‹ CriquetteChapitre 2 sur 7 · G R I -GR I · texte numérisé non relu

G R I -GR I

féerie en quatre actes et vingt tableaux.

Après-demain samedi, irrévocaLlement, première représentation.

Il était neuf heures du soir, on venait de terminer le premier acte ; la répétition avait lieu devant une vingtaine de personnes placées aux fauteuils d'orchestre: le directeur, les -auteurs, l'inspecteur des thi^àtres et une quinzaine de journalistes. Ils étaient trois, les auteurs, tous trois graves et grisonnants, tous trois armés d"un petit carnet et d'un petit crayon, tous trois prenant des notes. Groupés autour du directeur, ils avaient un air sombre et menaçant, ils échangeaient

CIUOUETTB 21

entre eux des regards dramatiques. Un de ces trois messieurs, de temps en temps, se levait à demi, bouillonnant d"indignation, voulait interrompre la répétition, parler aux artistes.

— N'arrêtez pas, n arrêtez pas, lui disait le directeur, laissez marcher la répétition.

— Mais ils ne respectent pas le texte!... ils ne respectent pas le texte!... Gifflard surtout, il ajoute! il ajoutel... Déjà! avant la première!... Qu'est-ce que ce sera après?

— Je vous en prie, n'arrêtez pas. Prenez vos notes. Vous ferez vos observations à Gifflard pendant l'entracte.

Le rideau tomba sur un ballet de géants et de naines, réglé d'une façon assez originale, et qui parut ne pas déplaire aux quinze journalistes. Ils daignèrent applaudir. Le directeur était ravi, mais un des trois auteurs, le plus considérable, lui donnant un petit coup sec sur l'épaule :

— Descendons, lui dit-il tragiquement; descendons dans votre cabinet.

— Oui, descendons, répétèrent les deux autres.

— Soit, descendons...

Et, dès que la porte du cabinet directorial se fut refermée sur les trois auteurs, le chef de la collaboration — il était décuré — prononça cette parole :

— Et d'abord, tâchons d'être calmes. • Ce fut le début d'une scène violente. Les trois auteurs parlaient avec une véritable fureur.

— Les acteurs ne savaient pas un mot de leurs rôles. Tous les trucs avaient raté. La lumière électrique n'avait pas marché. La moitié des costumes était à Refaire. Les chœurs avaient chanté faux. Nous ne laisserons pas passer notre pièce samedi dans ces conditions-là.

Et tous les trois, pâles de colère, de répéter :

— Non! non! non! vous ne jouerez pas samedi.

Le directeur leur tenait tête avec beaucoup de courage et d'énergie.

— Je jouerai samedi. La pièce est sue, archi-sue, prête, archi-prête. Les acteurs savent leurs rôles, mais ils sont las de répéter. Ils sont énervés, épuisés, n'en peuvent plus. Samedi, devant le public, ils se retrouveront et joueront à merveille. Si je vous écoutais, votre pièce aurait plus de relâches que de représentations. Je ne veux pas me ruiner pour votre agrément. Savez-vous ce qu'elle me coûte déjà, votre pièce, avec ses douze relâches? Plus de deux cent mille francs !

— Oh! oh! deux cent mille francs!

— Oui, plus de deux cent mille francs!

Alors, un des trois auteurs, s'approchant du directeur, la tête baissée, les bras croisés :

— Et votre petite Charlotte? Qu'est-ce que vous en dites de votre petite Charlotte? Voilà trois mois que nous vous déclarons qu'elle est impossible. Vous n'avez pas voulu nous écouter. Et ce soir, vous l'avez vue, votre petite Charlotte?

— Yoilà, répondit le directeur, votre première observation raisonnable. Oui, je le reconnais, celte enfant est insuffisante.

— Insuffisante I Personne n'a entendu un mot de te qu'elle a dit! Personne!

