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CHAPITRE I

Les fermes du problème

SOMMAIRE : 9. Passage du point de vue psychologique au point

de vue critique. — 10. Les termes du problème critériologique — 11. La vérité — 12. Un malentendu à'‘éviter. — 13. La vérité objective. — 14. La vérité logique. — 15. Interprétation des nofions traditionnelles de la vérité. — 16. Vérités d'ordre idéal, vérités d'ordre réel. — 17. La conscience de connaître la vérité. — 18. L'évidence. — 19. La certitude. — 20. L'incertitude, le doute, l'opinion. — 21. L'erreur. £

9. Passage du point de vue psychologique au point de vue critique. — Dans un chapitre préliminaire, on a considéré la certilude comme fait psychologique ; à ce point de vue, elle est un état de détermination, par opposition au doute qui se révèle comme un état d’indétermination, elle est la propriété de certains actes intellectifs qui réussissent à unir plusieurs éléments présents au sujet pensant, oüvdeot vonpétwy Gonep Évôyrwy, suivant le mot profond d'Aristote 1). Elle apporte à l’homme un sentiment d'acquiescement qui exclut les tiraillements du doute.

1) De anima, 1IL, 6.

Ce repos qu'engendre la certitude peut-il jamais être regardé comme définitif ?

La synthèse qu'opère l'esprit n’est pas un but à ellemême ; elle se fait au service de la connaissance ; or, connaître qu'est-ce sinon se représenter, telle qu’elle est, la réalité ?

D'où cette question pressante : Puis-je m'assurer que, lorsque mon intelligence adhère déterminément à un objet, elle me le fait connaître tel qu'il est ? Plus brièvement, suis-je capable de voir que je connais la vérité ?

La question n’est certes pas oiseuse.: Car, enfin, on ne peut le nier, tous nous avons dû souvent abandonner, après un examen plus mûr, des adhésions dont jusqu'alors nous n'avions point douté. Que de doctrines au sujet desquelles lés hommes se contredisent, avec une conviction égale ! Que de systèmes qui ont eu leur moment de vogue, jonchent aujourd'hui le sol de l’histoire ! Il y a donc lieu de se demander s'il existe des adhésions irréformables, qu'aucun examen à venir ne convaincra d'erreur. Les sceptiques rendraient les armes s'ils pouvaient se persuader qu'il en existe et que l'intelligence a le moyen de les reconnaître.

Le débatengagé entre le sceptique etle dogmatiste revient donc à ces termes : Connaissons-nous la vérité ? Pouvonsnous avoir conscience de connaître la vérité et possédonsnous, en conséquence, un moyen de discerner la vérité de l'erreur?

Dans laffirmative, le dogmatisme est justifié ; dans la négative, 1l faudrait donner gain de cause au scepticisme.

10. Les termes du problème critériologique. — Pour définir avec rigueur les termes du problème général de Ja Critériologie, il faut donc se mettre d'accord sur les expressions : ld vérilé ; connaître la vérilé ; avoir conscience de connaître la re

II. La vérité. —- Dans l'expression «connaître la vérité», la vérité désigne l’objet de la connaissance.

Dans l'expression «connaître en vérité», “ vérité dési: gne un attribut de la connaissance.

ts

La vérité, terme abstrait, éxprime la qualité de ce qui est vrai. Elle est tantôt objective, tantôt logique, subjective, un attribut d'objets présents à l'intelligence, ou de connaissances représentatives de ces objets.

Dans les deux cas, la notion de vérité nous met en présence de deux termes : un objet perçu Les M une représentation de cet objet.

Au surplus, il n'est personne qui n'accorde que la vérité réalise une sorte de conformité entre la connaissance et la réalité connue.

La définition de l'École : Veritas est conformatis rei el inlellectus, est l'expression traditionnelle de cet accord:

Mais ces notions ont besoin d'être précisées.

