concierge monte en effet. Toutes les pièces sont remplies de fumée, le feu a été mis dans un placard, les meubles sont bouleversés. Des vêtements de toute
sorte sont répandus sur le parquet, un chapeau de femme est plongé dans un seau d'eau, et on retrouve dans la fontaine la plus grande partie des objets qui avaient disparu. Le secrétaire a été ouvert, mais il contient toutes les valeurs en argent et en billets qu'on y avait placées. Sur l'aveu qu'elle fait à ses maîtres qu'elle est l'auteur de tout ce dégât, la jeune fille est misé à la disposition de la justice qui, sur rapport d'expert, déclare l'inculpée irresponsable, comme atteinte de perversion passagère des facultés morales. La perversion des sentiments ne saurait être l'objet d'aucune espèce de doute, les actions commises par la malade contrastant singulièrement avec ses sentiments et son état moral antérieurs, tels au moins qu'ils sont indiqués dans l'observation. Pour ce qui est des impulsions, elles ne sauraient non plus être méconnues; car le désordre dans lequel la jeune hystérique a tout mis dans l'appartement qu'elle a incendié, la multiplicité incohérente des actes de destruction auxquels elle s'est livrée dénotent, dans leur auteur, quelque chose d'impulsif et d'aveugle, mais non pas pourtant d'aveugle et d'inconscient comme
dans l'épilepsie, puisque, après avoir commis les dégâts que nous avons mentionnés plus haut, la malade invente une fable en disant que la serrure de Thabitation a été forcée pendant son absence. Nous voyons donc que chez les incendiaires hystériques la perversion des sentiments et l'impulsion se rencontrent simultanément, bien qu'à un degré variable, comme mobiles des actes de ces sortes de malades, l'impulsion étant souvent subordonnée à la lésion des sentiments. J'ajouterai qu'il n'est pas toujours aussi facile de saisir le phénomène maladif prédominant que nous pouvons le faire ici, surtout dans la première des deux observations que je viens de rapporter, où le désordre des sentiments moraux, manifesté par des actes d'une perversité bizarre, s'accuse avec une évidente netteté.
Nous avons vu dans le chapitre précédent que certaines hystériques obéissent, dans la perpétration des meurtres auxquels elles se livrent, uniquement à la perversion morale. On peut maintenant se demander s'il n'est pas des cas où la folie hystérique se révèle par cette seule perversion morale et les actes délirants qu'elle entraine. En d'autres termes, comme il
y a une épilepsie larvée, n'y aurait-il pas aussi de véritables cas d'hystérie larvée ? Quand on observe les actes délirants de. certaines malades, qu'on voit chez elles cette inclination à mal faire, cette propension au mensonge, cette inquiétude maladive qui les pousse à inventer toutes espèces de ruses malfaisantes, ce désir de se mettre en scène et de produire l'étonnement ; quand on relève ces phénomènes morbides chez des femmes jeunes encore, on est bien forcé de penser à la névrose hystérique. Tout, chez ces malades, est de l'hystérique, moins les phénomènes somatiques ; et les actes sont si caractéristiques, qu'il est difficile de ne pas rattacher à l'hystérie certains faits criminels reprochés à ces sortes d'aliénées, et parmi lesquels il n'est pas absolument rare d'avoir à constater des tentatives d'incendie. Pour ma part, j'ai observé plusieurs faits de ce genre. Et, dans les cas de cette sorte, bien qu'il n'y ait aucun trouble somatique ou simplement des troubles extrêmement légers, le délire est si nettement celui de la folie hystérique, qu'il me parait impossible do ne pas faire rentrer les folles morales qui le présentent dans la classe des aliénées hystériques.
