‹ Critériologie généraleChapitre 2 sur 90 · Pourquoi nous n’adoptons pas l'appellation usuel · texte numérisé non relu

Pourquoi nous n’adoptons pas l'appellation usuel

le : «Logique réelle ». — L’appellation jadis la plus répandue était celle de Logique réelle, par opposition à la

Logique formelle. Celle-ci, disait-on d'ordinaire, s'occupe des règles qui régissent la forme du syllogisme, abstraction faite de ce qui en fait la matière ; elle s’occupe de l’enchainement logique entre les prémisses et la conclusion, sans

considérer la vérité ou la fausseté des propositions prises

isolément. La logique matérielle ou réelle considérerait ces propositions en elles-mêmes, abstraction faite de leur liaison logique ; elle rechercherait si ces propositions sont vraies ou fausses, certaines ou incertaines.

Cette distinction de la logique en deux parties, l’une formelle, l’autre réelle, ne se comprend, en fait, que dans la philosophie kantienne. Pour Kant, toute connaissance est constituée de deux éléments, la matière, fournie par la sensibilité,'et la forme, antérieure à l'expérience, «a priori», dans laquelle la matière est reçue et au moyen de laquelle se produit la synthèse de la pensée. On comprend dans une pareille conception psychologique, qu'il y ait place pour une Logique de formes, et pour une Logique matérielle ou réelle qui porte sur le contenu de la pensée :). Mais

1) Plusieurs auteurs modernes, poussant à l'extrême l'opposition

la distinction kantienne ne peut être impunément transportée dans une philosophie étrangère ou opposée aux thèses psychologiques du philosophe allemand. On n'a pas réussi à l'adapter à une classification scolastique. Ainsi, ni la « Logique formelle » n’est exclusivement la logique de la forme du raisonnement, ni la « Logique réelle » n’a exclusivement pour objet la rérité du jugement. La première s'intéresse aux trois opérations de l’entendement, à la simple appréhension, au Jugement aussi bien qu’au raisonnement. Il appartient à la seconde de justifier la certitude du raisonnement aussi bien que celle des affirmations immédiates de l'esprit.

L'expression Logique réelle est contradictoire. La Logique est, par définition, l'étude de l’être de raison et s'oppose, de ce chef, à toutes les autres parties de la philosophie qui ont pour objet l'être réel ‘). Réunir en une seule expression

introduite par Kant entre la matière et la forme de nos connaissances, en sont venus à distinguer deux vérités : la vérité formelle et la vérité réelle.

« La vérité réelle, dit Hamilton, c’est l'harmonie entre une idée et son objet ; la vérité formelle est l'harmonie de deux idées entre elles en tant qu'idées. »

Il y a dans cette distinction un abus évident de langage que rien

- ne légitime. Voir Hamilton, Lectures, VI, 64, 68.

1) Saint Thomas dit très nettement : « Ens est duplex : ens scilicet rationis et èns naturae. Ens autem rationis dicitur proprie de illis intentionibus ,Quas ratio adinvenit in rebus consideratis, sicut intentio generis, speciei et similium, quae quidem non inveniuntur in rerum natura, sed considerationem rationis consequuntur. Et hujusmodi, scilicet ens rationis, est proprie subjectum logicae.S.Thomas, in Meth., Lib. IV, lect. 4.

« Sciendum est quod alia ratione est de communibus logica et

philosophia prima. Philosophia enim prinra est de communibus,

quia ejus consideratio est circa ipsas res communes, scilicet circa ens et partesejus. Et quia circa omnia quae sunt habet negotiari ratio, logica autem cest de operationibus rationis, logica etiam erit de his, quae ad omnes res sé habent. Non autem ita quod ipsa

logica sit de ipsis rebus communibus, sicut de subjectis. Considerat

enim logica sicut subjectum syllogismum et enuntiationem et praedicatum, aut aliquid hujusmodi. » /n Post. Anal., bb. I, lect. 20.

LPS TS dl SN

Me LA) VTT

LÉ cn td PT POLE SEL fa le

À CRITÉRIOLOGIE

le mot Logique qui signifie la science de l’éfre de raison et le mot réel qui signifie l'éfre réel c’est employer des. termes contradictoires pour désigner un même objet

. La Critériologie, une dépendance de la Psycho- Las — La certitude étant une propriété de l'acte intellectif, la philosophie de la certitude se rattache à l'idéologie et ainsi à la psychologie. Mais on a fait à cette partie de la psychologie une place à part, et c'est Justice. 24

4. Raisons d'affecter aujourd’hui une place à part la Critériologie. — La philosophie moderne a pris, sous l'influence de Descartes et de Kant, un caractère cnitique, et l’on verra que tous les systèmes de philosophie élaborés au cours du siècle dernier se rattachent, soit directement, soit indirectement au criticisme de ces deux. maîtres !). de L'’effort vigoureux qui s’est produit en France pour

asseoir, sur un acte de volonté ou sur un sentiment que

l’on appelle foi ou croyance, la certitude ébranlée de la connaissance spéculatuve, c'est encore l'esprit de Kantqui renaît, pour essayer cette fois d’endiguer, avec lPauteur de. la Critique de la raison pratique, le septicisme déchaîné par la Critique de la raison spéculative. |

Le pragmatisme anglo-américain qui fonde la certitude sur l'utilité, résulte d’un effortsemblable et témoigne de l'intense intérêt qui s'attache partout aux problèmes dela certitude. : J

L'histoire de la philosophie contemporaine atteste la prédominance des préoccupations critiques dans la pensée: des principaux philosophes actuels, et justifie la place importante faite partout à la Critériologie.

1) Le R. P. Pesch, n'hésite pas à écrire dans son livre intitulé Kant el la science moderne : « Le résullat de notre introduction est donc que le monde moderne qui pense, salue dans Kant l'auteur, le fondement, le support de tout le travail de la pensée allemande ». Introd., p. 26.

5. Division de la Critériologie. — La Crilériologie étant la science de la certitude comprend deux parties, l’une générale, l'autre spéciale. La première étudie la cerlilude, ce qui est commun à toute cerlitude : eile fait l’objet du présent traité. La seconde étudie Les cerliludes diverses que possède l’esprit humain :elle fournira la matière d'un volume distinct de celui-ei.

On indiquera plus loin les divisions de la Critériologie générale.

Avant cela, dans un chapitre préliminaire, nous considérerons la certilude comme un fait psychologique.

Page 1