‹ Critériologie généraleChapitre 44 sur 90 · De données d'ordre idéal, il est impossible de déduire · texte numérisé non relu

De données d'ordre idéal, il est impossible de déduire

à une existence dans l'ordre réel.

Or, l'impératif catégorique est une formule abstraite dont la

portée n’est qu'idéale. Donc, l'existence réelle du devoir —

1) Cfr, Psychologie, n°° 165 et suiv.

et, par suite, celle de ses trois conditions ontologiques — ne se peut déduire de l'impératif catégorique.

Ce que Kant prend pour la loi morale n’est pas un objet d'expérience, mais une abstraction.

Que, pour agir moralement, il faille une intention non intéressée, c’est un énoncé abstrait ; qu’il soit essentiel à un. acte moral de pouvoir être imité par tous ; que l’homme commette un acte égoïste et, par suite, immoral, lorsqu'il regarde la personne humaine comme un moyen au service de ses intérêts : ce sont autant de formules universelles, per conséquent aussi abstrailes.

Vouloir rattacher à ces formules abstraites, donc idéales, la preuve d’une existence dans l’ordre réel, c’est vouloir, dirait Taine, accrocher son chapeau à un clou peint au mur.

De plus, Kant a eu tort d'identifier le fait de l'obligation morale avec un énoncé abstrait des conditions dela moralité.

La condition par excellence de la moralité, c’est le désintéressement : soit, nous pouvons l’accorder en ce sens que la moralité croît en perfection avec le désintéressement de l'acte moral ; l'idéal de la sainteté est ce que la morale chrétienne appelle la charité parfaite, sans aucun retour sur soi et sur ses intérêts égoïstes. Mais cette condition de la moralité où se vérifie-t-elle ? Où, sinon en des actes concrets de la volonté ? Ceux-ci sont faits en vue d’une fin, car, sans la notion d’une fin, « motif d'action », l’homme n’agirait point.

Ce motif d'action est-il subordonné à la fin de la nature raisonnable, l’acte est moralement bon ; dans le cas contraire, l’acte est immoral. |

De ces données concrètes contenues dans tout acte moral, l'intelligence abstrait les conditions essentielles à l'acte moralement bon, puis les érige en norme universelle des actes moraux. :

Mais cette norme n'est pas la réalisation d’un devoir. La formule abstraite de la loi n’est pas l'obligation effective.

Être obligé, en effet, c’est vouloir absolument une fin, comprendre qu’un acte — tel acte — est nécessaire à la réa-

lisation de cette fin et subir l'inclination spontanée de la volonté à vouloir, pour cette fin, le moyen qui y estnécessaire..

Mais, alors, surgit la question : Y a-t-il une fin qui s’impose absolument à la volonté ? Laquelle ?

La solution de cette question relève de l'intelligence. Du domaine de l’action nous passons à celui dela Spéculation, de la critique de la raison pratique à la critique de la raison théorique ; le primat est ainsi dévolu, contrairement aux assertions systémaliques de Kant, de la première à La seconde.

2. Aussi bien, la pensée intime de Kant semble confirmer les observations précédentes. Se dire : « Agis de telle façon que ton acte puisse devenir une règle universelle : de telle façon que l'humanité soit pour toi, non un moyen, mais un but », n'est-ce pas équivalemment se dire : Le bien de l’humanité est le but suprême que Je dois vouloir ; il doit étre

- mon molif d'action, être préféré à mon intérêt ?

D'où l'enquête à instituer : Le bien de l'humanité est-il

le but suprême de la vie ? Problème qui ressortit à la raison

réfléchissante.

? 3. D'ailleurs, que devient inévitablement l'impératif catégorique, dès qu'on le considère comme une réalité ? Une

volonté «autonome » qui se détermine à vouloir sa propre

perfection, sans se préoccuper des effets de son activité. En est-il vraiment ainsi ? Non : ma volonté ne veut pas à vide :

elle veut ceci ou cela : un bien présenté par l'intelligence,

la sollicité ; par lui elle est tirée de son repos, elle est « mue », et ce n'est que par cette mise en mouvement — par cette émotion, en prenant le mot émotion dans sa signification étymologique — qu’elle arrive à exercer un vouloir.

en est ainsi de toute volonté contingente et finie. Seule une volonté imperfectible, donc infinie en perfection, est capable d’une volition complètement originale, d’un commencement absolu d'action, La volonté « autonome » de Kant devrait être la perfection suprême, acte pur, une volonté divinisée.

IL. Les poslulais hantiens ne sont pas déduisibles de l'impé-

20i) GRITÉRIOLOGIR

ralif catégorique : Comment Kant n'a-t-il pas ne devant l'incohérence flagrante et les complications artificielles de

son en moral ?

