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. Le principe de contradiction est logiquement antérieur à toutes les autres vérités : cela ne veut pas dire que, de même que l'affirmation : « J'existe » se trouve à la base de toutes les vérités d'expérience, l'affirmation : « Ce qui est ne peut
pas ne pas être » se trouve à la base de toutes les vérités
- certaines.
— La théorie des trois vérités primitives place ainsi sur le même pied l'affirmation de l'existence du moi pensant et le principe de contradiction, et prétend faire jouer à celui-ci et à celle-là un rôle identique en critériologie.
C’est une erreur.
L'’affirmation de l'existence du moi est une prémisse sur laquelle repose la certitude logique des vérités d'expérience. Le principe de contradictionn’estpoint, à proprementparler, une prémisse ; la raison en est qu'il n'y a aucune utilité à dire, après avoir affirmé un prédicat quelconque d’un sujet donné, que ce prédicat ne peut pas ne pas convenir à son sujet. Ce serait donc un jeu stérile, observe Cajetan !), que d'introduire l'énoncé du principe de contradiction dans la structure d’une démonstration.
Dès lors, il y a erreur à assimiler le principe de contradiction à l’affirmation de l'existence du moi et à les envelopper l’un et l’autre sous l'appellation commune « vérités
- primilives »,
Le principe de contradiction est premier, dans l’ordre
logique, non à titre de prémisse, mais à titre de norme directrice du travail de la pensée. A ce titre, c’est trop peu dire que de | appeler un principe fondamental, il est le principe fondamental, le seul qui le soit véritablement : il est, en ce sens, d’une façon absolue, le premier principe.
Le principe de contradiction, disons-nous, est la norme directrice de toute affirmation qui prétend à la certitude :
ï« din est quia principia ingredi demonstrationem, dupliciter intelligi potest, scil. virtualiter et formaliter. Virtualiter ingredi demonstrationem est virtutem suam ad demonstrationem cooperari, et in propositofitquando id in quo salvatur principiorum virtus, illorum virtuteconclusioneminfertethocmodo non dubium prima principia omnes demonstrationes ingredi, quoniam in omnibuspraemissis,
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il guide l'esprit dans chacune de ses énonciations logiques, il est la condition d'évidence de tout objet de penséecertaine.
Aussi est-il permis de dire que, s'il ne joue jamais et ne: peut jouer le rôle de prémisse démonstrative, il n’en est pas moins compris dans toutes les prémisses qui s'énoncent : car c’est à lui que les prémisses empruntént leur force probante. <
Bref, le principe de contradiction est bien, à sa facon, — comme règle et condition nécessaire d’évidence, — une. vérité primordiale, ou mieux, la vérité primordiale, mais on ne peut, sans confondre des notions disparales, l'appeler, au même titre et dans le même sens que l'affirmation du moi pensant, une vérité primitive. |
Comme nous l'avons dit, il ÿ a deux raisons d'éviter cette confusion.
En premier lieu, l’existence du moi n’est vérité fondamentale que dans un ordre particulier, celui des faits ; le principe de contradiction l’est par rapport à l'anivershlite de nos connaissances. Je puis affirmer qu'une chose ne peut, à la fois, être et ne pas être, sans affirmer que je pense et que J'existe ; mais je ne puis affirmer que je pense et que j’existe, sans affirmer le principe de contradiction. En second lieu,
quae demonstrationem integrant, salvatur primorum principiorum vis, qua conclusionem inferunt, roborant et confirmant, sicut in omnibus causis secundis vis primae causae operatur... Formaliter autemingredidemonstrationem estsecundum seipsumin demonstrationeassumi.Quod quia multipliciterin proposito fieri potest, distinctione estopus...Tertio modo potestintelligi de principiisprimisin sua communitate in actu exercito, puta À est ens et non ens. Et similiter quarto modo potest intelligi de principiis primiscontractisin actu exercito, puta À est mobile et non est non mobile. Et neutro horum modorum principia prima demonstrationem ingrediuntur ostensivam, quia superfluitatem demonstratio abhorret, vanum autém est postquam affirmavimusaliquid de aliquo addere negationem contradictorii abeodem, sufficit enim affirmasse. Si enim intendimus demonstrare mundum non esse infinitum, sed finitum, non oportet assumere :omne corpus est finitum et non est inRnibutm. sed sufficit dicere : omne corpus est finitum ; mundus est corpus: ergo,etc...Nihil enim minus vel magis efficax redditur demonstratioillius substractione vel additione ». Cajetan, in I Post. Anal. XII.
l'affirmation del’existence du moi est une prémisse, au sens rigoureux du mot, dans les connaissances d'ordre réel : Le principe de contradiction, au contraire, n’est prémisse de démonstration que d’une façon virtuelle.
53. L'aptitude de l’esprit à connaître la vérité n’est pas une vérité primitive. — Tongiorgi et ses partisans transforment ici encore un principe ontologique en une affirmation logique.
Si vous n'admettez pas, nous dit Tongiorgi, avant toute enquête sur les fondements de la science certaine, ante omnem philosophicam inquisilionem, que l'intelligence est apte à connaître la vérité, c'est-à-dire, selon l’explication de l’auteur même de la théorie et de ses partisans, apte à connaître les choses telles qu’elles sont réellement, vous n’arriverez jamais à une conclusion dogmatique.
