‹ Critériologie généraleChapitre 48 sur 90 · Théorie de Malebranche sut la Certiinde des · texte numérisé non relu

Théorie de Malebranche sut la Certiinde des

existences contingentes. — L'auteur de la Recherche de

la vérilé se demande comment notre intelligence entre en

contact avec le monde réel:

extenditur, cujus signum est quod qualibet quantitate finita data. intellectus noster majorem excogitare possit. Frustra aulem esset haec ordinatio intellectus adinfinitum nisi esset aliqua res intelligibilis infinita. Oportet igitur esse aliquam rem intelligibilem infiniam, quam oportet esse maximam rerum, et hanc dicimus Deum. Deus igitur est infinitus ».

Les objets matériels ne peuvent être la cause de nos idées immatérielles. Notre âme n’a pasla puissance deles produire, car il est aussi impossible à un être fini d’être cause efficiente que d’être cause créatrice. D'autre part, il est inadmissible que nous naissions avec des idées innées de toutes les choses que nous pouvons connaître, car, celles-ci étant infinies, l'âme devrait posséder en même temps des modifi- Calions infinies, ce qui est impossible; elle connaît d’ailleurs l'infini, ce qui suppose un objet infini, done supérieur au pouvoir représentatif d’une intelligence créée. Reste une seule façon de rendre compte de nos idées : étant la seule possible, elle est la vraie ; la voici : En Dieu résident, dès avant la création, les idées de toutes les créatures : esprit peut donc les y apercevoir. Dieu veut l'existence des êtres qu'Il crée ; l'esprit peut donc dans cette volonté divine apercevoir la raison des existences contingentes,

« Dieu voit donc au dedans de lui-même tous les êtres, en considérant ses propres perfections qui les lui représentent, Ïl connaît encore parfaitement leur existence, parce que, dépendant tous de sa volonté pour exister et ne pouvant ignorer ses propres volontés, il s'ensuit qu'il ne peut ignorer leur existence ; et par conséquent Dieu voit en. lui-même non seulement l'essence des choses, mais aussi leur existence.

» Mais il n’en est-pas de même des esprits créés : ils ne peuvent voir dans eux-mêmes ni l'essence des choses ni leur existence. Ils n’en peuvent voir l'essence dans eux-mêmes, puisque étant très himitésilsnecontiennentpastouslesêtres, comme Dieu. Donc l'esprit humain ne voit pas l’essence des choses en considérant ses propres perfections ou en se modifiant diversement. Il ne voit pas aussi leur existence dans lui-même, parce qu'elles ne dépendent point de sa volonté pour exister, et que les idées de ces choses peuvent être présentes à l’esprit quoiqu'elles n’exislent pas. Il est donc indubitable que ce n'est pas en soi-même ni par soimême que l'esprit voit l'existence des choses, mais qu'il

CRT AE Le 2:

D 990 * CRITÉRIOLOGIE RS

Fe dépend en cela de quelque autre chose. Il voit toutes choses a : en Dieu » 1) PR CRE 98. Critique de la théorie de Malebranche. — Aubes chose est un fait, autre chose est son origine. Autre donc ES + la connaissance “ fait, autre la connaissance de l’action qui le fait exister. La première est possible sans la seconde, se encore que celle-ci soit le complément de celle-là. FA a Malebranche attribue à la connaissance de l’action créa- : trice ou conservatrice de Dieu la connaissance des existences | contingentes, etne croit pas cependant tomber dans un. cercle vicieux parce qu'il prête à l’âme une vue immédiate Le de la vérité substantielle. Fe Mais, en réalité, Dieu n’est pas pour nous l'objet d'une ee ee intuition ; nous ne pouvons le connaître qu'à l’aide des êtres ci ee créés ; ie lors, faire dépendre de la connaissance de Dieu la connaissance de ces essences el de ces existences créées, -c'est, par une nécessité logique inéluctable, s ‘enfermer ee dans un cerele vicieux. É |

FAX

99. Théorie de l’exemplarisme divin. — Sous l'influence de la philosophie platonicienne et de certaines vues, vaguement comprises, de saint Augustin sur Îles idées re die bon nombre de spiritualistes chrétiens veulent 2 placer le motif suprême de la certitude dans l'essence de - Dieu et dans la nécessité absolue des rapports qui relient entre elles les idées-modèles conçues par l'intelligence divine. ce