Nous venons de rencontrer Timpiilsion maladive comme raison immédiate de l'acte incendiaire dans les deux grandes vésanies convulsives. Nous devons maintenant étudier des faits où l'impulsion irrésistible est encore en cause, mais où elle s'offre comme phénomène morbide, sinon isolé, au moins tellement prédominant, qu'il laisse à peine découvrir quelques autres troubles psychiques ne permettant pas, du restQ, de ranger les malades qui en sont atteints parmi les aliénés dont nous venons de nous occuper. C'est cette forme spéciale de la folie qui a donné naissance à la théorie de la pyromanie, théorie malheureuse en ce sens qu'elle a amené les aliénistes à créer une classe artificielle dans laquelle ont été rangés tous les faits où se constatait quelque acte incendiaire, ainsi que je l'ai indiqué au commencement de ce chapitre. Mais il y a plus, et on ne saurait faire de l'impulsion à l'incendie une entité morbide. Comme l'a très bien fait observer M. Ach. Foville fils (i), dans
(1) A. Foville. — Folie instinctive ou folie des actes^ Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques^ t. XV, p. 334.
un remarquable travail publié dans le Nouveau Dictionnaire de médecine^ chaque tendance criminelle maladive ne peut être considérée comme une folie spéciale ; mais ce qui est absolument vrai, ce qui répond à la réalité bien observée, c'est que nombre d'actes où prédomine l'impulsion relèvent d'un état maladif particulier, offrant un ensemble de caractères parfaitement reconnaissables et qui constituent la folie instinctive ou impulsive, comme on voudra l'appeler.
Ce n'est pas à dire, cependant, que les manifestations morbides qui ont été étudiées sous le nom de pyromanie n'aient aucune réalité, et l'examen attentif des observations nombreuses et circonstanciées recueillies par les auteurs de la première moitié du siècle nous montre, au contraire, que ces écrivains ont dégagé et mis en lumière certaines particularités qui conservent encore aujourd'hui toute leur valeur. Quand on consulte, en effet, les travaux auxquels la folie incendiaire a donné naissance, et principalement, dans ces travaux, les faits qu'on peut faire rentrer dans la folie impulsive proprement dite, on est frappé de certaines circonstances se présentant presque constamment
dans les actes incendiaires accomplis par les pyromanes. Il s'agit le plus ordinairement de jeunes gens et surtout de jeunes filles arrivés à l'époque de l'évolution pubère. Un sentiment d'angoisse, d'anxiété, a été éprouvé parles incendiaires, qui n'a cessé, en général, qu'après l'accomplissement de l'acte nocif. Des troubles sensoriels accompagnent assez souvent l'impulsion, la corroborant, en quelque sorte, comme dans l'observation de Platner, où la malade a la perception d'une ombre qui la suit ; plus souvent encore ce sont des chuchotements, des paroles prononcées, des ordres donnés, des menaces proférées, qu'il s'agisse d'une hallucination psychique ou d'une véritable hallucination auditive. Enfin, chez les jeunes filles, des accidents nerveux variés, des troubles circulatoires (afflux de sang vers la lête, céphalalgie, congestion vers la poitrine avec oppression et angoisse, etc.), sous la dépendance d'une menstruation irrégulière ou d'une tendance à l'établissement de cette fonction, sont fréquemment constatés ; et l'on s'aperçoit assez souvent encore que les actes criminels coïncident exactement, soit avec l'établissement du flux cataménial, soit avec les
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époques menstruelles, qui sont aussi le moment des manifestations sensorielles morbides dont nous parlions tout à l'heure,
