‹ Critériologie généraleChapitre 39 sur 90 · ET PRE EE · texte numérisé non relu

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77.Les croyances morales et religieuses de la raison pratique. — Au xvm® siècle, en Angleterre et en Ecosse, lesproblèmes philosophiques étaient dominés par des préoccupations morales. Deux tendances contraires y étaient aux

prises. La doctrine de Hobbes devait mener à des consé- quences sauvages, celle de Hume à l'égoïsme ; Shaftesbury,

Butler, Hutcheson, Adam Smith, s'étaient révoltés contre 1 première, Thomas Reid luttait contre la seconde. Entre ces

deux courants opposés, quelle place prendra Kant ?

ILest certain qu'il lut, entre 1760 et 1770, les ouvrages des Anglais etdesEcossais. Ausurplus,ilavaitpourJean-Jacques Rousseau, qui fonde la morale et la religion sur le sentiment, une admiralion sympathique.

En réalité, identifier le devoir moral avec desinclinations sensibles, ainsi que le veut Hume, c’est un non-sens. Car,

d’une part, à quoi bon faire d’une impulsion naturellement

irrésistible l’objet d’un devoir ? D'autre part, n’éprouvons-

nous pas que les instincts sont souvent en conflit avec le devoir et que la dignité morale de l’homme vertueux consiste ‘ à préférer celui-ci à ceux-là ?

Vouloir faire sortir le devoir moral d'une inclination natu-

relle, quelle qu’elle soit d’ailleurs, c’est tenter l'impossible Les moralistes anglais et écossais s’étaient imaginé qu’un «sens moral » qui inclinerait le cœur à la bienveillance, à la

sympathie, à l'intérêt bien entendu, serait capable d’engendrerdans la conscience le sentiment du devoir. Kantaperçut

leur méprise. Respecter la vérité, parce que ma bonne répu- - {ation le demande, ce n est peul-être pas mal faire, se disaitil, mais certes ce n’est pas agir moralement. La loi morale

m'oblige à être sincère, sans avoir souci de ma réputation.

Tenir parole envers un ami, parce qu'il y va de mon intérêt,

ce n’est pas accomplir un acte moral. La morale me com-

mande d’être fidèle à mes engagements, dût mon intérêt en

souffrir. Pour apprécier sainement ce que la morale réclame, je n’aiqu’à mettre de côté ma personne, mes intérêts propres, ét me dire : Comment voudrais-je qu’un autre agît s'il était à ma place? Je me rendrai mieux compte, alors,que la morale

ne fait pas d'acception de personnes; elle domine les intérêts individuels et en exige, au besoin, le sacrifice.

La loimoralen’est donc pas dépendantede conditions parti-

culières : elle est un impératif calégorique. Elle ne consiste pas à imposer tel ou tel acte déterminé ; l'objet de l’acte, le «contenu moral » importe peu, ce qui importe, c'est de faire le bien commandé parce que c’est le bien. La loi morale

est donc une pure forme : Fais ton devoir parceque c'esl le

devoir. Aussi Kant appelle-t-il la théorie de l’acte moral, une métaphysique, la « Métaphysique des mœurs ». La loi morale exclut toute recherche intéressée ; elle ne commande donc pas un acte en vue d’un bien ultérieur ; elle se suffit à elle-même, commande le bien pour lui-même, comme /in absolue. ne Enfin, la loi morale, parce qu'elle est étrangère à l'intérêt individuel, estune loi universelle. | |

D'où ces formes kantiennes de la loi morale : Agis de telle

sorte que l'humanité soit toujours, en ta personne ou en la

personne d'autrui, une fin, non un moyen.

Une volonté qui se conformerait à un idéal de bonté exté-

rieur à elle, ou qui obéirait à une autorité étrangère, serait sous l'empire d'une loi « Aétéronome » ; la loi véritable de la

moralité est « autonome » ; la raison pratique (la volonté) trouve en elle-même la loi desapropreactivité. D'où cetautre principedela morale kantienne : Considère l'idée delavolonté detoutétre raisonnable comme l'idée d'unevolonté dictant des lois universelles. | |

Telle est donc la loi morale. |

Que présuppose-t-elle ? Les présuppositions inséparables de la loi morale sont appelées les « postulats de la raison pratique ». |

Kant en pose trois. ;

1.Si je dois agir conformément à la loi morale, c’est que je le puis. L'existence de la loi morale prouve doncque l'homme est libre. Dans l’ordre logique, la notion du devoir conduit à celles de responsabilité moraleet deliberté, mais,dans l’ordre ontologique, c’est la liberté qui rend possible le devoir

moral : la loi morale est la ralio cognoscendi de la liberté, la liberté est la ratio essendi de la moralité. Comment parier d'actes libres, alors que la Critique de la raison théorique pure a montré que tous les événements qui s'accomplissent dans le Lemps sont régis par un délermi-

-nisme absolu ? |

Kant répond que les actes de l'homme, considérés comme événements qui tombent sous l'expérience sont, en effet, adéquatement déterminés par des antécédents. Le caractère propre à chaque individu est la raison suffisante et nécessaire de toutes ses déterminations volontaires. Mais, au delà du monde phénoménal, conditionné par l'espace et par le temps, où se déroulent les actes expérimentalement connaissables, il y à un monde intelligible où 11 y a place pour la liberté. Comment entreces deux mondes une relalion est-elle possible ? Si la liberlé intervient activement dans le jeu nécessaire des phénomènes, comment n'y brise-t-elle pas la chaîne de la causalité ? Si elle n’y a pas d'action, à quoi bon imaginer son existence dans un monde qui, du coup, devient absolumenlinaccessible à laconnaissance humaine?

Le criticisme kanlien n’a pas de réponse salisfaisante à ces questions fondamentales.

Quoi qu'il en soit, la doctrine morale de Kantne s'arrête pas à ces deux vérités : l'existence dela loi moraleetlaliberté. Elle en infère deux conclusions ultérieures : la survivance indéfinie de l'âme dans une vie ullra-terrestre et l'existence

de Dieu.

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