CNTÉRIOLOGIE es
pour façonner des concepts», »,il demeureraitinévitablement | étranger au monde Se tue Re Ce = Mais l’homme possède un sens mystérieux qui recoit les impressions du vrai, du beau, du bien moral. L”’ objet de ce. sentiment spirituel (Geislesgefühl}est antérieur au raisonnement, nous ne le percevons pas, nous y croyons ?). Grâce : à a la présence de ce sentiment en toute âme humaine, lhuma- : nité échappe au doute qu’engendreraient inévitablement Jess contradictions des systèmes rationnels. En Alma Jacobi, Schleiermacher, de Welle ; en France, Jean-Jacques Pois Ben) amin Constant ont ainsi opposé aux systèmes raisonnés qui trompent, le sentiment rationnel, le sentiment moral, le sentiment esthétique ? ‘qui, disent-ils, ne e trompe pas. Fe 3 Æ +, oi :
S0. La philosophie ra tonnelle de oftes Ne aaons entendu Jouffroy se plaindre du vide de la philo" à sophie écossaise. Désespérant de l enseignement de ses maîtres,où ilne rencontrait rien, dit-il, qui fût clair ou qui parût nméthodiquement cherché et scientifiquement trouvé, il avait jugé « plus court de bâlir à neuf que de construire avec . des matériaux CREUSE 5). Il commença pal le problème. 5
Fr
1) « L'intelligence agit par ne intennadtiese visibles, tangibles, par les organes corporels ; la raison n'emploie pas d'organe, elle ne se A à nous que d'une façon invisible, par le sentiment ». Ibid.
« Lorsque quelqu'un affirme devant nous qu'il sait quelque 4 Fee nous sommes en droit de lui demander : comment le Savez vous ? Inévitablement, il en arrivera en fin de: compte à faire appel à une impression sensible ou à un sentiment spirituel. Ce que nous savons par un sentiment spiriluel, nous y croyons. On ne saurait que croire à la vertu et, par voie de conséquence, à la liberté, à l'esprit et à Dieu. Or, l'impression qui sert de fondement à la science, au sens spécial et usuel du mot, c'est-à-dire à la connaissance dont l'objet est fourni par l'intuition sensible, cette i impression n'est pas plus à la hauteur du sentiment, lequel sert de base à la science de la foi, que l'espèce animale n'est à la hauteur de l'espèce humaine, la matière au niveau de l'esprit, la nature égale à son auteur ». Fée
5), Jouffroy, Nouveaux mélanges, p. 97.
capital qui le hantait sans lui laisser ni repos ni trêve, celui — de la destinée humaine.
« Ne pouvant supporter l'incertitude sur l’ énigme de la destinée humaine, je résolus, dit-il, de consacrer tout le temps qui serait nécessaire, el ma vie, s’ille fallait, à celle recherche. C’est par ce chemin que je me trouvai amené à [a philosophie, qui me sembla ne pouvoir être que cette recherche même » !).
Les efforts du malheureux Jouffroy furent vains : il descendit par degrés la pente du découragement, puis du scepticisme. Il en fait lui-même l’aveu en ces termes :
‘ Je nespérais nullement arriver à résoudre ces {rois questions : La vérité est-elle ? Qu'est-ce que la vérité ? Ft comment la décou- vrir ? Il me paraissait évident qu'il y avait là plus d'énigmes que la raison n'en pouvait résoudre > ?), « Au-dessus de toutes les sciences humaines plane un doute, car il est possible que fout ce qui nous paraît vrai ne le soif pas. Mais faire de la solution de ce doute l'objet d'une science humaine, c'est se moquer : et les philosophes qui ont sérieusement poursuivi la solution de ce doute, n’éfaient pas dans leur bon sens » *). Ef ailleurs : « Nous croyons le scepticisme à jamais invincible, parce que nous regardonsle scepticisme comme le dernier mot de la raison sur elle-même ».
Cependant, Jouffroy ne veut pas s'arrêter au scepticisme. 5 11 se reconnaît incapable de découvrirla vérité, s’il ne peut se fier à sa raison, il veut croire ; à la base de ie Sy ance, il pose « un acte de loi aveugle, mais irrésistible, à la capacité foncière de l’entendement à connaître la ».
