‹ Critériologie généraleChapitre 20 sur 90 · Erreur fondamentale de Descariés. = · texte numérisé non relu

Erreur fondamentale de Descariés. =

a mal lu, de prime abord, dans sa conscience: à tort, il. s'est imaginé pouvoir douter que deux et trois pussent faire autre chose que cinq, qu'un carré pût avoir plus ou moins | = de quatre côtés; à tort, 1l écrit que, tandis que « avec. dessein et de propos délibéré il veut étendre sa main. de qu il la sent», il est possible qu'il n'ait réellement ni vouloir ni sensation. | L :

1) Pascal et Descartes ont soupçonné l’un et l'autre que saint. : Augustin n'aurait qu'entrevu la portée critique de son analyse du Re doute ou de l’erreur, considérés comme faitsde conscience. On a pis e ve voir qu'ils se trompent. | Lo

D'autre part, Pascal et Descartes lui- -même altribuent explici- Se À tement à l'intuition empirique de la conscience la portée Psy cholo- gique que nous avons donnée ci-dessus à l'expression de Ja e cartésienne. =

Voici comment s'exprime bi « Je suis bien. oigne de dire: tee que Descartes n'en soit pas Îe véritable auteur, quand même il Vis i+2 S l'aurait appris que dans la lecture de ce grand saint, car je sais. 2

combien il y a de différence entre écrire un mot à l'aventure, sans y faire une réflexion plus longue et plus étendue, et apercevoir dans | cemotunesuiteadmirable deconséquences, qui prouve la distinction des natures matérielle etspirituelle » (Pascal,Espr. géom.elraison, HD).

Descartes avait exprimé la même idée dans une lettre, quèn suppose-adressée à M.de Zuytlichem, le II novembre 1640: « Vous m'avez obligé de m'avertir du passage du saint Augustin auquel mon «Je pense, donc je suis» a quelque rapport; je l'ai été lire aujourd'hui à la bibliothèque de cette ville : ét je trouve véritablement qu'il s'en sert pour prouver la certitude de: ‘notre être et. ensuite pour faire voir qu'il y a en nous quelque image de la Trinité; en ce que nous sommes, nous savons que nous sommes, et nous aimons cet être et cette science qui esten NOUS ; au lieu que je men. 4 sers pour faire connaître que ce: moi qui pense est une substance immatérielle et qui n'a rien de corporel; qui sont deux choses fort différentes. » \ É

Le doute n’est possible qu’en présence d’une proposition dont l'évidence n'apparaît pas immédiatement à l'esprit. L'évidence immédiate, soit d'ordre idéal, soit d’ordre réel, exclut le doute, le rend impossible, entraîne irrésistiblement l’assentiment de l'esprit.

Descartes veut pousser le doute réfléchi de l'esprit aussi loin que possible. Fort bien. Donc, conclut-il, il me faut rejeter, ou du moins regarder comme douteuses, foules les connaissances que J'avais jusquà présent tenues pour cerlaines.

Entendons-nous. Il faut regarder comme douteuses les proposilions qui ne sont point immédiatement évidentes, nous l’accordons:

Il faut regarder comme douteuses les Hiopasitious immédiatement évidentes, nous sous-distinguons :

S'il y a un moment où les termes de la proposilion peuvent être appréhendés ensemble par l'esprit, sans que le lien qui les unit lui Jui du même coup, nous l’accordons ;

-.Siles re termesne peuvent êtr e simultanémentpr ésents à l'esprit sans que leur rapport objectif lui apparaisse du même coup, nous le nions. :

Descartes a donc eu un premier tort de regarder, un moment, comme douteux, des propositions idéales et des faits dont l'évidence immédiate ne pouvait pas ne pas entraîner dès l’abord son adhésion. Il n'y a pas, d’ailleurs, que la proposition : « Je doute, donc je suis», qui se présente avec un caractère d’évidence saillante et entrainante ; toute proposition, soil d'ordre idéal soit d'ordre réel,

je quies! sans complexité aucune ne peutêtre saisie par l pe sans déterminer irrésistiblement son adhésion.

Mais enfin, dira-t-on, la supposition du dieu trompeur ou du malin génie, si légère qu’elle puisse être, ne devaitelle pas, dès l’abord, tenir en échec {oute affirmation certaine ? Non.

42. Un vice de méthode. L'hypothèse du malin génie. — Descarles a commis une erreur de méthode, lors-

qu'il a mis en question la valeur de nos facultés avant d’avoir examiné la valeur de leurs actes. Nous ne saisissons point en elles-mêmes nos facultés ;seuls les actes, c’est-àdire les facultés agissantes, tombent directement sous la conscience. C'est donc par l'étude des actes cognitifs que doit débuter l’épistémologie.

Suivre le procédé inverse, c’est vouloir aller de l'inconnu au connu, partir de principes ontologiques que nous n’atteignons pas et ne pouvons atteindre en eux-mêmes, pour juger a priori les actes qui doivent en provenir : un pareil procédé est contraire à la nature des choses’ et aux exigences de la méthode scientifique.

On peut regretter, dit quelque part M. Brochard, que Descartes ait conçu cette hypothèse d'un génie trompeur dont l'influence rendrait suspectes nos facultés cognitives : mais du moment que l'hypothèse était conçue, il fallait loyalement l'examiner, dût le scepticisme en tirer avantage.

C'est cela même que nous contestons. En présence de celte supposition d'un génie trompeur, capable de fausser nos facultés, qu'avait à faire Descartes ?

D'abord, il avait à remettre à plus tard le problème de l'origine de l'âme. Il faut savoir ce qu’elle est, pour induire d'où elle vient. Qu'elle vienne de la matière d'un esprit bon ou mauvais, d'un Dieu créateur, il importe peu pour le moment, ces questions sont prématurées ; le problème immédiat est de savoir si l'intelligence ale pouvoir d'arriver à la science certaine. Si l’on fait voir qu’elle l’a, on aura montré qu'elle n’est pas la dupe impuissante d’un malin génie.

Reste alors la question de méthode. Comment s'assurer que l'intelligence a le pouvoir d'arriver à la science certaine? Il ne s’agit pas d'examiner les facultés en elles-mêmes, pour décider si elles sont sincères ou trompeuses, Ce procédé, étant impraticable, est inévitablement stérile. Descartes devait écarter provisoirement !) par une fin de

1) Nous devrons naturellement revenir sur cette difficulté, mais le moment n'est pas venu de la discuter à fond,

Page 1