— D'accord... Elle était troublée, elle a joué en ïledans, la voix ne sortait pas, ça ne passait pas la rampe. . . Mais le rôle a si peu d'importance . . .

— Si peu d'importance! si peu d'importance! Mais vous ne la connaissez pas, cette pièce que vou< faites répéterdepuis trois mois. Tous ne vous occupez que des ballets! Il y a la pièce aussi, la pièce, entendez-vous, la pièce qui doit bien compter pour quelque chose !

— Le rôle de la petite princesse n'a pas dix répliques.

— Oui, mais quelles répliques I La pièce entière gravite autour de Colibri, pour aboutir enfin, au troisième acte, à la scène du pied de nez. Et si la scène du pied de nez ne fait pas d'effet, il n'y a plus de situation, plus de fin d'acte, plus rien! Tout s'écroule I Vous verrez ça tout à l'heure... Notre troisième acte va s'efi'ondrer, et il y a des journalistes dans la salle! Votre Charlotte ne s'en tirera jamais, de la scène du pied de nez.

Les trois auteurs, au comble de l'exaltation, allaient et venaient, à tort et à travers, dans le cabinet directorial, s'excitant et s'échaufPant au passage, les uns les autres. Et c'était le même cri :

— Le pied de nez! Charlotte! Le pied de nez! Charlotte ! Jamais ! jamais !

Le directeur s'était laissé tomber sur un canapé. Il réfléchissait. En somme, malgré son goût pour les ballets, il était homme de théâtre, connaissait la pièce et sentait que la scène du pied de nez devait être, en effet, décisive pour le succès.

A ce moment entra timidement le régisseur suivi d'un jeune seigneur tout habillé de satin jaune.

— C'est Bidache, dit le régisseur, qui se plaint de son costume.

— Ah: répliqua le directeur, il s'agit bien du costume de Bidache!...

Puis sa colère, tout aussitôt, se tourna contre le malheureux régisseur.

— C'est votre faute, aussi... C'est vous qui m'avez indiqué cette Charlotte... Ces messieurs la trouvent exécrable, et ils ont raison.

— Mon Dieu, monsieur, nous avons essayé toutes les petites filles de la figuration, et c'est encore Charlotte qui allait le mieux. Seulement, dame... ce soir... elle a vu un peu de monde dans la salle... elle a pris peur.

— Il fallait chercher dans les autres théâtres, à la banlieue...

— J'ai cherché et je n'ai pas trouvé... Il n'est pas long, le rôle; mais il est difficile et important.

— Important! Vous l'entendez, dit un des auteurs triomphant.

— Allons, ne nous chamaillons plus... Tâchons de nous retourner... Il y en avait une autre, nommée Malhilde, qui était meilleure que Charlotte.

— Oh! non, monsieur... C'était bien faible! bien faible !

C'est alors que Bidache, le seigneur en satin jaune qui n'était pas content de son costume, crut pouvoir se permettre d'intervenir dans la discussion.

— Je vous demande pardon, messieurs, si je me mêle de... mais c'est dans l'intérêt général... Le hasard, dernièrement, avant les relâches, m'a conduit, un soir, à Belleville, et là j'ai entendu une petite fille dire le rôle de Marguerite de Bourgogne, avec tant d'intelligence et tant de drôlerie, que, tout à l'heure, en voyant patauger Charlotte, je pensais à cette petite... Ah! je crois qu'elle ferait votre affaire.

— A-t-elle déjà joué?

— Je ne sais pas. Ça se passait au foyer, dans la salle. C'est une gamine qui vend des brioches, pendant les entr'actes. Mais ce que je sais, c'est qu'elle est fièrement gentille.

— Écoutez, Bidache, dit le directeur, vous n'êtes pas du second acte; déshabillez-vous, prenez un fiacre, allez à Belleville et ramenez-nous cette petite. Nous l'entendrons pendant i'entr'acte, et nous l'essayerons, ce soir même.