Hencke et Marc avaient bien vu la plupart de ces faits, et on lira encore avec fruit les passages du livre de Marc où celui-ci trace les règles à suivre dans l'examen des jeunes incendiaires. Mais si les médecins dont je viens de parler ont assez nettement précisé les circonstances dans lesquelles apparaît généralement l'impulsion incendiaire, ils me paraissent l'avoir, la plupart du temps, trop isolée, trop spécialisée, ne mentionnant que par hasard, dans leurs observations, les troubles somatiques et psychiques qui l'accompagnent et qu'ils connaissent cependant. Mais il y a plus, et il semble que la folie impulsive incendiaire, tout en se manifestant tout d'abord avec le caractère si prédominant de l'impulsion que nous avons indiqué, puisse se transformer et se résoudre, pour ainsi dire, en une folie plus générale où l'impulsion finit par aller en s'atténuant. pour ne prendre bientôt que le rang secondaire qu'on lui voit, à l'ordinaire, dans les délires généraux. Ce que je viens d'indiquer me parait ressortir très évidemment de deux rap-
ports extrêmement intéressants, insérés dans les Annales médico^psycholog iqiics (1) par im de nos médecins aliénistes les plus distingués, M. le D' Rousseau. Dans la première des observations publiées par le savant directeur d'Auxerre, il s'agit d'une jeune fille de 16 ans qui mit le feu, une fois dans une maison où elle travaillait comme apprentie, une seconde fois chez ses parents. L'intelligence de cette jeune fille semblait ne présenter rien d'anormal, et cette malheureuse, cherchant à quel motif elle avait pu obéir, confessait que ce pouvait bien être à quelque idée de vengeance, de nature, du reste, assez puérile. Aussi bien est-elle arrêtée et mise en prison. Là cependant, quelques bizarreries dans sa conduite font bientôt douter de l'intégrité de son état mental, et c'est alors que le savant aliéniste, dont nous résumons ici l'intéressant travail, est appelé à l'examiner. Frappé de la coïncidence de l'établissement du flux cataménial avec le premier incendie, du second incendie avec une époque menstruelle, M. Rousseau, par de sagaces interrogatoires, ne tarde pas
(1) Nov. 1881, |). :i84.
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à découvrir que la jeune fille a été en proie , les jours qui ont précédé la première manifestation pubère, à des troubles de nature variée, anxiété, céphalalgie, insomnie, etc., bientôt accompagnés de chuchotements, puis de la perception de voix lui ordonnant d'allumer un incendie, avec un désir extrême d'accomplir cet acte. Pendant vingtquatre heures, elle résiste à Timpulsion. Mais bientôt sa volonté est impuissante à soutenir la lutte, et elle met le feu le jour même où le plus important phénomène de l'évolution pul)ère venait de se révéler. L'incendie allumé, l'angoisse et les hallucinations disparaissent. Mêmes phénomènes, même résistance impuissante lors du second incendie qui coïncide avec la troisième apparition du flux menstruel, la seconde s'étant passée sans accident d'aucune sorte. Le fait dont il est question dans le second mémoire de M. Rousseau est très semblable à celui que je viens de rapporter. On y constate la même tendance de la malade à chercher, à accepter, au moins, des motifs condamnables de son action, la même coïncidence des incendies avec les époques cataméniales, qui sont également accompagnées et précé-
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dées d'anxiété et d'accidents maladifs de même sorte.
Chez cette malade, comme chez la précédente, l'acte commis, les hallucinations disparaissaient, et il se produisait, sinon un calme complet, car l'une et l'autre paraissent avoir alors éprouvé du remords de leurs actions criminelles, au moins une détente. Mais ce qu'il y a déplus remarquable dans ces observations, déjà si intéressantes par les circonstances, par les particularités en quelque sorte classiques qu'on y rencontre, c'est que ces deux malades, leur irresponsabilité établie, présentèrent à l'asile d'Auxerre où elles furent internées comme aliénées, un délire général avec exacerbation maniaque extrêmement vive et périodes de stupeur. Les tendances impulsives existaient toujours, mais elles se perdaient, pour ainsi dire, dans les manifestations variées d'un appareil délirant des plus complexes. Enfin, tous les troubles délirants et somatiques finissent par disparaître, lorsque la fonction menstruelle s'est définitivement établie avec son fonctionnement normal, et ces deux jeunes filles peuvent être rendues à la liberté dans un état de santé mentale absolument satisfaisant. *
