A SET
- espace, ou, ce qui revient au même, des lignes droites, fussent-elles F4
prolongées à l'infini, n'enferment pas l'espace. Stuart Mill prouve
autre chose que ce qui esten question : Zgnoralio elenchi.
la négation d’un axiome est inconcevable, parce que sa nécessité est évidente.
Sur quel fondement repose, en dernière analyse, cette nécessité ?
La constitution des êtres est telle que leur essence forme une unité réellement indivisible. Mais l'esprit humain ne conçoit pas au moyen d’une seule représentation le contenu de chacune de ces unités ; il est obligé de considérer une essence à plusieurs reprises, sous des aspects divers, avant de pouvoir épuiser son contenu ; il en résulte que chaque type essentiel, malgré sa réelle indivisibilité, se trouve
représenté par un ensemble de-notes qui forment un objet mental composé et mentalement divisible. La décomposition de ce tout en ses parties donne naissance aux défini- lions essentielles et aux axiomes. Les parties de ce tout, termes de la définition, sujet et prédicalt de l'axiome, —. sont indissolublement unies, attendu que, dans la chose dont elles reproduisent les divers aspects, elles sont unité. Dès lors, séparer les éléments appartenant à la définition essentielle d'un objet ou les deux termes d’un axiome, serait vouloir, à la fois, poser une essence et ne pas la poser : d’une part, ce serait la poser par hypothèse, en son unité indivisible puisqu'il s’agit d’une énonciation au sujet de quelque chose, et d'autre part, ce serait ne pas la poser, attendu que l’on se refuserait à y mettre ce sans quoi elle n’est pas ce qu'elle est.
Puisque l’axiome est nécessaire, sa contradictoire est impossible et dès lors inconcevable.
L'’inconcevabilité de la contradictoire d’une proposition est donc le résullal et l'indice subjectif de sa nécessité objective.
Mais cette inconcevabilité est précaire, dit Stuart Müll, elle varie avec les dispositions subjectives de lesprit humain ; il est arrivé que deux propositions contradictoires furent jugées, l’une après l’autre, inconcevables à des époques successives de l’histoire.
Les positivistes anglais confondent deux formes diffé-
rentes d'inconcevabilité, l’une négative et relative, l’autre positive et absolue. Fe
Il y a, en effet, une inconcevabilité toute négative ou, plus exactement, une non-concevabilité, provenant de ce qu'un sujet donné est incapable de concevoir la possibilité d'une proposition déterminée. Pour beaucoup d’espritsun
espace limité est inconcevable ; il l’est, en effet, dans l’ac-
ception négative du mot : habitués à voir que toute portion d’étendue est toujours suivie d’une autre étendue, ces esprits ne conçoivent pas la possibilité d’un espace réel au delà duquel il n’y aurait plus d'espace réel :), et déclarent alors inconcevable un espace qui serait limité.
L'inconcevabilité ainsi entendue est relative et varie avec les individus et les époques. Elles a souvent pour
cause le défaut momentané d’une image, appropriée à
l'effort d'abstraction que réclamerait la représentation.
intellectuelle de la réalité.
Mais il y a aussi une inconcevabilité positive, absolue, signifiant qu'une proposition défie toute conception. Elle défie toute conception, parce qu’elle énonce verbalement l'union de deux termes contradictoires et que l’union des contradictoires est intrinsèquement impossible. La proposition : Le tout est moins grand que la somme de ses parties, est positivement et absolument inconcevable, parce qu'il faudrait, pour la concevoir, poser un tout, c’est-
à-dire, une somme de parties, et ne pas le poser, c’est-à-
dire exclure cette même somme de parties : ce qui implique contradiction.
Or, l’histoire renseigne des variations à propos de cas d'inconcevabilité négative ; elle n’en renseigne aucune dans les cas d’inconcevabilité positive.
Nous ne doutons plus de l'existence d’antipodes et cependant, nous dit-on, les anciens jugeaient que l'existence d'antipodes était inconcevable. N'était-ce pas là un cas d’inconcevabilité positive ?
Non. Faute de l’idée d’une attraction terrestre ; faute de
1) Voir plus loin la critique des intuitions a priori de Kant.