= « Croire, c'est considérer comme vraie une certaine c@nnaissance ». On peut ne pas voir qu’une proposition est vraie, et pour ce motif en douter, et simultanément la considérer comme vraie; y adhérer ef, dans ce sens, y croire.
1) Jouffroy, p: 84.
2) Ibid., p. 109.
5) Ibid., p. 159,
184 | CRITÉRIOLOGIE | re
Il est impossible de ne croire en rien: « croire est une nécessité universelle »;« les sceptiques n y échappent pâs plus que les autres ». Sceptiques ef dogmatiques croient, d'une foi aveugle mais irrésistible, à la capacité foncière de l’enfendement à saisir la vérité, et cette première croyance est à la base de toutes les autres. Donc, en der. nière analyse, « un acte de foi aveugle, mais sir sible tel est le fondement de foute croyance >» :).
81.Le néo-criticismeet la philosophie dela croyance. — Renouvier fut, en France, l’iniliateur d'une Ecole où les idées ie des deux critiques de Kant vs droit de eilé. : À
Avec le philosophe allemand, Renouvier dédare la mélaphysique impossible; il ne er oitpas « à la science rêvée par. les philosophes, à à la science universelle qui ne s arrélérail qu'aux premiers principes el à la fin dernière des choses » « la science totale ne peut ètre, dit:l, que la synthèse tabs el unique des phénomènes donnés » ?).
Mais, d'autre part, la vie moraleades exigences qu'il fut, écouter. Le sentiment et lPinstinel qui nous guideront dans ce domaine ne nous conduiront pas à des conclusions scientifiquement cerlaines, mais nous donneront néanmoins des probabilités, Ta vraisemblance.
« La critique, dit Renouvier, ne nous impose nullement l'indifférence, et en quelque sorte l'abstention, sur les problèmes intéressant la vie morale, L'homme ne consentira jamais à borner ses désirs et ses espérances à ce quil embrasse de sa vue sensible, aux êtres du moment, aux phénomènes immédiatement donnés. Il y a, au delà du monde de la science, une région inconnue où le sentiment et l'instinct se porteront foujours, et où la spéculation éllémème sera amenée à discuter sur les probables. Il s'agit de se livrer à certaines conjectures, d'interpréter l'existence du tout, de manière à rendre plus
1) Cfr. Gayte, Essai sur la Croyance, pp. 27-29 : Paris, Cros Ballière, 1883. :
) V. G. Séailles, dans la Revue des Cours el Conférences, 30 avril et 21 mai 1896. ; |
a a $ = de æ ESSAIS DE SOLUTION DU 1°? PROBLÈME CRITERIOLOGIQUE 185
intelligible la partie que nous häbitons et surtout de satisfaire dans ces hypothèses aux exigences de la vie morale. Sur des problèmes inévitables comme celui du gouvernement moral du monde, il n'y a pas à chercher de solutions mathématiquement démontrables, mais
des systèmes qui s'opposent ef proposent à la discussion leur vraisemblance et leur probabilité » !)
Bon nombre d'auteurs français ont reparcouru, à la suite de Lequier et de Renouvier, les deux étapes, l’une négalive, l’autre dogmatique, du crilicisme kantien.
Avec l'auteur de la Critique de la raison spéculative, ils tiennent que la certitude n’est pas objective, absolue, mais subjective, relative.
< La formation de la vérité dans la conscience, purement objective dans Descartes et dans Malebranche à cause de la passivité de l'intelligence, devient, avec Kant, subjective, une sorte de création. Ce caractère de la vérité reconnu, il doit s’ensuivre une certaine défiance à l'égard de sa réalité objective... ?} Dans une thèse présentée à la Faculté des Lettres de Paris, M. Payot écrit : « La psychologie est venue rejoindre par la voi inductive la conception kantienne, elle explique tout du dedans, et la réalité ne peut plus être pour nous que la broderie formée par nos sensations auditives, visuelles, tactiles etc. sur une frame de sensations musculaires de présence constante, nécessaire pour nous, frame qui forme le fond solide et résistant de la notion objectivité » 5). Et comme conclusion ; « Nous avons ainsi abouti à un scepticisme intellectuel irrémédiable. et renconfré, par une
méthode purement psychologique, la conclusion de la Critique de la raison pure de Kant » “).