Dans les réflexions dont M. Rousseau fait suivre le double fait que nous venons de rapporter, il est une particularité sur laquelle le savant aliéniste insiste particulièrement et qui mérite, en effet, toute Tattention du médecin légiste : c'est l'inconscience des deux jeunes filles relativement à leurs criminelles déterminations. « Appelées à donner des explications sur ce sujet, elles acceptent, en effet, l'entière responsabilité de leurs actes, mettent tous les torts de leur côté et, bien que n'ayant jamais éprouvé de sentiments de vengeance, elles finissent par se persuader que certaines offenses de la part de leurs maîtresses ont pu les porter à ces extrémités. »
Nous venons de voir l'impulsion à l'incendie faire partie de la période d'organisation d'un délire plus étendu ou, si l'on aime mieux, la folie impulsive se transformer en un délire général; est-ce à dire qu'il doive toujours en être ainsi et que l'évolution naturelle de la maladie comporte nécessairement une semblable transformation ? Il n'en est rien , et entre autres faits que je pourrais citer et où il ne parait pas qu'un examen ultérieur ait montré chez les impulsifs incendiaires une extension
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(la délire, je mentionnerai une observation de Morel (1) qui laisse d'autant moins de doute sur ce point, qu'on ne saurait contester ni la compétence ni l'exactitude scrupuleuse de cet illustre et regretté savant. Dans cette observation, il s'agit d'une jeune fille qui avait passé aux assises pour avoir mis le feu et volé dans les églises. Cette jeune fille était en proie à de véritables impulsions ; rien ne motivait ni n'expliquait ses actes malfaisants. Elle se sentait poussée, comme elle le disait, et agissait. lin jour, en sortant de la messe, elle avait, chez une de ses cousines, mis le feu aux rideaux du lit ; une autre fois, montant un escalier derrière une sœur à laquelle elle avait été confiée, elle enflamma une allumette pour brûler la robe de cette religieuse, etc. Séquestrée à Maréville, on ne voit pas que le délire se soit étendu. Des impulsions, un trouble moral évident, voilà en quoi consistait la folie de cette jeune fille, dont l'état mental et moral finit par s'améliorer quand la puberté s'établit, et qui fut rendue à sa famille dans un état de santé mental excellent.
(l) Etudes cliniques, etc., l. i, p. 319.
Une classe de malades différents de ceux dont nous nous sommes occupé jusqu'ici et que l'on voit assez souvent commettre des incendies sous l'influence d'une impulsion irrésistible, sont les imbéciles. Le plus ordinairement ces impulsions surgissent tout à coup ; c'est un désir, une idée qui passe dans la tête de l'imbécile, comme il le dit lui-même, et auxquels il obéit sans grande résistance. On ne trouve guère ici cette lutte longue, pénible, que l'on voit exister assez souvent avec l'impulsion dans les vésanies. « Cela m'est venu tout à coup, dit un imbécile incendiaire, dont Marc a rapporté l'histoire, de manière que j'ai été obligé de le faire. » La raison de cette facilité à céder à l'impulsion est, du reste, facile à comprendre : l'imbécile, à cause de la faiblesse de son intelligence, n'apprécie pas la conséquence de ses actions, et sa pauvreté morale ne lui en signale en rien le caractère condamnable. Il ne paraît pas non plus qu'aucun phénomène physique accompagne généralement ici l'impulsion.
L'imbécile se sent poussé et accomplit l'acte auquel il est sollicité, sans qu'on puisse découvrir en lui cette sorte de malaise, d'anxiété précordiale qui se montre si souvent avec l'im-
pulsion chez d'autres aliénés. Je dois dire, cependant, que dans Tobservation de Marc que je citais tout à l'heure, l'imbécile dont il y est question et qui avait déjà mis une fois le feu en plaçant sous un toit un charbon allumé, déclara que lors du second incendie, à la suite duquel on l'avait arrêté, il s'était senti une lourdeur infernale dans la tête et que c'est alors qu'il s'était vu de nouveau forcé à incendier la maison de sa mère.
