‹ Critériologie généraleChapitre 45 sur 90 · P- IX · texte numérisé non relu

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216 LS CRITÉRIOLOGIE ! | ©: 41400 signification abstraite est infaillible ; nous ne la redoutons pas, puisque, en ce moment même, nous soutenons qu’elle ù : doit décider en dernier ressort de la vérité ou de la fausseté de tout jugement ; maisil y a des abus de la raison moralement ou socialement pernicieux. a

Le philosophe a-t-il à s’en occuper ? ane

Pourquoi pas ? Les conséquences d’une doctrine ch se prémisses d’où elles sortent. Les protestations. qui >. ‘élèvent de la conscience morale contre un es sont. .Læ un fait dont la crilique doit tenir compte.

Est-ce à dire que ce fait soit souverain ? Au contraire, le à verdict spontané de la conscience morale ne peut être qué provisoire, il appelle le contrôle de la philosophie critique. Les jugements moraux sont des principes abstraits es ei

qués à des actes libres : la critique porter et sur les prine | - “ER cipes et sur leur application. CURE

ie Comment s’exercera-t-elle ? | no - Les affirmations spontanées de la conscience morale et | et religieuse peuvent êlre invoquées.comme l'expression d’ une.

se loi de notre nalure : elles sont, en effet, communes à tous, - plus fortes que nos SPORE LOS personnelles, indépen- 5 dantes des contingences du milieu extérieur. Comme on est fondé à croire que la nature humaine est bien faile, le ed «sens moral » crée aussitôt une FOR en faveur de Ss la vérité de son objet. Fe | [n’y a là, de prime abord, qu'une RL Lorsque. : la philosophie a montré le feat rationnel de certaines propositions morales ou religieuses, le désaccord d'un système avec elles peut être i invoqué comme argument contre | le système, en vertu du principe que le vraine peut contre- “ dire le vrai. “re Toutefois cet argument indirect tiré des conséquences F, d'une doctrine n'est pas le dernier mot de la philosophie. : Seule la démonstration qui fait saisir la raison intrinsèque, & immédiate d'une doctrine est rigoureusement sentis

1) En ce sens, on comprend cette boutade de Taine : « Je Ge deux parts de moi-même : l'homme ordinaire, qui boit, qui maso

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Aussi, lorsque le critique s’émeut d’un désaccord entre ses théories spéculatives et les doctrines morales ou religieuses, ce nest pas pour abdiquer définitivement l'arbitrage suprême qui lui revient ; il consulte la conscience morale en première instance ; mais les jugements qu'elle rend doivent

subir le contrôle el recevoir la sanction de la raison spéculative, celle-ci demeurant toujours, en matière de certitude,

la suprême juridiction.

Nous avons terminé l'examen des systèmes qui placent le motif dernier de la connaissance certaine, soit dans l'auto-

rilé, critérium exirinsèque (art. 1), soit dans la volonté ou

lesentiment, crilérium intrinsèque mais toutsubjectif (art. 2 et nous avons conelu à la nécessité d'un critérium qui soit à la fois intrinsèque el objectif.

Ce critérium doit être, de plus, immédiat ; les auteurs qui

qui fait ses affaires, qui évite d'être nuisible, et qui tâche d'être

utile, Je laisse cet homme à la porte. Qu'il ait des opinions, une conduite, un chapeau et des gants comme le public : cela regarde le ui L'autre homme, à qui je permets l'accès de la philosophie, ne sait pas que ce public existe. Qu'on puisse tirer de Ja vérité des effets utiles, il ne l'a jamais soupçonné. A vrai dire, ce n’est pas un homme ; c'est un instrument doué de la faculté de voir, d'analyser et de raisonner. S'il a quelque passion, c’est le désir d’ opérer beaucoup, avec précision, et sur des objets inconnus. Quand j'’entre dans la philosophie, je suis cet homme. Vous croyez qu'il souhaite autoriser le sens commun et prouver le monde extérieur ? Point du tout, Que le genre humain se trompe ou non, que la matière soit une chose réelle, ou une apparence illusoire, il n'y met point de diffé-

rence. « Mais vous êtes marié, lui dit Reid. — Moi, point du tout.

