JE
sur leur applicabilité ou leur non-applicabilité au monde expérimental, la science n’a aucune objection à opposer à leur certitude. Or, d'autre part, 1l existe dans l’âme humaine une croyance inébranlable à l'obligation morale, - à la liberté, à la vie future, à l’immortalité de l’âme et à Dieu. Ces postulats sont donc certains, mais d'une certitude qui relève de la raison pratique.
. Nous avons dit ailleurs (86) ce que nous pensons du dogmatisme moral de la Critique de la raison pratique ; nous avons compris déjà, qu'il se concilie mal avec les conclusions de la Critique de la raison pure. Néanmoins, nous devrons reprendre plus tard la comparaison des deux Critiques. . |
110. Résumé et conclusions du criticisme. — L'an- cienne métaphysique n'a pas réussi à conquérir l'adhésion des esprits. | La science, au contraire, se fait accepter par tous. Sous le nom de science, entendez les sciences physiques et mathématiques.
D'où vient la certitude de celles-ci et l'incertitude de celle-là 7: | | Se Pour résoudre ce double problème, il faut examiner de près les caractères du jugement scientifique ; celui-ci n’est ni analytique, ni un jugement de perception a posteriori, il est synthétique a priori. Il est valable aussi longtemps que les formes de l’esprit s'appliquent aux phénomènes : il nous montre ainsi, par la circonscription de son objet phénoménal, les limites que la connaissance intellectuelle certaine ne peut franchir.
La nature du jugement d'expérience — synthèse a priori . — dicte en conséquence à la philosophie critique deux con-
clusions : 1° La science expérimentale est valable ; elle -
embrasse la physique dont l’obiet est fourni par l'expérience, la mathématique dont les propositions supposent une expérience possible. La science trouve sa garantie dans l'accord
des lois de l'esprit avec les choses telles qu’elles nous apparaissent sous l'empire de ces lois: |
2° La métaphysique que l’on veut appuyer sur la science ou élaborer au moyen des procédés de la science est illusoire. Il n’y a pas, en effet, d'objet suprasensible accessible aux formes de l’entendement ou de la raison. Ces deux facultés, dans leur usage pur, ne peuvent engendrer que des abstractions et des généralités vides. Il n'y a done pas de connaissance métaphysique comparable à la connaissance scientifique. Re
Kant avait défini le programme de la Critique de la raison spéculative : « Décider de la possibilité ou de l'impossibilité de la métaphysique en général ». Sa tâche est remplie. La métaphysique est jugée impossible, au point de vue de la raison spéculative.
Cependant, n'est-ce pas un bésoin inné de l'âme humaine de franchir les limites de l’expérience, de pousser l'esprit à des synthèses où l'expérience ne peut plus lui servir de guide ou de frein, bref, de poursuivre sinon une connalssance, ce qui est jugé impossible, au moins un idéal métaphysique ? |
Oui, la raison pure se forme ainsi, à ses risques et périls, trois idées : celles du monde, du moi substantiel, de l'absolu. |
Or, il se fait que, par ailleurs, un fait qui échappe aux intuitions sensibles, le devoir moral s'impose à la conscience : il suppose une liberté ultra-phénoménale, « nouménale », une vie sans terme, un suprême législateur de l’ordre moral. Ces réalités suprasensibles, la science certaine s’interdit de les affirmer, il est vrai, mais elle ne les: juge pas absolument impossibles. La raison spéculative n'empêche donc pas que, sur les ruines de la métaphysique dogmatique, la raison pratique bâtisse la métaphysique de la croyance, le dogmatisme moral.
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Preuve de l’obiectivité des propositions immédiates de l’ordre idéal
SOMMAIRE : 111. Thèse fondamentale, — 112, Conclusion L'intelligence possède un motif et une règle de certitude. — 11. Corollaire relatif au dogmatisme rationnel. — 114. Réponse aux objections du scepticisme. :
Nous arrivons donc au problème fondamental de la certitude, tel que nous l'avons posé (25). Nous ne considérons à présent, on se le rappellera, que des propositions simples, d'une certitude immédiate, exprimant des rapports de l’ordre idéal.
Affirmer une de ces propositions, c'est opérer la synthèse d’un prédicat avec un sujet.
Dans les jugements certains, la synthèse se produitirrésistiblement. Sur ce point, il n’y a pas de désaccord entre Kant-et nous. Le désaccord surgit lorsqu'il s’agit de fixer la nature de cette synthèse mentale.
