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RD ne ie APPENDICE 429
le dogmatisme et le scepticisme : il y a, à cet égard, dans
l'étude des Annales, une lacune à combler.
Ce serait une page bien intéressante de l’histoire de la philosophie que celle du scepticisme véritablement historique. Sans doute, il y a une certaine utilité à imaginer jusqu'où peut aller le scepticisme extrême, à l’effet de faire mieux ressortir, par voie de contraste, les ressources du sujet pensant ; mais il est permis de se demander, l'his-
__ foire en main, combien de sceptiques en chair et en os
ont professé le doute universel ainsi entendu, et auraient pu tomber sous le coup des trois vérités primitives.
Ce que je sais, c’est que, si un homme était assez osé pour venir m'affirmer qu’il doute de tout, je ne m'attar-
derais pas à lui opposer les trois vérités primitives pour
lui faire voir qu'il se contredit trois fois, je craindrais fort
. qu'il ne mit effrontément en doute cette triple contradic- . tion comme tout le reste ; j'aimerais mieux lui dire avec
saint Thomas qu'il ment à sa conscience !), ou que, si sa
conscience ne lui fait pas apercevoir en lui les certitudes
inéluctables auxquelles adhère irrésistiblement la mienne, il n’a pas la conscience faite comme tout le monde et que, désireux de m'en tenir à l'examen de la certitude de l'âme
humaine, je n’ai ni l'envie ni le loisir de discuter avec lui.
Comment discuter la certitude avec celui qui ne sait pas ce qu’elle est ? Et comment le sceptique imaginaire, qui prétendrait n'avoir en lui que des doutes, connaîtrait-il la certitude ? Où en aurait-il puisé la notion ? Cet homme serait pareil à une souche, épotos y4p qurt, plutôt qu'à un
1) « Verum est quod Heraclitus dixit idem simul esse, et non esse, sed hoc non potuit mente suscipere sive opinari. Non enim necessarium est, quod quidquid aliquis dicit, hoc mente suscipiat vel opinetur.. Non igitur contingit aliquem circa haec interius mentiri et quod opinetur simul idem esse et non esse » (Saint Thomas, {nr XII Met., Lib, IV (al. IIT, lect. 6).
être humain, dit Aristote !), et il n’y aurait qu'un parti à prendre avec lui, ce serait de l'abandonner à son sort. Pour donner au débat entre le scepticisme et le dogmatisme une portée sérieuse, il faut se ressouvenir de la faculté que possède l’homme de réfléchir sur ses actes. La bête n'a point de certitude consciemment motivée, parce qu'elle ne réfléchit pas. L'homme, à l'instar ‘de’ F. bête, a des adhésions spontanées, auxquelles sa nature l'empêche de
se soustraire, mais il a en outre le privilège de revenir
sur ces adhésions premières, d'en chercher réflexivement la cause et c’est tout juste au moment de ce retour de la réflexion sur la nature spontanée, que naît le véritable problème qui met en présence les sceptiques, j'entends les sceptiques réels, en chair et en os, et les dogmatistes. La vraie question entre les premiers et les seconds n’est pas de savoir si l'âme humaine trouve en elle des assentiments certains, c'est-à-dire spontanément irrésistibles, c’est chose
accordée, et si quelqu'un s’avisait de le nier, il supprimerait le débat, faute d'objet à débattre ; la question est de
savoir Si, oui ou non, l'intelligence peut justifier, dans le domaine de la réflexion, la certitude de nos adhésions spontanées. Dans l’affirmative, le dogmatisme a raison et
la certitude, qui n’était que spontanée jusqu'alors, revêt le
caractère d'une certitude réfléchie scientifique : dans la négative, il y a désaccord entre l’activité spontanée et l’activité réfléchie de l'esprit, etil n’y a qu'une conclusion désespérante à tirer de là, c'est que la machine humaine est mal faite. : | LS La distinction entre la certitude spontanée et la certitude
réfléchie est capitale en critériologie, et c’est pour la
négliger ou ne pas y appuyer que l’on comprend souvent mal la portée de la question de la certitude. | «Un point capital en la- question, écrit l’auteur des
» Annales, c'est de définir nettement et tout d’abord le pro-
» blème ancien et le problème moderne de la certitude.