Bon pour l'animal extérieur que j'ai mis à la porte. — Mais, lui dit M. Royer-Collard, vous allez rendre les Français révolutionnaires — Je n’en sais rien. Est-ce qu'il y a des Français » ? Là-dessus, il continue, notant, décomposant, comparant, tirant les conséquences pendues au bout de ses syllogismes, curieux de savoir ce que du fond du puits il ramène à la lumière, mais indifférent sur la prise, uniquement attentif à ne pas casser la chaîne et à remonter le seau bien plein. Il ôtera peut-être quelque chose à la certitude, peut-être beaucoup, peut-être tout, peut-être rien. Peu lui importe : il n'ôtera rien à la vérité ». Taine, Les Philosophes DIARRANER du XIXe siècle, ch. II, pp. 36-37.

assignent, comme base à la connaissance certaine, un motif

appuyé Sur un raisonnement, rendent impossible la preuve

réfléchie de la validité de la certitude.

ARTICLE NII

Les théories circulaires de la certitude

SOMMAIRE : 95, Doctrine de Descartes sur le fondement de la

connaissance certaine. — 94. Comment Descartes fente de prouver .

l'existence de Dieu. — 95, Comment il tente de prouver la véracité de Dieu. — 96. Critique des thèses fondamentales de la méthode cartésienne. — 97. Théorie de Malebranche sur la certitude des existences contingentes. — 98. Critique de la théorie de Malebranche — 99. Théorie de l'exemplarisme divin. — 100. Critique de la théorie de l’exemplarisme divin. — 101. La part de vérité des théories précédentes. — 102. Conclusion du Chapitre Premier.

93. Doctrine de Descartes sur le fondement de la Connaissance certaine. — Nous connaissons le début du Discours de la Méthode. « Je voulais feindre que toutes les choses qui m'étaient jamais entrées en l’esprit n'étaient non plus vraies que les illusions de mes songes ».

Mais aussitôt après « je pris garde que, pendant que je voulais ainsi penser que tout était faux, il fallait nécessairement que moi qui le pensais fusse quelque chose ».

L'existence de la pensée et du moi pensant se trouve-t-elle ainsi soustraite au doute universel ?

Nous avons fait observer (39) que du‘doute universel à la certitude de l’existence du moi le passage est illogique. Le

doute est, par définition, la négation d’un assentiment ; la

certitude est essentiellement l'affirmation d'un assentiment : donc le doute et la certitude s’excluent contradictoirement.

Mais, que le processus cartésien soit logique ouillogique, toujours est-il que, au second moment de sa méthode, Des-

cartes affirme comme certaine l'existence de la penséeet du

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moi pensant ; il « remarque que cette vérité : je pense, donc Je suis est si ferme et si assurée que toutes les plus extravagantes suppositions des sceptiques ne sont pas capables de l’ébranler », et il « juge qu'il peut la recevoir sans scrupule pour le principe de la philosophie qu'il cherchait »,

Suivons le développement de la pensée cartésienne. Après avoir affirmé la vérité de son existence, Descartes se demande « ce qui est requis à une proposition pour être vraie et certaine » ; car, dit-il, «puisque je venais d’en trouver une que je savais être lelle, je pensai que je devais aussi savoir en quoi consiste cette certitude ».

Or, quelle est la marque de vérité de la proposition : Je

pense, donc je suis ?

Rien, répond Descartes, sinon la clarté et la distinction de ma pensée. « Ayant remarqué qu'il n'y a rien du tout en ceci. Je pense, donc je suis, qui m'assure que je dis la vérité, sinon que je vois très clairement que, pour penser, il faut être, je Jugeai que je pouvais prendre pour règle générale que les choses que nous concevons très clairement et fort distinctement sont loutes vraies, mais qu'il y a seulement quelque difficulté à bien remarquer quelles sont celles que nous concevons distinctement ».

Faut-il voir dans cette règle directrice, proposée par Des- cartes, — «]Ja clarté de nos conceptions », — un critérium tout subjectif de certitude ?

On l’a prétendu et il faut reconnaître que le langage du philosophefrançais n’exclut pas assez nettement cette interprétation subjectiviste.

Un pareil critérium serait évidemment défectueux : la clarté est la condition sine qua non de la perception du vrai, elle n’est pas, comme telle, une garantie de vérité.

