Véritable position du problème de la certitude
__ La connaissance de la vérité demande:un acte d'union
d’un prédicat et d'un sujet, c'est-à-dire une synihèse de
deux concepts objectifs. La première question qui se pose
en critériologie est de savoir quelle est la nature de cette.
synthèse mentale : est-elle le résultat d’une disposition toute subjective du sujet pensant? Ou y a-t-1l des adhésions causées par un motif indépendant de l'acte intellectuel et
antérieur à lui, par la manifestation objeciwe du rapport 4
dont le jugement est l'expression ?- :
En deux mots, y a-t-il des synthèses de concepts qui
sont motivées ? : É.
Telle est la première et la plus importante partie du : 1 problème de la certitude : nous l'appellerons le premier …
problème fondamental.
Dogmatiques et sceptiques sont, au fond, d'accord sur
cette facon de comprendre la portée du débat, soit qu'il
s'agisse de l’ordre idéal, soit qu'il s'agisse des certitudes
d'expérience. Interrogez les géomètres, les métaphysiciens :
PARC vw
ils ne se soucient pas de savoir quel parti l’on türera #4
la liaison objective des propositions que noue leur pensée.
Lorsque je vois les couleurs del’arc-en-ciel, que j'entends
pratiquement de leur science abstraite, ils ne voient que
un accord harmonieux, mes sens sont dominés parl'impres-
sion qu'ils éprouvent; ma nature sensible cède irrésistible
ment au resplendissement des couleurs, à l'harmonie de.
l'accord perçu, elle s'y complaît, s'y repose : il ya là des
1) Physiol. Optik, p. 442. 3 | F3
« jugements » sensibles, irrésistibles et irrévocables. La sensation fût-elle illusoire, la nature sensible cède aux illusions, l’halluciné à ses hallucinations, avec la même nécessité que l’homme sain à l’objet de ses sensations normales. L'homme redresse parfois ses illusions, sans doute ; il peut remarquer qu'il est halluciné ; mais ce n’est m1 le sens illusionné qui redresse son illusion, ni la faculté hallucinée qui remarque ses hallucinations. Le sens est incapable de se corriger lui-même.
Eh bien! mon intelligence est-elle, à cet égard, de la même nature que mes facultés sensitives ? Dans l’affirmative, j'ai toujours à craindre d'être le Jouet d’une illusion ou d’une hallucination mentale irrésistible. Mais dans la négative, s'il dépend de nous de réexaminer nos adhésions spontanées et de suspendre notre assentiment définitif, Jusqu'à ce que nous ayons reconnu que nos jugements portent la marque de la vérité, nous avons le droit de distinguer entre adhésions motivées et adhésions non motivées, entre connaissances légitimement certaines, parce que manifestement vraies, et connaissances incertaines, parce que dépourvues de la marque objective de la vérité.
Suis-je en mesure d'établir une pareille distinction ? Telle est bien la première chose que je me demande lorsque la réflexion contrôle mes adhésions spontanées.
Le sceplique n’a pas, au fond, d'autre exigence.
Toujours en garde contre ce qu’il considère comme la témérité dogmatique, il prend le parti de suspendre son assentiment et se cantonne dans l’expectative, nepi révrwy énéxet, pourquoi? Mais, évidemment, parce qu'il craint d'être dupe des apparences et d’être entraîné parelles irrésistiblement à l'erreur. Sextus Embpiricus, qui résume le scepticisme antique, est très explicite à cet égard : « Ceux qui nous reprochent, à nous sceptiques, de tout supprimer, même les apparences, témoignent, dit-il, qu'ils n'ont pas compris notre langage. Les impressions passives que les représentations de l'imagination nous font éprouver entraînent bon gré mal gré notre assentiment, et il ne nous
vient pas à la pensée de les méconnaître : ce sont des apparences, Tà& PatvopLeva
» Lorsque nous mettons en question si un sujet donné esttelqu'il nous apparaît,évidemment nous accordonsle fait qu’il nous apparaît, L'objet du débat n’est donc pas le sujet tel qu'ilnous apparaît, mais ce qui est affirmé de ce sujet, Enroduev D’ où nepi tod paivopévou, dAAà nepi ênelvou 6 Àéyetar rept rod pauvopévou. Ainsi, le miel nous parait doux au goût, nous accordons cela et ne pouvons ne point l’accorder, car, de fait, nous avons la sensation de doux ; mais on peut mettre en question le point de savoir si la raison est en droit d'affirmer qu'il y a quelque chose de doux. Le sceptique ne met donc pas en question le phénomène, mais la qualité que la raison affirme du phénomène » !).
