‹ Critériologie généraleChapitre 78 sur 90 · RE CAEN PE 214,4 118 AU · texte numérisé non relu

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Qu'est cet inimaginable objet ?

des sens et de l'intelligence, ni la délimitation de leurs domaines respectifs : il en est résulté, ainsi que l’a fait vivement remarquer Schopenhauer, une perpétuelle confu. sion de la sensation, de la perception sensible et . ie notion abstraite.

D'une part, Kant oppose l’inluition sensible à la connaissance conceptuelle de l’entendement ; il semble donc que Pintuilion doive avoir un objet d’ ton. la conception de l’entendement un obrer de conception. On. d'autre part,

Kant déclare et répète qu'une intuition. sans concept, est

aveugle ; que le concept, faute d’intuition, serait vide. Mais qu'est-ce donc que cette intuition qui n’est plus une simple affection passive, et qui cependant n’est point, à

elle seule, une connaissance d’ objet ?

La nature de l’objet de la connaissance est très obscure

dans -l'idéologie kantienne. Cet objet n’est pas, en effet, objet perçu intuilivement ; car l'intuition n’est pas le con-

cept. Il y a donc, outre l'intuition, une sorte d'objet absolu, qui est l’objet propre de l’entendement, qui s'ajoute aux intuitions, et a l4 vertu de les transformer en expérience !

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[n’est pas directement représentable (direkt nicht vor-

stellbar), mais par le moyen des calégories il s’additionne

aux intuitions et devient objet de connaissance. Quelle est donc la vraie nature des catégories qui apparaissent tantôt comme la condition de la représentation intuitive, tantôt comme la fonction de la simple pensée abstraite ?

2 L'opposition établie par Kant entre les choses en soi et ces choses telles qu’elles nous apparaissent, entre les

noumènes et les phénomènes, est contradictoire en soi,

Car enfin, pourrait-on dire à Kant, ou le noumène existe

ou il n'existe pas. S'il n'existe pas, toute votre théorie,

fondée sur la réalité supposée d'un noumène en rapport avec le phénomène, est radicalement fausse ; et, s'il existe, elle est sans doute vraie en soi, mais comme nous ne pouvons savoir S'il existe en effet, cest là une de ces

vérités qu'il est à jamais CRÉAS de disinaes de Your. contraires !).

3° Enfin, dans le développement de l’idée phénoména-

liste, il y a un manque de logique. Fréquemment, Kant établit une opposition entre la connaissance des noumènes d'expérience et la connaissance de la réalité métaphysique. Pourquoi ? Puis-je connaître le noumène PRISES ou ne le puis-je pas ? Si je ne puis le connaître, à quoi bon opposer à l'ignorance de ce noumène, l'ignorance du noumène métaphysique ? Si, au contraire, le réel empirique n’est pas en dehors des prises de ma connaissance, rien

ne m'empêche de passer de la certitude des noumènes

d'expérience à la certitude de noumènes métaphysiques qui seraient, par hypothèse, la condition nécessaire de l'existence des premiers.

Nous reviendrons sur cette conclusion dans la Critério-

1) Un critique très distingué, M. Boirac, poursuit avec vigueur, en ces termes, l'examen des notions kantiennes du phénomène et

du noumène : « Kant nous paraît passer alternativement, éerit-11,

de l'affirmation conditionnelle à laffirmation catégorique des

choses en soi. Il oublie que le noumène ne peut être pour lui

qu'une simple hypothèse d'exposition ; car, lorsqu'il affirme que le phénomène suppose nécessairement le noumène, il ne prétend pas seulement nous déduire les conséquences d’une définition nominale et provisoire du phénomène, mais nous faire connaître sa nature réelle et définitive. Sans le savoir et contre son gré, il cède à la même illusion dialectique qu’il combat chez les métaphysiciens et qui leur fait transporter au delà des phénomènes des rapports qui, comme ceux de la substance et de la cause, recoivent,selon lui, des phénomènes eux-mêmes toute leur signification et tout leur usage.

