L’affirmation de l'existence du sujet pensant
n’est pas une vérité primitive. — L'affirmation de l’exis- :
tence du sujet pensant est à la base des vérités d'ordre réel, mais la vérité des propositions d'ordre idéal est indépendante de l’existence des êtres contingents, indépendante de l'existence du moi aussi bien que de celle du mondeextérieur; par conséquent, l’affirmationde l'existence du moi n'est pas une vérité fondamentale, « primitive » au
1) Les plus chauds défenseurs de la théorie avouent d’alleurs $on inutilité contre le scepticisme moderne, mais ils se persuadent qu'elle a eu sa raison d’être, jadis, contre le scepticisme ancien. Nous croyons que les dogmatistes anciens n’ y ont jamais eu recours et qu'ils ont bien fait. V. Appendice à la fin du volume.
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sens absolu du mot, c'est-à-dire en ce sens qu’elle serait un des fondements nécessaires de toute certitude !).
Lorsque j'énonce, par exemple, que tout être contingent exige une cause, la nécessité du rapport de dépendance entre l'existence d’un être contingent et une cause est évidente, sans qu'il faille asseoir la vérité de ce rapport sur la certitude de l'existence du sujet pensant. |
On a vainement essayé d'échapper à celte réponse en disant : « Que les vérités de l'ordre idéal soient indépendantes de l’existence du sujet pensant, en tant que vérités objectives, personne ne le conteste ; mais qu'il y ait une seule vérité, même de l’ordre idéal, dont la connaissance que J'en ai n'implique pas la certitude de mon existence et n'ait pas cette certitude pour fondement, cela ne paraît pas possible » 2).
Fort bien. Cette réplique suppose donc admis qu'il ya une distinction « entre une vérité objective et la connaissance que J en ai», ou, plus exactement, entre la nécessité objective d'un rapport d'ordre idéal et la certitude que c'est moi, être réel et vivant, qui aperçois ce rapport et y donne monassentiment. Nous ne demandons pas davantage.
Autre chose est dès lors, dans l'énoncé du principe de causalité cilé plus haut, la vérité du rapport objectif de causalité, autre chose la connaissance réfléchie que moi je connais ce rapport, que l'assentiment à ce rapport est ferme et qu'ilestmien. À lius est actus quo intelligo lapidem, alius aclus quo intelligo me intelligere lapidem. Le premier acte est direct, le second est un acte de réflexion psychologique. Puisque le premier peut avoir un objet, indépendamment de la connaissance explicite ou implicite du second, il s’ensuit que l'existence du sujet pensant peut bien s'appeler vérité fondamentale dans un sens relahf, par rapport aux autres vérités d'ordre réel, mais non dans un sens absolu, comme base de toute certitude.
Sans doute, sile moi intelligent n'existait pas, il ne
1) Voir Kieutgen, La Philosophie Scolastique, 4° diss., chap. IT. 2) R. P. Potvain, Annales de Philosophie chrétienne, XXXV, p.76.
penserait pas, sa certitude du principe de causalité ne
s’établirait donc pas; mais, de ce qu’il doit exister dans l'ordre ontologique un sujet capable de penser, afin que.
dans l'ordre ontologique il existe une pensée, il ne suit
pas que la connaissance et la certitude relatives à la chose. pensée Soient logiquement subordonnées à la connaissance
el à la certitude de l'existence du sujet pensant.
L'affirmation certaine de l'existence du moi pensant n’est donc pas le fondement nééessaire de la certitude de
l’ordre idéal, ni par PRRSE TER de loule certitude.
52. Dans quel sens le principe de contradiction est une vérité primitive. — Un principe fondamental doit réunir, suivant Balmèës, ces trois caractères : il faut
qu'il ne relève que de lui-même ; que sa ruine entraîne la
ruine de toute certitude; que l’on puisse, à l’aide de ce principe seul, ramener le sceptique à la vérité !). :
Le principe de contradiction ne relève que de lui-même. On ne peut le nier ou le mettre en doute sans nier ou mettre en doute toute certitude. Il peut servir à ramener le sceptique à la vérité. Ce dernier caractère, il le possède à un titre spécial par rapport aux autres vérités d’évidence immédiate, car il n’en est aucune dont l’évidence soil FE éclatante que celle du principe de contradiction.
Nous disons donc que le principe de contradiction estun
principe fondamental, c’est-à-dire une vérité qui n’en présuppose point d'autre et que toutes les autres vérités présupposent.
Toutefois, il importe de préciser.
Le principe de contradiction ne présuppose aucune autre vérilé :-cela veut dire qu'il n'y a pas de vérité plus simple que lui à laquelle l'esprit pourrait le ramener par analyse et au moyen de laquelle il pourrait être soit démontré, soit {out au moins mieux mis en lumière. |
1) Tongiorgi est du même avis lorsqu'il écrit: « Veritatesistae nulla
egent demonstrationc; omnem demonstrationem refugiunt ; ipsa negatione vel dubitatione affirmantur ». Znstit. phil., I. €. supra
p. 104, en note.
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