Je viens de dire que les impulsions incendiaires surgissent tout à coup chez l'imbécile sans qu'on puisse leur assigner de cause nettement appréciable. Il arrive, cependant, que chez certains de ces malades, occupant encore une place assez élevée dans l'échelle des dégénérés, une certaine surexcitation soit nécessaire pour que l'impulsion se produise. J'ai eu occasion d'observer, à Dôle, un imbécile incendiaire qui était précisément dans ce cas. D'une intelligence très limitée, d'une sensibilité morale obtuse, cet individu était resté longtemps parfaitement inoffensif; il arriva cependant qu'il se mit à boire, sans qu'il se trouvât, néanmoins, jamais en état d'ivresse. Or, dans quatre incendies qu'il avait allumés, on con-
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stata chaqoe fois que c'était après une longue séance an cabaret qu'il avait mis le feu, obéissant à une véritable impulsion que le savant expert cbargé de constater son état mental, M. le !> Rousseau, n'hésita pas a reconnaître. Georget a raconté, daprès GaU. rhistoire dune imbécile incendiaire dont les impulsions se manifestaient, comme dans le cas précédent, s«:»us l'infln^ice de l'alcool. Douée de facultés extrêmement bornées, cette fenmie, très malheureuse en ménage, finit par s'adonner à l'eau-de-vie et vola son mari pour s'en procurer. D éclata dans le pays qu'elle habitait il. un incendie où elle n'avait aucime part. Depuis quelle avait vu cet efl&ayant spectacle, il était né en elle le désir de mettre le feu aux maisons, et ce désir dégénérait en un penchant irrésistible, toutes les fois qu'elle avait bu de l'eau-de-vie. Elle ne savait donner d autre raison ni indiquer dautre motif d'avoir mis jusqu'à douze fois le feu à des maisons, que ce penchant qui l'y poussait 1 . Cesî
i) Use fille A'Allr«ig»e.
l'i GaMbccT. — Qtuiqma emmsiiàrmtmmM ««rfiro-léfcles tmr Im itha-ié wfrmlt^ p. $4
avec regret qu'on est obligé d'ajouter que cette pauvre malade, chez laquelle les experts commis pour l'examiner n'avaient trouvé aucun indice d'aliénation mentale^ i\xi condamnée et exécutée.
Dans les exemples que nous venons de rapporter, les incendies allumés par les imbéciles sont le résultat bien évident d'une véritable impulsion. Il est d'autres faits où le malade est amené à l'acte dangereux qu'il accomplit par un simple désir, où il obéit à une sorte de séduction fascinatrice, à laquelle l'expose la faiblesse de son intelligence, à laquelle aussi cette même faiblesse intellectuelle le fait succomber. Ces individus déclarent presque constamment que l'idée leur est venue à l'esprit de mettre le feu pour voir ce que cela ferait, et aussitôt, sans lutte préalable, sans résistance aucune, ils ont allumé un incendie. J'ai dû, avec M. le D' H. Coutagne, examiner un imbécile qui avait mis le feu dans de semblables conditions. D'une intelligence extrêmement obtuse, ce malheureux, qui avait été enfermé autrefois à Saint- Jean-de-Dieu, s'était évadé de cet asile et vivait à la campagne dans un état perpétuel de vagabondage, recevant sa nourriture de la
charité publique. Un jour qu'il errait comme à l'ordinaire, la besace sur le dos, passant près d'un taillis, il lui vint l'idée d'y mettre le feu pour voir, suivant son expression, comme cela ferait, ce qu'il exécuta aussitôt. J'ai à peine besoin d'ajouter qu'une ordonnance de nonlieu fut rendue en faveur de cet incendiaire qui, mis à la disposition de l'administration, fut de nouveau séquestré. Le fait de Jane Wals (1), jeune fille d'une extrême simplicité d'esprit, qui mit le feu aux rideaux du lit de son maître pour admirer la flamme qu'elle supposait devoir être beaucoup plus belle que celle d'un charbon ou d'un fagot brûlant dans la cheminée, est un nouvel' exemple de ce désir subit et aussitôt réalisé d'allumer un incendie, qu'il n'est pas rare de rencontrer chez les faibles d'esprit.