Aussi ne faut-il pas s'étonner que, vérifiant sa propre théorie de l'illusion dialectique, Kant se soit heurté à d'incessantes contradic-

tions. , Sa conception du phénomène, nous l'avons montré, est contra-

dictoire en soi. Il convient d'y insister. D'après cette théorie, les

choses en soi sont opposées, comme leur étant nécessairement corrélatives, aux choses telles qu’elles apparaissent. Une même chose a donc deux faces : l'une extérieure, celle qui regarde du côté de notre sensibilité, l’autre intérieure, qui échappe complètement à notre intuition. Elle a, par conséquent, deux modes d'’existence, l’un relatif, l’autre intelligible, nouménal.

(ar

logie spéciale, à propos de la certitude de la métaphysique !).

145. Le criticisme poussé aux extrêmes. —- Les côtés faibles et les illogismes de la philosophie de Kant n'échappèrent pas longtemps à la perspicacité de ses successeurs.

Kant avait laissé sans solution le problème des noumènes. Existent-ils ? N'existent-ils pas ? Que sont-ils ? Le philosophe de Kœnigsberg disait l'ignorer.

Maintenant, s’il n'y a aucun rapport entre la chose qui apparaît et la chose en soi, pourquoi les identifier l'une à l’autre ? Pourquoi entre le phénomène et le noumène admettre une simple distinction de modalité ? Pourquoine pas dire simplement : « Outre les choses qui nous apparaissent et dont toute la réalité consiste en cela même, il y a peut-être d'autres choses qui existent exclusivement en soi et pour soiet qui, par conséquent, ne nous apparaisent en aucune manière » ? Mais non,ilne faut pas s’y tromper : ce sont bien les choses en soi qui nous apparaissent ; seulement elles nous apparaissent autremeut qu’elles ne sont en soi. Or, c’est là, ce semble, qu'est la contradiction. S'il n'y a aucun rapport entre le phénomène et le noumène, on n'a plus le droit de les considérer comme une seule et même réalité ; il serait plus exact de dire que le phénomène est une chose et que le noumène en est une autre. Le noumène nous apparaissant absolument autre qu'il n’est, c'est comme s’il ne nous apparaissait pas du tout. Que s'il y a au contraire un rapport, c’est au fond le noumène qui est présent dans ce phénomène : l’un est substantiellement identique à l’autre, et la différence qui les distingue est une simple différence de point de vue, comme celle qui dans le système de Spinoza distingue la substance de ses attributs et de ses modes. Il ne faut plus dire alors que nous ne connaissons pas le noumène : au contraire, nous . ne connaissons jamais que lui, bien que sans doute nous ne le connaissions jamais tout entier. Entre ces deux thèses, qui se contredisent l'une l’autre, nous paraît perpétuellement osciller la théorie kantienne du phénomène et du noumène quand elle renonce à l'œuvre impossible de les ramener à l'unité » (E. Boirac, L'idée du phénomène, Alcan 1894, pp. 33-35).

r) Pour la critique des points faibles du kantisme, on ira avec intérêt Kuno Fischer, Geschichie der neueren Philosophie, Fichte, S. 1-132.

Les formes de la connaissance sont a priori, mais elles

supposent une matière expérimentale ; cette matière d’où

vient-elle ? M ne.

Les formes a priori elles-mêmes, d'ailleurs, sont objet de connaissance, puisqu'on en décrit les caractères et que l’on

en fait le dénombrement. Mais on pose en thèse que sans

expérience 1] n'y a pas de connaissance possible : comment donc les formes de la cognition peuvent-elles être objet de connaissance ? | RATS

Ces objections eurent pour effet de rejeter plusieurs

philosophes de la première moitié de ce siècle, notamment

Reinhold, Herbart, Jacobi, plus tard Schopenhauer, vers le réalisme. Néanmoins le courant dominant de la philosophie postkantienne est subjectiviste ou, comme on l'exprime plus souvent, idéaliste.

Or, du point de vue idéaliste, quelle réponse donner à

ces objections ?

