‹ Critériologie généraleChapitre 32 sur 90 · L'apologie de Pascal. — On a beaucoup discuté si · texte numérisé non relu

L'apologie de Pascal. — On a beaucoup discuté si

Pascal est sceptique ou s’il ne l'est pas.

Il faut s'entendre. Il ne s’agit pas de contester la foi profonde et ardente de l’auteur des Pensées. Il faut n'avoir

jamais lu dans le calme ces pages incomparables où sont exposées « la nécessité d'étudier la religion, la preuve de

la religion par les contrariétés qui sont dans l’homme, l'iuulité de toute connaissance de Dieu autre, que celle que l’on

1) Défense, pp. 613-614.

2) Ouv. cité, p. 620.

obtient de lui par Jésus Christ», elc.; pour mettre en doute la foi du grand chrétien de Port-Royal.

Mais la question qui se pose en philosophie est de savoir si la doctrine des Pensées pose une base rationnelle à la certitude. Pascal, comme Bonald et Lamennais, a en vue les. vérités qui importent à la morale et à la foi religieuse, l’existence de Dieu, l'existence d’une vie future où les bonnes. actions trouvent leur récompense, les mauvaises leur châtiment. Or, selon lui, la raison naturelle, sans la grâce, neparviendrait à aucune solution. Assurément, les Pyrrhoniens ne démontrent pas leur scepticisme, mais, d'autre part, les dogmatistes n’ont pas de réponse décisive à opposer au pyrrhonisme. Que fera donc la pauvre raison humaine ? Douterat-elle de tout ; doutera-t-elle si elle doute ? Elle ne le peut. Elle est dans l'impossibilité de ne pas croire. Croira-t-elle ? A-t-elle des raisons de croire ? Les erreurs dont la série forme son histoire, lui font une loi de se défier d’elle même.

Elle n'a donc qu’à fermer les yeux, « s’abêtir », prendre le parti de vivre de manière à préparer l'âme à l’action de la grâce. Celle-ci ne lui sera point refusée. Alors, la raison éclairée par la foi comprendra le mystère de sa nature : La nature humaine est corrompue à fond, incapable soit de voir le vrai, soit de pratiquer le bien ; mais elle a la ressource de s’humilier, de confesser son néant et sa malice : moyennant cette préparation intérieure, la grâce de l’'Homme-Dieu rédempteur la touchera et elle possédera en elle le principe de la connaissance de la vérité et de la sainteté de la vie.

Au choix, selon le point de vue auauel on se place pour le juger, l’on dira donc que Pascal est sceptique ou qu'il prêche un dogmatisme mystique. |

Pascal philosophe est sceptique, ou mieux il ne sait même pas si le scepticisme est inférieur ou supérieur au dogmatisme : la solution du problème fondamental de la certitude rationnelle est pour lui un jeu de Colin-Maillard, un coup de dé, un pari.

Mais Pascal chrétien est un convaincu, un apôtre, un apologiste fervent.

Nous est avis que nier la solubilité rationnelle des pros blèmes philosophiques, soumettre l’homme à la nécessité absolue de demander à une Foi surnaturelle leur solution, c’est renoncer à la philosophie.

L'auteur des Pensées se range du côté des idésstes. le plaisir âpre qu’il prend à cinglerlanature humaine témoigne qu'il est étroitement apparenté aux traditionalistes. Cependant, pour déterminer l’homme à chercher un refuge dans la Foi, il ne s'adresse pas à la raison raisonnante en laquelle il n’a nulle confiance, il invoque les raisons du cœur. Par ce côté, il appartient plutôt au groupe des subjectivistes auxquels nous aurons affaire à l'Article IT.

À dire vrai, nous avons parlé de Pascal sous l'empire de circonstances extrinsèques; à cause de l'importance considérable qui lui est accordée aujourd’hui, En fait, les Pensées sont une œuvre d’apologétique chrétienne, non de critériologie rationnelle.

Revenons aux écoles traditionalistes.

Au traditionalisme de Bonald et de Lamennais se rattache un groupe important de disciples qui, sans renier les principes de leurs maîtres, y apportèrent un tempérament.

66. Le traditionalisme mitigé. — Bautain, Bonnetty, Ventura, Ubaghs et plusieurs desescollègues de l’Université de Louvain retinrent du traditionalisme primitif ce principe que la raison individuelle est impuissante à se former des certitudes sur l’existence de Dieu, sur la loi morale, sur l’immortalité de l'âme et l'existence d’une vie future ; elle les doit à la société, organe d’une Révélation primitive. Mais à ce principe ils apportèrent un tempérament au moyen de cette distinction : La raison est incapable, disent-ils, de découvrir les vérités fondamentales de l’ordre moral, social, religieux ; néanmoins, lorsque, par la foi à la Révélation divine, elle est entrée en possession de ces vérités, elle n’est pas incapable d'en comprendre la démonstration rationnelle !).

1) Le 15 septembre 1834, Mgr Lepape de Trévern, archevêque de

(hu

Quant au langage, dont Bonald avait fait le véhicule des idées révélées, il n’est plus, chez les semi-traditionalistes, que la condition sine qua non ou la cause excilatrice nécessaire des connaissances humaines 1!) |

Aux théories extrinsécistes exposées jusqu'à DÉS lon

peut rattacher l’éclectisme de Victor Cousin.

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