. I s’est attaché à me convaincre, par sa Critique de la

raison spéculalive, que tous les événements que je puis connaître sont soumis à la loi d'un implacable déterminisme, et voici qu'une liberté qui siège dans un monde supra-phé-

noménal est supposée intervenir dans la trame des phéno-

mènces spatiaux et temporels pour y produire de force des hialus, des brisures ! Car enfin, vous ne direz pas que la liberté reste confinée dans le monde intelhigible. Si vous

-disiez cela, de quoi vous servirait-elle pour expliquer la.

possibilité d'actes moraux? Quand vous dites, etavec raison, d'ailleurs : « Fu dois, donc tu peux », vous avez aperçu dans un acte, par exemple, dans un acte de sincérité accompli au

détriment du bien-être, l'exercice d'un devoir moral et dece devoir vous avez inféré la possibilité. dé ne pas mentir, la

liberté d’être sincére.

Donc, bon gré malgré, vous devez faire a votre

liberté de sa sphère intelligible et Ia mettre en contact avec

mes actes qui s'écoulent inévitablement dans le temps. Maisalors,que devient votre déterminismedes phénomènes?

Vous essaierez de dire : Je ne connais que des phénomènes déterminés, mais je ne nie pas que je pense une volonté libre ; puisque je la pense, je ne la juge pas impossible.

Vous devez la juger impossible. Il vous est loisible assuré-

ment de supposer que des êtres qui vous sont inconnus, — = | telles, par exemple, ces substances séparées none les Arabes etles Scolastiques attribuaïent la direction du monde sidéral — sont doués de liberté, mais l'homne que vous êtes é

vous-même, cet homme que vous voulez droit, sincère, généreux, désintéressé jusqu'à l’héroïsme, comment serait-il

libre si tous ces actes sont adéquatement déterminés par.

des phénomènes antécédents ? Et comment, s’il n’est pas libre, pourrait-il agir moralement !) ?

1) Huxley relève en termès peu respectueux la contradiction 503

2. Dans sa Critique de la raison spéculative, Kant conteste la valeur objective du principe de causalité. Aussi dans la Critique de la raison pratique, entend-1l nepas fonder l’affirmation d’une vie future indéfinie, sur un raisonnement, mais il veut la Lirer, par analyse, du devoir moral. |

Vaine tentative ! Encore une fois, le philosophe n'échappe pas à la contradiction.

. [l'y a incompatibilité évidente, dit-il, entre honnéteté et le malheur. [1 faut donc qu’une autre vie soit donnée où les deux s’harmonisent.

Mais si l’analyse pouvait mettre en plein jour cette incompaübilité, partout où nous rencontrerions la vertu nous découvririons en elle la raison suffisante de la félicité. Or, Kanten fait lui-même l’aveu, l’homme juste est souvent malheureux, souvent il ne peut être juste qu'aux dépens de sa félicité. L'incompatibilité de la moralité et de la jouissance n est donc pas analytiquement évidente.

Mais, si elle ne peut l'être que synthétiquement, elle ne l’est pas du Lout, car la Critique de la raison pure nous

entre la nécessité phénoménale et la liberté nouménale du philolosophe allemand : « Kant ne cesse de nous répéler que nous ne connaissons rien du noumène,sinon qu'il est un sujet hypothétique d'un nombre indéterminé de prédicaté négatifs ; dès lors, cette affirmation : notre âme — un noumène apparemment — est libre, c'est-àdire affranchie de la loi nécessitante de la causalité, a tout juste la valeur de cette assertion : notre âme n’est ni grise, ni bleue, ni carrée. Au point de vue pratique, il faut l'avouer, le commun des hommes se soucie médiocrement de savoir s’il possède une liberté nouménale, attendu que toute son existence n’est qu’une suite régulièrement déterminée de phénomènes. Quand les anges et les démons se disputèrent le corps mort de Moïse, la présence de ce cadavre doit avoir eu pour chacun des partis belligérants, à peu près la même influence que la présence du Nouménon de Kant au milieu de la bataille des désirs contraires qui font rage dans le

cœur humain. Siles métaphysiciens avaient davantage le sens du

ridicule, ils ne hasarderaient pas de ces propositions qui, aussitôt dépouillées du verbiage dont on les enveloppe, apparaissent au regard des profanes comme de pures fictions qui ont l’imprudence de se produire au grand jour». Huxle y, Hume, p. 196, London, 1886.

SR Mo. Ÿe

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0 | CRITÉRIOLOGIE Dr. des :

apprend que les jugements synthétiques n ont de valeur que : dans les limites de l’expérience sensible. : OL

3. Enfin, le troisième postulat kantien ne peut s’affirmer quemoyennantl'application duprincipe decausalité: L'union de la perfection et de la jouissance en un Bien completdoit, tôt ou tard, se faire. Of, d'elle-même elle ne peutsefaire. Done, il doit exister un Être suprême, souverain législateur de Éodre moral, qui soit capable de réaliser ce « Bonum 2 consummatum » et le veuille réaliser effectivement. |

Mais, encore une fois, le principe de causalité n’est pas -objectivement valable et, le fût-il, il serait antiscientifique de s’y appuyer, au dire de Kant, pour entrer dans un monde autre que celui des choses expérimentables.