Nier toute réalité, et celle des choses en soi, et celle des

formes de la connaissance, et celle de la matière expéri-

mentale, semble chose impossible, tant le sentiment de

quelque chose d'autre que le phénomène logique est irésistible. ce ss Quelle issue reste alors à l'idéalisme ? Une seule : l'on attribuera à la représentation le pouvoir de produire la réalité. ; Les systèmes de Fichte, de Schelling, de Hegel sont trois expressions nuancées de cette théorie fondamentale. Des

trois, celle de Fichte, die Wissenchaftslehre, est kä plus”

originale. | 5 ; s “à | 3 + eu e

146. L’idéalisme transcendantal de Fichte. — A la racine de nos facultés cognitives, Fichte pose un principe unique, doué d’une {endance nécessaire à agir. Ce principe unique, — le moi, un moi panthéistique, embrassant l'universalité de l'être, — end nécessairement à la conscience de soi. L'activité doit, en effet, avoir un but : or, en dehors du moi il n’y a rien; l’activité du moi doit donc inévitablement revenir au moi, Mais l’agir vers soi (zum sich) est,

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par définition même, conscience et reflexion. Donc, lPactivité du moi tend nécessairement à la conscience. Le moi considéré comme autoconscient s'appelle chez Fichte le Moi absolu (das absolute Ich).

A l’origine, l’activité du moi est inconsciente, elle l'est

de nécessité, car la conscience implique un acte de retour sur un acte antérieur ; le premier acte d’un sujet ne peut

donc être conscient.

Mais d’où vient la mise en branle de l’activité du moi ? Comment l’activité du moi engendre-t-elle le non-moi ?

La mise en branle de l’activité du moi s explique, suivant Fichte, par ce fait que le moi a besoin d'agir ; il n'est pas, en effet, l'infini, mais une tendance à être infini ; il est donc essentiellement une tendance à agir toujours, à agir pour agir (das Thun des Thuns). Sous cet aspect, le moi s’appelle le moi pratique ; il est le fondement et le principe du moi théorique. A

Le moi n'agirait pas, si rien ne lui faisait obstacle. Aussi, par un processus évolutif inconscient, il s'oppose à Jui-même une sorte de résistance en produisant le nonmoi au sein du moi.

Le moi intelligent a trois opérations fondamentales : la thèse, l'antithèse et la synthèse. ;

Par la thèse, «le moi se pose », il se concoilt comme existant, identique à lui-même (Ich — Ich). | | Mais tout concept positif est corrélalif d’un concept négalif : en ce sens, le moi pose le non-moi, comme sa contradictoire : c’est l’anlithèse. Il est à noter que le nonmoi de Fichte n’a pas d'existence indépendante de la pensée ; le non-mot est le monde représenté par le moi représentalif. ce

Enfin, l'union du moi et du non-moi dans une dépen- ‘dance réciproque est le fruit de la troisième opération du

moi absolu, de la synthèse.

En résumé, il n’y a pas de chose en soi, ni de matière expérimentale antérieures à l’activité du Moi absolu ; celui-ci crée de loutes pièces, par le processus évolutif de

son intelligence, le monde représenté, ainsi que les diver-

RE

410 ÿ CRITÉRIOLOGIE

ses formes «a priori inhérentes, selon Kant, à la raison théorique.

Examinons brièvement cet idéalisme transcendantal.

Il est superflu d’en faire ressortir l'arbitraire.

Au lieu d’expliquer le connu par l'inconnu, Fichte veut rendre compte du sentiment de la réalité, qui est très distinctement connu, par un appel à un moi dont l'existence, les propriétés et le mode d'opération sont également inconnus. — Qu'est cet Étre dont la caractéristique est d’être une tendance à l’action, qui tend inconsciemment à la Conscience, qui se met à lui-même des entraves pour se stimuler à l’action ? Mystère ! Fichte a substitué la poésie à la mélaphysique.

