Mécanisme psychologique du jugement syn
thétique a priori. — Toute cognition demande, selon
Kant, le concours des sens et de l'esprit : les sens apportent des impressions passives, la malière de la connaissance ; l'esprit y apporte sa puissance de réaction, son pouvoir
d’unification ou de synthèse, et fournit la Fa de a COn- »
naissance.
La connaissance comprend. ns une malière, les impressions multiples, disjointes, des sens, « der rohe Stoff sinnlicher Eindrücke, das Mannigfallige der Sinnlichkeit », et une forme qui réduit les impressions Rss à d'unités ).
Les sens sont des facultés réceptives ; l'esprit, au con-
1) « Dans toute connaissance, il faut distinguer une us c'està-dire l'objet, et une forme, c'est-à-dire la manière dont nous connaissons l’objet. Supposons, par exemple, qu'un sauvage aperçoive au loin une maison dont il ignore l’usage ; il a de la maison la même
représentation objective que celui qui sait que la maison est faite
pour servir d'habitation ; mais, au point de vue de la forme, laconnaissance du sauväge et celle de l'homme civilisé sont Gr », Logik, Einleit, V, S. 36.
traire, est actif, spontané. La connaissance résulte du jeu combiné de la sensibilité et de l'esprit 1).
« Supprimez la sensibilité, vous n'aurez plus d'objet connaissable ; supprimez l'esprit, vous n’aurez plus de pouvoir capable de le penser. Les pensées sans contenu sont vides : les intuitions sensibles sans concepts sont aveugles. Onhe Sinnlichkiet würde uns kein Gegenstand gegeben, und ohne Verstand, keiner gedacht werden. Gedanken ohne Inhalt sind leer, Anschauungen ohne Begriffe sind blind. I est également nécessaire, et de rendre sensibles les concepts, ce qui se fait en leur donnant un objet dans une intuition, et de rendre intelligibles les intuitions des sens, ce qui se fait en les soumettant au moule des concepts » ?)
1) « La sensibilité est un pouvoir de réceplivité, l'esprit un pouvoir de spontanéité. Die Sinnlichkeitist ein Vermôgen der Receplivität, der Verstand ein Vermôügen der Spontaneitäl ». [bid., S. 39.
2) Pour bien saisir la signification de l'idéologie kantienne, il ne
faut pas oublier qu'elle allait à l'encontre du sensualisme de Locke et de Hume. Pour ceux-ci, quelle est la genèse d'un concept ? L'esprit humain est assimilé à une toile vierge, à une fabula rasa, qui ne porterait encore aucune trace de représentation ; à ce que nous appellerions aujourd'hui, une plaquesensible pho tographique, avant que la lumière l'impressionne et destinée à recevoir les images des choses de la nature. Des impressions sensibles s'y déposent successivement, laissent des traces qui, sous le nom de souvenirs, font l'objet de la mémoire, et par leur répétition forment - un résidu indistinct qui devient le concept général.
Il y a un abîme, observe Kant, entre des impressions jetées au hasard des circonstances dansle récipient de la pensée, et ce phénomène essentiellement actif qui s'opère en moi quand, prenant les impressions que J'éprouve, et exerçant sur elles un acte d'énergie personnelle, j'en viens à pouvoir dire : je connais.
11 y a donc dans la connaissance une part de sensibilité ou de réceplivité, mais 11 y en a une, aussi, d'activité, de spontanéité, de pensée. La part de la sensibilité passive a été soulignée par Hume, celle qui revient à l’activité du sujet pensant a été indiquée par Berkeley : Kant tient de l’un et de l'autre.
Il faut citer en entier l'extrait de la Crilique de la raison pure dont nous reproduisons le passage le plus saillant dans le corps de notre exposé :
« Notre connaissance dérive de deux sources, dont la première
Nous sommes en possession d’impressions passives multiples (Emp/indungen) — sensalions tactiles, visuelles, etc. —— que nous nous représentons par l'imagination et qui de-
viennent ainsi des phénomènes (Erschcinungen).A ces états passifs de la sensibilité, qui ne constituent pas à proprement
parler des connaissances, répond une réaction spontanée
de l'esprit qui pose les impressions dans l’espace el dans le. lemps. Deux dispositions naturelles réalisent cette première
synthèse : Kant les appelle les deux intuitions a priori (Anschauungen), elles sont les conditions de toute représentation. ".
est la capacité de recevoir des représentations (la réceptivité à l'égard des impressions), et la seconde, la faculté de connaître un
objet au moyen de ces représentations (la spontanéité à l'égard des.