Avec l’auteur de la Critique de la raison pralique, les néo-
crilcistes accordent à la raison pratique la primauté sur la raison pure. |
1) Revue cit., n. 27, pp. 458-459.
2) Tbid., p. 21.
5) De la Croyance, p. 32 ; Paris, Alcan, 1895. 4) Zbid., p. 247. |
186 | GRITÉRIOLOGIE A D Re
Kant croyait à trois postulats : les néo-kantiens estiment SE qu’à la base de loute démonstration il y a un postulat, au cœur de fout assentiment une croyance dictée parune affir- re mation libre de la volonté. D'après l'intellectualisme classique, la certitude a pour cause l’action nécessitante de l'évidence objective sur Pintelligence; d'après la philosophie de la croyance, au contraire, les mobiles passionnels, la volonté libre décideraient en dernier ressort de la certitude, tant réfléchie que spontanée et, par voie de conséquence, de Fe
la distinction fondamentale entre l’erreur et la vérité. La vérité n'est-elle donc autre chose que lobjé de nos à désirs, l'erreur celui de nos haines ? vire
On n'oserait aller ouvertement jusque- là. Faute der mieux, plusieurs cherchent dans l’accord des Lee un critère, au moins provisoire, se vérité. | Sa
Le
« Le critère de la vérité, c ‘est le concert des esprits Chen par le sincère effort de chacun d'eux pour étendre et pour ordonner le ue de ses représentations » 7). < Quand tous les penseurs seront d'accord sur un point, ce point sera acquis à la science » 2), « Sans doute, æ. ce contrôle mutueln'aura pas pour résultat une certifude purement objective, mais subjective en somme et morale. Pourquoi en gémir ? ? Elle est la seule possible. Il faut avoir le courage des + résoudre » 5), : 4
Les deux arguments principaux de la léorie sont d ordre Si cholobtoes
Il existe entre les hommes des contradictions sincères. Donc il n'y a pas de norme infaillible du vrai, mais des intérêts opposés, sources d’ affirmations et de négation Lie se contredisent.
[n’y a pas de jugement qui ne prête le flanc à l’ objection, pas de vérité que la réflexion ne puisse mettre en doute. Donc, tant que la volonté n’aura pas décidé de couper court
1) Ch. Secrétan, LePrianpeus la morale ; Rev. philos., 2 XII, p. 38.
2) Gayte, Ouvr. cit., p. 135.
5) Ibid.
à la réflexron et, par voie de conséquence, au doute, il n y aura pas de de. La certitude relève Gnole dent d’un acte libre de la volonté.
Le néo-criticisme, dont nous venons d’esquisser les lignes principales, a rencontré en France des sympathies nombreuses parmi les hommes d'ordre qui, ayant perdu confiance dans la raison spéculative, sont demeurés néanmoins soucieux de défendreles derniers remparts de l’ordre social.
Le désir de concilier avec les conclusions négatives de la raison théorique les exigences de la conscience morale et de l’ordre social a provoqué plusieurs tentatives dedogmatisme
- subjectiviste que, faute de terme plus précis, nous appelle-
rons dogmalisme social.
82. Le dogmatisme social. — M. Arthur Balfour, homme d'Etat aux vues larges et aux sentimentsélevés, a publié sous ce titre : Foundalions of belief, Les bases de la croyance, un ouvrage qu'il considère comme une introduction à la théologie. En réalité, c’est la discussion philosophique des it de la moraleetde la science certaine. Une pareille discussion, dit l’auteur, peut être, à bon droit, regardée aujourd'hui comme le préliminaire obligé de la théologie, car « les batailles décisives de la Religion se livrent aujourd'hui au delà de ses frontières ».
M. Balfour prend à partie, avec une extrême courtoisie d'ailleurs etune grande discrétion, les leaders de la pensée
philosophique en Angleterre, Herbert Spencer, John Mill,
Huxley. Leur philosophie est appelée par Balfour le « naturalisme », terme assez vague qui sert d'étiquelte commune à des’ expressions nuancées d’un empirisme phénoméniste à la fois idéaliste en matière scientifique et déterministe en ce qui concerne la moralité.