Il y à au cœur de l’idéalisme transcendantal une contradiction profonde : Suivant Fichte, en effet, la seule existence réelle est l'intelligence et seule l'activité cognitive de Pintelligence est le principe efficient de la réalité. Mais alors le premier être, le Moi absolu, a donc dû se connaître pour pouvoir se produire, agir avant d'exister : inévitable contradiction.

D'ailleurs, les conclusions de l’idéalisme portent à faux. Le moi, suivant Fichte, crée un non-moi, non point comme chose, mais comme chose représentée, c'est-à-dire. comme objel de connaissance. Or, nous avons le sentiment d'une distinction entre ohjels non réels et obiets réels : un centaure est un objet de connaissance, mais son objectivité est de pure raison : la pierre du chemin que Je heurte du pied est une réalité objective dont je subis l’acon. Fichte rend compte de la production des objets représentés, la pensée suffil à cela ; Mais il n’explique pas la genèse des objets réels, sur lesquels se concentre tout le débat entre l’idéalisme et le réalisme.

Nous opposons à Fichte le témoignage invincible de la conscience que nous avons étudié plus haut (140), Le philosophe allemand avoue lui-même ne pouvoir se soustraire à l’empire de cette sorte de « nécessité » que nous

fait subir irrésistiblement le réel. Il y a,-en effet, dans le

sentiment de l'expérience un élément passif dont nous avons conscience de n'être pas les auteurs et qui atteste, par conséquent, l’existence d’un agent autre que la représentation consciente elle-même

147. L’idéalisme logique de quelques néo-kantiens. —— Quelques jeunes écrivains de la Revue de Métaphysique et de Morale ont résolument nié que l’esprit humain

\ connaisse une réalité quelconque. L'un d'eux, M. Remacle, avait écrit que « connaître un état de conscience, c’est une expression contradictoire, car le connaître, c’est évidemment « ne pas le connaître {el qu'ilest»; néanmoins, il opposait la connaissance à la conscience el maintenait l'existence en nous d'états de conscience. « L’état de con science, écrivait-il, est une existence en soi, un absolu ». M. Weber renchérit sur son aîné et nie résolument qu'il y ait une distinction quelconque entre l’être réel et l'être

logique.

| On a toujours cru appréhender une réalité ultime, existant en soi et par soi, et la distinguer d'une existence extra-logique, c'est à-dire extérieure aux jugements dans lesquels elle s’atfirmait comme - sujet logique du verbe être... Or, le réel extra-logique n'est qu'un = mot recouvrant un concept contradictoire. Dire que le réel est :nconcevable, innommable ou ineffable, c'est encore trop dire, car en le déterminant ainsi d'une façon, il est vrai, toute négative, on l'affirme encore positivement et on le rend participant de: l'être; Le

réel ne devrait jemais être posé comme objet LE

L'idéalisme logique implique une contradiction. D'où viendrait, en effet, le concept du réel, si le réel n'exis- fait pas ? Et d'où viendrait par conséquent la pensée de FRE nier le réalisme au profit de l’idéalisme logique, si l'être logique seul s’offrait au regard de l'esprit ? Dira-t-on que le réelest la négation du logique ? Mais c’est l'inverse qui est vrai. Directement, nous ne

1) Revue de Métaphysique et de Morale, novembre 1897, p. 682.

percevons que le réel ; l’acte de perception etles existences = logiques qu’il engendre exigent, pour apparaître à l'esprit, un second processus mental consécutif au premier. Un

éclair déchire la nue, je le perçois : voilà un premier acte. Puis je m'aperçois que j'ai vu briller l'éclair : cette aper-

ception est un second acte qui n’est devenu possible : É qu'après le premier et dépendamment du premier. L'exis: tence d’une affirmation logique n’est donc pas connais- ; sable directement : elle ne peut venir qu’en seconde ligne,’ et, dès lors, ce n’est pas le concept d’une existence logique

qui pourrait faire surgir contradictoirement dans l'esprit le concept du réel, mais au contraire le réel conduit, par un procédé de négation, au concepl de l'être logique : celui-ci se définit, en effet, l'être qui n’esl ni réalisé ni réalisable dans la nature. " | Rs L'idéslisme logique ne peut donc s’énoncer sans se détruire. H affirme la concevabilité de l'être logique seul, et nie la concevabilité du réel : or, la concevabilité de l'être logique n’est intelligible que subordonnément à la conception du réel, atlendu qu'il en est la négalion ; ilen résulle que la formule de l'idéalisme logique. n’est pas susceptible d'être mise en discussion, c’est une logomachie qui n'offre aucun sens intelligible 12 | Re

