‹ Crispin, rival de son maître, comédie en un acte en proseChapitre 9 sur 16 · M. ORONTE.LISE-T TE · texte numérisé non relu

M. ORONTE.LISE-T TE

Va^ère vient de vous quitter , Lisette ? , '

Oui , monsieur , il vient de no'üs dire une xliose qUi vous surprendra , sur ïiia parole.

‘ -■ .■ • ■: ‘M- O R O N T Er ■ ’ • • • •. ^ ->

Hé quoi ? -

' Par ma foi l Damis est -un plaisant homme dç voiiloir 'avoir deux femme» v pendant que tant .'d’honncles gens sont si fâchés d'en avofr une l 'li ■

ExpTqüe-toI Éisette. ^

Damis, est marié, il a épousé secrètement une Lüe de ' Chartres , une fille de qualité.

M. O R O ît- f i. ' • • . - <

Bon ! cela sc peut- il , Disette ? ....

IISÏTTE.

11 n^y a rien 3e' plus véritable , monsieur ^ Damis Ta 'toandé lui-même à Valère qui est son ami.

Tu me contes une fable , te dk-je.

Non J monsieur , je vous assure. Valère est allé quér^ 2a lettre , il ne tiendra qu’à vous de la voir. • ‘

Lncore'un coup je ne puis croire ce que tn me dis..

Hé. tnonsienr , pourquoi ne, le croiriez-vous pas ? lé» \ jeunes gens ne sont-ils pas aujourd’hui capables de tout P

■' . : • ^ M. o R o H J ir' , ' . 'V:' ■

11 est vrai qu’ils sont plus corrompus qa’ib ne l’étaient^ de mon temps. >

Que savons-noos si Demis n’iest point un de ces petits scélérats qui ne se font point un scrupule de la pluralité de» dots ? Cependant la personne qu’il a épousée étant de condition , ce mariage clandestin aura des suites gui ne seront pas fort agréables pour vous.

M. O R O NT E

Ce^que lu dis ne laisse pas de -mériter qu’on y fasse quel* que attention. , ' ,

Comment quelque attention î si ’éfais à votre place nvunt que de livher ma hile , je voudrais du moins êlr» éclairci de Ui chose.

Tu as raison , jè vois paraître le valet -de Damis ^ il fau* que je le sonde hnement. Retire-toi , Lisette , et ^uûe lais»» avec lui. . •

X J s E T T E, en i' en allant.

SI cette nouvelle pouvait se confirmer !

s. CENE X IV. -;' ;,.

' • Approche , Labranche ; rlens-ca , je te Uouve une phyr

' sionnoïnie d'honnète-homme. . ,

LABRANCHB, . . . ■

Oh ) monsieur, sans vanilé je suis encore plus honnête#

homme que ma physionnomie. >

J’en suis bien aise. « Ecoute , ^ ton maître à la mine .d/un

TCrd galiimd. ‘ - . ,

' lABR ANCHE. • '

Tudieu , c’est un joli homme. Les femmes en sont folles. Il a un certain air libre qui les charme. M. Orgon , en le mariant assure le repos de 'trente familles , pour le

moins.

Cela*ëtant ^ je ne m'étonne points qu’il ait 'poussé à bout . une fille de qualité. * . v .

i A' B HANCHE.

Que dites-vous

■ '' 11 faut , mort ami que tu me confesses la vénlé : je sais tout , je sais que Damis est marié , qu’i! a épousé une fille de Chartres. -. i ; ..r-

Oufl . . - .

T# te troubles , jé vois. qu’on m'a dit vrai , tu es ii* fripon. . .

1 A B.R ANCHE

Moi , monsieur ? '

Oui,, toi , pendart 1 Je^sius Instruit de votre dessein , et je prétends te faire punir coîamô complice d\iü p'rojet . si criminel,' ' ' ' ' '

' • COMÉDIE. : x6\

Je le sais bien.

LABRANCHE

Lisette est dans ses intérêts. Elle entre dans toutes les mesures qu'il prend , pour faire réussir sa recherche. Je vais parier." que c’est elle qui vous aura débité ce mensonge-ià ?..

Il est vrai. * * , '

Dans t’embarras où l’arrivée dè mon maître les a jetés tous deux , qu’ont-ils fait ? Us ont fait courir le bruit que' Dainis était niarié. Valère même montre une lettre supposée qu'il dit avoir reçu- de mon maître ; et tout cela > vous xn 'entendez bien , pour suspendre le mariage d’Angélique.

