‹ Critériologie généraleChapitre 79 sur 90 · Une question de méthode. — Au début du traité · texte numérisé non relu

Une question de méthode. — Au début du traité

on se demandait peut-être pourquoi nous n’examinions pas la valeur des concepts,-des termes, avant de contrôler l'objectivité du jugement. Cette question est maintenant résolue.

L’évidence objective des rapports idéaux n’implique pas

l'affirmation d’une existence La vérité que 2 + 2 = 4est

logiquement antérieure à l'affirmation de l'existence du sujet qui énonce cette vérité arithmétique.

Au contraire, l'affirmation qu’il existe dans la nature,

hors du sujet pensant, des réalités d'expérience s'appuie sur le principe de causalité (pp. 392 et suiv.). |

À moins de commettre une pétition de principe, nous ne pouvions donc poser l’existence du monde extérieur, y rattacher la réalité objective des prédicats de nos jugements, tant que nous n'avions pas assuré la valeur objective universelle des principes idéaux, en particulier celle du principe de causalité. / |

La méthode suivie dans l'étude des deux problèmes

1) « Potest sciens uti universali cognito dupliciter. Uno modo ut objecto : et hoc facit cum intellectuales limites non egreditur, diffiniendo, demonstrando passiones, etc... Alio modo ut medio respectu singularium et hoc ministerio inferiorum virium applicatus facit : quoties conclusio est propositio singularis : oportet siquidem tunc alteram praemissarum saltem esse universalem.

Quia ergo scientia nostra est de universalibus sempiternis, non,

talibus, quae singularium naturae non sunt, ut Plato posuit, sed talibus, ut eorum applicatione ad corruptibilia, quorum sunt

naturae, ipsorum corruptibilium notitiam habeamus, corrupti-

bilium dicit Aristoteles scientiam esse per accidens : tum quia terminari ad individua corruptibilia non convenit scientiae in intellectu consistenti et directe,sed dum egreditur quodammodo et reflectitur adminiculo sensuum supra corruptibilia in quibus salvatur universale ». Cajetan,in Post. Anal., cap. IX.

SOLUTION DU SECOND PROBLÈME RE à 0

fondamentaux de l’épistémologie n'était donc pas seule-

ment légitime, elle s’imposait.

. Au moment de mettre fin au traité, revenons aux notions initiales : la vérité, la certitude. “ |

152. La vérité, le jugement, la certitude. — Avoir la certitude, c’est connaître réflexivemenl que l’on connaît la vérité. |

Connaître la vérité, c’est émettre un jugement conforme à la vérité ontologique. |

Un sujet perçu parles sens et analysé par l'esprit révèle à l'esprit son contenu : il se diffuse en quelque sorte sous son regard, étale devant lui les notes dont il est composé. Par ailleurs, l'esprit, au moment où il contrôle des connaissances directes, est déjà en possession d'idées nom-

breuses,

Une de celles-ci apparait identique à l’une des notes abstraites d’un sujet sensible ou en connexion nécessaire avec elle. NE | ne |

L'esprit attribue au sujet la note qu'il voit lui convenir : il y a, alors, conformité entre le jugement attributif du prédicat au sujet et le rapport d'identité ou de connexion nécessaire du sujet et de la note qui lui convient. | Le rapport d'identité ou de connexion nécessaire entre un sujet et la note ou l'ensemble de notes qui lui convient est une vérité ontologique. : |

Lorsque la relation établie par l'esprit entre un prédicat et un sujet est conforme à la vérité ontologique, le jJugement est vrai ; la relation de conformité entre le jugement et la vérité ontologique est la vérité logique. Arr | Veritas est adaequatio rei et intellectus. Une chose est donnée, elle est présentement perçue ou imaginée et fait l’objet de l'attention de l'intelligence. Celle-ci possède certaines notions qu’elle attribue à l’objet perçu ou imaginé. Lorsqu'il y a conformité entre les notes que l'intelligence - peut abstraire de l'objet perçu ou imaginé et celles qu'elle lui applique, il y a accord entre la réalité considérée et le jugement prononcé, adaequatioreietintellectus, il y a vérité.

Connaître qu'un jugement est logiquement vrai, c'est-àdire conforme aux exigences de la vérité ontologique, c'est connaître que l’on connaît la vérité, c'est être réflexivement certain de connaître la vérité. ne

La certitude, envisagée en elle-même, comme réalité pSychologique, indépendamment des causes qui l’engendrent,

est la fixation de l'intelligence en un seul objet, « certitudo.

mhil aliud est quam determinatio intellectus ad unum ».

