‹ Critères: de l'aptitude au vol en avionChapitre 29 sur 99 · PAU · texte numérisé non relu

PAU

cette obscurité én retirant un’ou plusieurs verres fumés dont la teinte est graduée. Cet appareil est donc fort simple et me semble dévoir permettre aux ophtalmologistes d'exécuter dans la pratique les recherches photoptométriques, actueilement considérées seulement comme des épreuves de laboratoire.

Mais personne n'ignore que P’acuité dans l'obscurité varie considérablement selon l’état d'éclairage antérieur de l'œil, autrement dit qu’il faut un certain temps de séjour dans le noir avant de pouvoir y distinguer quelque chose. CHARPENTIER, Broca ont,à la suite de recherches très précises, donné des chiffres fort intéressants ; à un individu passant brusquement du jour dans l'obscurité, il faut une surface d'ouverture du dia- phragme de 121 pour qu’il puisse distinguer le test présenté; au bout de 5 minutes le diaphragme peut n'avoir que 9 d'ouverture ; après 10 minutes, celle-ci n’est que de 4 ét l'augmentation de sensibilité continue mais bien plus lentement, jusqu” ’à 20 minutes.

[1 faut en effet à la rétine fatiguée par la lumière une «adaptation » permettant la régénération du pourpre rétinien et la migration du pigment. La rétine reposée, adaptée, est devenue plus sensible et peut alors pércevoir dans des éclairages très faibles ce qui ne pouvait. l’impressionner auparavant.

Cette hypersensibilité rétinienne par adaptation aux bas éclairages ambiants explique combien le pilote de nuit est gêné si ses appareils de mesure sont éclairés par la réflexion d’une lumière même atténuée et colorée, rouge où bleue (P éclairage à bord doit,être obtenue par

des procédés que je n’ai pas à traiter ici). De même la

déflagration d’une fusée éclairante Hozrz pour atterris-

sage provoque un ébiouissement durant bien 8 ou 10

minutes.

J'ai donc fait construire à côté de la chambre noire où

ont lieu les épreuves photoptométriques, une sorte de

‘couloir obscur où peuvent s'asseoir 8 -candidats; toutes es deux minutes, je fais entrer par une porte un Candi-

dat nouveau, tandis que par l’autre porte, j’admets dans la chambre noire le candidat ayant déjà terminé son

séjour de 10 minutes dans l’obscurité (ro minutes suffisent comme temps d'adaptation.)

Il est inutile d'ajouter qu’un tambour est établi afin.

d’éviter l'entrée de ce réduit d’un flot de lumière lors-

qu'un nouveau candidat y est introduit.

Lorsqu'on arrive du jour devant mon appareil photop-

tométrique, cependant placé dans la chambre noire, on ne distingue absolument rien sur la plaque ; on est tout étonné de voir les candidats « adaptés » distinguer .immédiatement l'endroit de la brisure.

Les résultats obtenus sont les suivants :

23 p. 100 d'stinguent le test en 3 secondes ;

43 p. 100 RÉ UD NV EN DE Te 20 P. 100 — BR EO ele 6 p. 100 Se En 3 p. 100 LE BAD Sp: 100 — tie 6m 925: —

2.p. 100 ne peuvent le vofr que si l’on enlève une partie des verres fumés obscurcissant la lampe. On voit donc les différences considérables qu’il y a

dans la vision nocturne aussi bien d’ailleurs que dans la vision à contre-soleil parmi des candidats qui, à éclairage normal, ont tous une acuité semblable.

6° Vision des couleurs. — La vision des couleurs est indispensable, tant pour distinguer les signaux lumineux dans la nuit que pour observer pendant le jour les objets à la surface du sol.