M. O R O N T E. bas.

Çe qu’il dit est assez vraisemblable.

Et pendant que vous approfondirez ce faux bruit , Lisette gagnera l’esprit de sa maîtresse, et lui fera faire quelque mauvais pas ; après quoi , vous ne pourrez plus la refuser à Valère.

M. R 0 H T B , bas.

Hon , faon', Ce raisonnement est as:ez raisonnable. ’

BABRArCHB. ’

Mais, ma foi , les trompeurs sont trompés. M. Oronte est homme d’esprh , hemme de tête ; ce ii’cst point à lui qu’il faut se jouer. -i

Non , parbleu. ^

LABRANCHE

Vous savez toutes les rubriques du monde , toutes le» ruses qu’un amant met en u.sàpe pour sii;)plimter son riv'al.

Je t’én réponds. Je vois bien que ton maître n'est point marié. Admirez un peu la fourberie de Valère ! il assure qu’il est intime ami de Damis , et je va^sipurier qu’ils ne ee connaissent seulement pas. ’

LABRANCHE-

Sans doute. Malpeste , monsieur , que vous êtes pêuéf.au j ; Curameut , rien no vous échappe ;

. C 0 M É D I E. ' Se,

Ah! oê , oui, je m’en souviens ; à telles enseignes qu’orb nous a (lit qu’il a peu de bien , et qu’il doit beaucoup ; mais qu’il couche en' joue la fille de M. Oronte, et que ses créanciers font des vœux très-ardens pour la prospérité d», ' ce mariage. ^

M.ORONTE

Ils n’ont qu’à s’y attendre , vraiment , ils n’ont qu’à s’jt attendre. ' ' ’ .

Il n’est pas sot ce Valère , il n’est parbleu pas sot.

Je ne suis pas bête non plus , je ne suis palsembleu pa» bête , et pour le dui fairo voir , je vais de ce pas chez mon notaire ; ou plutôt Damis , 'j’ai une proposition à vous faire. Je suis convenu, je l’avoue, avec M. Orgon , de Vous donner vingt-mille écus en argent comptant ; mais voulez - vous prendre pour' celte somme ma maison du Fauxbourg Saint-Germain ; elle* m’a coûté plus de quatrevingt mille francs à bâtir.

Je suis homme à tout prendre ; mais , entre nous , j’aitneraia mieux de l’argent comptant; -, . ^

LABRANCHE. '

L’argent , comme vous savez est plus portatif.

- Assurément.

Oui , cela se met mieux dans une valise. C’est qu’il se vend une terre auprès de Chartres , je voudrais bien l’acheter. • .

Ah , monsieur , la belle acquisition 1 Si vous aviez vu Qette terre-là ^ vous en seriez charmé.

Je l’aurai pour vingt-cinq mille écus , et je suis assuré qu’elle ea vaut bien soixante mille,

LABRANCHE, 'r''

« monsieur , du moins,.,. Comment , sans

3» CRISPIN RIVAL DE SON, MAITRE , ravier du resle , il y a deux élaugs où Vou pèche chaque aunéc pour deux mille francs de goujon M. .O R O N T E.

• Il ne faut pas laisser échapper une si belle occasion. Ecoutez , i'ai chez mon notaire cinquante mille écus queie réserva-s pour acheter le châtean d’un certain hnaucier qui va bientôt disparaître , je veux vous en doifner la

imntié. ^ .

CRISïiNj embrassant M. Oronte.

Ah ’ quelle bonté . M. Oronte ! je n’en perdrai jamais la mémoire; une éternelle reconna;ssance.... mon cœur.... enfin, j’en suis tout pénéüé.

labraschr. ‘

M. Oronte est le phénix des beaux - pères.

M. ORONTE

Je vais vous quérir cet argent ; mais je rentre auparavant pour donner cet avis à ma femme.

Les cr^éanciers de Valère vont se pendre.

Qu’ils se pendent 1 Je veux que dans une heure voua épousiez ma üüe.

CRISPIN

Ah , ah , ah ; que. cela sera plaisant 1

Oui , cui; c’est cela qiiiscra tout-à-fait drôle!

CRISPIN. '

Il 'faut due mon maître ait eu un éclaireisseinent avec. Angél'quc ,* et qu’il connaisse Damis.

Ils se •connaissent si bien-, qu’ils s’écrivent , comme’ tu"' vois ; mais , grâces à mes soins , M. Oroiite est piéyenii contre Valère, et j’espère que nous aurons la dot en croupe ' avant qu’il soit désabusé.'» . > > . '

CRI sfp I s..