En face des théories du doute universel, réel ou méthodique, qui proclament Linäptitude essentielle de l'intelligence à saisir le vrai, il n’y a pour le dogmatisme qu'une seule attitude possible, c'est l'affirmation fondamentale, antérieure à toute recherche particulière et à toute discussion, de l'aptitude native de l'intelligence à connaître les choses telles qu’elles sont.
Supposé, en effet, que vous doutiez de l'aptitude de l'esprit à connaître la vérité, vous douterez nécessairement de son aptitude à connaître n importe quelle vérité et, dès lors, vous serez logiquement conduit au scepticisme universel.
Que faut-il penser de ces affirmations ?
Si l'intelligence ne possède pas réellement, en fait, l'aptitude à connaître la vérité et, ajoutons-le, à connaître qu’elle connaît la vérité, jamais elle n’arrivera à une connaissance certaine, nous l'accordons.
Mais s’ensuit-il que, sous peine de n’arriver jamais à la .
vérité et à la certitude, nous devions affirmer a priori l’existence de cette aptitude de l’inlelligence ? Il serait arbitraire de le prétendre. | L'aptitude à connaître la vérité est une des conditions réelles, ressortissant à l’ordre ontologique, de la science
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certaine. Lachose s’entend d'elle-même. Pour qu un n effet se
produise, il faut que sa cause existe. L'effet, ici, c'est la connaissance certaine de la vérité ; il ne se produirait évidemment pas s’il n’y avait, dans la réalité, une cause de à le faire exister, c'est-à-direune puissance cognitive capable de connaissance vraie et certaine. Re, Mais le savant professeur du collège Romain trans par dans l’ordre logique ce qui n’est accordé Le pee r UE
ontologique !). d
De ce que la cause précède réellement son effet, suit- il que la connaissance de la cause ie nécessairement précéder celle de l'effet ? | HER
Évidemment non,
Pour faire une bonne digestion, il faut un bon Re
Pour produire une connaissance vraie et certaine, il faut
une intelligence douée de l'aptitude à bien juger, avec vérité Fe
et certitude.
Mais, de même que je puis avoir conscience de faire une bonne digestion, sans avoir, au préalable, fait l’étude microscopique et chimique de la muqueuse de l'estomac et l'analyse des sucs qui contribuent à la fermentation et à la digestion des aliments, de même je puis connaître le vrai et
avoir conscience que je le connais, avant d’avoir ouvert une
enquête sur la valeur de ma faculté RUES aux pue LPS
avec la connaissance des choses. CIE Il y à un moyen naturel et simple de me renseigner sur la puissance digestive de mon estomac, c'est de le laisser
digérer ; s’il des ‘apparemment c'est qu’il est apte à Le
digérer.
De même pour me rEnSeIRRER sur la nn dema faculté A SE
intellectuelle, je n’ai qu’à la laisser aller spontanément à à la
connaissance des principes et à celle des faits qui se passent “en moi. Je constaterai qu’il y a des connaissances auxquelles
1) D'après le R. P. Potvain, Loc. cit., les partisans de la théorie que nous discutons n’auraient pas confondu les deux ordres logique et ontologique. Voir à la fin de l’ appendice les textes qui appuient notre façon de voir.
elle ne s'attache pas d’une façon définitive, mais aussi qu’il y en a d’autres auxquelles elle adhère avec une fermeté inébranlable ; ces dernières connaissances nous les disons certaines. |
Si je puis avoir conscience que ces certitudes sont motivées, qu’elles sont déterminées par le caractère d'évidence objective des propositions, j'aurai alors le droit d’affirmer, pour lavoir vue à l’œuvre, pour Favoir reconnue dans un fait, dans un acte, l'aptitude de mon intelligence à connaître la vérité. |
Ainsi comprise, l'affirmation de cette aptitude n’est pas un postulat, logiquement antérieur à tout jugement certain, « une vérité primitive » ; c’est une inférence tirée du faitque nous avons conscience d'émettre des jugements motivés.
54. Conclusion du Chapitre IL. — Ces dernières lignes résument l’idée essentielle du chapitre. Autant 1l est arbitraire de préjuger, avec les partisans du doute universel, soit réel, soit méthodique, l'incapacité foncière de la raison humaine pour le vrai, autant il l'est de considérer comme acquise, dès avant de franchir le seuil de l’épistémologie, l’aptitude générale de la raison à connaître la réalité telle qu'elle est.
Il convient donc de prendre, entre les deux attitudes contraires, des sceptiques etdes dogmatistes outrés, une attitude intermédiaire ; c’est elle que nous considérons comme l'expression rationnelle du dogmatisme.
-CHAPITRE MIE. 22 Le dogmafisme rationnel : . Le es
SOMMAIRE SSL épistémologie présuppose ed ho sponfanées. — 56. De l'état initial de l'intelligence relativement à la valeur de nos facultés cognitives. — 57 De l'étai initial de l' intel- An ligence, en présence de ses ac/es cognitifs et, d'abord, en présence de ses jugements médiats. — 58. De l'état initial de l intelligence * en présence des jugements immédiats. — 59. Conclusion des