Le meilleur procédé pour dépister les dischromatopsies est. Pépreuve classique des laines colorées de HOLMGREN : le candidat doit désigner les laines de la couleur montrée ; puis on lui présente un échantillon vert clair et il doit désigner un échantillon de même

’il ne donne pas uné réponse exacte, on pré-

couleur ; S$ sente alors un échantillon mauve dont’ il doit montrer le semblable, puis un échantillon rouge. Gette méthode permet de reconnaître rapidement ceux dont le sens chromatique n’est pas normal. : ci Pour ceux-ci, on doit pratiquer d’autres épreuves ; l'examen au disque rotatif à secteurs colorés de NEWTON ou de MaxweLr, dont la Faculté des Sciences de Dijon a bien voulu prêter au Centre médical de l’aviation un exem- plaire sur carton et un exemplaire en verre coloré que j'ai fait monter sur un socle avec miroir incliné à CE -chez lPaveugle pour le vert ou chez l’aveugle pour le | rouge, la sensation totale obtenue n’est pas celle du blanc, puisque certaines couleurs qui doivent participer à cette sensation globale ne sont pas perçues.

L'examen des dyschromatopes se continue par lépreuve à la lanterne chromatoptométrique centésimale

‘de SAUVINEAU, qui permet de présenter des verres colorés simples ou à couleurs couplées sous des diamètres variables et allant jusqu'au diamètre de 1 mm. seulement dont on doit à 5 mètres percevoir la couleur lorsque l’acuité chromatique est supérieure à la normale.

Enfin le candidat est placé devant un panneau noir portant des disqu- s colorés de 7 mm. 25 (angle de 5 minutes) placés sur des fonds de couleur différente et d’un diamètre de 72 mm. 5 (angle de 50 minutes) ; cette dernière épreuve donne le sens chromatique de contraste, c'est-à-dire sur fond différent de la couleur en question. |

Bien entendu, tous ces procédés ne sont à mettre en œuvre que chez le candidat dont le sens chromatique est douteux. Il y en a fort peu, on sait que l’achromatopsie absolue (absence de toute sensation colorte) est une véritable rareté scientifique et les observations publiées dans tous les pays du monde n’atteignent pas la cinquantaine. Le daltonisme ou dyschromatopsie est bien plus fréquent, mais je le trouve bien moins souvent que la-lecture des traités classiques (publiant des statistiques anciennes et non contrôlées par les procédés modernes) ne le laisse penser. C’est ainsi que la cécité pour le vert n’atteint guère que 8 p. 1000 des sujets examinés, dont 2 p. 1000 pour tous les verts et 6 p. 1600 pour le vert clair seulement; la cécité pour le rouge n’atteint que 2 p. 1000 et les autres cécités colorées partielles sont encore plus rares.

7° Champ visuel. — Le champ visuel doit être’ absolument normal pour les Couleurs ét pour le blanc ; c’est

une ‘fonction capitale pour l’aviateur ; en effet, lorsqu'il veut atterrir il doit voir simultanément le terrain et le bord des ailes de son appareil; s’il combat, il doit mettre en jeu son champ visuel d’une façon différente selon le procédé de visée qu il adopte : certains tireurs ferment l'œil gauche et visent avec Pœil droit, utilisant la vision centrale de cet œil pour distinguer la bausse, la mire et le but, tandis que la vision périphérique sert à donner l'impression de l’ensemble de leur appareil ; si au COn-- {raire, ils ont l'habitude de viser les deux yeux ouverts, l’œil droit ne sert, qu'au tir, tandis que l'œil gauche fonctionne d’une façon tout à fait particulière ; en effet, la vision centrale de cet œil doit être neutralisée, tandis que sa vision périphérique sert à apprécier la position générale de l’appareil.

Le tir, d’ailleurs, nécessite un fonctionnement très complexe de l'appareil visuel; vision nette de la hausse qui est à 20 centimètres et du but qui est l'infini, puis appréciation de la distance du but, de la rapidité de son déplacement et notion par le pilote de la position de son propre avion. Le collimateur donne bien une netteté parfaite du but et du croisillon ou cercle de visée, avec des repères pour les corrections de rapidité, mais il offrirait un champ trop restreint pour des combats livrés à 109 mètres entre deux avions ayant une vitesse Com” binée de 3 à hoo kilomètres et il ne permettrait pas une très bonne appréciation des distances.

De tonte facon, le champ visuel a une importance considérable : lorsqu'on a constaté, par les diverses épreuves précédentes, que l'appareil visuel d’un can-

Page 1