Envisagée en rapport avec la cause qui l’engendre, la cer-

titude est l'adhésion ferme de l'intelligence à un objet qui

lui est connu, « firmitas adhaesionis intellectus ad suum

cognoscibile » ; plus explicitement, c'est le repos de l’intel-

ligence dans la possession consciente de la vérité.

Ce repos de l'intelligence que tout le monde comprend dans la notion de certitude, qu'’est-il à proprement parler? Est-ce quelque chose de distinct de l'adhésion certaine ? Ne semble-t-il pas que ce soit une disposition affective qui, dès lors, conviendrait à la volonté plutôt qu'aux facultés cognitives ? Ne faudrait-il pas, en conséquence, voir dans le sentiment de satisfaction ou de repos qui s'attache à la certitude, une preuve que les théories exclusivement c intellectualistes » de la connaissance sont défectueuses re

Il paraît bien évident que l'intelligence n’est capable que d'un seul acte, celui de la connaissance de la vérité. La cerlüitude, en tant qu'elle appartient à l'intelligence, ne peut donc être qu’une manière d’être d’un acte de connaissance intellectuelle. Donc le repos de la certitude doit être un repos dans la connaissance. =

Que peut être ce repos, sinon la cessation de la recherche de la vérité ? :

La certitude qui, sous son aspect posihif, est la possession consciente de la vérité, nous apparaît sous un aspect négalif, comme la cessation de toute recherche ultérieure et, dès lors, un repos, terme d’un mouvement : mais, sous son double aspect, la certitude est, en réalité, une et identique, le repos n'ajoute rien de nouveau à l'adhésion au Jugement conscient de la vérité. Er

Sans doute, la certitude nous donne le sentiment d'une !

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disposition affective. Mais il ne faut pas oublier que l'intelli-

gence réside dans ce sujet complexe qui est le moi, le moi avec son pouvoir d'aimer tout ce qui lui est bon, aussi bien qu'avec la faculté de saisir tout ce qui est vrai.

Or, la connaissance du vrai par l'intelligence est un bien pour la volonté du sujet intelligent.

Donc la possession consciente de la vérité est naturellement pour nous une source de sentiments a/jeclifs, elle

nous fait goûter une jouissance, une satisfaction, un repos,

Elle est belle et profonde cette parole de Platon, si éloquemment commentée par Ollé Laprune : « C'est avec l'âme entière qu'il faut aller à la vérité ». |

Le langage témoigne, d’ailleurs, de l'intervention synergique de nos facultés cognitive el affective dans la certitude: ne parlons-nous pas, en effet, de lassentiment de l’intelligence à la vérité et du consentement de la volonté, suite

naturelle de cet assentiment ?1).

témologie a pour but de rechercher si l'esprit humain est

capable de connaître la vérité. Elle prend pour objet nos connaissances spontanément certaines et les soumet au contrôle de la réflexion, à l'effet de voir si la raison réflé-

chissante peut acquérir la conviction qu'elles sont vraies

et les tenir à bon droit pour certaines.

Définir les fermes de ce problème, c'est-à-dire les notions de vérité, de connaissance de la vérité, de certitude de connaître la vérité ; poser le problème lui-même, tel fut l’objet du Livre 1. |

Le problème général ne peut être résolu ni même posé, sans que les dogmatiques el les scepliques se mettent, au

1) On définit souvent la certitude : l'adhésion ferme de l'intelligence, sans crainie d'erreur. Encore une fois, à parler rigoureusement, la crainte n'est pas le fait de l'intelligence, elle est un mouvement de recul des facultés affectives en face d'un danger :

” Ja déception de l'intelligence est, en effet, pour la volonté du sujet

intelligent, un" mal ; le danger de nee est donc pour la volonté un sujet de crainie.