Au surplus, à côté d'idées élevées qui nous éloignent 5 heureusement de la morale utilitaire du positiviste écossais qu’elle combattait, il y a dans la morale kantienne une large part d’apriorisme artificiel : Telle la lutte impossible que cette morale commande à la nature contre ses aspirations Le au bonheur. | | ee

Pourquoi, d’ailleurs, combattre en moi le désir d’être 4 heureux ? L'homme vertueux est digne d’être heureux. Je É puis, Je dois vouloir me rendre digne du bonheur, et ilme serait interdit de vouloir le bonheur dont je me rends digne? pe Contradiction intrinsèque. | Fe

Des désirs de deux ordres se rencontrent dans la con- , science ; les uns ont pour objet Le bien en général, l'ordre universel, les autres ma satisfaction, mon bonheur. Les uns et les autres sont légitimes, mais à leur rang. Dans une conscience d’une honnêteté parfaite, le désir du bonheur est subordonné à celui de l’ordre universel. Le & ptotov x&A A aTOY prime le #ôtotoy.

Du dogmatisme moral de Kant, une chose reste, le respect intérieur que l’homme porte au bien moral, les aspirations incoercibles du cœur vers un idéal de bonté et de beauté supérieur aux jouissances physiques et aux calculs de l'intérêt. Ce fait se dresse majestueusementdevant la conscience

morale, comme les harmonies du ciel étoilé s'offrent à la contemplation de l’astronome. « Deux choses, ditKant, remplissent l'âme d'admiration et de respect, le ciel étoilé audessus de nos têtes et la loi morale dans nos cœurs ».

Chacun spontanément peut constater ces deux faits. La tâche de la critique est de les interpréter et d’en montrer les raisons intrinsèques. |

Dire : « Je veux que l’ordre moral soit respecté, j'ai besoin qu'il le soit, ma nature me commande d’agir en conformité avec lui, le bien de l'humanité est à ce prix », c’est énoncer le problème, légèrement le déplacer, ce n’est point le résoudre.

Je n'ai pas le droit de supposer a priori que l’optimisme est la loi de l'univers et de l'humanité ; que les aspirations de ma nature ne me trompent pas, que la subordination de mon plaisir ou de mon intérêt à l’ordre moral est une vertu raisonnable et non une duperie. J'ai à rechercher le fondement rationnel de cette loi de subordination que ma nature, prudemment consultée, m'impose. Nous aboutissons ainsi, par une voie détournée, à notre thèse initiale : « L'homme est capable de certitude réfléchie, qu'il s'agisse de croyances morales et religreuses ou de doctrines spéculatives, — à la condition qu'il possède un critère rationnel et objectif de certitude. Les besoins de la volonté, les aspirations du cœur peuvent servir de guide provisoire dans la pratique de la vie, mais la solution dernière de toute question de certitude est intellectualiste ». Si l’intellectualisme était impuissant, le succès du volontarisme antiintellectualiste ne serait qu’éphémère, le triomphe final appartiendrait au scepticisme.

L'histoire nous montre réalisé dans les faits ce caractère précaire de tout dogmatisme volontariste. Lange, dans son Histoire du matérialisme, propose de remplacer résolument la métaphysique religieuse de Kant par une poésie pareille à celle de Schiller. Il écrit : « Kant a rejeté les efforts de la métaphysique qui cherche les véritables fondements de tout être, jugeant impossible d'aboutir à une solution certaine, et il a limité la tâche de cette science à la découverte de tous les éléments de l’expérience donnés a priori. Mais on peut

204 ÉRITÉRIOLOGIE

se demander si cette nouvelle tâche n’est pas impraticable, elle aussi ; on peut encore se demander si l’homme, en vertu du penchant naturelvers la métaphysique, reconnu par Kant lui-même, n’essaicra pas toujours à nouveau de renverser les limites de la connaissance et de bâtiren l’airles systèmes . miroitants d'une prétendue connaissance de l essence abso=. » e ; lue des choses. | SR NT

« Nous ne one pas, surtout en Allemagne, désespérer de trouver une solution du problème, depuis que les poésies philosophiques de Schiller nous ont livré un exposé qui joint à la rigueur de la pensée la plus haute élévation et qui donne à l'idéal une force irrésistible,enle reléguantfranchement et netlement dans le nee de l'imagination. Nous n'entendons pas dire par là que toute spéculation doive aussi revêtir la forme de la poésie. Les poésies philosophiques de Schiller sont pourtant plus que de simples produits du penchant naturel vers la spéculation ! Ce sont des élans religieux du cœur vers les sources pures et limpides de tout ce que l'homme a Jusqu'ici vénéré comme divin el SRE terrestre... » 1), |

