‹ Critériologie généraleChapitre 18 sur 90 · DUREE ME · texte numérisé non relu

DUREE ME

Assurément, Descartes n’a pas réussi à réaliser dans son âme, malgré sesfictions voulues d'erreur, un doute universel ;

il n’y a pas réussi, parce qu'il ne pouvait y réussir, un doute

universel étant, comme nous le verrons bientôt, contraire à la nature de l'intelligence. Cela ne prouve pas que Descartes n’a pas cru, à un certain moment, douter de choses

dont en réalité il ne doutait pas ; cela ne prouve pas qu'il n'a pas nettement présenté comme universel un doute qui

dans son intérieur ne l'était pas ; bref, il a exprimé, décril un doute universel. C’est ce doute, tel que Descartes l’'exprime, que nous avons à juger. Le for intérieur échappe à la critique.

Or, au point de vue critériologique, ce doute ne diffère

pas essentiellement du doute des sceptiques. A la première

élape de son « Discours », Descartes conteste à la raison humaine, tout comme le sceptique, la puissance d'arriver à la connaissance réfléchie certaine de la vérité.

Au doute universel qu'oppose le dogmalisme ?

Mettons, d'abord, en présence le scepticisme et les attitudes prises entr es en face de lui par les con dogmatiques.

Cet exposé nous préparera à mieux comprendre et la réponse directe que nous ferons, au moins d’une façon

provisoire, aux deux arguments traditionnels des sceptiques

(Art. IT), et la position à prendre à l'égard du doute méthodique cartésien (Art. IV), et, enfin, la solution dogmatique que nous proposerons et défendrons.

ARTICLE III Critique du scepticisme

SOMMAIRE : 55. Première réponse du dogmatisme au scepticisme : le doute réel universel est en conflit avec les convictions sponfanées et universelles de l'humanité. Examen de celte réponse, — 36. Deuxième réponse : l'énoncé du scepticisme est contradictoire. Examen de cette réponse. — 37. Troisième réponse : la prétention des sceptiques est arbitraire. — 38. Réponse aux arguments des scéptiques. |

35. 1"° Réponse au scepticisme : le doute universel est en Conilit avec le sens commun. — Les dogmatistes sont unanimes à repousser la prétention dont se prévalent les sceptiques de nier ou de contester, dès le moment où se pose le débat critériologique, l'aptitude de la raison humaine à atteindre la vérité ; mais ils opposent au scepticisme des moyens de défense très différents et d’une efficacité souvent douteuse.

Une première réponse que l’on faitau scepticisme consiste à lui reprocher de se mettre en contradiction avec les convictions spontanées et universelles de l'humanité.

“ À entendre les sceptiques, écrit Ém, Saisset, on dirait que les hommes naissent dans une complète indifférence entre ces deux . choses : croire ef douter. Mais la nature n'a pas voulu qu'il en füt ainsi. Êlle a fait l'humanité dogmatique. Il suit de là que -la plus grande dissidence qui soit possible entre les philosophes, est celleci : les uns se séparent violemment du genre humain et déclarent que l'évidence qui suffit à fous leurs semblables ne leur suffit pas ; ce sont les sceptiques, Les autres se font gloire, au contraire, de s'unir étroitement au genre humain, en se confirmant par la réflexion philo-

sophique dans cette foi naïve et spontanée qui fut le premier besoin | de leur intelligence au berceau : ce sont les dogmaliques, Re » Il est clair qu'il y a un point de départ commun entre le dog: matisme et le scepticisme, c'est le fait de l'évidence naturelle ef la foi du genre humain à cette évidence, fait antérieur et supérieur à foute controverse. Tout le débat consiste en ce que le dogmatisme s'en tient avec l'humanité à la foi primitive et profonde que l'évidence lui inspire, sans rien chercher ni rien désirer au delà, tandis que le scepticisme c déclare cette évidence suspecte et insuffisante, et en dépit de ee | conscience qui proteste, rompt en visière au genre humain. ; > Les partisans du scepticisme sont évidemment tenus, sinon Fes justifier, au moins d'expliquer une aussi prodigieuse prétention. Refuser . ee de le faire, ce serait entreprendre de se placer en. dehors de toute espèce d'évidence et de foi ; ce serait douter sans vouloir convenir . É de son doute, ce serait abdiquer son intelligence en refusant de

Lu D on.

confesser cette abdication elle-même. , 5

» Certes, un tel scepticisme est irréfutable ; il échappe, je l avoue, à la controverse. Mais qui ne voit que, perdant fout rapport avec me l'évidence et la raison, il n’en a plus aucun avec l'humanité ? One ne voit qu'il est absolument impossible et inconcevable, je ne dis. F . 5 pas seulement dans la pratique de la vie, mais même dans la pure : spéculation ? Ce n'est pas là un état réel de l'esprit humain. Ce n est pas un faux système, un égarement, une folie. C'est un vain fantôme .

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