Selon Kant, la synthèse naît d'une disposition naturelle de l'entendement à l'occasion des impressions de la sensibilité, elle est une « synthèse a priori »,
Selon nous, au contraire, la synthèse ne se fait que sous l'influence de l’objet ; le jugement est donc un effet de l’objet dans l'intelligence.
111. Thèse fondamentale. — Lorsque nous émeltons des jugements immédiats certains, l'attribution du prédicat au sujel ne se fait pas par une synthèse a priori, mais elle s’opère sous Pinfluence de la manifestation de l'identité objective du prédicat et du sujet ou de l'appartenance
objective du prédicat au sujet.
La seule preuve possible de cette thèse est la constata-
tion, par la conscience, du fait que la thèse affirme. Examinons donc ce qui se passe dans la conscience lorsque nous
énonçons un jugement immédiat certain. Prenons pour
exemple cette proposition arithmétique qui, d'après Kant,
serait synthétique a priori, 7 + 5 = 12, ou, plus simple
ment encore, la proposition : 2? + 2 = 4. É Lorsque je réfléchis sur l’assentiment que spontanément
je donne à celte proposition, je vois le fait que j'affirme l'identité du prédicat et du sujet, mais, de plus, j'ai con-
science que Jj'affirme cette identité après l'avoir vue se faire jour par la mise en présence des deux termes, et j’ai conscience que je l’affirme, parce que je l'ai vue se faire jour. Supposé que j'hésite, un moment, à me prononcer sur l'identité ou la non-identité des termes (2 + 2) et (4) : aussitôt j'ai conscience d'opérer un travail d'analyse. Au lieu d'imaginer l'expression numérique (2 1. je
décompose d’abord le premier symbole (2) en ses parties composantes (1 + 1), puis le sécond symbole (2) en ses
parties composantes (1 + 1) ; le sujet(2 +2), ainsi décomposé, devient (1 + 1) + (1 +1) ; de même, je décompose l'expression (4) en ses parties (1 + 1 + 1 +1).
Tandis que ces images se succèdent, je conçois abstraite-
ment les quantités qu’elles symbolisent : D'une part, je me
représente {1 + 1) + (1 + 1) comme deux parties à unir ;
d'autre part, je vois ces deux parties unies en un même tout (1 + 1 + 1 +1) ; en ces symboles concrets, mon intel-
ligence lit les deux concepts abstraits concrétés en eux : d'une part, les parties d’un tout, d'autre part, le tout luimême composé de ces parties, et alors, aussitôt, la mise
en présence des deux concepts m'impose la vision et, par.
suite, l'affirmation de leur identité.
L'identité des quantités symbolisées respectivement par
( + 1) (1 + 1) et par (1+1+1+1)se manifeste donc dans tout son jour ; je l’affirme mentalement, parce qu'elle se manifeste à moi, qu'il m'est impossible de ne point la voir manifestée et par conséquent existante ; cette manifes-
tation en pleine lumière de l'identité du sujet et du prédicat
de mon jugement, je l'appelle l'évidence objective de la vérité.
De même, l'exemple proposé par Kant : 7 + 9 = 12, est l'expression d’une identité, revenant à ceci : 12 est la même chose que 7 + 5, en d’autres mots, 12 est la chose même que représente l'opération (+) effectuée sur 7 et 5.
Donc, j'ai conscience de formuler les jugements sous l'action de l'évidence objective de la vérité ; d’adhérer à
l'objet de ces jugements parce que leur évidence objective
m'y détermine d'une façon nécessitante, c'est-à-dire, cerlaine : j'ai donc bien dûment conscience que mon adhésion certaine ne résulte point d’une synthèse subjective dont je n'aurais pas besoin de voir le molif déterminant. Sans doute, le témoignage de ma conscience n’est lmmédiatement valable que pour moi-même : el si un Sceptique S’obstinait à me prétendre que la première loi de son activité est celle d’une synthèse indépendante de la mani-
festation préalable du contenu du jugement, je ne vois pas
comment mon témoignage réussirait à lui imposer silence.