Les prémisses du naturalisme devraient amener logiquement ceux qui les posent, à nier la morale, l'esthétique, la religion.
Or, l’homme et la société ont Es d'aimer le bien, d admirer le beau, ils ne peuvent se passer de religion : dès lors, que faire ?
188 | CRITÉRIOLOGIE bus
Hépudier, au nom de la raison, les principes mêmes d qe part l’agnosticisme ? -
Ce serait la seule solution, logique el pratique en même temps, mais l’homme d’Elat anglais recule devant une lutte corps à corps avec l'ennemi qu'il a débusqué. Même, sur le térrain abstrait des idées, il ne s’interdit pas envers lui ‘ certaines complaisances compromettantes. Ilsemble croire que la conscience qui n’aurait pour guide que la spéculation rationnelle seraitemmurée dans le moi, comme |’ état Fos | incapable d'atteindre la réalité extérieure. |
Mais alors, faute d’un retour aux principes traditionnels au moyen d'une saine ossi critique, à quelexpédient: recourir ?
À l'autorité. | | |
L'autorité est cet ensemble d’influences suggestives, sorlies du milieu social el auxquelles nous obéissons d’instinet. Balfour les appelle « non rational causes », des motifs de conduite qui ne sont point des raisons. Or, dit-il, nous vivons
plus d'autorité quederaison. La certitude vientdela coutume
plutôt que de la raison : « Certitude is found to be the child,
not of Reason, but of custom ». Ce qui détermine l’orienta-
tion de notre vie, c'est bien plus le «climat psychologique » que la réflexion personnnelle. L'esprit général d’une époque,
l'éducation première, les influences quotidiennes de la famille, des amis, du journal, des partis, des sociétés reli-. gieuses dictent la plupart de nos jugements. Etiln’yapas … lieu de nous en plaindre. Car, s’il nous fallait, à un certain
âge denotrevie, reviser rationnellement toutes les croyances
dont s'inspire notre vie pratique etremettreen questionnotre assentiment jusqu à ce que la revision en fût achevée, nous serions, dans l'intervalle, comme des êtres suspendus en l'air, s épuisant à eier quelque part un pied de terre ferme qui toujours nous échapperaïit.
Force nous est donc de combattre les conséquences immorales et antisociales de l’agnosticisme au nom de l'autorité.
Mais ici une nouvelle difficulté surgit.
Quelle autorité se fera écouter ?
L'autorité civile ? Où sont ses titres ? Si rien n’est intrinséquement bon, pourquoi serait-1l bon de lui obéir ? Pourquoi serait-il mauvais de préférer l'anarchie ?
L'autorité religieuse ? Mais la même difficulté se représente. Du reste, les nations protestantes n’ont plus d’autorité religieuse. La Bible, dépôt unique dela Révélation, estlivrée de droit, chez elles, à l'interprétation de chacun. De société religieuse, 1l n’y en a plus. Il n'existe, en fait, ni Eglise protestante, nihiérarchie constituée et pratiquement reconnue, nl pouvoir suprême définissant les doctrines à croire, les re à accomplir.
Que conclure ? Il ne faut pas chercher à justifier rationnellement les titres de l'autorité ; à défaut de « raisons », il faut se contenter de « motifs » d'action.
La raison spéculative n’est pas assez puissante pour réduire à néant les principes de l’agnosticisme ; l'autorité en répudieles conséquences immorales et antisociales, mais ne parvient plus à obtenir de la raison une adhésion certaine et efficace ; il reste une dernière ressource. La foi à l'autorité n'est pas rigoureusement certaine, ilest vrai, mais les hypothèses qui servent d'appui au déterminisme et à l'agnosti- cisme le sont moins encore. Donc, fions-nous à nos faculés, prenons pour norme de nos croyances morales et . la poussée instinctive de notre âmé, «non ralional impulse», bref, croyons à l'autorité il morale,auhbrearbitre, à la Providence ; croyons même « que Dieu ne vit pas loin de nous, qu'il s’est fait homme pour nous et a éonsenti à habiter parmi nous »; la moralité de la vie aura son explication, l’ordre social son fondement, el nous posséderons mieux le sentiment de l'accord de notre nature avec elle-même et le sens de l'équilibre général des choses, « sense of consistency », condition sine qua non de ce repos que l’ascétisme chrétien appelle la paix intérieure.