On sait que l'on rencontre assez fréquemment chez les imbéciles de la perversion morale. On peut donc se demander si dans les faits que nous venons de citer en dernier lieu, cet élément morbide n'intervient pas dans une certaine mesure. On peut aussi se poser la
(1) Marc, ouvrage cité, t. ji. p. 369. ^,
question de savoir s'il n'existe pas des cas où les actes incendiaires et tous autres actes dangereux accomplis par les imbéciles dépendent surtout de la perversion morale. Je crois que dans les deux cas c'est par l'affirmative qu'il convient de répondre. J'ajouterai qu'il sera parfois assez facile de constater plus nettement que dans les faits précédents l'action directe de l'élément morbide dont nous nous occupons ici, élément qu'on aura toujours intérêt à mettre en lumière, en faisant voir sa connexion intime avec la faiblesse des facultés.
Mais il est des cas infiniment plus difficiles : ce sont ceux où, avec une intelligence paraissant à peu près normale, avec des aptitudes parfois assez développées, au moins dans une certaine direction, on trouve la perversion morale comme indice hautement prédominant de la dégénérescence du sujet. C'est, on le voit, la question de la folie morale que nous abordons ici. Cette question est extrêmement délicate. Nous ne saurions néanmoins l'éluder et nous nous reprocherions de le faire.
Il est certain qu'il est des individus dont tous les sentiments sont profondément lésés, dont tous les actes sont instinctivement mauvais ;
qui font le mal pour le mal ; que Tadmonestation, sous quelque forme qu'elle se présente, n'amende pas ; que le châtiment ne saurait corriger; et qui doivent à leur nature même cet entraînement au mal, cette perversion morale qui les conduit aux actes de la nature la plus dangereuse. Chez ces individus, l'intelligence peut paraître parfois à peu près normale; ils peuvent même, comme je l'ai dit, présenter certaines aptitudes, mais leur sens moral est nul : ce sont des imbéciles moraux. Mais à quels signes peut-on reconnaître cette perversion maladive? Comment distinguer les malheureux chez lesquels elle existe, des criminels qui agissent librement et choisissent le mal de propos délibéré ? Par l'étude attentive de la vie de ces individus, de leur ascendance, et de leur être tout entier qui sont marqués d'un cachet spécial qu'ils doivent à la tare héréditaire. Que si l'on se livre à cette étude, on voit que les individus dont il est ici question, ont offert, dès leurs plus jeunes années, les plus mauvaises tendances. Ils se sont montrés sombres, parfois instinctivement cruels. Les sentiments affectifs font chez eux absolument défaut. Si quelques-uns ont pré-
sente une tendance marquée pour les arts libéraux, les autres sont d'une pauvreté intellectuelle désespérante. Leur sens moral est nul. Portés invinciblement au mensonge, au vol, à tous les vices flétrissants, on les voit plus tard adonnés à l'ivrognerie comme quelques-uns de leurs parents, déshonorant et ruinant leur famille, arrivant aux extrémités les plus funestes, commettant l'incendie et le meurtre sans en témoigner le moindre regret, sans paraître comprendre la portée de leurs actes. C'est enfin chez eux que l'on trouve ces exemples de débauche sanglante qu'a eus parfois à enregistrer l'histoire. L'amour du vagabondage est la 'passion dominante d'un grand nombre de ces malheureux qui ne peuvent expliquer les motifs de leurs tendances, des actes désordonnés auxquels ils se livrent si souvent. Et ces penchants désordonnés, ces anomalies de caractère, ces propensions au meurtre, au vol, à l'incendie, nous en trouvons en quelque sorte la racine dans une ascendance viciée qui nous montre chez les parents de ces individus, soit des habitudes alcooliques invétérées, soit la folie ou les névroses hystérique, épileptique et hypocon-
rlriaque, toutes manifestations morbides se rattachant à l'aliénation mentale. Le plus souvent, du reste, l'être physique porte chez ces malheureux la trace d'une dégénérescence semblable à celle que nous remarquons dans l'être moral : la petitesse de la tête, l'asymétrie de la face, la disposition ogivale du palais, des déformations du squelette allant parfois jusqu'au rachitisme , les déviations les plus étranges de la sensibilité générale en sont les signes les plus ordinaires.