Montrez-nous, dira le sceptique, que, à la différence des facultés sensitives, l'intelligence humaine n’est pas irrésistiblement poussée d'elle-même à ses adhésions, mais a le pouvoir de ne se rendre qu'à la manifestation objective de la vérité, nous ne demandons pas davantage.
= Le sceptique est donc, au fond, d'accord avec nous sur la signification du problème essentiel de la connaissance certaine. Avec nous, il se demande si les synthèses que nous opérons dans nos jugements et les adhésions qui les accompagnent sont le résultat d’une poussée intérieure, propre à notre constitution naturelle, ou sielles sont produites par quelque chose qui ne part pas de nous, qui ne dépend pas de nous et dont nous subissons l'empire.
Kant, ce génie du crilicisme moderne, fait écho au scepticisme antique.
Qu’oppose-t-il au dogmalisme traditionnel ?
Des erreurs de détail, illusions des sens, confusion de la veille et du rêve, contradictions de systèmes philosophiques ? Non.
Des hypothèses subjectives à la façon de Descartes ? Cherche-t-il à se persuader qu'un mauvais génie pourrait bien, derrière les coulisses, rire de lui et prendre plaisir à
1) Sextus Empiricus, Aypotyposes pyrrhoniennes, c. X.
CPR SCOR AO NOR EE SET
le tromper toujours ? Pas davantage. Le criticiste de Kænigsberg cherche quelle est la loi primordiale de l’activité de l’entendement ; elle consiste, pense-t-il, à accomplir, conformément à des dispositions innées dans le sujet pensant, des actes de synthèse, des «jugements synthétiques a priori », d’où il suit que l'esprit peut sans doute connaître ses modes de penser, mais est incapable de se prononcer sur la nature des choses. Si, en effet, mes jugements sont des fonctions déterminées par ma nature intelligente seule, uneréserve absolues’impose surla valeur des rapports qu'ils énoncent et des objets auxquels ils se rapportent. Si, aucontraire, je puis me convaincre queles synthèses opérées par mox intelligence ont pour motif déterminant la manifestation du rapport qu'elles formulent, je demeurerai légitimement, après réflexion, en possession de mes adhésions naturelles. |
Pour Kant donc comme pour nous, pour le scepticisme comme pour le dogmatisme, le problème fondamental et principal de la certitude se réduit à savoir si l’union du prédicat et du sujet opérée parle jugement est ou n’est pas
soumise à la manifestation de l'identité objective du sujet
et du prédicat et motivée par cette manifestation même.
Tel est le premier problème, ou, sil’on veut, la première partie du problème ‘Général de la certitude. Il porte sur L'OBJECTIVITÉ DES JUGEMENTS DE L'ORDRE IDÉAL.
Le second problème présuppose l’objectivité du rapport qu'exprime le jugement et porte sur la valeur des fermes du rapport.
Le prédicat, on se le rappelle, est présupposé dans le trésor de nos souvenirs el appliqué au sujet du jugement. Qu'est-il, ce prédicat ?
Est-il ou n'est-il pas la représentation d’une réalité ?
Le réel s'oppose ici à ce qui est fictif, à l'être de raison et signifie, par conséquent, ce qui existe où peut exister dans la nature. Dès lors, la question revient à ces termes : Le contenu de la représentation prédicat est-il fictif, n'est-il qu'un produit de la pensée ?
