‹ Critériologie généraleChapitre 15 sur 90 · CE · texte numérisé non relu

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souvent trompé, lorsque je dormais, par de semblables illusions. Et m'arrêtant sur cette pensée, je vois si manifestement qu'il n’y a point d'indices concluants, ni de marques assez certaines par où l’on puisse distinguer nettement la veille d'avec le sommeil » !). Descartes doute « de toutes les raisons qu’il avait prises auparavant pour démonstralions » ?) ; des proposition idéales les plus simples, « que deux et trois joints ensemble formeront toujours le nombre de cinq, et que le carré n'aura jamais plus de quatre côtés. ou de quelque chose encore plus facile, si l’on se peut imaginer rien de plus facile que cela » 5). Fe Donc,arguments d'autorité, vérités d'observation, affirmelions dusens intime etdelaconscience, raisonnement, vérités idéales immédiates, il n’y a pas un seul genre de vérités que Descartes ne révoque en doute. : | On a dit, et à bon droit, que ce doute est progressif, et l'on a voulu opposer la progressivité du doute cartésien à son universalité. | : | Mais les deux propriétésnes’excluentpas, attendu qu'elles s'appliquent au doute cartésien considéré à des moments différents. Le premier effort de Descartes tend, en effet, à

1 TDi A X pp 14-15!

2) Discours de la Méthode, 4% partie, VI, p. 32.

5) 1° Méditation, IX, p.16. Le Dr Fritz Medicus/ Xanistudien, B°V.,H.1,8.37), nous fait un reproche d'avoir présenté Descartes comme réfractaire à l'évidence. Descartes n'eût pas repoussé l'évidence, dit Medicus, il la cherchait, mais avoue ne l'avoir jusqu'ici rencontrée nulle part.

Les paroles de Descartes que l'on vient de lire contiennent notre

réponse. Je veux délibérément étendre ma main, «avec dessein et de propos délibéré, j'étends cette main et Je la sens » : nonobstant, je serais en état de douter que j'aie cette volition et cette sensation! Je vois que deux et trois font cinq ; ou même, supposons quelque chose de plus simple encore, je vois que un et un font deux: cependant, je serais en état de douter que deux et trois fassent cinq, que un et un fassent deux !

Je le demande au D'Medicus : si le philosophe qui tient ce langage ne conteste pas l'évidence, toute évidence, quel langage aurait à ténir celui qui voudrait faire entendre qu'il la conteste ?

supprimer par degrés ses convictions mal assises, « la quantité d'opinions fondées sur les principes mal assurés» 1); mais le résullat de son effort progressif est de supprimer toutes les convictions antérieures.

Dira-t-on que ce doute universel est un caprice momentané, dont une exégése bienveillante devrait plutôt détourner l'attention ?

Mais non ;ce doute universel est une Loi de la pensée qui prend conscience d'elle-même, il s'impose comme un devoir au philosophe qui fait œuvre de critique. « Pour ce qu'alors Je désirais vaquer seulement à la recherche de la vérité, je pensai qu'il fallait que je fisse tout le contraire, etque Je rejelasse comme absolument faux tout ce en quoi Je pourrais imaginer le moindre doute, afin de voir s’il ne resterait point après cela quelque chose en ma créance qui fût entièrement indubitable ?).

» La raison me persuade déjà que je ne dois pas moins soigneusement m'empêcher de donner créance aux choses qui ne sont pas entièrement cerlaines et indubitables qu'à

celles qui nous paraissent mañifestement être fausses » >).

Sur quoi repose fondamentalement cette loi à laquelle je dois m'astreindre ? Pourquoi mettre en question la valeur de foules mes connaissances ?

Outre les considérations particulières déjà alléguées par lui, outre cette considéralion générale qu'il n'est jamais sûr de pouvoir juger «s’il sent en dormant ous'il sent étant éveillé » #), il appuie principalement sur cette réflexion qu'il ignore si l’auteur de sa nature ne l’a pas ainsi fait que ses facultés cognitives le trompentinvinciblement, toujours.

« Il n’est pas besoin que je les examine { mes connaissances ) chacune en particulier, ce qui serait d'un travail infini; mais, parce que la ruine des fondements entraîne

nécessairement avec soi tout le reste de l'édifice, je m'atta-

)1"° Méditation, IX, p. 13.

2) Discours de la Méthode, VI, p.31.

D 1re Médit., IX, p. 14.

+)6ne Médit., IX, p. 61.

Nr

querai d’abord aux principes sur lesquels toutes mes an- ; ciennes opinions étaient appuyées » 1}. LRU Cette fois, il ne s'agit plus seulement des acles des sens, de la conscience ou de la raison, les facultés elles-mêmes sont frappées de suspicion et, avec elles, foules leurs informations. Les facultés de connaître ont pour objet, les : unes, les vérités d'expérience, les autres, les vérités ab straites, idéales. La sincérité des unes et des autres ést contestée. Fes CPR RARE SE Les sens extérieurs el le sens intime sont suspects, car « j'ai quelquefois éprouvé que ces sens étaient trompeurs, etil est de la prudence de ne se fier jamais entièrementàa ceux qui nous ont une fois trompés » ?). L'intelligenceetla raison qui connaissent les vérités immédiates d'ordre idéal elles conclusions de nos raisonnements, sont suspectes, car (il y a longtemps que j'ai dans mon esprit une certaine opinion qu'il y a un Dieu qui peut tout et par qui j'aiété créé el produit tel que je suis. Or, qui me peut avoir assuré que ce Dieu n'ait point fait... que je me trompe toutes les fois que je fais l'addition de deux et de trois, ou queje nombre les côtés d'un carré, ou que jejuge de quelque chose encore plus facile, si l'on se peut imaginer rien de plus É facile pue cela ? Mais peut-être que Dieu n'a pas voulu que 2 Je fusse déçu de la sorte, car il est dit souverainement bon. Toutefois, si cela répugnerait à sa bonté de m'avoir fait tel que je me trompasse toujours, cela semblerait aussi lui me être contraire de permeltre que je me trompe quelquefois, et néanmoins je ne puis douter qu'il ne le permette. Mais & °UPPoSons que tout ce quiest ditici d'un Dieu, soit une fable ; toutefois, de quelque façon que l’on suppose que je sois parvenu à l’état et à l'être que Je possède, soit qu'on l'attribue à quelque destin ou fatalité, soit qu'on le réfère sn au hasard, soit qu'on veuille que ce soil par unécontinuelle suite et liaison des choses, il est certain que, puisque faillir

Vitre Médit. LIX D

2) 1'e Méditation. Voir le développement de cette pensée, ibid. IX, PR p. 14. à ex

et se tromper est une imperfection, d'autant moins puissant )

sera l’auleur que l’on assignera à mon origine, d'autant plus sera-t-il probable que je suis tellement imparfait que je me lrompe loujours. Auxquelles raisons je n'ai certes rien à répondre... » !).

En résumé, la formule du doute cartésien, mûrement considérée, est générale ; Descartes en fait lui-même l'applicalion à toules nos connaissances ; il considère le doute comme la loi primordiale de la critique philosophique; enfin, ils interdit pour des raisons d’un caractère général, toute confiance en ses facultés cognilives : le doute de Descartes est donc, en dépit des intentions dogmatiques de son auteur, universel. ;

Ce mélange d’intentions dogmatiques el de doute illimité qu enregistre pour la première fois l'histoire de la philosophie, soulève uu problème d’exégèse : Comment faut-il

apprécier, comment qualifier le ul cartésien ?

Descartes n'entend pas être lié par son doute. Comment se raccroche-t-1l à la certitude ?

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