Je pourrais essayer de lui présenter le témoignage de ma
conscience sous un nouvel aspect, afin de l'aider à lire dans la siénne — nous tenterons ce travail à l'instant — : mais, évidemment, chacun doit en appeler, tôt ou tard, à l'intuition de sa conscience. Une chose demeure indubila ble, c'est que, si les autres intelligerces sont faites comme la mienne, elles ont pour guide la vérité objective. Et il nous sera permis d ajouter, avec saint Thomas, que si tout est niable en paroles, tout ne l’est pas en sincérité dans le for
intérieur de la conscience.
Preuve confirmalite, tirée de la succession des élats par lesquels passe l'intelligence. En présence de la même propo-
Sition, ma conscience m'atteste que je suis parfois dans le
doute, parfois dans une disposition qui m'incline plus ou moins à adhérer, parfois enfin, dans un état de complète adhésion. Soit la proposition : Un nombre terminé par. 0
ou par 5 est divisible par 5. De prime abord, il se peut que
je doute si les deux termes de la proposilion doivent être unis ou désunis ; mais j'opère la démonstration du théo-
rème et, à mesure que là relation objective du prédicat et du sujet se fait jour, j'incline à unir les deux termes, jusqu'à ce que finalement j'aperçois leur convenance objective et opère leur union.
Suivons attentivement le travail que j'effectue lorsque je. passe ainsi du doute à la certitude. Pour dissiper mon doute, que fais-je ? Je recours à un artfice, je cherche à relier le prédicat au sujet, au moyen d’un intermédiaire qui jouisse de la propriété d'être divisible par 5 et dont la notion abstraite se vérifie dans les nombres terminés par 0 ou. par 5. Je réfléchis et je trouve qu'une somme de deux facteurs, tous deux multiples de 5, elle-même multiple de 5et, par conséquent, divisible par 5. Mon intermédiaire est trouvé : Tout nombre terminé par 0 ou par 5 est une. somme de deux parties, l’une et l’autre mullples de5. Eneffet, tout nombre peut se décomposer en deux parties, Je groupe de ses dizaines d'une part, le groupe de ses unités d'autre part. Le groupe des dizaines est rides multiple de5 ; si donc le groupe des unités esl 0 ou 5, le nombre tout Paire est multiple de ».
Cela dit, reprenons notre argumentation.
Cette succession d'états de doute, d'opinion, de cerlitude, par lesquels je passe, la matière du jugement restant la même, S "explique dans notre théorie objectiviste : Selon nous, en effet, il n’y a, au premier moment, aucune manifestation de ce que sont, l’un par rapport à l’autre, les termes du jugement ; au second moment, la nature de leur rapport commence à se faire Jour, Jusqu'à ce que, à un troisième et dernier moment, le rapport se révèle pleinement tel qu'il est.
Donc si la loi de l'adhésion de l'intelligence est, comme nous le soutenons, la révélation du vrai ontalGéique: alors la succession de divers états intellectuels en face d’un même contenu s'explique ; elle est même inévitable, l'adhésion étant proportionnée à la manifestation objective du vrai, comme l'effet est proportionné à sa cause : variante causa varialtur effectus.
Si, au contraire, l'adhésion de l'intelligence, loin d'’êtr
. subordonnée à la manifestation de la vérité, se produisait de par la constitution de la faculté, indépendamment de la manifestation de la vérité objective, cette succession d'états ne s’expliquerait pas. On comprendrait, sans doute, qu'en présence des termes d’une proposition l'intelligence demeurât en suspens, el qu’en présence des termes d'une aulre proposition l'adhésion se produisit ; mais on ne comprendrait pas que la même matière el la même catégorie déterminassent ici le doute, là, au contraire, la certitude. Donc la succession d'états intellectuels est inconciliable avec l’hypothèse kantienne.
Argument confirmalif tiré de la comparaison entre la détermination du sens et celle de l'intelligence. Pour faire mieux ressortir le caractère spécial de l'adhésion intellec- tuelle, comparons-la à l'adhésion des sens.
Les impressions sensibles sont toujours déterminantes a même quand elles sont illusoires, leur action sur les sens est décisive, l'adhésion qui les suit est irrésistible. Sans doute, les erreurs du sens peuvent être aperçues, attendu qu’on les oppose aux perceptions normales, mais ce n’est Jamais le sens abusé qui reconnaît son erreur.
Deux images planes, vues au stéréoscope, nous apparaissent comme une image unique, en relief, d’un objet solide ; mais l’œil a beau remarquer la présence de l'appareil stéréoscopique, il n'échappe pas pour cela à l'illusion.
Tout autre est l’adhésion de l'intelligence.