Ou ce contenu possède-t-il, ou tout au moins est-il apte
50 CRITÉRIOLOGIE Le.
à posséder une existence :) en dehors dela pensée qui se. : le représente ? Nous espérons montrer le bien- fondé de. | :# cette seconde branche de l'alternative. : Las 7 Comme, par ailleurs, la solution du premier problème | nous aura fait voir que nous sommes capables defaireau sujet de nos jugements, quels qu'ils soient, une attribution objective, nous serons en droit de conclure que les ne a ments qui portent sur la réalité sont justifiés et dans la synthèse de leurs termes (solution du 1* problème), et dans Fe leurs termes eux-mêmes (solution du 2° problème), et ainsi, 4 e d'une façon générale, la certitude des vérités d'ordre réel : sera justifiée. Si les Fe sont l'expression d’un het | réel et s'ils appartiennentau sujet auquel!’ espritles attribue, : À la certitude des vérités d'ordre réel est acquise. Dès lors, la science humaine, qu’elle porte sur. l'ordre idéal ou sur l’ordre réel, est bte au tribunal de la raison + réfléchissante. Te | HN L
murées dans les impressions passives des sens, ou, ainsi 2e) qu'il s'exprime, dans les phénomènes passifs dela sensibilité; + les choses de la nature, les « choses en soi », qu'il appelle les « noumènes » par opposition aux «€ héros ne 4 seraient des /iclions du sujet pensant, entia ficta, autant : d'inconnues, de x, qui ne pourraient nous TenSOEReS go 2 vérité, que notre A F D Le.
En est-il ainsi ? Somme-nous incapables de connaître, ee par delà les objets représentables, des choses susceptibles d'une existence autre que l'objectivité phénoménale de la pensée ? Connaissions-nous quelque chose des noumènes de. et, dans l’affirmative, que pouvons-nous en savoir? 22 Celte seconde partie de la es aon générale de la certi- #e3 tude porte donc Sur LA RÉALITÉ où L IRRÉALITÉ DE L' OBJET es DE NOS CONCEPTS. : À TITRE 1) Nous disons avec intention que le « réel » LéSenon ici pour nous 5 2 ce qui existe ou est susceptible d'existence. Nous réservons pour las critériologie spéciale le contrôle de nos affirmations relatives aux 4 choses existantes qui relèvent de l'expérience et, par conséquent, la légitimation des sciences inductives.
A cette question s’en rattache une autre qui la complète : les rapports que l'intelligence saisit et formule sont nécessaires et universels. One sont ces caractères ? Les positivistes contestent leur valeur. Nous aurons à rechercher l'explication de ces caractères, à les défendre contre les
objections du positivisme.
Moyennant cela, nous aurons justifié, en principe, la scrence et la métaphysique et assuré ainsi la possession réfléchie du domaine de la certitude.
En effet, la science estun système de propositions déduites de vérilés-principes ; selon que les principes sont de pure raison ou d'expérience, les sciences sont dites rationnelles ou d'observation. Les principes rationnels et les principes d'observation auront trouvé respectivementleur justification dans la solution des deux problèmes relatifs, l’un à l’objectivité de l’ordre idéal, l’autre à la réalité de l’objet de nos concepts. Il suffira donc de légilimer le processus déduclif pour avoir établi dans son ensemble la validité de la science.
Appuyée sur la connaissance du monde sensible, la raison appliquera les principes aux réalités contingentes qu'il renferme etainsis'élèvera à la connaissance du monde suprasensible : justifier ce procédé ascensionnel, c’est établir La valeur de la métaphysique et ramener finalement tout le savoir humain à l’unité.
Toutefois, cetteétude du raisonnement et celle du procédé qui mène la raison de l’ordre sensible aux réalités métaphysiques sont réservées pour la Crilériologie spéciale.
On entrevoil dès ce moment avec quelle profondeur saint Thomas ramenait à la connaissance de la nature de l’intelligence considérée dans son acte de réflexion complète, la
question fondamentale de la connaissance certaine de la
vérité.
« Veritas cognoscitur ab intellectu secundum quod intel-
lectus reflectitur supra actum suum, non solum secundum
quod cognoscit actum suum, sed secundum quod cognoscit proportionem ejus ad rem : quod quidem cognosci non potest nisi cognita natura ipsius actus : quae cognosei non potest nisi cognoscatur natura principit activi,quod est ipse