87. Critique de la philosophie de la croyance. — Un acte de volonté ne peut, nous venons de le montrer, fournir la solution dernière du problème de la certitude. Or, l'acte libre est formellement un acte de volonté. Donc, El nepeut être le motif suprême de la certitude. | E

Il y a plus ; l’acte libre, parce que libre, trahit une Pie 4 dance toute spéciale à l’égard de l'intelligence. Il consiste, en effet, dans le choix d'un moyen en vue d’une fin et supe pose, en conséquence, un agent qui connaisse une fin,un acte rapportable à cette fin, la proportion entre l’acte et la fin : autant d'opérations qui réclament l'intervention de l’ intelligence. | k Be:

0 dit : les erreurs qui nous see témoignent de l'absence d’un critère de vérité capable de s'imposer aux intelligences. À

1) Lange, Histoire du matérialisme, II, p. 578.

& est une méprise. Il y a, en effet, des points sur lesquels

Loutes Les intelligences sont d'accord nécessairement. Com-

bien y en a-t-il ? Sont-ils nombreux ou rares? Il importe peu. N'y en eût-il qu'un seul, toujours est-il que le critère d’évidence de cette proposition serait souverain el que l'homme

ne pourrail accepter ou répudier la vérité au gré de ses

intérêts. | Cette solution principielle de l'argument suffit, car nous n'avons pas à déméêler ici pour quelle part la volonté est

cause des erreurs et des contradictions de l'esprit humain !).

Mais, &joute-t-on, la réflexion prolongerait indéfiniment le doute spéculatif et rendrait, par conséquent, l’état de certitude à Jamais impossible, si la volonté ne coupait court aux hésitations de la raison réfléchissante.

Encore une fois, non ; il n’est pas vrai de dire que jamais la raison reléoheante ne sc trouve en présence de vérités dont l'évidence s'impose à elle irrésistiblement. La volonté peul bien délourner l'esprit de la considération de cesvérilés. mais tandis qu'il les considère, la volonté ne peut les lui faire voir douteuses.

Supposons, d'ailleurs , qu'ilappartintà la volonté de mettre un terme au doute spéculatif et d’être ainsi la cause subjective dernière de la certitude. Qu'est-ce qui dicterait cet acte de volonté ?

Serait-ce un mobile passionnel, une sollicitation irréfléchie? Mais alors il faudrait reconnaitre que la réflexion

est sacrifiée à l'intérêt ou à la Spontanéilé et, avec les Écossais, avec Jouffroy, avec Jacobi, avouer que l'on fait

reposer. la philosophie sur une impulsion subjeclive irraïisonnée.

Sera-ce un jugement réfléchi déclarant que la certitude

commandée par la volonté est motivée ? Mais alors nous en revenons à la thèse « intellectualiste », d’après laquelle la

raison suprême de l’adhésion certaine Fit dans un motif d’ ordre intellectuel.

1) Cfr. Logique, 7° éd., nes 176-179,

Nousavons reconnu provisoirement à la volonté lepouvoir

de commander à l'intelligence une âdhésion certaine ; mais

en réalité il n’en est pas ainsi, sauf dans le cas de la certitude de foi. L’adhésion scientifique échappe à empire de la volonté. L’évidence objective est irrésistiblement décisive,

tandis que la perception de l’inévidence de l’objet entraîne,

bon gré mal gré, l'incertitude. Aussi les néo-criticistes tombent-ils volontiers d'accord que la certitude, dont ils gardent le nom ou l’apparence, n'est plus au fond qu’une sorte de probabilisme fort semblable à celui qui fut jadis en honneur à la Nouvelle Académie, dans la philosophie de Carnéade et que Cicéron traduisait pour son compte en ces termes : « Defendat quod quisque senüt : sunt enim Judicia libera : nos... quid sit in quaque re maxime probabile semper requiremus » 1). « Ego vero ipse et magnus quidem sum opinator, non enim sum sapiens » 2).

Il est à peine nécessaire d'ajouter que l'accord des penseurs sur un point de doctrine n’est pas une garantie suffisante de certitude. L’argument d’autorilé est, en matière scientifique, le dernier de tous, ditjustement saint Thomas : «Locus ab auctoritate, quae fundatur super ratione humana, est infirmissimus » 5). Au surplus, l’autorité nous enseigne qu’une chose est, elle ne nous fait pas voir pourquoi elle est el, par conséquent, elle ne peut être la source d’une connaissance véritablement scientifique ).

