‹ Critériologie généraleChapitre 62 sur 90 · RE · texte numérisé non relu

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119. Conclusion de l’article I. — Nous avons supposé admis que l'intelligence possède des connaissances nécessaires et universelles d'ordre idéal. Kant est d'accord avec nous sur ce point ; mais il estime que la nécessité et l’universalité de nos connaissances ne peuvent avoir une origine expérimentale et doivent, en conséquence, s'expliquer par la constitution du sujet pensant. Il doit aboutir logiquement de la sorte au subjectivisme.

- Nous croyons avoir montré que l'intelligence humaine est en possession d’un crilère objectif de vérité, moyennant lequel elle est a même de reconnaitre si une connaissance est molivée (criterium propter quod, motif de certitude) et, par suite, à même de discerner entre les connaissances qui

méritent un assentiment réfléchi, et celles qui ne le

méritent pas (criterium secundum quod, règle de certitude). Nous avons rencontré ensuite les objections soulevées par Kant contre cette thèse de l’objectivité de la science. Nous espérons avoir ainsi résolu le premier problème fondamental de la critériologie.

- Reste un point à élucider. + I a été supposé admis que nous possédons des connaissances nécessaires et universelles d'ordre idéal. Le fait est contesté. Les positivistes estiment que nous sommes dupes d’une méprise ; toutes nos connaissances seraient, selon eux, particulières.

En est-il ainsi ?

ARTICLE 1H La nécessité et l’universalité des vérités idéales en face - du positivisme

Le SOMMAIRE : 120. État de la question. Le positivisme. — 191. — Développement de l'idée positiviste, — 122. Les arguments du positivisme. — 123. Réponse au 1° argument : la thèse fonda- menfale du positivisme est un postulat inévident. — 124. Réponse au 2"° argument : les notions idéales, — 125. Théorie ingénieuse

de Taine sur les notions idéales. Discussion. — 126. Suite de la

réponse au 2" argument : les propositions idéales. — 127.

Théorie de J. Stuart Mill sur les vérités nécessaires. — 1928. Théorie de H. Spencer sur la certitude. — 129. Réponse au froisième argument : les trois éfats d'Auguste Comte. — 130. Conclusion du livre III, |

120. Etat de la question. Le positivisme. — Les, principes qui sont à la base des sciences sont-ils véritable-

ment universels, comme nous le soutenons et comme Kant le soutient avec nous ?

Non, répondent les positivistes ; les propositions dont se

compose la science ne sont affirmables avec certitude que

dans les limites où l'expérience les a vérifiées.

Nous soutenons, au contraire, qu'il y a des propositions affirmables avec certitude, non seulement pour les cas où l'expérience a pu les vérifier, mais universellement. | L’universalité des propositions idéales consiste en ce qu'il n”ÿ a pas un individu contenu sous l'extension du sujet, à n'importe quel endroit de l’espace et à n'importe quel moment du temps, auquel ne convienne l’attribut.

Il n'est pas question ici des propositions d'ordre réel :

nous serons naturellement amenés à en parler à propos de

l'induction, dans la Seconde partie, car c’est par le procédé inductif que s'établit leur universalité.

Notre examen sera limité aux propositions idéales : à

dessein, nous restreignons la thèse de l’objectivité de nos connaissances au minimum requis pour la preuve de l’existence d’une certitude en général, c'est-à-dire aux vérités qui n'en présupposent point d’autres et que toutes les autres présupposent : telles sont les propositions immédiates d'ordre idéal 1). ET

Nous avons montré au chapitre 11 qu'elles sont objecüives ; faisons voir que leur valeur objective est universelle. Commençons par développer l'idée positiviste.

1) Voir chapitre Il, pp. 49 et 50.

121. Développement de l’idée positiviste. — Le sensible seul est obiet de connaissance : telle est la doctrine fondamentale du positivisme. John Stuart Mill l’exprime en disant que l’esprit humain n’a qu’un seul mode de penser, « le mode de penser positif ». |

Le mode de penser « positif » s'oppose au mode de penser « spéculatif » ; le premier s’en tient aux expériences particulières et les prend pour motif unique et pour seule

règle de la certitude ; le second a la prétention de s'élever à la notion de l’abstrait et du général, pour formuler ensuite des principes et en tirer des conclusions dont la portée dépasse les limites de l'expérience.

Aux yeux du positiviste, les notions « idéales », préten-

dûment « abstraites et générales », sont des notions colleclives.

Tous les jugements sont des liaisons empiriques de faits. Le raisonnement, dans l’acception courante, comprend le syllogisme et l'induction.

Or, le syllogisme, comme tel, est stérile ; toute sa valeur réside dans la majeure qui, elle-même, n’est que le fruit d’une induction antérieure.

L'induction fournit les majeures des syllogismes, mais celles-ci ne sont que des formules dans lesquelles nous condensons, pour alléger la mémoire, les résultats de nos expériences ; l'induction n’est, en définitive, qu’une colligation de faits. |

La science a été définie par Aristote la connaissance des choses par leurs causes. Or, les causes matérielle et for-

melle des corps nous échappent ; les causes finales sont des fictions ; les causes efficientes ne sont que des antécédents invariables. Donc la science entière se réduit à l'établissement de liaisons invariables de faits. 102. Arguments du positivisme. — Le positivisme se réclame de trois arguments.

Le premier argument est une affirmation plutôt qu’un essai de preuve : Le sensible seul est un objet de connaissance, disent les positivistes, et il semble, à les entendre,

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