Dans des conférences qui eurent du retentissement, plus récemment dans une étude critique de la sociologie de Comte, Sur les chemins de la croyance, utilisation du positivisme, M. Brunetière a plaidé une cause fort semblable à celle de M. Balfour. Celui-ci s’altaquait au « naturalisme », le
190 CRITÉRIOLOGIE e
polémiste français s'attaque «à la philosophie du xvrn® siècle, dont l'esprit vit encore parmi nous » !). Avec tous les philosophes « dignes de ce nom — notamment Kant, Spinoza, | Pascal, Auguste Comte — M. Brunetière entend se soucier «de la pratique ou des applications bien plus que de la théorie» ?). Prenons done la question pratique qui préoccupe le plus les esprits à l'heure présente, la question sociale. Celle-ci est, avant tout, d’après lui, une question morale ; «scientifique, politique, économique donc, si l’on veut, mais secondairement, accessoirement ou de surcroît, la question sociale estprincipalement, et d'abord une question morale ». Or, la question morale est une question religieuse. Cela veut dire « premièrement et en fait, qu’on ne connaît point dans l’histoire de système de morale qui ne soit l'application à la conduite humaine d’une conception religieuse; cela veut dire, en second lieu, que la raison ne sauræt concevoir d'obligation ni de sanction qui ne soient ultra ou suprarationnelles ». S D'où la conclusion : « Les questions Sociales étant des questions morales, el les questions morales des questions religieuses, les questions sociales sont donc, en dernière analyse, des questions religieuses » 5). | EE C'est là « l'équation fondamentale » dont voici la formule :
Sociologie — Morale Morale — Religion d'où : Sociologie — Religion
Nous voici donc amenés en face du problème religieux. La raison est incapable de le résoudre ; nous avons entendu déjà le brillant académicien nous dire : «La raison ne saurait concevoir d'obligation ou de sanclion qui ne soient ultra ou supra rationnelles ». Ailleurs, il écrit : «Une société vraiment
1) Sur les chemins de la croyance. Première Partie : L’ Utilisation du positivisme, 4e éd., p, 231. 9
2) Ouvr, cit., p. 242. | sp
Er
conforme à la raison seétfait inhabitable ». « La raison a si
peu de rapports avec la vie que, sitôt qu'elle entreprend de la régler, elle la trouble. Ses inspirations ne servent qu’à nous déshumaniser !) ». : | D'où l'alternative : Ou l'équation fondamentale restera sans solution, ou la société acceptera une solution qui lui sera proposée ou imposée par une autorité extérieure. En réalité, l’homme a « besoin de croire ». Il est dans sa
ee nature de croire. « On n'a pas jusqu'ici triomphé du besoin
de croire, on n’en triomphera pas, parce qu'il est le fonde-
mentou, si vous l’aimez mieux, la condition de toute morale, de toute science et de toute action » ?).
«Mais le besoin de croire implique nécessairement la constitution d’une autorité qui fixe la croyance, ou plutôt qui la
mainbenne inaltérée, et qui la ramène, aussi souvent qu’il
le faut, à son principe » 5).
À quel signe reconnaîtra-t-on cette autorité ?
A son efficacité morale et sociale. « Humainement parlant, dit l’auteur, il s’est trouvé dans le christianisme une vertu
sociale et civilisatrice, qui ne se retrouve dans aucune autre
religion. Il n’a pas ins. l’histoire de commune mesure. Ce
- qu'il a fait, aucune autre religion ne l’a fait. Il est l’unique.
Etne voyez-vous pas la conséquence qui en résulte ? S'il est unique, il est bien prés d’être ce qu'on appelle « extraordinaire » ; € est encore un fail : ; eb1l l’est non point en
vertu d’une idée préconçue, mais vraiment d'une certitude
objective et posilive ou positiviste +).
« [l y a bien des chemins sin méënent à la croyance et j'en al exploré, j'en ai parcouru, Jj en ai suivi plus d’un... Parmi mes « raisons de croire », il me semble, quand | Fe m'inter-
roge, que les raisons oies ou plutôt fes raisons sociales ontétéles plus décisives... L'un des motifs déterminants de
1) {ntroduction à la traduction française de l'ouvrage de Balfour : Les Bases de la croyance.