préalable, d’accord sur les conditions dans lesquelles l'esprit peut el doit se supposer placé, pour aborder les questions fondamentales de la critériologie. Cette question préliminaire fit l'objet du Livre IT. | ee 2. , Quant au problème général de l’épistémologie, il est double. L'objet de cette science étant, en effet, la connais- | ‘sance de la vérité et la vérité appartenant au jugement, l'épistémologie se trouve naturellement amenée à contrôler, et le rapport entre les deux termes du Jugement, et la valeur des fermes rapportés l’un à l’autre : d’où les deux problèmes essentiels, celui de l’objectivité du jugement cerlain et celui de la réalilé objective des termes du jugement. FE < 7 Le contrôle réfléchi du rapport entre le prédicat et le sujel soulève la question de savoir si ce rapport est ou n'est pas objeclif ; il fallait donc se demander si l’intelligence possède une garantie de vérité qui soit tirée du. jugement lui-même el qui motive objectivement l’assentüiment, bref, un critérium intrinsèque et objectif de vérité. Ain de simplifier cette question délicate, nous l'avons, de prime abord, limitée aux propositions immédiates d'ordre idéal. Après avoir écarté les théories critiques qui offrent pour garantie dernière de la connaissance certaine, soit un critérium extrinsèque, soit un critérium intrinsèque mais exclusivement subjectif, soit enfin un critérium qui en présuppose logiquement un autre, nous avons fait voir que l'intelligence possède bien dûment un crilérium interne, objectif, et immédiat de vérité ;: nous avons pu conclure que les connaissances idéales immédiates sont objectivement évidentes el que, par suite, dans ces limites, la cerütude est motivée. :

Après cela, nous avons fait la critique du subjectivisme kantien, qui est en opposition directe avec la thèse de l’objectivité de nos connaissances idéales, etla critique du posilivisme, qui dénature la signification véritable de l’ordre idéal parce qu'il en méconnaît l’universalité. Cet examen général de l’objectivilé de nos connaissances d'ordre idéal fit l’objet du Livre 111. À À

Restait la question dela réalité objective denos concepts. Le jugement applique à un sujet, tôt ou tard à un sujet individuel sensible, un prédicat. Ce prédicat quelle valeur a-t-il ? L'objet qu'il présente à l'intelligence est-il un ens ficlum ou unens ralum ; un « fabricamentum mentis » ou une réalité possible en soi sinon même existante ?

L'intelligence est supposée en possession du prédicat. Elle sait, par ailleurs, et tous les philosophes acordent que l'expérience sensible saisit la réalité. Or, l’objet du prédicat, elle le retrouve identique, le reconnait dans les formes sensibles de l'expérience. Donc elle est assurée de la conformité de ses idées avec la réalité objective. La preuve de la réalité objective de nos idées fit l’objet du Livre 1V.

Le jugement sous son double aspect formel et matériel est donc réflexivement justifié. La synthèse des termes est commandée par un motif objectif ; le prédicat uni au sujet est l'expression de la réalité. L'esprit humain, en conséquence, connaît réflexivemeni qu'il connaît la vérilé.

La connaissance spontanée étant intrinsèquement de même nature que la connaissance réfléchie, nous concluons d’une façon générale que l'esprit humain connaît la vérité.

Telle est la conclusion de la Critériologie générale, dont l’objet était : LA CERTITUDE: |

Dans quels domaines et comment la raison est-elle capable de certitude ?

Questions d'application qui trouveront leur place en Critériologie spéciale. Cette seconde partie de la Critério” logie, que nous n'avons pas perdu toui espoir de publier, aura pour objet : Nos CERTITUDES.

On y examinera successivement les principes, les faits de conscience, les conclusions déductives et inductives, l'existence etla nature du monde extérieur, les réalités métaphysiques, les souvenirs, les croyances à l’autorité d'autrui. Puis, on comparera entre elles les différentes connaisgances certaines et l'on s’efforcera de confirmer, par une

démonstration synthétique, les conclusions générales de l'analyse. os

ne æ

Cértains développements de notre première édition

curent, dès l'apparition de la Critériologie générale, la for-

tune d’être mis en controverse par quelques critiques

appartenant à des milieux philosophiques très divers.

Nous citerons, en particulier, la discussion que nous avons faite de la théorie des trois vérités primitives contenue dans les traités de philosophie du P. Tongiorgi el du P. Palmieri. | a

Notre thèse a été prise à partie dans les Annales de 35 Philosophie chrétienne (XXXV, 1896-97, pp. 68-78),parle

R. P. Potvain.

Nous avons répondu dans la Revue Néo-Scolaslique à

Particle des Annales de Philosophie. Le Il nous à paru que la reproduction de notre réponse ne

serail pas inutile à la pleine intelligence de notre pensée

sur les points controversés. Voici cette réponse :

Le compte rendu du troisième Congrès scientifique

internalional des catholiques et la Revue Néo-Scolastique Fn

de janvier 1895 ont publié, sous notre signature, une étude

intitulée : La théorie des trois vérités primitives.