— Je cours, monsieur, je cours.

Il allait sortir, quand se ravisant :

— Mais vous penserez à mon costume?

— Oui, mon ami, oui.

— C'est le manteau qui est trop long, beaucoup trop long. S'il était plus court, chaque fois que je me retournerais, en n'en abusant pas, ça me donnerait des effets comiques.

— C'est une excellente idée, dit gravement un des trois auteurs.

— N'est-ce pas, monsieur? et puis, vous comprenez, il faut bien que je me rattrape sur quelque chose, mon rôle n'étant pas comique par luimême.

— Pas comique, votre rôle! pas comique!

— Plus de querelles, mon cher, dit le directeur. Pas de nerfs ! pas de nerfs ! Allez, Bidache, allez !

Bidache, une demi-heure après, arrivait à Belleville... On jouait Lazare le Pâtre ^ et le troisième acte venait de commencer.

— Je voudrais, dit Bidache au contrôleur, parler à cette petite qui vend des brioches pendant les entr'actes.

— Criquette... Elle est dans la salle, là-haut, à écouter la pièce. Ne prenez pas la peine de monter, je vous en prie, monsieur Bidache... Je vais envoyer une ouvreuse.

Le contrôleur était plein de respect pour Bidache, qui avait fait salle comble, le jour où il avait daigné venir jouer à Belleville,

Quelques instants après, Criquette arrivait, suivie de Pascal.

— Qu'est-ce qu'il y a? demanda-t-elle.

— C'est M. Bidache qui veut le parler.

Les deux enfants regardaient Bidache avec admiration. Un acteur, un acteur de Paris!... Et Bidache, emmenant Criquette un peu à l'écart dans le vestibule ;

— Ça t'amuserait-il de jouer un petit rôle d'enfant dans une pièce?

— Sur un théâtre... sur un vrai théâtre?

— Oui, à la Porte-Saint-Martin.

— A la Porte-Saint-Martin ! C'est un grand théâtre ?

— Un très grand théâtre I

— Dans Paris ?

— Dans Paris.

— Et il y aura aussi un rôle pour Pascal. Le voilà, Pascal... vous le reconnaissez?.. . Il faisait Buridan l'autre soir... Et il joue mieux que moi, bien mieux que moi... D'abord, c'est lui qui m'a appris... 11 faut un rôle pour Pascal.

— On tâchera de trouver quelque chose pour lui. Mais c'estde toi qu'il s'agit. Veux-tu, oui ou non?

— Oui... oui... c'est oui, dit Pascal très vivement... Elle veut bien ! elle veut bien !

— Alors je l'emmène chez le directeur tout de suite.

— Tout de suite! s'écria Criquette, et nos brioches de ce soir?

— On TOUS les payera, vos brioches... Viens... viens...

— Oh ! pas sans Pascal... je ne sors jamais sans Pascal.

— C'est ton frère?

— Non, mais tout comme.

— Eh bien, je l'emmène, venez tous les deux. Le contrôleur assista, ébahi, à l'enlèvement de

Criquette par Bidache. Le fiacre, au grand trot, descendit vers Paris, et déposa les deux enfants rue de Bondy, devant l'entrée des artistes de la Porle-Saint-Martin. Ils montèrent l'escalier noir et tortueux qui conduisait sur le théâtre. Bidache poussa du pied une vieille porte rentoilée qui, tout effilochée, s'en allait par morceaux. Brusquement, les enfants aperçurent, dans son immensité, la scène de la Porte-Saint-Martin. Ils s'arrêtèrent émerveillés. « Allez !... allez, » leur dit Bidache. Et c'est avec une sorte de terreur et de respect religieux qu'ils entrèrent dans les coulisses.