2) Discours de combat, 1"° série, 2° éd., p. 296. Le besoin de croire.
5) Ouvr. cit., p. 334.
4) Ouvr. cit., pp. 335-336.
192 CRITÉRIOLOGIE Re
la conversion du P. Hecker au catholicisme fut la satisfaction et le frein, le frein et la satisfaction, que le catholicisme lui semblait seul capable de donner à ses instincts popu-
laires et démocratiques... ‘Comme lui, je n’ai trouvé que
dans le catholicisme le frein et la satisfaction des mêmes instincts ou du même idéal » !).
11 semble donc que nous lenions la clef des robes qui.
préoccupent la conscience. Ces problèmes sont, avant tout, d'ordre pratique. Celui qui domine les préoccupations de l'heure présente, c’est le problème social. Ce problème est moral. Etant moral, il est religieux.
Or, voici une autorité religieuse, l'autorité de la révélation chrétienne qui apporte une solution au problème.
Seule elle apporte : «le christianisme possède une vertu
sociale et éivilisatrice qui ne se retrouve dans aucune autre religion. Il est unique ».
Donc, quoi ? Donc la FeNBIOn chrétienne estvraie, seule vraie ?
Le logicien rigoureux n'ose aller jusque-là. Il ne s’enquiert pas de la solution la plus rationnelle, mais de celle qui répond le mieux au vœu de la nature humaine, aux exigences de l’action sociale.
Les. systèmes philosophiques ne répondent point à à ces
conditions. Adoptons donc pour guide de la vie et pour
norme de l’action sociale l'autorité de la révélation chrélienne. « Capable de construire de savants el quelquefois admirables systèmes, capable aussi, sur toules les questions, et même sur celles qui nous intéressent, de noûs fournir deux ou trois réponses, la philosophie, réduite à ses seules ressources, ne l’est ni de déterminer notre choix entre ces réponses, ni surtout de nous démontrer qu’il y en ait une de préférable aux autres. Cela la passe etla dépasse ! Elle a besoin ici d'un secours étranger. Il nous faut faire intervenir des considérations d’un autre ordre. Nous avons besoin d’une «autorité qui décide». Le temps nous presse,
1) Les raisons actuelles de croire, dans les Discours de combat, nouvelle série, 8° éd., p. 46.
la nécessité d'agir, la perplexité de savoir comment nous agirons. Je me décide pour celle des trois hypothèses relalives à l'immortalité de l'âme qui me paratl, non la plus ralionnelle ou la plus vraisemblable — nous ne sommes plus à l’école ni dans le cabinet ! — mais pour celle qui répond le mieux au vœu de la nature humaine, aux exigences de l’action sociale, et qui se réclame en outre ou qui s'appuie de l'autorité de la révélation » ?).
Reste le point de savoir ce que comprend le religion chrélienne. : :
. M. Brunclière a dit le mot définilif dans une de ses dernières conférences : « Ce qu'il faut croire, a-t-ildit, allez le demander à Rome. ».
. W. H. Mallock, l'auteur du beau livre : Zs life wortk living ? « La vie en vaut-elle la peine ? », a publié en 1903 un ouvrage inlilulé Religion as a credible doctrine, a sludy of the fundamental difficulty, où il met en présence les affirmalions du posilivisme phénoméniste et celles de la conscience morale et religieuse.
Au nom de la raison, nousne pourrions accepter ni l’ordre scientifique, ni l’ordre moral et religieux, car chacun de ces deux ordres est formé d'éléments incohérents, et les deux sont incompatibles ensemble. Mais l’histoire nous enseigne que les races qui progressent, celles qui marchent à la têle de la civilisation, sont celles qui ont foi à l’ordre moral.
Il est donc raisonnable d’obéir à notre instinct moral et religieux. |
Résignons-nous à une « synthèse de contradictoires », ayons assez de sagesse pour accepler résolument la coexistence de deux ordres de choses ralionnellement inconciliables entre eux.
Cette conception de l'univers et de la vie ne mérite plus, rigoureusement, le nom de dogmatisme social, elle est
l’aveu d'un désespéré.