88. Critique du dogmatisme social. — L'argumentalion de Balfour contre les empiristes anglais a la valeur d’un argument « ad hominem ». Ceux qu’il vise ne mettent pas

leurs théories sur la science en harmonie avec la pratique

morale de leur vie. Leur science « présuppose » plusieurs principes dont leur philosophie ne leur donne point la justi-

L'EUSCANC AS

2) Acad.I1,20.Cfr.Zeller, Die Phil. d. Griechen, 3. Theil, S. 503-655. 5) S. Thomas, Summ. theol., I, q. 1, a. 8, ad 2.

4) Aristote, Anal. Post. I, 2

fication rationnelle. Ils-croient à des « présuppositions » qu'ils ne peuvent démontrer.

Nous aussi, leur dit Balfour, nous avons nos affirmations que nous ne démontrons pas rationnellement, mais elles ont au moins l’avantage d’être utiles, même indispensables à la société. En conséquence, nos prémisses sont préférables aux vôtres, |

On a résumé la polémique de Balfour en disant : Le naturalisme est faux, ma philosophie l’est aussi, mais comme ma philosophie est moins fausse que le naturalisme, elle doit Jui être préférée.

Cette boutade serait blessante pourl’homme d'Étatanglais si elle visait ses intentions personnelles, mais elle ne fait que caractériser avec humour ses doctrines.

Balfourtrouve les prémisses du déterminisme etdel’agnoslicisme contestables, mais il ne les Juge pas fausses ; il trouve les thèses contradictoires moins sujettes à caution, les préfère surtout à cause de leurs conséquences heureuses dans l’ordre social, mais il ne les tient Pës pour vraies.

Dans ces conditions, les doctrines morales et sociales, lussent-elles en elles-mêmes l'expression de la vérilé, manquent de certitude pour nous et le dogmatisme intéressé de l'homme d’État n’est plus, au fond, qu'un probabilisme discret.

En conséquence, les préférences de M. Balfour pour les doctrines socialement utiles, n'étant appuyées que sur un degré supérieur de probabilité, la transformation de celte probabilitésupérieure en certitude pratique, en un acte de foi qui fait dire à l’auteur : « croyons », est affaire de sentiment. Or, le sentiment, nous l’avonsditdans notre réfutation générale, est justiciable de la réflexion : il serait antiphilosophique de le soustraire à ce contrôle, à plus forte raison de l’ériger lui-même en juge souverain de la certitude.

A la raison, Balfour substitue l'autorité, afin d’utiliser le pouvoir éducationnel de celle-ci contre l’action dissolvante de celle-là.

Mais qu'est donc cette « autorité » ? Un ensemble d’influences morales, sociales, religieuses qui agissent sur l’in-

Fos *CRITÉRIOLOGIE 0) 2

dividu sans passer d’abord par le contrôle de sa raison. Ce sont des causes « non rationnelles », dit-il, des molfs qui ne sont point des raisons. à

Cependant, tout n’est pas de même valeur dans Les influen-

ences sociales ; il y a eu, il y a des hypnotiseurs malhon-

nêtes dont les suggestions, soilimmédiates, soit à distance,

sont pernicieuses.[l fautdonc faire un dépar Lentrelesinfluen: |

ces moralisatrices et les suggestions corruptrices. Faire ce départ, c'est employer sa raison pour apprécier l’autorité.

\'ous medites : Fiez-vous à vos facultés, «trust your facul- Lies ». A l'aventure, non, je m'y refuse. Je n'abdique pas ma dignité d'être raisonnable. Après avoir vérifié leurs titres de s créance, je le veux. Ces litres seront le critère objectif que

le dogmatisme rationnel regarde comme seul décisif.

M. Brunetière n’a pas coordonné en système ses idées philosophiques ; cela se comprend, il n'avait cure dela philosophie pour elle-même, « il n’est plus à l’école, disait-il, il n'est pas dans son cabinet», il étaitdans la mêlée des intérêls moraux el sociaux et sa noble passion était de vouer à leur

défense son talent de dialecticien et d’orateur, la fière droiture de sa volonté courageuse. =.

L'éminentacadémiciénregardaitdonc ceci comme acquis!

Il faut aider à la civilisation, détenir contre l'idéalisme phé- ë

noméniste, contre le dilettantisme les convictions qui qui la grandeur morale de l’ humanité. ; ons les défendre ?

Par la philosophie? Enpropageant les conceptions «intel- :

lectualistes » d’Aristote ou de saint Thomas d'Aquin, de

Descartes ou de Spinoza, de Kant ou de Renouvier, de John

Mill ou d'Herbert Spencer ?