Criquette et Pascal étaient cependant déjà un peu gens de théâtre. De temps en temps, le soir, ils se faufilaient dans les coulisses du théâtre de Belleville, pour causer avec les artistes qui s'amusaient à leur apprendre les termes et la langue du métier. Mais qu'était-ce que cette pauvre petite scène de banlieue, à côté de ce vaste et magnifique théâtre, où étincelaient les feux de la rampe et du cintre, où retentissait une marche héroïque jouée par une fanfare placée sur la scène ?

Le second acte allait finir. C'était le moment de l'apothéose. Laborieusement, non sans à-coup, un immense praticable sortait des dessous, chargé d'une gerbe de femmes peu vêtues, accrochées dans des lianes par des armatures de fer. Raides, contractées, ballottées par la marche irrégulière de l'ascension, elles s'efforçaient de faire bonne contenance, montraient de la crânerie et souriaient niaisement, les bras arrondis, avec des gestes faux.- Et, du cintre, en même temps, tombait une immense grappe de femmes, encore moins vêtues, qui, sous un ruissellement de lumière électrique, venaient, dans les espaces, à la rencontre de leurs camarades. On entendait grincer les treuils et ronfler les moufles. Le plancher de la scène était secoué par une sourde trépidation ; la masse entière de l'édifice tremblait légèrement. Une de ces pauvres filles laissait, de temps en temps, échapper un petit cri de terreur. «N'ayez pas peur... tout va bien... il n'y a pas de danger ! » criait alors, de la coulisse, le chef machiniste, un peu pâle cependant. La fanfare sonnait, plus haute et plus violente, avec le déchaînement des cuivres. Des feux de Bengale, projetant, de tous côtés, dans les coulisses, des flammes vertes et rouges, enveloppaient les deux enfants des lueurs d'un incendie... Des soleils tournants s'allumaient en pleine scène, dans le ciel, derrière ces guirlandes de femmes qui se rencontraient, se croisaient, s'enchevêtraient. Et le grand rideau rouge tombait lentement, lentement, lente-

ment. Il fallait prolonger, autant que possible, l'émerveillement... Cette apothéose était le clou de la soirée.

Griquette était bouleversée. Au premier feu de Bengale, elle avait saisi la main de Pascal, et, d'admiration, jusqu'à la chute du rideau, lui avait enfoncé ses petits ongles dans la chair. Dans son émotion, Pascal ne sentit rien ; ce n'est que le lendemain qu"il retrouva dans la paume de sa main, et qu'il montra, en riant, à Griquette, « les marques de ses griffes ».

L'acte avait bien marché. Les quinze journalistes avaient goûté très fort l'apothéose. Les trois auteurs étaient complètement remontés. Lorsque, l'acte terminé, ils vinrent dans les coulisses, en compagnie du directeur, Bidache les attendait, fier du succès de son expédition.

— Voici l'objet, dit-il, en leur présentant Griquette. Moi, je vais m'habiller. .. Je n'ai que le temps. Mais vous penserez à mon costume.

— C'est entendu... c'est entendu...

Du premier coup, Griquette gagna le cœur de ses juges. Une chose, en elle, frappait tout d'abord : l'éclat et l'intelligence de son regard... « Tu nés pas une figure, lui avait dit un jour Pascal, tu es des yeuo:. » Et c'était vrai. La beauté de Griquette était toute dans ses yeux, dans ses yeux tendres et brillants, qui parlaient, souriaient avec les lèvres, donnaient de Tàme et de l'esprit à tout le visage.

— Eh bien, dit le directeur à Criquette, tu veux donc jouer la comédie ?

— Oh oui! monsieur, oh oui!

Sa voix tremblait; elle n'avait pas encore lâché la main de Pascal.

— Tu as déjà pour?

— Ce n'est pas pour ça... monsieur... c'est que tout à l'heure... c'était si beau, c'était si beau! J'en ai encore plein les yeux.

— Voulez-vous, dit le directeur aux auteurs, que nous allions tout de suite au petit foyer, pendant l'entr'acte, pour voir ce qu'elle peut faire?