1) Discours de combat, p. 22.
es
SEE Non MUR et Te 194 CRITÉRIOLOGIE 83. Le pragmatisme antiintellectualiste. — Les
croyants savent ‘par expérience combien la pureté du cœur contribue à la clarté de l'intelligence, à la fermeté de la foi. Sovez donc sincère avec vous-même, soyez moral, soyez-le ; parfaitement et la lumière se fera dans votre esprit, vos doules s’'évanouiront, toute votre vie s’harmonisera.« Quand on a la foi, écrit M. Blondel, quand on pratique ce qu'on croit, quand on recouvre par la réflexion tout le sens de sa croyance et de son action, le cercle est clos, iln à a pointde place au doute, la preuve est faite » !). +5 4
Pascal provoquait ainsi les libertins qu'il avait fréquentés,
. à faire l'essai de la vie religieuse dont il avait retrouvé,
après une phase d’oubli, la puissance et le charme.
Le Père Gratry, Ollé-Laprune, M. Blondel, M. Fonsegrive, le Père Laberthonnière plaident une cause semblable. Ilsse rencontrent en un même effort d'apostolat et y apportent Û une variété de ressources, une richesse de talents remarquables. Füt-on contraint de leur refuser son adhésion, l'on ne peut ne point éprouver pour eux une sympathie profonde, de l’admiration. |
Ils creusent un problème de psychologie religieuse dont l'étude doit trouver sa place principalement en Apologétique, subsidiairement dans la parie de la Critériologie Où TS
sera exposée la certitude de la foi. Iei, en Critériologie N générale, nous ne pouvons que nous prononcer sur l'idée dt directrice de leurs méthodes, que l’on appelle méthode È psychologique et morale ou méthode d'immanence. Quelle est cette idée directrice ? | | 1 Les psychologues n'ont jamais nié l'influence du cœur, 4
c'est-à-dire des inclinations spontanées ou des émotions,
ni celle de la volonté libre sur la qualité de nos jugements ot l'intensité de nos adhésions. L'auteur de l’Imitation de Jésus-Christ n'écrit-il pas : Les jugements dépendent des dispositions affectives : « Prout unusquisque affectus est, ita judicat » ? Mais il était admis que le sentiment et le
1) Annales de philosophie chrétienne, 1896, p, 471.
vouloir ne peuvent avoir sur la pensée qu'une action indirecle en influençant les conditions de perception de l’objet et qu'il appartenait en propre à la perception de nous mettre en rapport direct avec le réel, de puiser dans l’objet le contenu de la connaissance et de donner à l’âme la certitude.
Cette interprétation des origines de la cerlitude, les apologistes des méthodes nouvelles l’appellent, non sans dédain parfois, « l'intellectualisme ». Il est entendu que la philosophie scolastique est « intellectualiste ».
Les nouvelles méthodes sont donc, au moins en ce qu'elles présentent d’original, « anti-intellectualistes ». Le rôle capital qu’elles attribuent à l'action dans la constitution de nos certitudes leur a fait donner le nom de Pragmalisme. |
La devise de OHé-Laprune était qu'il faut aller au vrai « avec toute Son Âme ». Aucun psychologue ne récuserait celle noble devise si elle signifiait qu’il faut aimer le vrai, le chercher avec le désir et l'espoir de le trouver, aimer à le posséder, aimer surtout à y conformer sa vie.
Mais on en a tiré une application qui nous paraît fautive : on à voulu dire que la connaissance de la vérité dépend, en tout ou en partie, directement de la volonté. La moralité de la vie produirait la croyance et la croyance nous mettrait en contact avec le réel. La raison raisonnante ne viendrait qu après el par ses analyses dégageraitquelques approximations superficielles, fluctuantes, arides et stériles d’ailleurs, de la réalité vivante que chacun possède au dedans de soi. Dans cette doctrine, on le voit, les rôles respectifs de l’intelligence et de la volonté ou du sentiment sont renversés. La volonté prime, elle est la source de la croyance et, par celle-ci, de la certitude.
Nous avons parcouru les formes principales du dogmatisme subjectiviste : le moment est venu de les discuter. Et tout d’abord, que faut-il penser de la théorie subjectiviste envisagée dans sa généralité ?