Mais cette distinction fondamentale entre une condition de la certitude et le motif sur lequel elle doit s'appuyer n’a pas échappé à Descartes ; il ne place pas la garantie de la vérité dans la clarté de ses conceptions, mais dans un fait objectif dont il dit avoir la vision claire. « Ce qui m’assure de la vérité, dit-il, c’est que je vois très clairement que, pour penser, il faut être ». [Il reconnaît un motif d’assentiment,

220 ANSE di CRITÉRIOLOGIE Her

antérieur à l’acte de vision dre c'est T'évidense à la. = connexion entre la pensée et l'être ou, d’une façon plus générale, l'évidence objective de la Vérité: et "ÉE Aussi, l’on aurait tort d’attacher une signification dc “e sivement subjective à la première conclusion du Discours Fe de la Méthode : «Je jugeai que Je pouvais prendre pour re | générale que les choses que nous concevons fort clairement et fort distinctement sont toutes vraies ». La règle tirée de la clarte des idées est un critérium immédiat, pronos Quel est le critérium suprême ? | :

Voici la conclusion finale du Discours de: la Méthode : Mais si nous ne savions point que tout ce qui est en nous à de réel et de vrai vient d'un Être parfait et infini, Poe claires el distinctes que fussent nos idées, nous n° aurions aucune raison qui nous assurâb qu'elles eussent la perfec- : tion d’être vraies ». | + Le :

Descartes a jeté le doutesur nos facultés conbiv es parce y que, se disait-il, elles pourraient être l'œuvre d'un Dieu Ë trompeur. La dre de nos idées suffit-elle à nous assurer de leur vérité, aussi longtemps que d'un Dieu -trompeur n'a pas élé écartée ? FE Certes, écril-il dans ses Médilations, la raison | de de üirée de, l'hypothèse d’un Dieu trompeur « est bien ie et pour ainsi dire mélaphysique. Mais afin de la} pouvoir tout à fait ôter, je dois examiner s'il y a un Dieu : et si Je trouve qu'il y en ait un, je dois aussi examiner s’il En êtres trompeur : car sans la connaissance de ces deux vérités, j + ne vois pas que je puisse jamais être cerlain d aucune chose » 1). | © On voit l'importance de la preuve de ne éxstèned à Dis ne la théorie cartésienne. La certitude a, selon Descartes, RU pour motif dernier cette double vérité : Dieu existe ; Dieu ne peut être trompeur. SR V< 2000

94. Comment Descartes tente de prouver l'éxies tence de Dieu. — On LOTte chez Descartes deux preuxee fe

s) Jme Médit.

explicites de l'existence de Dieu : « Il n’y a que deux voies par lesquelles on puisse prouver qu’il y a un Dieu, savoir : l'une par ses effets, el l’autre par son essence ou sa nature même » !).

La première preuve peut être ainsi résumée : «Nous avons l'idée d’un Etre infini : ceci est un fait psy chologique. Or, une idée représentative de l'Infini a un objet qui dépasse celui de toutes les idées par lesquelles nous nous représentons des choses finies. Donc notre idée de l’Infini ne vient pas de nous, n’est pas notre œuvre, mais elle a dû être mise en nous par une cause réellement infinie.

À l'appui de cette preuve, Descartes invoque. cette thèse idéologique :

On ne doit pas s'imaginer que je me forme l'idée de Pinfini par la négalion du fini: «au contraire, je vois manifestement qu ?] se rencontre plus de réalité dans la substance infinie que dans la substance finie » ?).

Voici d'ailleurs les propres paroles de Descartes : « La réalité objective de chacune de nos idées requiert une cause dans laquelle cette même réalité soit contenue, non pas simplement objectivement, mais formellement où éminemment. Or est-il que nous avons en nous l'idée de Dieu et que la réalité objective de cette idée n'est point contenue en nous n1 formellement n1 éminemment, et qu’elle ne peut être contenue dans aucun autre que dans Dieu même. Donc cette idée de-Dieu qui est en nous demande Dieu pour cause ; el par conséquent Dieu existe » 5). Et ailleurs, plus

1) Rép. aux 1'°S objeclions, vers la fin.

2; 5neMédit., I, 281. Le langage de Descartes estsouvent fluctuant ; quelques lignes plus bas, il a l'air de dire que nous pourrions nous former nous-mêmes une idée de l'infini : dans ce cas, la preuve tirée:

de la perfection de notre idée de l'infini serait minée par la base. Il écrit : « Il suffit que je juge que toutesles choses que je concçois clairement, et dans lesquelles je crois qu'il y à quelque perfection et peut-être une infinité d’autres que j'ignore sont en Dieu formellement ou éminemment, afin que | idée que en ai soit la plus vraie … CUS

5) Rép. aux Qmes objections.