Voici comment ils expliquent leur théorie. sp

L'objet de la science certaine est formé derelations néces= saires, immuables, éternelles. Or, l'expérience ne rend pas = raison de la nécessité, de l’immutabilité, de l'éternité deces relations : car les choses d’expérience sont toutes contingentes, locales, temporelles. Donc, pour rendre compte des caractères de l'objet de nos connaissances intellectuelles, il fautremonterplus haut queles choses d'expérience, jusqu'à

1) Recherche de la vérité, Livre IL. ch. V et VI. | 5

Dieu, l'Étre nécessaire, qui embrasse suréminémment l’universalité des êtres, toutes les positions de l’espace et tous les moments du temps. |

Non seulement Dieu existe lui-même, en tant qu'Être nécessaire, mais il est nécessairement imifable par une multitude illimitée d'êtres susceptibles de participer à son essence el de ressembler, d’une facon lointaine, à son infinie perfection.

Ces êtres possibles sont les archétypes d'après lesquels Dieu doit créer les réalités contingentes, posé qu’Il se décide librement à créer.

Or de fait, Dieu a créé. :

Les créatures sont donc des imitations des idées divines. « La nature propre à chaque être créé lui vient, dit profondément saint Thomas, de sa ressemblance lointaine avec l'essence divine » !).

= De même que les idées divines partagent les caractères

de nécessité, d’immutabilité et d’éternité de l'essence de Dieu, de même les essences des choses créées sont nécessaires, immuables, éternelles. Ainsi se trouvent expliqués les caractères des essences que l'intelligence connaît et ceux des concepts par lesquels elle se les représente.

Donc, enfin, la nécessité absolue de l'Être divin et des idées divines est la raison nécessaire et la seule suffisante de la certitude. |

1) « Unaquaeque creatura habet propriam speciem, secundum quod aliquo modo participat divinae essentiae similitudinem. Sic igitur in quantum Deus cognoscit suam essentiam ut sic imitabilem a tali creatura, cognoscit eam ut propriam rationem et ideam hujus creaturae ». Sum. Theol. I, q. 15, a. 2, c.

L'auteur du traité des Noms divins attribué à Denys l'Aréopagite, dit très bien : « L’entendement divin pénètre toutes choses par une

vue transcendante ; il puise dans la cause universelle la science

des êtres. Il n’étudie pas les êtres dans les êtres eux-mêmes, il ne

les contemple pas dans leurs formes particulières, maisil les voit et

les pénètre dans leurcause qu'il comprend tout entière. Produisant

toutes choses par l'unité de sa force, il les connaît toutes dans

l'unité de leur cause, puisqu'elles procèdent de lui et préexistent en lui ». Des noms divins, VII, 2,

D? CRITÉRIOLOGIE

100. Critique de la théorie de l’exemplarisme divin. — Cette théorie s'inspire d’une fausse supposition, manque ÊE de preuve, aboutit nécessairement à un cercle vicieux. |

1° La théorie s'inspire d’une fausse supposition. En cltefs Per ceux qui la défendent, confondent à tort la nécessité des essences abstraites et de leurs rapports intelligibles avec la nécessité de l'Etre divin et des idées divines. HR

Or, entre les deux, il ÿ a un abime. La seconde affecte l’existence de l’Étre divin et est absolue : la première affecte ne les rapports qui régissent les essences abstraites et n’est 4

que conditionnelle. Nous n’insistons pas sur ce point ; 192 0

été traité ex professo en Psychologie. ZE

2° La théorie manque de preuve. Le seul un dont ur " elle se réclame est l'affirmation que sans elle on ne peut “. expliquer les caractères de la connaissance certaine. Or, ils s'expliquent sans elle : à l’aide de deux facteurs, les réalités sensibles et le pouvoir d’abstraction et de réflexion dont l'intelligence qui a pour objet l’être quel qu'il soit, est douée. Pour ce point aussi, nous renvoyons à la Psjeuss logie et à la Méthaphysique générale. |

3° La théorie aboutit à un cerclevicieux. D'après la théorie, la certitude scientifique naîtrait au moment où la raison verrait que les essences des choses sont des imitations des idées d'un Étre nécessaire. |

Mais l'existence d'un Etre nécessaire n’est come que par raisonnement.