Tel est le portrait des dégénérés dont nous avons emprunté les principaux traits aux écrits de Morel, qui a pu souvent, comme il le dit, rattacher à cette catégorie de*s aliénés qui avaient commis des meurtres, des incendies et qui sont mcM^ts plus tard dans la démence et la paralysie générale la plus complète. Que si l'on disait maintenant que ces individus ne délirent pas, nous répondrions, avec l'éminent aliéniste dont nous venons de parler, qu'il faut tout d'abord s'entendre sur la signification du mot délire. Si^l'on ne comprend par ce terme que cet état extraordinaire qui empêche l'association normale des idées et nous met en contradiction flagrante avec les notions géné^
ralement reçues, avec le bon sens universel, sans doute ces individus ne délirent pas. Mais il ne saurait être permis, en vérité, de considérer comme un état sain de l'intelligence et des sentiments cette impossibilité de tendre vers un but normal d'activité, cette ineptie profonde, cette vie intellectuelle dont la moyenne est limitée, cette tendance irrésistible à mal faire, cette perversion précoce, en un mot, qui ne se laisse influencer par aucun élément de l'ordre intellectuel et moral.
Mais ce n'est pas seulement dans les cas d'imbécillité morale, relevant de la tare héréditaire au même titre que l'imbécillité intellectuelle, que se remarque la perversion des sentiments. Cette même perversion peut être la conséquence d'une attaque antérieiire de folie ayant changé, en quelque sorte, complètement l'individu qui, de correct et ordonné moralement, est devenu mauvais et pervers. Des lésions cérébrales diverses peuvent produire le même résultat. De telle sorte que ce qui, dans les cas précédents, était Timené par le fait d'une transmission héréditaire, est ici créé par la maladie, qui peut conduire le sujet aux mêmes actes dangereux dont nous savons les
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individus à ascendance maladive si souvent susceptibles. C'est surtout quand nous traiterons des attentats aux mœurs que nous aurons l'occasion de constater la perversion morale amenée par la dégénérescence individuelle des sujets. Je dois dire cependant que j'ai reçu dernièrement, à l'asile de Bron, un paralysé général, homme de mœurs irréprochables, et qu'un véritable penchant irrésistible au vol et à l'incendie avait forcé à faire interner.
Il nous reste maintenant à parler de l'insuffisance intellectuelle comme cause immédiate des actes incendiaires. C'est naturellement chez les imbéciles et les déments que ces faits se rencontrent. Il n'est pas rare de voir des imbéciles allumer un incendie en jouant avec le feu ou par manque de quelque précaution nécessaire. Il en est de même pour certains vieux déments dont les actes incendiaires sont en quelque sorte inconscients. Parfois cependant, ces malades agissent plus volontaireïrient ; mais on voit alors qu'ils n'ont pas mesuré la portée de leurs actes. J'ai actuellement dans mon service un malade en démence qui, pour se chauffer, alluma un foyer au milieu de sa chambre et faillit ainsi amener l'incendie de
la maison qu'il habitait. Un autre dément, auquel j'ai également donné des soins, voulant pénétrer, je ne sais pour quel motif, dans la cave d'un de ses voisins et voyant la porte fermée, n'avait trouvé d'autre moyen, pour arriver à ses fins, que de mettre le feu à cette porte, qui fut en partie consumée. Mais je n'insisterai pas sur ces faits qui sont d'une appréciation facile, et je terminerai ici l'étude que j'ai entreprise dans ce chapitre des aliénés incendiaires.