concepts). Par la première, un objet nous est donné ; par la seconde, l'objet est mis en rapport avec une représentation qui jusque-là n'était qu'une disposition affective de la conscience, et de cette
façon, il est pensé. Intuition et concept, tels sont done les éléments
de toute notre connaissance, de telle sorte que, ni les concepts sans
une intuitjon qui leur corresponde de quelque manière, ni l'intui-
tion sans les concepts, ne peuvent fournir une connaissance. Tous deux sont purs ou empiriques : empiriques, lorsqu'on les suppose unis aux impressions, lesquelles impliquent la présence réelle de l'objet ; purs, lorsque l’on considère la représentation comme étant vide de toute impression. On peut dire que l'impression est la matière de la connaissance sensible. Dès lors, l'intuition pure ne contient que la forme sous laquelle se produit l'intuition d'une chose : et le concept pur n'est que la forme de la pensée d'un objet
envisagé d’une façon générale. Les intuitions et les concepts purs. ne sont possibles qu'a priori ; les empiriques ne le sont qu'a
posteriori.
» Si nous voulons donner le nom de sensibilité à la Capacité qu'a la conscience de recevoir des représentations et d'en éprouver une certaine modification passive, nous sommes amenés à dire que notre faculté de faire surgir en nous les représentations elles-mêmes, ou la spontanéité de la cognition, doit Sattribuer à l'esprit (Verstand). Telle est notre nature, que l'intuition ne peut jamais être que sensible, c'est-à-dire ne peut jamais contenir autre chose que la manière dont nous sommes affectés par des objets. Au contraire, la faculté de penser l'objet de l'intuition sensible, c’est l'esprit. Il ne faut donner à aucun de ces deux pouvoirs le pas sur l'autre, Sans la
RS
« En effet, observe-t-il. lorsque, dans une représentation, —- Soit celle d’un corps, — nous faisons la part de ce qui revient à l’esprit : concepts de substance, de force, de divisibilité ; et la part des impressions sensibles : impénétrabilité, dureté, couleur, etc., il demeure un résidu, ce qui rend possible le passage du sentiment d’impressions subies à l'acte d’intuition d’un objet sensible : c’est une intuitionpure. La condition a priori d’une intuition s'appelle, chez Kant, intuition pure, forme a priori de l'intuition sensible.
Il y a deux intuitions pures : celles de l’espace et du temps.
Essayez de vous représenter n’importe quel objet sensible de l'expérience externe, vous devrez vous le représenter étendu, figuré, et il vous sera impossible de ne pas le poser quelque part, iei ou là, dans l’espace. La notion d'espace n'est pas lirée des objets perçus dans le monde sensible, attendu que foule notion, et, par conséquent, déjà la première notion d’un objet sensible, présuppose la notion d'espace. Il y a donc dans la nature de l'esprit humain une forme pure de l’espace !).
De même, impossible de saisir un fait interne sans se le représenter comme venant après un phénomène passé, avant un phénomène à venir, en d'autres mots, sans le rattracher à une succession temporelle. Donc, la forme temporelle est la condition a priori de l’expérience interne.
sensibilité, nul objet ne nous serait donné ; sans l'entendement, nul ne serait pensé. Des pensées sans matière sont vides, des intuitions sans concepts sont aveugles. D'où il suit qu'il est également nécessaire,et de rendre sensibles nos concepts, en leur donnant dans intuition un objet, et de nous rendre nos intuitions intelligibles en les rangeant sous des concepts. Les deux facultés ou aptitudes ne sauraient non plus échanger leurs fonctions. L’entendement est incapable de rien percevoir, les sens incapables de rien penser. Ce n est que par la coopération des deux facteurs, que la connaissance peut se faire jour. » Xr. d. r. Vern., S. 96, 100.
1) Les formes pures préexigées à tout acte de cognition s’appellent, dans Ïa langue de Kant, franscendantales. Ine faut pas entendre sous ce nom ce qui est au-dessus de l'expérience, mais bien ce qui est présupposé, chez le sujet, à l'acte de cognition, et le rend possible. « Le mot franscendantal, dit expressément Kant, ne
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Lorsque les intuitions ont posé les phénomènes dans
l’espace et dans le temps, l'entendement y applique des con-
cepis (Begriffe), des catégories !) ; au moyen des catégories,
les phénomènes déjà synthétisés par les intuitions, de- PE
viennent des objets intelligibles, termes de la connaissance La
scientifique ?).
Nécessairement, nous nous re les phénbaies comme un fout, comme les attributs d'une substance ; nous
ne pouvons nous défendre de leur chercher une origine
dans une cause ; dès qu’une chose est pensée, elle l'est
comme étant une ou plusieurs, et ainsi de suite. Les catégories, notamment celles de {otalité, de substantialité, de
causalité, d'unité et de pluralité, sont la condition sine qua
non de la formation de tout objet de connaissance scientifique.
Sur quels arguments Kant appuie-t-il son | criticisme? |