Cette étude ne visait pas à la solution de la question fondamentale de la critériologie ; elle n’avait donc pas pour

objet de faire voir le dernier pourquoi de la science certaine, mais traitait une question préalable, celle de savoir dans quel état d'esprit il faut se placer pour aborder les problèmes essentiels que soulève l’examen réfléchi de la certitude. | Le Mémoire rencontrait la théorie de plusieurs auteurs, de Tongiorgi entre autres, qui, se posant en face du sceplicisme, revendiquent comme état initial, légitime et obli-

gatoire de l'esprit, la possession et l'affirmation, avant

. Pa

toute enquête philosophique, de trois vérités fondamentales, primitives : l'existence du moi, le principe de contradiction, et l’aptitude de l’esprit à connaître la vérité. Nous articulions contre cette théorie un double grief : d'abord, disions-nous, elle manque son but, elle n’atteint pas le scepticisme dans ses positions ; ensuite, considérée en elle-même, indépendamment du but polémique qu’elle devrait atteindre, elle n'estpas fondée, car elle pèche par défaut et par excès, | Le R. P. Potvain nous fait l'honneur de discuter dans un article des Annales de Philosophie chrétienne, divers points de notre travail.

C'est à cet article que nous voulons brièvement répondre. Nous prions instamment le lecteur, que ce débat intéresse, de relire d’une traite le Wémoire du Congrès de Bruxelles ou l'article du mois de janvier de la Revue Néo- Scolastique et la critique des Annales. C’est chose indispensable pour se mettre au point.

I y a dans Particle des Annales des aveux à enregistrer (I) ; une lacune que nous voudrions combler (I); il y a, enfin, les réponses faites à nos objections et qui seront à discuter (IT).

« Un point capital en la question, écrit l’auteur, c’est de définir nettement et tout d’abord le problème ancien et le problème moderne de la certitude... Ces deux problèmes nettement déterminés, que prétendrons-nous dans cet article ? Montrer que la théorie des trois vérités primilives répond uniquement aux exigences des sceptiques anciens

contre lesquels elle est dirigée » (p. 69). « La théorie des trois vérités primitives combat directement les sceptiques anciens, en leur faisant voir qu'ils ne sont pas sceptiques, cet que de plus le fondement de la certitude réside dans ces vérités que l’homme ne peut ne pas admettre. C’est tout ce qu'il faillait contre le scepticisme absolu » (pp. 73-74). — « La théorie des vérités primitives dirigée contre les scep-

tiques ne prélend, en aucune façon, s’en prendre aux subjectivistes modernes » (p. 74). |

En deux mots, donc, la théorie des trois vérités primitives est démodée : elle est souveraine contre le SCepticisme universel, absolu, des anciens Pyrrhoniens, elle est hors d'usage dans, la lutte contre le subjectivisme moderne. HD

Nous avouons que, écrivant en l’an de grâce 1895, nous avons songé à Kant plutôt qu'a Pyrrhon. Désireux de traiter, non pas une question d'histoire ancienne, mais un problème vital, et trouvant que, dans le débat actuel avec le scepticisme, la théorie des trois vérités primitives est plus encombrante qu’utile, nous avions formulé ce jugement : La question fondamentale engagée entre le dogmatisme et le scepticisme n’est pas de savoir si, en affirmant le doute universel, le sceptique absolu se contredit forcément une, deux, ou trois fois : c’est là chose accessoire et cela ne peut qu'embarrasser la discussion.

Les Annales semblent renchérir sur ce jugement qui pouvait paraître déjà sévère : « La théorie des trois vérités primitives répond uniquement, y est-il dit, aux exigences des sceptiques anciens. elle ne prétend en aucune façon s’en prendre aux subjectivistes modernes. »

Ce n’est donc pas contre les formes modernes du SCeplicisme qu'il faut mettre en œuvre les trois vérités primitives. Voilà un premier point acquis.