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brièvement : « Encore que l’idée de la substance soit en moi

de cela même que je suis une substance, je n'aurais pas

néanmoins l’idée d’une substance infinie, moi qui suis un être fini, si elle n'avait été mise en moi par quelque substance qui fût véritablement infinie » !).

Cette première preuve s'appuie sur le principe de causalité que Descartes énonce en ces termes : « C’est une chose manifeste par la lumière naturelle qu'il doit y avoir pour le moins autant de réalité dans la cause efficiente et totale que dans son effet : car d’où est-ce que l'effet peul tirer sa réalité, sinon de sa cause » ? 2?) |

Aussi bien, ilécrit en réponse à une objection : «Je pense qu'il est manifeste à tout le monde que la considération de la cause efficiente est le premier et le principal moyen, pour ne pas dire le seulet l'unique, que nous ayons pour prouver l'existence de Dieu » 5).

La seconde preuve est lirée del’analyse del’idée du parfait. Cette preuve, qui reproduit une argumentation chère à saint Anselme et qe l'on a coutume d'appeler « ontologique », revient à ceci : J'ai l’idée d'un Etre parfait. Or. il est essentiel à l'Être parfait d'exister, comme il est essentiel au triangle rectiligne d’avoir ses trois angles égaux à deux droits. Donc Dieu existe.« L'existence ne peut non plus être séparée de l'essence de Dieu, que de l'essence d’un triangle rechligne la grandeur de ses trois angles égaux à deux droits, ou Éèn de l’idée d’une montagne l’ idée d une vallée » +).

Il ne suffit même pas, observe Descartes, d'attribuer à l'existence de Dieu la même évidence qu'au théorème géométrique auquel on l’a comparée ; de toutes les démonstrations « la plus claire et la plus manifeste » est celle de Dieu.

« Certes si mon esprit n’était prévenu d’aucuns préjugés, et

que ma pensée ne se trouvât point divertie par la présence continuelle des images des choses sensibles, il n'y aurait

1) 32e Médit.

2) Médit. 3me, 5) Rép. aux 4ves obj.

4) Médit. 3me, I, 290.

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aucune chose que je connusse plus tôt, ni plus facilement que lui. Car y a-t-ilrien en soi de plus clair et de plus manifeste que de penser qu’il y a un Dieu, c’est-à-dire un être souverain et parfait en l’idée duquel seul l'existence nécessaire ou éternelle est comprise et par conséquent qui existe » ? 1). Descartes a confiance d'échapper ainsi au reproche, qu'il mériterait à première vue, d’avoir appuyé le mieux connu sur le moins connu, le critérium de l'évidence sur une démonstration inévitable ou moins évidente. « La démonstration qui prouve l'existence de Dieu est beaucoup plus simple et plus évidente, dit-il, que celle qui démontre que. la somme des angles d'un triangle est égale à deux droits » 2).

Cette seconde preuve a les préférences de Descartes.

Dans ses Méditations, où il adopte, dit-il, un procédé déductif, il lui donne la première place ; l'argument tiré de la présence dans l'âme de l’idée de l'infini y vient en second lieu.

Cependant, une objectionsaute aux yeux : Descartes tourne dans un cercle. D'une part, la proposition « Dieu existe » étant une conclusion, n'est certaine que dépendamment de la certitude des prémisses qui la démontrent ; d'autre part, la même proposition, étant censée être le fondement de foule certitude, est logiquement présupposée aux prémisses qui la démontrent. La conclusion appuie sa certitude sur des prémisses qui sont supposées s'appuyer sur elle.

On à peine à croire à un paralogisme aussi grossier, d'autant que Descartes l’a eu en vue ; ses contemporains le lui reprochaient. Il essaie d’une distinction. « Je ne suis point tombé, dit-il, dans la faute qu’on appelle cercle, lorsque j'ai dit que nous ne sommes assurés que les choses que nous concevons fort clairement et fort distinctement sont toutes vraies qu'à cause que Dieu est ou existe, et que

nous ne sommes assurés que Dieu est ou existe qu’à cause

que nous concevons cela fort clairement et fort distincte-

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