Oh non! On y perdrail ses peines. Entre ces doctrines antagonistes, en effet, qui serait juge et comment, d’ailleurs,

la théorie préférée s’imposerait-elle à la volonté, à la foule? Jusqu'ici, la pensée de M. Brunetière est la répéluition de

la pensée bonaldienne ; l'examen que nous avons fait de celle-ci aidera à porter un jugement sur celle-là. ; Mais Bonald le seul Juge autorisé en matière doctrinale,

ESSAIS DE SOLUTION DU l* PROBLÈME CRITÉRIOLOGIQUE 209

le seul dont la parole ait assez d'empire pour se faire écouter, c’est l'autorité religieuse, organe traditionnel de la Révélation primitive. | M. Brunetière est moins explicite : il prend pour critérium immédiat de son Jugement les intérêts supérieurs de la civi- lisation. En céla, ses idées sont très voisines de celles de M. Balfour, et, par suite, n'appellent pas un nouvel éxamen. Cependant alors que, chez M. Balfour, le guide externe de la raison est un mélangé mal défini d'influences ambiantes dont inconsciemment nous subissons l'empire, une « autorité » anonyme, chez M. Brunetière, la norme de la con: science est l'ensemble des croyances morales et religieuses que Seul le christianisme a su conserver intactes et dont la possession se montre dans l'histoire indissolublement lice au progrès. Quelles sont exactement ces croyances ? S'il S agissait d'en donner une définilion, il faudrait aller la demander à Rome.

Cette apologie de la morale sociale est incomplète. Vous me montrez par l'histoire que les croyances et les

institutions chrétiennes sont éminemment bicnfaisantes : elles sont donc utiles. “

S'ensuil-il que je doive les accepter el y conformer ma vie ? Le bien, le meilleur n'est Pas toujours un devoir. Je vous demande donc de me faire voir que la morale sociale, telle que l’entend et la pratique le christianisme, est obligatoire, que je dois y sacrifier ma morale ublitaire si je m'appelle Hobbes, Bentham, Hume, Durkheim, Lévy-Brübhl, la loi du plus fort si j'ai adopté les théories brutales de Nietzsche. Pour me le montrer, vous invoquerez vraisemblablement des raisons, vous chercherez au devoir moral un fondement rationnel. ;

- La civilisation est la marche progressive de l'humanité vers un terme : Quel est ce terme ; quel est le but de la vie?

Vous êtes optimiste : la sociélé, selon vous, en obéissant aux lois internes qui la travaillent, va infailliblementau bien « la vérité est l'expression de ces lois de la vie des sociétés. Mais Je Sius pessimiste : avec Schopenhauer, avec Nietz-

Fi, 17 210 | CRITÉRIOLOGIE i *

sche, je crois que la société est mal organisée, que le sage doit être rebelle à son action, qu’en définitive c’est foliede sacrifier un plaisir personnel, certain, à un intérêt SO BAS ER éloigné, problématique.

Qui jugera entre ces deux conceptions ? Apparemment

votre raison, la mienne. Quoi que l’on en ait dit, le dermier mot de la critique appartient donc toujours àlaraisonindividuelle. 30

Il est superflu de faire observer que W, Mallokn po nee pas au problème critériologique une solution acceptable. Il veut pratiquement un dogmatisme moral et religieux qu'il 4 déclare théoriquement contraire à la raison. Pour adopter : les conclusions du polémiste anglais, il faudrait unir des 4 prémisses contradictoires, c’est-à-dire, en fait supprimerla 1 réflexion et s'astreindre résolument à la vie de l'instinct. É

89. Critique du pragmatisme antiintellectualiste. — À l’exposéde cette psychologie religieuse que William James a bien appelée le « pragmatisme », nous avons mêlé aussitôt la critique générale qu’elle suggère. L'amour du bien moral etreligieux est-il une source directe, immédiatede certitude? La certitude dont nous nous occupons en critériologie estcet état d'âme qui résulte de la perception consciente de la vérité. Or, la perception de la vérité, la conscience d’avoir cette perception sont des opérations de l'intelligence. Ceci, pour être un truisme, n’en est pas moins, dans la présente controverse, la vérité fondamentale. Donc, la volonté, dont l’objet n’est point de connaître, mais d’aimer ce que l’intelligence juge aimable, n'intervient pas directement, formellement dans l'acquisition ni dans la conservation de la science certaine.

Si considérable soit-il, le rôle dela volonté dans ledomaine de la connaissance n ne qu'indirect, concomitant : dès lors, l analyse psychologique de ce rôle est essentiellement préliminaire à la solution des problèmes critériologiques.

Quiconque voudra s’observer avec attention poura remarquer combien les passions etles dispositions vicieuses de la volonté influencent ses jugements : tantôt elles détournent

l'intelligence de la libre recherche du vrai, tantôt elles l'empêchent de regarder avec sérénité, avec pénétration la vérité présente à la pensée, tantôt elles distraient la volonté de son attachement aux acquisitions de la faculté intellectuelle, et par suite, empêchent ou atténuent l'attention de celle-ci à son objet. Libérer l'âme de ces obstacles à l’acquisition, à la contemplation, à la possession de la vérité, c'est aider l'intelligence à percevoir la vérité. Mais la perception de la vérité appartient exclusivement à l'intelligence, et le degré de fermeté positive de la certitude scientifique répond au degré de perception de la vérité.

