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Tel est fidèlement condensé, la plaidoyer de John Stuart Mill contre « les vérités nécessaires ». Nous ne croyons pas que l’on ait rien écrit de plus vigoureux ni de plus complet en faveur du positivisme. Discutons ce plaidoyer. Da
Quelle est la part de l’expérience dans la formation des axiomes ? Quelle est celle de l'intuition rationnelle 7H n'est pas aisé de le décider.
Stuart Mill estime que l'expérience doit fournir non seulement les termes des axiomes, mais aussi leur com- 2 plexus. : .
il est défendable. Le sentiment d’Aristote y paraît conforme et le cardinal Cajetan, ce fin et pénétrant critique de . l’Organon, s’y rallie expressément. |
L’inchination naturelle de l'esprit humain à adhérer aux principes, habilus principiorum, ne se développe qu’au contact de l'expérience, c'est chose incontestable ; mais que doit fournir lPexpérience ? La matière des termes du jugement ? Ou aussi leur complexus ?
Les termes et leur complexus, répond Cajetan. « Habitus principiorum praëexigit experimentum non solum ratione cognitionis terminorum, sed etiam ratione complexionis
- eorumdum ».
Sans cesse nous conslatons, dit-il, que nous possédions depuis longtemps les concépts d'une quantité des termes, sans pourtant remarquer les principes qui se forment par leur rapprochement. J'avoue, continue-t-il, que J'ai possédé les notions de quantités-égales, de soustraction, de restes, avant d'avoir compris que, si de quantités égales on re-
tranche des quantités égales, les restes sont égaux. Je pourrais en dire autant de plusieurs autres principes. Les notions des termes d’un principe, tant qu’elles restent isolées, ne déterminent donc pas nécessairement l'esprit à formuler ce principe ; Pesprit a besoin d'un modif autre que les. termes ; or, quel serait ce motif, sinon l’expérience ? 1). |
- Une opinion placée sous le couvert de pareilles autorités
1) « Oportet ponere aliquod motivum et determinativum intellectus adtalem complexionem(principii) faciendam. Termini autem accepti, licet si componerentur, haberent ex se evidentiam, non sufficiunt tamen ad movendum et determinandum intellectum u hanc compositionem potius quam illam. Experimur namque continuo in nobis
| ipsis, quod habemus diu multorum terminorum conceptus absque notitia principiorum complexorum, quae ex illorum terminorum conjunctione constat. Fateor enim me cognovisse, quid aequale, quid demere et quid remanet, nescivisse tamen hoc principium : si ab aequalibus aequalia demas, quae remanent sunt aequalia; et similis ratio est in aliis, Oportet ergo ultra conceptus terminorum incomplexorum ponere aliquod determinativum-seu motivum intel-
RE
est pour le moins plausible ; si elle l’est, il est logique de l'appliquer non seulement aux principes d’arithmétique, auxquels se refère Cajetan, mais aussi, et a fortiori, aux
axiomes de la géométrie euclidienne, même aux principes
métaphysiques et aux premiers principes de la raison. Mais John Mill va plus loin : selon lui, le fait d’'expérience est seul la raison délerminante de l'assentiment de l'esprit.
Cela n’est pas soutenable : à cette assertion, nous opposons la thèse établie plus haut sur la nature de l'évidence des vérités idéales.
Vous ne pouvez cependant nier, réplique Mill, que Pate:
périence vous apporte tout au moins la con/firmaltion des vérités que vous dites nécessaires. Or, cet appoint soidisant « confirmalif » fourni par lexpérience, suffirait à lui seul à fonder la certitude des vérités « nécessaires ». Qu'avons-nous dès lors besoin d’un autre moyen de preuve?
Sans hésiter, nous nions que l'expérience apporte aux certitudes immédiates d'ordre idéal une confirmation. Si l'expérience donnait un appoint confirmatfà ma conviction, qu’une ligne droite est plus courte qu'une ligne non droite ; que ? + 1 égale 3 ; que ce qui est ne peut ne pas être, ma conviction se fortifierait au fur et à mesure des expériences. Or, est-il besoin de dire qu’il n’en va pas ainsi?
Le rôle de l’expérience n’est donc pas de nous fourmir la preuve, ni totale ni partielle, des vérités nécessaires, mais de mettre à notre portée les matériaux et les spécimens exemplatifs voulus, afin que l'intelligence puisse, par un travail d’abstraction et de réflexion, en extraire des lois supérieures aux conditions particulières et contingentes que la matière impose aux faits observables.
