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Le doute cartésien
SOMMAIRE : 30, Avec des intentions dogmatiques, Descartes for-
mule un doute universel. — 31. La seconde étape du Discours de la méthode : certitude de l'existence du moi pensant. — 32. Doute réel et doute méthodique. — 33. Légitimité et importance scienti-
fique du doute méthodique. — 34. Le doute énoncé par Descartes, étant universel, ne peut être méthodique.
50. Avec des intentions dogmatiques, Descartes formule un doute universel. — Descartes ne veut pas, à la -façon des sceptiques, conclure à l’essentielle incapacité de la raison humaine. Au contraire, ses intentions sont dogmatiques.
En termes exprès, il désavoue le procédé du sceptique, qui ne doute que pour douter. « Je déracinais cependant de mon esprit, écrit-il, toutes les erreurs qui s’y étaient pu glisser auparavant. Non que j’imitasse pour cela les scepliques, qui ne doulent que pour douter, et affectent d’être toujours irrésolus ; car, au contraire, tout mon dessein ne tendait qu'à m'assurer, et à rejeter la terre mouvante et le sable, pour trouver le roc ou l'argile » !). D'ailleurs, le titre même du Discours de la Méthode témoigne des inten-
subjets, il nous faudrait un instrument judicatoire ; pour vérifier cet instrument, il nous fault de la démonstration ; pour vérifier la démonstration, un instrument : nous voylà au rouet. Puisque les sens ne peuvent arrester notre dispute, étant pleins eulx-mêmes d'incertitude, il fault que ce soit la raison :aulcune raison ne s’establira sans une autre raison : nous voylà à reculons jusques à l’infiny ». Essais, liv. II, ch. XII.
1) Discours de la Méthode, 3% partie, Éd. Adam et Tannery, VI, pp. 28-29.
62 CRITÉRIOLOGIE r LES URPE ee.
tions dogmatiques du philosophe français. Voici, en effet, ce litre complet : : « Discours de la Méthode pour bien 2 conduire sa raison et chercher la vérité dans les Te publié avec la Dioptrique etles Méléores». Fa Le « dessein » de Descartes est donc de « s'assurer » ë 26 Pa son but avoué est de «bien conduire sa raison », de « chercher la vérité dans les sciences ». II a ns qu Lei 18 4 atteindra ce but, mais il faut y marcher, pense-tl, Le des : voies nouvelles. Jusqu'à présent, la philosophie n'a pas ee réussi à établir la pensée humaine sur des fondements ee inébranlables. La construction de la science certaine est à Fe refaire. « Je ne dirai rien de la philosophie, si non que voyant qu ‘elle a été cultivée par les plus excellents esprits qui aient vécu depuis plusieurs siècles, el que néanmoins il ne s'y trouve encore aucune chose dou on ne dispute, et par conséquent qui ne soit douteuse... Puis, pour les” : autres sciences, d'autant qu'elles empruntent re principes À de la philosophie, Je Jugcais qu'on ne pouvait rien avoir bâti, qui fût solide, sur des fondements si peu fermes » Es «I ya déjà tre Lenps que je me suis aperçu que, dès mes premières années, ] avais reçu quantité de fausses opinions pour véritables, et que ce que j'ai depuis fondé D. sur des principes si mal assurés, ne pouvait être que fort +5 douteux et incertain, de façon qu'il me fallaitentreprendre sérieusement une fois en ma vie de me défaire de toutes les opinions que j'avais reçues jusqu'alors en ma créance, et commencer tout de nouveau dès les fondements, jee ‘ 4 voulais établir quelque chose de ferme et de constant dans eo les sciences » ?). : à Be Comment arriver à une science « entièrement indubi- ke table » ? A quelle condition l'édifice de la science sera-t-il assez fermement assis pour défier les assauts du scepti-) LR De cisme ? TASER À condition que « je rejette comme absolument faux He ce en quoi je pourrais imaginer le moindre doute».
ÿL!
1) Zbid., I'e partie, VI, pp. 8-9. | CES 2) 1'e Méditation, IX, p. 13. ETES
Pour obéir à cette condition, qu'il estime indispensable à la reconstruction de la science sur des fondements inébranlables, Descartes professera donc un douteuniversel. L'auteur du Discours de la Méthode et des Méditations veut que son doute soit universel.
« Je me résolus de feindre, écrit Descartes, que foutes les choses, qui m'étaient jamais entrées dans l’epril, n'étaient non ue vraies que les illusions de mes songes » !),
« Je suis contraint d’avouer que, parmi toutes les opinions que j'avais autrefois reçues en ma créance pour véritables, & n'y en a pas une de laquelle je ne puisse ion douter, non par aucune inconsidération ou légèreté, mais pour des raisons très fortes et mürewent considérées, de sorte qu'il est nécessaire que j'arrête et suspende désormais mon jugement sur ces pensées et que je ne leur donne pas plus de créance, que je ferais à des choses, qui me paraîtraient évidemment fausses, si je désire trouver quelque chose de concluant et d’assuré dans les sciences » 2),
Est-ce une façon de parler par à peu près et ne faut-il pas équitablement en rabattre ?
Non, car Descartes vient de le dire, il a mürement considéré son sujet et estime avoir des raisons très fortes en faveur du parti qu'il prend ; au surplus, il applique son doute en détail à chacun des groupes de nos connaissances certaines ; il rejette non seulement ses préjugés d'éducation,
les opinions reçues, mais les {émoignages de ses sens, même
les informations de sa conscience : je mets en doute, écritil, « que Je suis ici, assis auprès du feu, vêtu d’une robe
de chambre, ayant ce papier entre les mains, et autres
choses de cette nature..., que c’est avec dessein HEOBRS délibéré que j'étends oi main et que je la sens » : sans doute, observe-t-il, « ce qui arrive dans le sommeil ne
semble point si Che ni si distinct que tout ceci, mais en y
pensant soigneusement, Je me ressouviens d’avoir été
1} Discours de la Méthode, Apart, NE pr92 2) [re Méditation, IX, p. 17.
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