12. Un malentendu à éviter. — Comme une partie de cet ouvrage va à l'encontre de théories communément reçues chez les interprètes modernes de la philosophie scolastique, il est bon de rappeler le sens qu'ils donnent à la définition : « Veritas est conformitas rei et intellectus » et de déclarer en quoi et pourquoi nous nous séparons d'eux sur ce point.

Ils supposent admis le bien-fondé du dogmatisme ; ils supposent hors de cause l’existence de l’univers et celle du moi pensant, la validité des principes, celle notamment du principe de causalité, enfin, la légitimité du procédé qui des choses contingentes de l’univers conclut à l’existence d’un Etre nécessaire et, par conséquent, infini. Moyennant ces présuppositions, ils s’autorisent à donner de la vérité l’exposé que voici :

Dieu, Etre nécessaire, intelligent, infini existe. Il se connaît infiniment, c’est-à-dire autant qu'il est connaissable. [se connaît donc non seulement tel qu'il est en son être absolu, mais en ant qu'il est imitable par d’autres êtres capables de refléter, très imparfaitement d'ailleurs, ses perfections infinies. Supposons que, librement, Dieu se décide à créer. Sa sagesse infinie exige qu'il Po on les êtres en conformité avec les idées archétypes qu'il possède d'eux, sa toute-puissance empêche que ses œuvres ne

restent au-dessous de cette conformité voulue. Les choses créées sont exactement conformes aux idées-modèles de l’Intelligence divine.

C’est là, disent-ils, la « conformitas rei et intellectus », la vérité primordiale des choses ; cet attribut leur est essentiel, inaliénable : Vérité ontologique.

Au nombre de ses créatures Dieu a placé des êtres intelligents, capables de connaître ses œuvres. Lorsqu'ils les connaîtront telles qu’elles sont, la vérité fera son apparition dans l'intelligence humaine. La vérité logique consistera donc, de prime abord, dans l'accord de la connaissance intellectuelle avec les choses de la nature, mais cet accord ne s'y réalisera que d’une façon secondaire, accidentelle ; en dernière analyse, elle résidera dans la conformité de nos idées avec les idées divines qui ont servi de modèles aux œuvres créées. :

Encore une fois, la conformité des choses avec l'intelligence divine ar le fondement suprême de la vérité logique. :

Orcette construction, si majestueuse soit-elle, est aujourd’hui en Critériologie un hors-d'œuvre.

L'idéalisme met en question la cognoscibilité des choses extérieures ; le positivisme récuse les principes, notamment le principe de causalité ; le criticisme de Kant conteste la valeur de cé principe et l'emploi que la raison en fait pour conclure à l’existence d’un Étre nécessaire. Ceux qui veulent résoudre les problèmes critériologiques, tels qu’ilsse posent aujourd'hui, par le procédé synthétique du dogmatisme de jadis, commettent une pétition de principe.

Il faut ne supposer que des notions sur lesquelles positivistes, kantistes et thomisles puissent se mettre d'accord.

Aussi bien, les commentateurs superficiels des doctrines aristotéliciennes et thomistes sont menés par la logique de leurs définitions initiales à une impasse. D'une part, ils disent : Il y a vérité, chaque fois qu'il y a conformité entre une connaissance el la réalité : conformilas intellec-

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lus et rei. D’après cela, il semble que la connaissance conceptuelle elle-même soit susceptible de vérité. & Mais, d'autre part, ils doivent se rendre à cette vérité ie sens commun : seul le jugement est vrai ou faux. Aristote déjà professait que la vérité estune propriété he do

il le définissait par cette propriété.

Ils essaient alors de se tirer d'affaire en. attribuant au

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à où à

simple concept la vérité «inchoative », « quadamtenus »,

«sensu diminuto ». Vaine échappatoire. Le défaut de la

théorie est dans les données d’où sortent ces conséquences.

Demandons-nous donc ce qu’est la vérité : la vérité objective et la vérité logique.

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