— Allons, allons.

Elle directeur s'adressant au régisseur:

— Envoyez-nous, au foyer, le petit Edouard, les deux ambassadeurs, et le souffleur avec le manuscrit.

Quelques instants après, tout le monde était réuni au foyer, et mademoiselle Rosita, la diva de la féerie, emmitouflée dans un manteau de loutre jeté sur son costume de théâtre, venait, par curiosité, assister à la répétition.

— Écoute-moi bien, dit le directeur à Criquette. Je vais t'expliquer la scène... Tu n'as qu'une phrase à dire, mais il faut la bien dire... et puis il y a beaucoup de petites choses à faire en pantomime. Tu es la fille d'un grand roi, très puissant, très riche. Tu t'appelles la princesse Colibri... Tu arrives, précédée d'un brillant cortège: des soldats, des seigneurs... Tu as un beau costume tout en or,

32 CRIQUETTR

avec une couronne sur la tête, comme une reine, et un grand manteau de velours avec une grande queue. Il y a deux petits nègres derrière toi pour la porter... Tu descends de ta voiture, une petite voiture où tu es toute seule, traînée par quatre petits chevaux blancs. Tu descends avec de grands airs, des airs de fierté, de noblesse. Tu me comprends bien?

— Oui, monsieur... Allez... allez.

— Il y a, en scène, une rangée de seigneurs qui s'inclinent devant toi, très bas... très bas... Tu leur donnes ta main à baiser, mais le bout des doigts seulement... et tu passes devant eux presque sans les regarder... avec de grands airs toujours... et plus tu auras de grands airs, mieux ça vaudra, à cause de la fin... Tu t'arrêtes à cinq ou six pas de Tendroit oii il y a des becs de gaz en ligne... et là, monsieur, — tu vois ce monsieur qui a une grande robe rouge, — monsieur te dit: « Princesse, voici le jeune prince, votre fiancé. » Tu le regardes, le jeune prince... C'est ce petit-là... Il n'est pas beau avec ses cheveux rouges, son nez de perroquet et sa bosse. sur le dos... tu le regardes, et tu t'écries...

Alors, le directeur, s'adressant au souffleur : — Lombard, dites-lui la phrase exacte.

Et le souffleur, un vieux qui avait des lunettes 3t un air vénérable — on racontait dans le théâtre ^u'il avait été sous-préfet pendant les Gent-jours, —le souffleur, d'une voixnavrante, d'une voix sépul craie, lut la phrase suivante ;

— « Ah! zut! Il est trop laid! J'en veux pas de ce pierrol-là! »

— C'est tout, reprit le directeur. Te la rappelleras-lu, cette phrase? Veux-tu qu'on te l'écrive sur un bout de papier ?

— Ça n'est pas la peine. Je me rappellerai... Et, lentement, sans intonation, sans expression,

Criquette, pour se mettre la phrase dans la mémoire, se répéta à elle-même, à demi-voix:

— « Ah! zut! Il est trop laid... J'en veux pas de ce pierrot-là ! »

Puis, s'adressant au directeur:

— Je sais la phrase maintenant... Allez... Y a-til encore quelque chose?

— Oui, il y a encore quelque chose. En terminant celte phrase-là... et pour qu'elle fasse plus d'effet... Tu sais naturellement ce que c'est qu'un pied de nez ?

— Pour ça, oui.

— Eh bien, tu feras au jeune prince un pied de nez... et bien hardiment... avec un geste un peu... et pourtant pas trop... Comprends-tu ?

Alors Criquette, avec la plus tranquille assurance :

— Oui, canaille sans l'être.

Cela fut dit si simplement, si nettement, que tous se regardèrent interdits.

— Ah! s'écria le directeur, si celle-là ne fait pas notre affaire! Commençons... Allons, commençons .. Ya-t'en là-bas, au fond de la salle... Ces

Page 1