1) Voir Origines de la Psychologie contemporaine, ch. V. Critique du principe idéaliste. ee | |

M Weber, dans le Mercure de France, décembre 1898, essaie de |

répondre à la difficulté que, dans notre ouvrage sur les Origines de la Psychologie contemporaine, nous avions opposée à l’idéalisme logique. | < «Inutile, écrit-il, de demander d’où viendrait l’idée du réel si son objet, en tant que réel el non idée, n’existail point». Comment, inutile ? Pen ARE Mais le sentiment du réel, en opposition au liclif, est le fait primordial de la vie consciente et il serait inutile de l'interpréter! Hume, Kant, Fichte lui-même ont reconnu la réalité des faits de. conscience, et une philosophie idéaliste s'en désintéresserait? « On ne fait pas attention, poursuit M. Weber, que le réel que l'on invoque ainsi, on l'idéalise par cela même qu'on établit une relation entre lui et son idée, Pourla logique, c’est-à-dire pour tout

148. La formule idéaliste du problème de la certitude est vicieuse. — Les idéalistes ont la prétention de rechercher si l'esprit humain peut apercevoir la conformité de sa connaissance avec les choses en soi, à l’état absolu. Comment s'y prennent-ils ?

Ils posent, d’une part, la raison pure, pourvue des conditions qui rendent possible la connaissance, mais antérieurement à l'actuation de son pouvoir de connaître ; d'autre part, une chose en soi, en dehors de toute dt avec une connaissance, en un mot, une chose absolue. | Puisils se demandent comment une connaissance peut représenter une chose absolue.

Or, nous l'avons dit dès le début de ces études critériologiques (23 et 24) et nous ne pouvons que le redire au moment de conclure, là formule idéaliste du problème de la connaissance de la vérité est pratiquement impossible, contradictoire, et inintelligible.

D'abord, il est pratiquement impossible de juger du pouvoir de l'intelligence sans mettre l'intelligence en exercice.

esprit capable de comprendre la différence entre contradiction et non-contradiction, entre le oui et le non, l'existence réelle n'est, comme le soutenait Kant, rien de plus n1 de moins que PeRISIGNCE pensée ».

A ces lignes, nous te deux choses :

1° M. Weber n'a pas compris Kant. Celui-ci n'indentifie point - l'existence réelle et l'existence pensée ; il pose, au contraire, des data de l'expérience et une faculté pour les percevoir, antérieure- ment à l'exercice de la pensée. Qui ne sait que la philosophie postkantienne s’est donné pour tâche principale d'analyser la « chose en soi »,« das Ding an sich», c'est-à-dire de confronter » l’existence réelle » avec la pensée subjective ?

20 M. Weber esquive la difficulté qu'on lui signale. Au lieu de l'envisager en face et d’y répondre directement, il essaie de la touruer et répond à la question par la question.

Quand vous invoquez le réel, dit-il, pour établir une relation entre luiet son idée, vous l’idéalisez.

Entendons-nous. Pour établir une relation entre le réel et son idée, il faut connaître le réel, nous l'accordons. Pour établir une relation entre le réel et son idée, il faut dire que le réel c’est l’idée, rien de plus ni de moins, nous Île nions. S'il en

AA GRITÉRIOLOGIE AE :

Pour apprécier la force musculaire d’un homme, on lui

fait exercer un acte de traction au dynamomètre. Pour apprécier la puissance cognitive de l’entendement, il faut mettre l’entendement en acte de cognition. Aucun pouvoir

n’est appréciable directement comme pouvoir ; il ne l’est qu'en son exercice, par ses actes, 1l se révèle ; en lui-même il est esssentiellement incognoscible.