Une certitude qui prendrait sa source dans une faculté appélitive ne serait pas digne d’un sujet raisonnable : son vrai nom serait le fanatisme. Car, dit saint Thomas, « ea quae subsunt fidei... aliquis non crederet nisi videret ea esse credenda » !).

… L'usage que certains apologistes contemporains font des théories volontaristes ou de la philosophie de la croyance en apologétique ne rentre pas directement dans notre sujet, mais il est si étroitement lié à la critériologie que nous ne pouvons nous dispenser de dire occasionnellement ce que nous en pensons.

A0. À propos de méthodes apologétiques. — Nous regretterions que le lecteur se mépriît sur la porté des critiques dirigées dans les pages précédentes contre les mulliples théories contemporaines qui, si elles étaient poussées à bout,substitueraientaufondement rationnelindispensable de la certitude, une base psychologique nonrationnelle. Il faut bien remarquer que plusieurs de ces théories ne sont, ni en elles-mêmes ni dans la pensée de leurs auteurs, exclusivement ou principalement philosophiques. Elles furent conçues dans des intentions apologétiques et, à cetitre, ont leur mérite et leur raison d'être.

Chrétiens et catholiques, les apologistes se placent résolument sur le terrain des faits et de l’histoire. Ils croient que

1) Summ. theol., 2a 2æ, g- kart 4 ad 2.

Te ;

l'homme fut élevé dès l'origine : x'un ordre en de Cet En ordre embrasse un ensemble debiens qui, étant surnaturels, n’étaient pas dus par la Providence à la nature humaine. Hs : ne lui étaient pas dus, sans doute, il eût donc pu se faire qu'ils ne lui fussent pas donnés et que la vie de l individu 2 cel des sociétés se fat déroulée sans être fécondée par eux; mais,en fait,ils lui ontété accordés ils fontpartie intégrante de notre vie personnelle et de l’organisme social. Saint. + Thomas d'Aquin appellela foi etlagräce des dons «naturels», #2 parce qu ‘ils sont en réalité l'accompagnement de la nature. À priori ë nature humaine n'avail pas le droit de s — :

s'autoriser des Ho qui Jui ont été A con. is sols Ra la bonté divine, Poe Te la surnalure ee

ee

la nature,néanmoins ae ec ne seule. .

elle réalise cette correspondance. Das

Les lois de la vie individuelle, sans se confondre ; jamais avec l'ordre de la grâce, sont inséparables de lui, se développent régulièrement ou sont violentées selon se Ù indis A vidu le respecte ou le méconnaît. | Re.

La loi du développement ou de la décadence de nos sociétés européennes est en corrélation avec la. faveur oula défaveur en lesquelles elles tiennent le christianisme. Il est légitime, il est éminemment utile de noter ces faites <

Pour amener une âme à croire, à conserver et à caccroîtr sa foi, il faut y intéresser sa volonté, Rien de mieux que de lui montrer qu'il y va de ses intérêts « vitaux », de ce qu’ id y à de plus intime et de plus profond dans A

Certes, le Christ, sa vérité el sa grâce sont supérieurs à tous les besoins et à toutes les exigences possibles del’humanité, mais iln'en est pas moins vrai que, dans l ordre actuel 4 des choses, nous avons l'expérience de besoins qui ne peu-. vent os ne en lui es Hs as par la mise. 2

| | Essais n DE SOLUTION DU 1" PROBLÈME CRITÉRIOLOGIQUE 213

mn.

FRS satisfait, nous faisons plus clairementapparaître leurharmo- N 0. üieuse correspondance, nous adoptonsuneméthode d'autant plus persuasive et efficace qu'elle serre de plus près la A réalité concrète, se conforme mieux à la mentalité de nos LES contemporains !). se É « L'action » de M. Blondel, « Le catholicisme et la vie de ee Fe l esprit» de M. Fonsegrive, les conférences apologétiques | et «L'utilisation du positivisme » de M. Brunetière sont bien Faits pour opérer dans les âmes cette « préparation subjective » à la foi, pour exciter en elles le désir de croire. Maïs, à son tour, ce désir de croire doit éveiller l'intelligence, appliquer son attention aux faits historiques, aux preuves externes de la Révélation chrétienne, de la mission divine du Christ et de son Église. L'ordre chrétien réalise entre deux faits, l’un extérieur, — la Révélation divine, — : l’autre intérieur, — les aspirations de l’âme, — une harmonieuse correspondance. « L'homme pris tel qu'il est, dans l'état réel de sa nature, est, selon le mot du di à Dechamps, une ne Dienre d'attente de la révélation chré- lienne ». Les tendances de sa vie intérieure doivent l'élever à A considéralion des vérités que lPautorité divine lui pro- | Re pose à croire, sinon son christianisme perdrait tout caractère dogmatique et se réduirait à une religiosité vague, pareille A à celle que peut inspirer à l'âme du protestant l’ tes ï . tion du Saint-Esprit pour l'interprétation individuelle des Livres saints. À l’autorité extérieure qui se présente à lui, à l'hommepeut légitimement, il doit raisonnablement done der ses titres de. créance : il manquerait à sa dignité s’il : ; donnait sa foi avant d’avoir vu qu'il est raisonnable et prudent de la donner. « Fides praesupponit cognitionem tr sicut gratia Du et ut perfectio perfec- tibile » 2).