Aussi longtemps que l'objet de l’assentiment de l’intelligence nest pas réduit à des lermes d’une absolue simpiicilé, il n’exerce pas sur elle une action nécessairement entraînante. La preuve en est que toute proposition non immédiate a besoin, pour se faire admettre, d’être démontrée. Or, démontrer une proposilion, c'est la tenir, au moins provisoirement et par méthode, pour douteuse. Donc, l'intelligence a bien dûment le pouvoir de suspendre son assentiment, tant que l'évidence immédiate de l’appartenance ou de la non-appartenance objective du prédicat au sujet ne le détermine pas à se produire.
De plus, l'intelligence conserve toujours le pouvoir de
264 CRITÉRIOLOGIE F ci :
reviser ses certitudes. Elle peut remarquer le non-fondé d'une adhésion trop hâtive, en faire l’objet d'une réflexion nouvelle et différer son assentiment définitif jusqu'à l’heure où la manifestation de la vérité lui apparaîtra complète 1).
L'esprit humain n’est pas, comme le supposait Kant,une force active d'elle-même, « une spontanéilé » ;1l est comparable à un mobile done le vrai ontologique ‘eau est le moteur, ou selon le mot consacré, le motif.
- Argument tiré de l'aveu implicite de sceplique. Lorsque ae le sceptique fait opposition au dogmatisme, quel est 18% ru fond de sa pensée ? Fes
Le sceptique trouve imprudent de céder à l'impulsion
1) Là est la part de vérité qu'il faut reconnaître à l'école néo- ï. kantienne française, sélon laquelle Ja certitude serait affaire de :
liberté. L'attention, dit-elle, peut être indéfiniment prolongée, le 7 jugement définitif qui doit emporter l'adhésion, indéfiniment reculé. + « La possibilité de prolonger l'attention, EG M. Gayte, apporte - 2 donc dans la décision à prendre un élèment de doute qui laisse une Le place au libre arbitre. Nous voulons penser, puis, après quelques #3 instants d'effort, nous décidons que nous avons assez pensé et que 4 nous pouvons formuler notre jugement. C'est donc nous qui nous L décidons ; c'est nous qui jugeons que notre attention a été assez ee soutenue, assez prolongée, pour nous mettre sous les yeux tous les + | a
éléments de la question ; c'est nous qui nous pensons suffisamment informés et qui, sur la confiance que nous avons en nous-mêmes, : prenons une décision, formulons un jugement ». { Essai sur la a croyance, Paris, io Baillière, 1883, pp. 103-104), è La revision de nos certitudes spontanées, étant œuvre de séheton est, en effet, dépendante de la volonté libre, et, par suite, il est loisible toujours à la volonté de commander un examen nouveau de la certitude la plus fortement ancrée. Mais il est inexact de dire que cetexamen peut indéfiniment remettre en question l’objet de l’assentiment, et ainsi invalider ce dernier. En présence del’évidence immédiate de l'identité ou de la non-identité des deux termes d'une proposition, il est impossible de nier cette identité ou cette nonidentité, encore que l'exercice de l'acte d'adhésion puisse être librement différé. | En deux mots, la volonté peut indéfiniment renouveler l'acte de. la revision de nos connaissances ; mais l’objei, et, par une suite nécessaire, les résullats de la revision ne sont pas subordonnés à la volonté ; l'évidence objective immédiate force l’assentiment.
LÉ
naturelle qui nous fait adhérer déterminément à certaines propositions considérées par nous comme l'expression de la vérité ; une constante réserve, l’Éxoxh des sceptiques de la Grèce ancienne, lui paraît plus sage. Il est téméraire, dit Kant, de ne pas s’en tenir à ce que nous savons des lois subjectives de la pensée et de vouloir se prononcer sur
des relations objectives, indépendantes du sujet pensant.
En un mot, les adversaires du dogmatisme objectiviste
reconnaissent que la raison, lorsqu'elle réfléchit sur ses
Connaissances spontanées, a le pouvoir de suspendre son assentiment.