Le problème de la connaissance de la vérité ne porte donc pas immédiatement sur la possibilité de la science. Il en est de nos facultés cognitives comme de la conscience morale, ex fructibus eorum cognoscelis eos ; ; on juge l'arbre à ses fruits,

Ensuite, la prétention d’opposer à un pouvoir de cognition, vide de connaissance effective, uné chose enson état absolu, est contradictoire !). |

En effet, vouloir connaître une chose, c’est vouloir qu’il y

était ainsi, la relation entre le réel et l’idée serait une relation d'identité, telle qu'il y en a une, par exemple, entre l’idée d'un triangle et l’idée d'une figure à trois angles et à trois côtés ; mais la relation entre le réel et l’idée est une relation de ron-idéntilé, attendu que nous opposons la seconde au premier.

Le seul moyen d'échapper à cette conclusion serait de Hrétandie

que la distinction entre réel et idée se présente à la conscience avec les mêmes caractères que la distinction entre idée a idée. Mais qui pourrait le prétendre sincèrement ?

La réponse de M. Weber à la difficulté qu on lui avait éppeue revient donc à ces termes : Cette difficulté n’en est pas une, l’existence réelle n'est que l'existence pensée, car, sinon, l'idéalisme logique que je prône serait pris eu défaut ; or, il n’est pas admissible que mon idéalisme soit pris en défaut. Donc.

Dans l’article auquel nous venons de faire allisions M. Weber se laisse aller à parler « de la réaction pénétrant dans le domaine de la philosophie », « de l’'épanouissemnnt suprême du libre examen introduit En chrétienté par un moine en révolte contre l'Église», « de l'épée rouillée de la scolastique, ete... ete.

Nous eussions préféré un bon argument.

1) M. Weber, dans l’article cité plus haut, reconnaît le bienfondé de cette critique. « Soit, écrit-il, ainsi présentée, la théorie

de la connaissance est, je l'accorde, impossible et même contradic-

toire ».

ait, outre l’entité physique, supposée dans la nature, autre chose que cette entité physique, à savoir sa représentation par l'esprit; mais vouloir que la chose représentée le soit à l’état absolu, c'est vouloir que la représentation ne soit pas autre chose que l'entité physique. Donc, prétendre connaître une chose absolue, c’est vouloir identifier l'entité physique et ce qui n’est pas elle mais sa représentation : c'est vouloir fusionner deux contradictoires.

La formule idéaliste du problème de la certitude est

inintelligible.

Une existence absolue, c'est-à-dire uñe chose que l'on supposerait existante mais qui serait totalement extrinsèque au sujet pensant, sans relation avec lui, serait pour lui le néant. Comment comparer l'objet d’un concept à ce qui est, pour l’auteur de la comparaison, un pur néant? Comment juger s’il y a conformité ou non-conformité entre l’objet d'une connaissance et ce qui, pour le connaisseur, n'est rien ? |

La question est inintelligible.

Le problème de la connaissance, dans les termes où le

pose l’idéalisme, est donc chimérique et insoluble.

149. Conclusion du Livre IV. — Nous concluons à la réalité objective des termes du jugement. |

Nous savions (Livre III) que l'application d'un prédicat à son sujel est motivée par l'évidence objective de l'identité des deux termes ou de l’appartenance du second au premier. |

Mais nous ignorions si le prédicat appliqué au sujet représente à l'esprit une réalité, c’est-à-dire un objet tout au moins possible en so: indépendamment de l'acte représentatif qui le conçoit.

Souvent, notamment dans les sciences rationnelles, le prédicat, — nécessairement abstrait, — est appliqué à un sujet qui lui-même est abstrait. Mais alors ce sujet à son tour apparaît comme le prédicat d'un sujet antérieur, de telle sorte que, fondamentalement, tous les prédicats se

416 : CAITÉRIOLOGIE A ne trouvent appuyés sur un sujet individuel, Es d'une perception sensible.