O Ciel ! ,

ANGÉLIQUE

Qu’as-tu , Crispiu l

Mon maître, vient ici. . . ^ '

.Le fâcheux contre -temps 1 . •

, . S c E. N E. XVII.

valère', CRIS P IN ,-L A BR ANC H E.-

Je puis avec celte lettre , entrer chez M, Oronte ;:maij •• '

je vois un jeune homme , seraitrCe Damis ^ Abordons- le » il faut que je m’éclaircisse . . . Juste Ciel ! c’est Crispin t

C’est moi-même. Que diable venez-vous faire ici ? Ne TOUS ai-je pas défendu “d’approcher de la maison de M?

O rente ^ Vous allez détruire .tout ce .que mon industrie a fait pour vous, ■ . ~ i.. ‘

11 n’est point » nécessaire d’employer aucun stratagème * pour moi , mon cher Cii&j[iia. ’ * i ^ , ' * ’

' ” . ' C R VI s P I N.' > ' ■ . .

Pdtirquoi' ? y ’ * , .'*• . '• * ^ '

Je sais le nom de. mon .-rival il s'appelle' Pamis,^ j» n’ai riéiv craiudré , ih* est marie.' , ' ' ' ; '

Datnis marié 1 tenez monsieur , yoilà son valet que j’ai mis dans vos intérêts. 11 va vous dire de ses nouvelles.

Serait-il possible que Damls ne m’eût pas mandé upe •• chose véritable? A quel propos iin’avojr écrit dans ces termes,.. Ht ta lettre de Damis. )

• De Chartres. •

. . -■** Vous saurez j cher ami , que je me suis marie en cette ■ vilie cês-jours passés. J ai épousé secrètement une Jille de condition. lirai bientôt èi Paris, où je prétends vousjaire de 9 ivt voix tout’ le détail de ce mariage. DAMIS.

' Ah! monsieur , je suis au fait. Dans le temps que mon maître vous a écôt cette lettre , il avait effectivement ebau- • elle un mariage; mais M.^Orgon ,.au« beu î^approuver rébaiiche , a donné une grosse somme ap pere de la fille , et a par ce. moyen assoupi la chose., . ^ -

Damis n'cÿt donc' point marié?- ? " ’ ' . ' . ;

. . . t AvB R A ■» C H E. -

CR I s E I N.

Eh non ! •

Ah • mes enfans | j’implore votre secours. Quelle entreprise as-tu formé , Crispin ' Tu n’as pas véulu tantôt • m’en instruire. Ne me laisse pas plu» long- temps dans fincertitude. Pourquoi ce déguisement ? que pretends-tu iaire

eu ma faveur -?, . ' ' ' ■, ' / • ' . .

, ' Votre rival n’est point encore à Pans.- Il ny sera que -dans deux jourç. Je veu.x avant ce temps-^à dégoûter, M. tfet Mde. Oroutc «e son alliance. ,, ' , '

•' ^ ^ De quelle '‘ibanlère’l, . * ’ ' . ^

... -k ..CRISPIN.

Eu-jnissant pour Damis. J'ai déjà fait beaucoup d extravagances., je tiens- des discours, inséusés » je fais des acUous ,

Digitizecl by Go«^ic

COMÉDIE

ridicules qm cévolieiit à tout moment contre* moi le père et d Angel, que. Vous connaissez 'le caractère de Mde. Oronte , elle aime les louanges , je lui dis des diiretcs qu un pelit-raaitre n’oserait dire à une femme de robe.

Hé bien ? , . .

Hé bien ! je ferai et dirai tant de sotises , qu’àvant'la fin •* du jour je prétends «qu’ils me chassent , et qu’ils prennent . la résolution de vous donner Angélique. j

• val E«a e; •»

Et Lisette enlre-t-elle dans ce stratagème ?.

. Oui -, monsieur , elle agit de concert avec nous. ' .

i" "'GALERE.'. . ■

Ah Lnspm 1 qpe ne te dois-je pas ? • . ‘ \

C R I 's J. I Jf . • ,

Demandez par pkire-à M g.rco„-k jj

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Souvenez-vou» que mon soit. ... ^

Que de (I!scoui-s 1

, V a'e ERE.

DépencJ de vous. . ‘ -

c k l s V I J le repoussant,

V Allez-vous-eu , vous dis-je. ' ^

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