1) Met. TI, cap. IV, 20.
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d'dps « LAS
» Peut-on arriver à la certitude, ou faut-il douter de tout ?
» Tel était pour les sceptiques et les dogmalistes anciens le » thème de perpétuelles contestations. De nos jours, le. pro- » blème a changé de face. Étant donné que la certitude est » possible en droit et en fait, de quoi puis-je être certain ? » De ma pensée seule, ont répondu criticistes et positivistes. » De ma pensée et de sa valeur objective, ont répondu les » dogmatistes modernes, appuyés sur les théories d’Aris- » toleet de saint Thomas.
» Ges deux problèmes nettement déterminés, que préten- » drons-nous ? » (p. 69).
Nous croyons avoir montré que celte façon de poser le problème est écourtée ; et nous en avons conclu qu'il y avait dans l'étude des Annales une omission à réparer.
Le premier grief articulé dans le Mémoire du Congrès de Bruxelles et dans la Revue Néo-Scotastique contre la théorie des trois vérités primitives élait donc fondé ; il sort fortifié, semble-t-il, de l'examen contradictoire auquel 1l a été soumis.
La seconde partie du Mémoire parcourt successivement les trois vérités dites fondamentales, à l'effet de voir si elles méritent cette qualification.
Le R. P. Potvain a suivi cette analyse pas à pas ; il nous faut donc refaire le même chemin avec lui. |
L'auteur des Annales fait cependant précéder ses réponses aux objections, d’une remarque générale, plusieurs fois répétée, qui a pour but de définir le sens du mot de Tongiorgi : vérités fondamentales « primilivae verilales, quas » anle omnem philosophicam inquisitionem fundamenti loco » supponere necesse est ».
Laïssons-lui la parole :
« L’affirmation implicite de ces trois vérités, écrit-il, ei » la condition nécessaire et suffisante pour fonder tout » autre assentiment certain. Elles sont donc, à juste titre, » fondamentales (p. 72). « Les trois vérités sont affirmées » dans tout jugement et, sans elles, aucun jugement n’est
» tives sont le fondement de la certitude. Est-ce à dire que
ce sont là les sources de nos connaissances ? Autre est la —
» possible. De plus, qu'elles suffisent à rendre possible où
» à fonder toute autre certitude, c’est non moins incontes-
» table » (p. 71): Et plus loin : « Hâtons-nous de conclure | » cette première partie en la résumant. Les vérités primi- ;
» tout jugement certain fire d’elles sa certitude comme de » sa source ? Non pas. Autre est la question de la source,
» autre la question du fondement de la certitude. Les
» sources de la certitude sont : l'expérience interne, l'expé-
» rience externe, les idées objectives, le raisonnement et
» le témoignage. C'est là seulement que nous allons puiser
» la vérité infaillible. De ces sources, en effet, quand elles
» sont pures, jaillit la pleine lumière de l'évidence, caractère
» commun à ces divers foyers, et critère dernier, he
» qu'infaillible, du vrai et du faux. : |
» Les vérités primitives, elles, sont des conditions
» requises et suffisantes à l’acquisition de toute autre … » vérité certaine. Sans elles, inutile de bâtir, l'édifice
» manquerait de base. Elles ne sont donc pas des moyens
» de connaître ou des motifs de certitude ; elles ne sont 3 » pas davantage le critère dernier de la vérité. Le critère 3 » ou le motif dernier de la vérité sera toujours l'évidence,
» nous n'avons pas à le démontrer ici, et les vérités pri-
» mitives, aussi bien que toute autre, ÿ trouvent non pas
» leur fondement, mais leur source dernière de certitude » (p. 73).
Ces. textes, il faut bien le dire, ne ne pas date LA importait cependant d'en bien préciser la signification, car ils renferment tout le plaidoyer de l’auteur en mn de la théorie des trois vérités primitives.
On nous dit : « Les sources de la certitude sont l'expérience lüiterne, l'expérience externe, les idées objectives, le raisonnement etle témoignage. » Ne fallait-il pas dire que
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