La perception sensible d’une chose individuelle représente, au témoignage indiscutable de la conscience, et de l’aveu de tous les philosophes sérieux, un.objet réel.

Or, la réflexion nous dit que le prédicat du jugement exprime abstraitement ce qui est matériellement contenu dans l’objet de la perception sensible. 2 Se.

Le prédicat est donc doué de réalité ohjectres AR

Les deux éléments — formel et matériel — du jugement rue

ont ainsi élé contrôlés. re La solution des deux problèmes se l'épistémologie est. rs celle que préconise le dogmalisme. | F'NS Cette solution s'applique, au surplus, à toutes les vérités, qu’elles soient d'ordre idéal ou d'expérience. : e 150. Vérités idéales, vérités d'expérience. — Où pit la différence radicale entre ces deux ordres de vérités?

Réserve faite des entités de raison, «secondes intentions», auxquelles s'intéresse la Logique, l'objet de la science — etultérieurement, celui de la métaphysique — est le réel. re Le réel est tantôt idéal, tantôt réalisé dans la nature. Lorsque l'esprit a affaire à un objet réalisé dans la nature, celui-ci lui est présenté dans une perception sensible, soit externe soit interne. Lorsque l’objet appartient à l'ordre idéal, il est présenté à l'esprit see une représentation imaginative. | | Aussi les jugements d'expérience Er de l'affirmation d’une existence autre que celle du moi phénoménal, tandis que les jugements d'ordre idéal n'impliquent aucune affirmation d'existence. Parlant de l’objet de la science divine, Saint Thomas écrit : « Non oportet quod, quaecumque scit Deus, sint vel fuerint, vel futura sint : sed solum ea quae vult esse, vel permittit esse. Et iterum non est in scientia Dei ut illa sint, sed quod esse possint » 1).

1)S. Théol., la p, q. XIV. art.IX, ad 3». Ailleurs, le même Docteur écrit : « In rebus sensibilibus, dum aliquid sentimus asserimus sic

SOLUTION DU SECOND PROBLÈME en le

. Les deux ordres de vérilés font respectivement l’objet des sciences rationnelles et des sciences d'observation. Platon n’admettait pas que des choses contingentes, passagères, puissent faire l'objet d'une connaissance scientifique. La science devait donc être pour lui sans attache avec le monde concret, au sein duquel nous nous sentons VER 7 | Aristote, mieux avisé, reconnut que la science à pour objet direct et principal les quiddités intelligibles, abstraites et universelles,! et leurs relations nécessaires, indépen- dantes des circonstances de lieu et de temps mais il à comprit qu'elle s'étend néanmoins, pur dérivalion, aux choses d'expérience. « Incorruptibilium datur scientia simpliciter, corruptibilium per accidens » !). ee Nous pouvons définir une essence idéale, rechercher quelles sont ses propriétés nécessaires, établir démonstra- tivement la relation des propriétés à l'essence, d'une essence et de ses propriétés à une autre essence et à ses propriétés, édifiér ainsi un ensemble de définitions et de démonstra- tions, une science complète, sans nous préoccuper de __ l'existence ou de la non-existéence de choses contingentes. La science a donc un premier objet, direct, le domaine de l'intelligible pur, indépendant de la connaissance des vérités d'expérience. « Incorruptibilium datur scientia sim-

D piéierv . ù

| = Mais la science a un second objet : les essences intelligibles considérées, en dehors du domaine de l’intelligible pur, dans leurs applications aux choses singulières. « Scien- | Hia per accidens terminatur ad corruptibilia, id est, ad __ particularia quae per se corruptibilia sunt ». Ce que la science nous apprend de la nature humaine, est applicable à Ja nature humaine de chaque individu ; ce que nous

esse. Gum autem secundum phantasiam aliquid videtur, non asse- - rimus sic esse, sed sic videri vel apparere nobis ». De anima, HI,

ne lect.-d.- laine D :)1 Post. Anal. cap. IX.

savons du nombre abstrait quatre, s'applique à toutes les pluralités de quatre choses quelconques !).

Ceci nous amène à une question de méthode.

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