Or, la raison réfléchissante n'est pas d’une autre nature que la raison spontanée. Toute la différence entre un Jugement spontané et un jugement réfléchi consiste en ce que,
pour formuler le premier, l'intelligence cède uniquement à la sollicitation des perceptions extérieures ou des repré-
sentations de l’imagination, sans être mise en mouvement ni dirigée dans ses démarches par l'influence de notre libre
volonté, tandis qu’elle n’est amenée à formuler le second
= quà la condition d'être appliquée à la connaissance des objets et constamment conduite par l'intervention délibérée
de la volonté. 5; | Or, l'intervention ou la non-intervention de la volonté
dans l’applicalion de la faculté intellectuelle à son acte ne
peut changer en rien la nature intrinsèque de cet acte lui-même. |
L'aveu que l'intelligence peut, dans le domaine de la réflexion, suspendre son assentiment et ne se rendre qu’à
l’évidence objective de la vérité, entraîne la conclusion que,
dans ses jugements directs, elle est capable de se laisser,
de même, guider exclusivement par la manifestation de
l'union objective du sujet et du prédicat, spontanément fournis par l'observation.
Donc, la puissance que les subjectivistes accordent, au moins implicitement, à la raison réfléchissante, ils ne peuvent logiquement la refuser à la raison spontanée, et par une conséquence nécessaire, ils doivent conclure avec
nous que la certitude a pour cause déterminante un motif
objectif d’assentiment : ce qui est le contre-pied du subieclivisme.
112. Conclusion : L'intelligence possède un motif et une règle de certitude. — À la question : Pourquoi sommes-nous certains ? nous répondons : Parce que l'évidence objective molive la certitude de notre assentiment.
À la question : De quoi sommes-nous certains ? nous répondons : Des propositions dont l'évidence objective molive la certitude.
L’esprit humain possède donc, dans le pouvoir qu'il a de distinguer entre une connaissance motivée et une connais-
sance non molivée, un critère nanti des conditions voulues, un critère interne, objectif, immédiat, de certitude.
Ce critère est interne : il n’est pas emprunté à une auto- . rité extérieure, mais réside dans la conscience même du
sujet qui se juge certain.
Il est objectif, attendu qu'il consiste dans l'évidence de la vérité ontologique ou objective.
Il est, enfin, immédiat, car nous avons, jusqu’à cette heure, re aux propositions immédiates le contrôle réfléchi de la science certaine.
Ce contrôle a été restreint, aussi pour desintérêts de méthode, aux jugements d' ordre idéal : mais il n’est pas
difficile de faire voir que la thèse établie est également
applicable aux jugements d'expérience ; car, dans les uns et dans les autres, la synthèse du prédicat el du sujet: est de nature identique. ; |
De plus, on entrevoit, dès ce moment, que les connaissances médiales sont fondées sur le même motif, et guidées par le même critère d’évidence objective, que les connaissances immédiates. <
Les vérités immédiates sont évidentes, parce que leurs termes se trouvent réduits à leur plus simple expression : les vérités médiates sont provisoirement inévidentes, parce que le contenu de leurs termes est trop complexe pour être . aussitôt saisi d’une manière distincte par l'esprit ; ce con-
tenu a besoin d’être décomposé, simplifié, pour devenir évident ; mais la différence entre les premières vérités et les secondes est toute relative à la capacité du sujet, elle n’affecte pas l'essence même des objets connus. Cette assimilation de l'évidence médiate à l'évidence immédiate sera mise plus complètement en lumière dans la Seconde Partie de la Crilériologie.
115. Corollaire : Le dogmatisme rationnel est justifié. — L'intelligence humaine est capable de connaître la vérité. Nous avons contesté aux sceptiques le droit de nier a priori, comme aux partisans de la théorie des trois vérités primitives, le droit d'affirmer a priori l'aptitude de l'esprit humain à connaître la vérité. La puissance de nos facultés cognitives n'est appréciable, en effet, que par leurs actes. |
Mais, au point où nous en sommes, cette aptitude peut légitimement s'affirmer.
+ Ilest acquis, en effet, que l'intelligence humaine émet des jugements dont l’objectivité est Justifiable et justifiée.
Or, le jugement, l'acte, n’est pas autre chose que le principe agissant. Donc, le principe intelligent est reconnu capable de s'assurer de l’objectivité de certains de ses jugements : en un mot, il sait qu'il est en son pouvoir de connaître la vérité.
