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Pascal a marqué avec vigueur ces erreurs et ces contradictions
de la raison humaine dans un chapitre fameux de ses Pensées :
1) Sext. Empir., Hypotyposes Pyrrhon., XII ; cfr. ad. Logicos |
«L'homme n'est qu'un sujet plein d’erreur naturelle et ineffaçable LS
sans la grâce. Rien ne lui montre la vérité. Tout l'abuse ; ces deux principes de vérité, la raison et les sens, outre qu'ils manquent chacun de sincérité, s’abusent réciproquement l’un l'autre. Les sens abusent la raison par de fausses apparences ; et cette même piperie qu'ils apportent à la raison, ils la reçoivent d'elle à son tour : elle s’en revanche. Les passions de l’âme troublent les sens et leur font des impressions fausses. Ils mentent et se trompent à l'envi ». Edit. Brunschvigg, Sect. II, 83. ; «A
« Ce qui m'étonne le plus est de voir que tout le monde n’est pas
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24 argument : Le cheval de bataille du scepticisme est le fameux argument du diallèle, & àt&Ankos toénos (de Ot&AAnia, l'un par l’autre).
Les philosophes discutent, ainsi parle Sextus Empiricus, s'il y a un critère de vérité ou s’il n’y en a pas; nous prétendons, nous sceptiques, réserver à cet égard notre
assentiment (ue ds énioywpev, nos aulem cohibeamus assensum ). ae
En effet, ou bien la discussion sur l'existence d’un critère
de vérilé peut être tranchée ou bien elle ne le peut pas. Si
elle ne Le peut pas, il est sage de suspendre son assentiment. Si elle le peut, ce doit être à l’aide de l’un ou l'autre moyen. Mais quel que soit le moyen auquel on recoure, il faudra un critère pour apprécier ce moyen lui-même. Or, comme il n'y a point de critère sur la légitimité duquel le sceptique soit d'accord avec le dogmatiste, force sera au dogmatiste
étonné de sa faiblesse. On agit sérieusement, et chacun suit sa condition non parce qu'il est bon, en effet, de la suivre, puisque la mode en est, mais comme si chacun savait certainement où est la raison et la justice. On se trouve déçu à toute heure, et, par une plaisante humilité, on croit que c’est sa faute, et non pas celle de l'art, qu'on se vante toujours d’avoir. Mais il est bon qu'il y ait tantde ces gens-là au monde, qui ne soient pas pyrrhoniens, pour la gloire du pyrrhonisme, afin de montrer que l'homme est bien capable des plus extravagantes opinions, puisqu'il est capable de croire qu'il n’est pas dans cette faiblesse naturelle et inévitable, et de croire qu'ilest, au contraire, dans la sagesse naturelle ». Sect. VI, 374.
« Les impressions anciennes ne sont pas seules capables de nous abuser : les charmes de la nouveauté ont le même pouvoir... Nous avons un autre principe d'erreur, les maladies. Elles nous gâtent le jugement et le sens. Et si les grandes l’altèrent sensiblement, je ne doute point que les petites n’y fassentimpression à leur proportion.
» Notre propre intérêt est encore un merveilleux instrument pour nous crever les yeux agréablement. Il n'est pas permis au plus équitable homme du monde d’être juge dans sa cause : j'en sais qui, pour ne pas tomber dans cet amour-propre, ont été les plus injustes du monde à contre-biais. Le moyen sûr de perdre une affaire toute juste était de la leur faire recommander par leurs proches parents. La justice et la vérité sont deux pointes si subtiles, que nos instruments sont trop émoussés pour y toucher exactement. S'ils y arri-
d'employer un critère dont le sceptique conteste la valeur. Il ne peut donc exister un critère irrécusable de vérité et
toute tentalive dogmatique pour en établir est inévita-
blement une pétition de principe.
Il en va de même lorsqu'il s'agit de légitimer le procédé
démonstratif. Pour justifier une démonstration, il faudrait un critère antérieurement démontré : mais ce critère lui-
même devant reposer sur une démonstration antérieurement justifiée, l’on retombe encore une fois dans un cercle
vicieux { si tôv àt&A moy ExBéA lot TpÔTOY ) 1). Progrès sans terme ou cercle vicieux, tel est donc le défi du scepticisme aux écoles dogmatiques.
vent, ils en écachent la pointe, et appuient tout autour, plus sur le faux que sur le vrai.
» Que fera donc l'homme en cet état ? Doutera-t-il de tout?
Doutera-t-il s’il veille, si on le pince, si on le brûle ? Doutera-t-il s'il doute ? Doutera-t-il s’il est ? On n’en peut venir là ; et je mets en fait qu’il n’y a jamais eu de pyrrhonien effectif parfait. La nature soutient la raison impuissante et l'empêche d’extravaguer jusqu’à ce point. ;
» Dira-t-il donc, au contraire, qu'il possède certainement la vérité,
lui qui, si peu qu'on le pousse, ne peut en montrer aucun titre, et est forcé de lâcher prise ? |
» Quelle chimère est-ce donc que l’homme ? Quelle nouveauté, quel monstre, quel chaos, quel sujet de contradiction, quel prodige ! Juge de toutes choses, imbécile ver de terre, dépositaire du vrai, cloaque d'incertitude et d’erreur, gloire et rebut de l'univers.
» Qui démêlera cetembrouillement? La nature confond les pyrrhoniens, et la raison confond les dogmatiques. Que deviendrez-vous donc, à homme, qui cherchez quelle est votre véritable condition par votre raison naturelle ? Vous ne pouvez fuir une de ces sectes, ni subsister dans aucune.
» Connaissez donc, superbe, quel paradoxe vous êtes à vous-même. Humiliez-vous, raison impuissante : taisez-vous, nature imbécile ; apprenez quel’homme passe infiniment l'homme, etentendezdevotre maître votre condition véritable que vous ignorez. Écoutez Dieu ». Pascal, Pensées, Sect. VII, 434.
1) Hypotyposes Pyrrhon.. II. 4, Cfr. Diogène de Laërte, Vies des plus illustres philosophes de l'antiquité. — Pyrrhon.
Montaigne a traduit sous cette forme piquante la même objection ; «Pour juger, dit-il, des apparences que nous recevons des
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