M. Ernest Naville, dans sa préface à la vie de Maine de Lo a exprimé en termes heureux ces deux caractères, l’un interne, l’autre externe, de l’ordre chrétien, « La toi

e …. al The faith of the millions, XXII, 2) Summ. theol., la, q. 2, art. 2, ad 1.

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chrétienne, écrit-il, bien qu'elle s'appuie avant tout sur des dispositions intérieures, qui seules la rendent efficace, n’en est pas moins dans sa plénitude la rencontre de deux classes de faits d'ordre différent. La religion positive se compose de deux éléments parfaitement distincts, bien qu'intimement unis : un sentiment, personnel de sa nature, et une

croyance qui transporte l'âme hors d’elle-même.On ne peut supprimer l’un de ces deux éléments, l’un extérieur, l’autre

intérieur, sans que les bases de la vie FE BACS ESS en soient profondément ébranlées » !).

91. La philosophie et le bon sens. — Les jugements plus ou moins indistincts, que la nature spontanée, laissée à elle-même, dicte à l'intelligence, s'appellent vérité de bon sens, de simple bon sens. Comme la nature est la même chez tous, les vérités de bon sens s'appellent, à juste titre, pie vérités de sens commun.

Il estévident que, chez un être capable de réflexion, le bon sens ne peut avoir le dernier mot. Tout ce que la nature spontanée prononce sur elle-même ou sur le monde extérieur appelle le contrôle de la raison réfléchissante : la philosophie abdiquerait, si elle refusait d'opérer ce contrôle. Aussi, les systèmes qui ont eu la prétention d’asseoir fondamentalement [a théorie de la certitude sur un sentiment, ont manqué au devoir essentiel de la critique.

D'où vient alors cette tendance, générale dans l’ histone de la philosophie, à opposer le bon sens ou le sens commun à tout système qui mène au scepticisme ou même simple-

ment à l'erreur ? à

L'homme possède au cœur un besoin inné d'ordre et d'unité, 1l ne doute pas qu'il doit y avoir harmonie entre ses convictions spontanées et la science véritable ; il se dit que tout système, où cette harmonie fait défaut, est à reviser.

Cependant, cet appel au bon sens ne peut être que provisoire. Il consiste à dire auxinventeurs de systèmes : Vous

1) Maine de Biran, sa vie et ses pensées, préface, p. 95.

avez mal lu ou mal interprété le contenu de la conscience. Peut-être avez-vous négligé à l’origine un élément essentiel du problèmedont vous cherchez la solution ; peut-être avezvous déduit de vos prémisses, des ne illogiques ; il n appartient pas au bon sens de se prononcer à cet égard ; mais revisez votre œuvre, considérez à nouveau, d’une facon plus compréhensive, le contenu de la conscience spontanée : reparcourez, d'un regard plus attentif, chacune des étapes de votre raisonnement ; nous avons confiance que, après revision, votre (système se trouvera d'accord avec le sens commun.

La raison spontanée ne décide donc pas, en dernier ressort, de la vérité ou de la fausseté d’un système, elle n’a point qualité pour cela, mais elle en appelle de la réflexion, qu'elle présume mal informée, à la réflexion mieux informée, de sorte que l'arbitrage provisoire du bon sens est, somme toute, un hommage D lidite rendu à la souveraineté définitive “É la raison réfléchissante.

L'appel à la morale et à la religion n’est pas d’une autre nature.

92. La philosophie critique et la moralité. — Le critique, dit Taine, n’a pas à s'occuper des conséquences utiles ounuisibles, moralesouimmorales dela philosophie Lk «NA yCE large point de vue où doit se placer tout chercheur consciencieux de la vérité, y a-t-il encore, se demande Guyau, des doctrines dangereuses ? Nous ne le croyons pas. Une théorie, un système raisonné ne peuvent être dangereux, car le danger serait dans la raison même, puisqu'ils ne tirent leur force que de la raison » ?).

[ y a dans ces dernières lignes un paralogisme grossier. Une théorie vraie, un bon raisonnement ne sont pas un danger, assurément, mais une théorie fausse, un mauvaisraisonnement peuvent en être un. La raison considérée en sa

1) Les oo classiques au XIX° siècle, pp. 36-37, 2) Esquisse d’une morale sans obligation ni sanction, Avant- Propos,

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