Saint Thomas d'Aquin nous a indiqué la marche qui conduit logiquement à cette conclusion : «La connaissance de la vérité par l'intelligence est subordonnée, dit-il, à une considéralion réflexive de l'acte d'intellection. Il faut
toutelois envisager cet acte non seulement dans le fait de son existence, mais dans sa nature intime : 1] faut arriver à comprendre que la nature de l'inteliigence est de subir l’action de la vérité et de s’y conformer » 1L
1) « Cognoscitur (veritas) ab intellectu secundum quod intellectus reflectitur supra actum suum, non solum secundum quod cognoscit actum suum, sed secundum quod cognoscit proportionem ejus ad rem : quod quidem cognosci non potest nisi cognita natura ipsius
à l'infini. Or, le critère de la certitude n’est que la manifes-
268 CRITÉRIOLOGIE | Rte
114. Réponse aux objections du scepticisme. — Le moment est venu de reprendre les objections fondamentales du scepticisme ; car, au début de ce traité, elles n'ont pu être résolues qu’en des termes généraux nécessai- AR rement provisoires. | FL
Ces objections, on sen souvient, se ramènent à trois 0e chefs principaux : > HR.
[. On prétend qu'il est impossible de justifier la connaissance certaine, sans tourner dans un cercle vicieux ou. ne
sans remonter à l'infini : Argument du diallèle. =
L'objection a le tort de supposer que le critère de la »vérité doit être contrôlé par un autre critère, un jugement par un autre jugement, celui-ci par un troisième et ainsi Se
tation de la connexion objective entre les deux termes du jugement ; un même acte de réflexion saisit à la fois cette connexion et le caractère nécessitant et exclusif qu ‘elle imprime à la pensée. - |
Ainsi tombe également cette difficulté que Balmès tent pour insoluble : « Le principe d’évidence n’est pas évident, écrit-il. Paradoxe singulier en apparence ; ; cependant, je l’ose affirmer, ce n’est rien moins qu’un pe Que l'o on. me permette de le prouver.
« Le principe d'évidence, sous sa forme la plus simple, se peut exprimer ainsi: « Ce qui est évident est vrai ». Or, cette proposition n’est pas évidente. La condition première d'une proposition évidente, c'est que l'attribut soit vu dans l’idée du sujet ; cette don n'existe pas
… Évident est synonyme de vu avec clarté, de présent à “ pensée d'une manière lumineuse ; vrai est la même chose que conformité de l’idée avec l’ cote Je le demande ; dans cette idée : « Vu avec clarté » l'analyse parviendra-t-elle jamais à découvrir celle-ci : « conforme à l’objet » ? Non.
actus ; quae cognosci non potest, nisi cognoscatur natura principii activi, quod est ipse intellectus, in cujus natura est ut rebus conformetur ». Qq. disp, de Veritate, q. 1, art. 9.
Il faut pour cela franchir un abîme, aller du subjectif, à l'objectif, affirmer que les conditions subjectives sont le
reflet des conditions objectives : passer de l'idée à l'objet
de l’idée, transition qui constitue le problème le plus
transcendantal, le plus difficile, le plus obscur de la philoso-
phie. Le lecteur peut voir que mon asserlion n’est pas un paradoxe ! Le principe de l'évidence n’est pas évident » !).
Cette difficulté est née, dans l’esprit de Balmès, d'une conception défectueuse qu'il s'était faite de la vérité et, par suite, du problème de la certitnde .
Il n'est pas exact de dire que » vrai signifie conformité de l’idée avec l’objet », c'est-à-dire, suivant la pensée du philosophe espagnol, conformité d'un simple conceptavec une chose de la nature.
Le vrai n'est pas une entité absolue, mais un rapport. Aristote dit que le vrai est, en dernière analyse, le rapport d'identité : ce qui est, est.
Ce qui est évident, c’est-à-dire ce qui se découvre mani-
festement à l'esprit, ce à quoi l'esprit applique lPattribut vrai est un rapport.
La proposition « Ce qui est évident est vrai» signifie
donc : Le rapport qui se manifeste à l'esprit ce qu'il est, est vrai, ou plus explicitement :
Le rapport qui se manifeste à l'esprit ce qu'il est, est ce qu'il est. |
La proposition ainsi comprise est évidente.
En conséquence, lorsque l’esprit connaît ce qui est évident, il connaît un objet tel qu'il est. Le connaissant tel
qu'il est, il connaît la vérité.
Connaître la vérité signifie deux choses : Connaître que la synthèse des termes du jugement est motivée. et con-
naître que le prédicat du jugement est réel. Balmès est
surtout préoccupé de cette seconde partie du problème de la certitude, nous y arriverons très prochainement ; la