Mais, nous dit-on, dirigée contre les sceptiques anciens, la théorie est souveraine, elle se recommande du patronage d'Aristote et de saint Thomas. L'auteur des Annales renvoie aux T'opiques et aux Derniers Analytiques d'Aristote, ainsi qu'aux commentaires de saint Thomas sur ces ouvrages du maître. Il cite en note: « Derniers Analytiques, iv. [, ch. 3 ; Saint Thomas, Posterior., liv. I, lect. 7 : Aristote, Topiques, liv. VIII, ch. 3: Derniers Analytiques, liv. I, ch. 2. » 3

Comment notre contradicteur n'a-t-il pas remarqué que cet appel à l'autorité des anciens est sa condamnation ? Ni dans les Topiques, ni dans les Derniers Analyliques

d’'Aristote, ni dans les commentaires de saint Thomas sur les œuvres logiques du fondateur du Lycée, il n'y a trace de la théorie des trois vérités primitives. Les maîtres de la philosophie ancienne, les grands Docteurs scolastiques ont-ils jamais songé à opposer au scepticisme universel ancien, ce faisceau !) prétendûment invincible de certitudes primitives, non seulement le principe de contradiction, mais l'existence du moi et l'aptitude de l'esprit à connaître la vérité? Quels sont, au moyen âge, les scolastiques de marque qui ont éu recours aux trois vérités primitives pour réfuter le scepticisme ? Nous n’en connaissons, pour notre part, pas un seul. |

Est-ce Aristote, sont-ce les grands scolastiques qui ont méconnu les conditions de la lutte avec les sceptiques anciens et n’ont pas su se munir contre eux d'armes victo- rieuses ? Ou est-ce la théorie des trois vérités primitives

qui serait mal trempée ?

La thèse affirmée par Aristote et saint Thomas aux endroits des Derniers Analytiques auxquels renvoie notre contradicteur est autre que la théorie des trois vérités primitives. Il s’agit là des conditions d’une démonstration

scientifique. Aristote y enseigne qu'il est impossible de tout démontrer : car il faudrait, dit-il, remonter à l'infini ou, dans une sériesupposée finie de propositions, démontrer des propositions l’une par l’autre. C’est chose impossible. IL faut donc qu'il y ait des propositions certaines sans démonstration, priora indemonstrabilia, des propositions immédiatement évidentes sans le recours obligé à un terme intermédiaire. En d’autres mots, il y a, à la base des sciences, des propositions immédiates, principes de ces sciences. ;

Mais il n’y a pas que trois vérités de ce genre, il ÿ en a un nombre indéfini.

1) Notons-le bien, on prend soin de nous en avertir : « Chacune » des trois vérités n’est pas, à proprement parler, un fondement » spécial. C'est prises dans leur ensemble qu'elles constituent le » fondement de la certitude » (p. 73).

AS CRITÉRIOLOGIE

Soit, nous dit-on, il y a plus de trois vérités immédiates, mais il n'y à que trois vérités immédiates primitives ou

fondamentales, affirmées implicitement dans toutes les

autres. [l ne faut pas confondre celles-ci avec celles-là. Fort bien. Mais il sert de peu de distinguer en droit les

premières des secondes, si c’est pour les confondre en fait.

Or, n'est-ce pas s’exposer à les confondre que de vouloir justifier la nécessité d'affirmer les secondes, en invoquant

en leur faveur, des autorités et une doctrine qui ne plaident La

que pour les premières ?

On a donc bien tort d’invoquer « la méthode suivie par

Aristote et saint Thomas, notamment dans les Derniers

Analytiques, VII c. 3 et lect. 7 », pour confirmer la

théorie des trois vérités primitives, füt-ce à l'encontre des sceptiques anciens. | a

On a tort, en premier lieu, parce que la doctrine professée en ces endroits n’a rien de commun avec la théorie des trois vérités primitives qui est en discussion : on a tort, ensuite, parce que, d'une part, on cherche à bénéficier d’une

similitude delangage entreles vérités primitives de Tongiorgi etles priora indemonstrabilia d'Aristote et de saint Thomas

pour mettre la théorie relative aux premières sous le couvert

de l'autorité incontestée qui a établi la validité des cecondes :

et, d'autre part cependant, lorsque l'assimilation des deux groupes devient gênante, on proclame qu'il ne faut point les confondre. | |

Concluons cette première partie : la théorie des trois

vérités primitives est, de l’aveu de ses partisans, sans utilité contre le scepticisme moderne. |

Elle n'a jamais servi, entre les mains d’Aristote et des.

grands scolastiques, contre le scepticisme ancien ; présomp-

tion formidable contre la possibilité de s’en servir à cet effet.

Il ne serait pas malaisé de montrer, en outre, qu'il n'y a réellement pas à tirer parti de ces trois vérités contre le

scepticisme universel ancien, mais nous estimons que ce”

travail serait oiseux. | Cherchons plutôt où est la portée sérieuse du débat entre

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