Vous ne formulez pas un axiome géométrique, nous dit
lectus ad talem compositionem faciendam. Tale autem motivum oportet esse sensum. quum ante cognitionem principiorum Aristoteles nullum motivum intellectus novit nisi sensum. Ergo necessario cognitio complexa principiorum praeexigit sensitivam experimentalem » (Cajetan, Comm. in post. Anal. lib. IT, cap. 13).
Stuart Mill, celui-ci par exemple : « La droite est plus courte qu’une autre ligne », sans imaginer une droite et une autre ligne qui n’est pas droite ; cette figure est une expérience. Vous n’énoncez ni une définition de nombre ni un principe d’arithmétique, sans vous servir d'une expérience ; pour dire. par exemple, que 3 = 2 + 1, vous vous aidez de billes, ou desymboles, tels que ., ets , : le principe de contradiction lui-même, vous l’étayez de faits. Certes, répondrons-nous, pour formuler les axiomes, nous nous aidons de faits, de rapprochements de faits,
réels ou imaginaires ; nous arrivons ainsi à constater, par un essai de superposition, que, par exemple, dans la
figure CR la ligne AB est plus courte que la
ligne. ACB, et il nous est loisible d'exprimer en un Jugement le résultat de cette constatation : mais ce jugement n'est qu'une vérité d'expérience. Lorsque nous voulons énoncer une vérité « nécessaire », 1l nous faut nous élever au-dessus du fait, définir la notion abstraite de la ligne droite, la notion abstraite de la ligne courbe, comparer la première à la seconde et voir alors se dégager de cette comparaison l’axiome abstrait, universel, nécessaire : la ligne droite est plus courte qu'une ligne non droite.
De même, nous pouvons faire voir à un enfant que trois billes se prêtent aux deux arrangements 4% etso et aider ainsi l'enfant à constater que trois billes égalent deux billes plus une bille ; à nous-mêmes, il nous est loisible de renouveler par l'imagination cette petite expérience. Mais encore une fois, lorsque nous voulons ériger en axiome que 3= 2 + 1, nous faisons abstraction des billes et de leurs symboles, nous concevons 3 comme un tout composé de trois parties, 2? + 1 comme les parties composantes de ce tout, et dans cette comparaison du tout avec les parties qui le composent, nous lisons l’axiome abstrait, universel nécessaire : Le tout est égal à la somme de ses parties,
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Concluons : l'expérience n'est done pas le motif de certitude des axiomes ; elle ne peut l'être.
Elle ne l’est pas : nous avons conscience que ‘notre adhésion aux axiomes tient à l'évidence nécessitante du | rapport essentiel abstrait qui se dégage de la mise en présence des termes de l'axiome ; l'expérience n’ajoute même pas à celte adhésion lappoint d'une preuve con- :
firmative !).
Elle ne peut l'être : l'expérience dit ce qui: . elle ne
peut dire ce qui doit étre.
Les deux arguments de la DHdesonhe « intuitive » de-: :
meurent donc debout. : 4 Fi
Pour être en droit de maintenir cette conclusion, il nous. faut toutefois rencontrer l'explication de la nécessité des axiomes, proposée par les Associationnistes anglais. Cette.
nécessilé serait, selon eux, subjective, c'est-à-dire dépen- , , 2 Ê
dante des dispositions personnelles du sujet pensant et
n’aurait pas la valeur d’un critérium objectif el universel. La nécessité d’un axiome signifie pour nous, pense Stuart
Mill, que la négation de l’axiome est inconcevable. Il n’en est pas ainsi ; un axiome n’est pas, selon nous, nécessaire parce que sa négation est inconcevable ; mais
1) A l’objection que l'expérience ne pourrait fournir la preuve que deux droites prolongées à l'infini n'enfermeraient pas un espace, Stuart Mill essaie de répondre : Soit, vous n'avez pas l'expérience d'une prolongation de deux droites à l’infini, mais vous avez l’expérience, ou oculaire, ou imaginative, que lorsque deux lignes enferment un espace, ces lignes sont de celles que nous n’appelons pe droites, mais courbes ou inclinées.
Cette réponse du logicien anglais est un sophisme. On ne demande
pas à Stuart Mill la preuve de la proposition positive : des lignes
non droites prolongées enferment ou enfermeront tôt ou tard un
espace : mais on lui demande la preuve expérimentale de l’exclusi-
vité de la proposition : seules les lignes non droites enferment un