Le raisonnement démonstratif s’ appuie sur des prémisses supposées certaines.

Donc, la connaissance de l’existence de Dieu présuppose des prémisses certaines. |

Mais, d’après la théorie, l'unique raison d’ + qu'une vérité estcertaine, nécessairement, immuablement, éternellement certaine, c’est qu’elle exprime des rapports qui régissent les rte divines.

de l’unique raison d'affirmer avec certitude les prémisses de la démonstration de l'existence de Dieu, — en particulier le principe de causalité, — c’est la ER que

ces vérités expriment des rapports nécessaires entre les ‘idées divines.

En conséquence, la certitude de la démonstration de l’exis- - tence de Dieu reposerait sur des prémisses qui elles-mêmes emprunteraient leur certitude à la conclusion de cette démonstration : cercle vicieux.

Pour échapper à cette conséquence, ne faudrait-il pas soutenir que l'intelligence a la vision immédiate de l'essence divine et de la nécessité de l’Étre divin. C’est la thèse ontologiste.

La théorie de l’ plane divin renferme cependant, aussi bien que la théorie de Descartes d ailleurs, une part de vérité.

101. La part de vérité des théories précédentes. — Quiconque suppose donnée, dans l'ordre ontologique, V’existence de Dieu, peut partir de la nécessité de l’essence divine pour rendre compte synthéliquement de la possibilité intrinsèque des êtres et des rapports nécessaires, universels et immuables, qui les relient ).

Dans le même ordre ontologique, la nature humaine, avec son intelligence capable de certitude, ést l’œuvre d’un Dieu tout parfait ; elle a été faite pour connaître la vérité et demeure orientée vers elle sous la conduite sage et bienfaisante de la Providence.

Or, l'idéal serait que l’ordre logique COHSRDONEE adéquatement à l’ordre ontologique.

Donc l'idéal pour l'intelligence serait de déduire de l'essence et des attributs de Dieu toute vérité.

Mais cet idéal n’est pas, dans les conditions de notre vie terrestre, à la portée de notre intelligence ; nous ne pouvons présentement nous élever à cette connaissance synthétique, — encore est-ce dans une bien faible mesure, — qu'au prix d’un travail préliminaire d’induction ou d analyse)

La méthode de la philosophie n'est pas synthétique, mais analytico=synthétique. :

1) Nous développerons cette pensée à la fin de laCritériologie spéciale,

234 ” | CRITÉRIOLOGIE FT CE : :

102. Conclusion du chapitre F — s’ il y a des connais- Pons sances qui portent la marque de la vérité ; si l'aeessess 6 ee possède un moyen de discerner le vrai et le re en un mot, s'il existe un critérium de vérité, il faut que ce HÉROS

réunisse trois conditions, qu'il soit interne, objectif de . immédiat.

Ille faut interne. Un motifetune règle devérité qui seraient. fournis par une autorité extérieure, ne pourraient servir de. critérium ultime, car, a cette autorité elle-même et à ses communications devraient nécessairement s'appliquer les doutes réfléchis que soulève la critériologie. L’espritne serait point décidément certain, tant qu'il n'aurait pas ee trouvé en lui-même un motif suffisant d adhésion : au témoignage de l’autorité. :

[ le faut objectif. Le motif dernier d adhésion ne te être une disposition toute Subjeclive du sujet pensant. L'homme a conscience qu'il a le pouvoir de réfléchir sur ses ; états psychologiques pour les contrôler ; conscient de cé pouvoir, il ne peut, lant qu'il ne l'a pas exercé, s'assurer la tranquillité définitive de la certitude. are le motif dernier de la certitude ne peut résider dans un sentiment subjectif, il doit se trouver en ce qui, objectivement, produit ce sentiment et rend raison de sa valeur. ' DR.

Enfin, il Le faut immédiat. Certes, une conviction certaine TA peuts appuyer sur plusieurs motifs subordonnés à un autre 4 motif; mais, à moins d’aller à l'infini sans aboutir : jamais à | ones la certilude, il faudra tôt ou tard rencontrer un motif d’assentiment qui n'en présuppose plus d’ autre, un critérium immédiat de certitude. LA ,

Existe-t-il un critérium de vérité nanti de ces ER condi- L tions ? Dans l’affirmative, quel est-il?

Page 1