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ceux d'Héraclite ; Fun et l’autre veulent démontrer que, à rechercher l'essence des choses en soi sans tenir compte de notre mode de les connaître, on aboutit à la négation de la science.
Quand, deux siècles plus tard, après la mort d'Aristote, la philosophie grecque se fut vouée principalement à la morale, le scepticisme vécut côte à côte avec les doctrines péripatélicienne, stoïcienne et épicurienne. Pyrrhon el l'école Pyrrhonienne, Arcésilas (n° s. av. J.-C.), estiment que le but de la philosophie est le bonheur, le repos de l’âme, « l'alaraæie ». Le sage, convaincu de cela, s’abstient de rechercher une certitude théorique que les Pyrrhoniens tiennent, au nom des errements de leurs contemporains, pour impossible, et, au nom de leur propre théorie morale, pour inutile ; il suspend son jugement ; cette abstention intellectuelle porte un nom historique, èxoy De
Un siècle après, Carnéade de Cyrène, fondateur de la nouvelle Académie, développera et défendra vigoureusement le scepticisme : il fera de la vraisemblance, le fondement de l’action morale ?).
Dans la période suivante, au 1 s. av. J.-G5"1e scepte cisme fut remplacé par l’éclectisme ; celui-ci à son tour fit place de nouveau au scepticisme, qui, une derniére fois, vint ainsi énerver lesécoles de la décadence.Le Néo-Pyrrhonisme, représenté surtout par Ptolémée de Cyrène, Ænésidème et Sextus Empiricus 5), revint aux négations de la certitude théorique. Ænésidème, le plus absolu, alla même jusqu’à récuser la thèse de la vraisemblance, ingénieusement défendue par Carnéade. Mais ici encore le scepticisme est dominé par une préoccupation morale : la raison spéculative ne peut rien nous apprendre de certain ; que la philo-
1) Zeller, Die Philosophie der Griechen, 3, pp. 492 et suiv.
2) Cfr. De Wulf, Hist. de la Philos. médiévale, 4° édit. Louvain 1912 P, 63 et suiv. On consultera avec fruit l'ouvrage de notre savant collègue pour connaître les causes internes de l'évolution du scépticisme.
5) Id., ibid., pp. 68-69.
sophie soit donc, non une doctrine, aipeow, mais une direction pratique, &ywy%, et appuyons celle-ci sur des réprésentations subjectives dont nous n'avons pas à rechercher la valeur théorique.
C'est donc toujours sous une forme relative, entouré de certaines réserves, que le scepticisme se présente à nous dans l'antiquité :). Dans sa forme absolue, il est quantité négligeable.
- Au moyen âge, le dogmatisme règne dc lleinehe
dans les écoles philosophiques.
Dans son engouement pour l’antiquité, la Renaissance
essaya de faire revivre le scepticisme antique ; les noms de Montaigne, de Charron, du Portugais Sanchez, etc., sont associés à cet effort, qui fut d’ailleurs sans grande importance. Les systèmes du xvu* siècle, que l’on taxe parfois de scepticisme, sont plutôt des formes du dogmatisme : tel le scepticisme philosophique de Pascal qui, désespérant de Ia raison raisonnante laissée à elle-même, interroge les «raisons du cœur » et les inspirations de la grâce surnaturelle ; tel encore le scepticisme moral et religieux de Huet qui, désespérant de la raison naturelle, demande à la foi de suppléer la philosophie.
Kant inaugure une tendance nouvelle, appelée criticisme, dont l’aboutissant logique, il est bien permis de le soutenir, est le scepticisme, mais dont l’expression, cependant, veut être dogmatique. La principale partie de nos leçons étant consacrée à l'examen de ce système de philosophie critique, nous n’en parlons ici que pour mémoire.
29. Arguments des sceptiques, — Le sentiment de défiance à l'égard de la raison spéculative, que l’on retrouve à la base des systèmes sceptiques, s'appuie principalement
sur les deux arguments suivants :
1° argument : Nos facultés de connaître, les sens et la raison, nous trompent souvent ; leurs dépositions maintes
1) Zeller, op. cil., 3, pp. 26 et suiv,
CRITÉRIOLOGIE Fa
fois se contredisent ; comment se fier jamais à un témoin - à trompé ou trompeur ? La prudence la plus élémentairene
fait-elle pas à l’homme un devoir de douter, en chaque cas
particulier, s’il n'est pas dupe de ses sens ou de sa raison er
et de conclure pratiquement à la suspension du jugement ?
Sextus Empiricus ramène à quatre chefs les contradictions
qui surgissent de la confrontation de nos connaissances :
« Nous opposons, tantôt, dit-il, des apparences sensibles à
des apparences sensibles : il nous arrive de dire que la.
même tour, vue de loin, parait ronde et, vue de près, paraît
carrée ; — lanlôt des arguments de raison à d’autres arguments de raison : en contemplant la disposition et l’ordre
de l'univers, nous concluons à l'existence d’une Providence,
tandis que, voyant les hommes de bien le plus souvent
dans le malheur et les méchants dans la prospérité, nous
sommes conduils à penser qu'il n'y a pas de Providence.
D'autres fois, des arguments de raison sont en conflit avec :
des apparences sensibles : au vulgaire disant que « la neige
est blanche », Anaxagore répondait par ce raisonnement : la neige est de l’eau solidifiée : or l’eau est noire ; donc la neige aussi est noire ; — enfin, l’on voit, soit le présent en contradiction avec le présent, comme dans les exemples
cités ci-dessus, soit le présent en désaccord avec le passé
ou avec l'avenir : ainsi des doctrines nouvelles contredisent la philosophie antérieurement professée » D ÉRRNE